Savoir poser des questions !

L'école ne nous a pas appris à poser des questions mais à y répondre, ce qui devient une réelle difficulté à l'âge adulte. C'est par exemple le problème rencontré par l'animateur de réunion lorsqu'il demande "Avez-vous des questions ?". Les gens prennent alors souvent la parole pour formuler une opinion et non une interrogation. Or, d'après Talleyrand, une négociation avance davantage avec une bonne question plutôt qu'avec un bon argument. Interroger, c'est aussi faire progresser l'autre, le faire réfléchir, le révéler.
BUT
DES QUESTIONS
Poser les bonnes questions cela implique Préparer ses questions.
Poser une question revient à utiliser la syntaxe interrogative. Ce qui n'est pas toujours facile. "D'ailleurs, vous remarquerez que l'on prépare souvent des réponses en réunion, mais jamais de questions, note Lionel Bellenger, ou bien des questions fleuve peu compréhensibles." Pour un entretien, un rendez-vous ou une réunion, il faut donc préparer une provision de questions, cinq ou six. Les formaliser par écrit auparavant permet de les améliorer. A retenir : les meilleures questions sont souvent les plus courtes.
La plupart des gens maîtrisent inconsciemment les différents types de questions.
Pour en prendre conscience, il peut être utile de s’enregistrer ou de se filmer
lors d'une discussion, puis d’écouter ou visionner l'enregistrement et analyser
quels types de questions on a tendance à employer.
Maîtriser la qualité des réponses
La qualité du questionnement induit la qualité de la réponse. Selon la manière dont est posée une question, on aura une vision différente de l'interlocuteur et de la situation. « La compréhension devient dès lors un véritable enjeu, explique Lionel Bellenger, notamment en ce qui concerne la capacité de voir juste et la possibilité de s'entendre ». En outre, la première question est souvent la plus importante car elle agit sur la suite de l'entretien. Il existe deux manières de poser des questions. La première, à la façon d'un interrogatoire, repose sur un questionnement rigide, froid, directif et fermé. Néanmoins, elle présente l'avantage d'être précise, exigeante, rigoureuse et factuelle. La deuxième au contraire, basée sur un échange de type conversationnel, est coopérative et souple. Cependant, elle reste vague. Dans ce cas, c'est vous qui donnez la balle à votre interlocuteur, sans savoir s'il s'agit d'une bonne ou d'une mauvaise passe. Vous conditionnez alors la réponse dont la qualité dépend de la nature de la question posée. Attention, peu de gens ont conscience de la nature des questions qu'ils posent, pourtant certaines peuvent influencer les réponses. Certains types de personnalité maîtrisent les techniques de questionnement sans le savoir. Certains types de questions sont particulièrement efficaces pour ouvrir un échange, initier une conversation.
Les questions relais ou de poursuite : Elles sont très importantes car elles facilitent la discussion. Repartant de la réponse qui précède, elles incitent à la développer et l'enrichir. Vous emploierez par exemple les formules : "Dans quelle mesure ?", "C'est-à-dire ?", " Dans quel cas ?", "Sur quels critères ?", " Avec qui ?", "Par exemple ?"...
Les questions ouvertes
: Elles appellent une réponse développée.
"Qu'est-ce que ?", "Que ?", "Quel ?". Par exemple "Comment ?" est une question
concrète qui oblige à décrire de manière structurée ou bien suscite
l'imagination de l'interlocuteur. "Pourquoi ?" est souvent accusateur en
français car posé avec une tournure négative. L'interlocuteur se met souvent sur
la défensive. Il faut donc ne pas trop l'employer, ou bien tourner la question
de manière positive.
Les questions miroir : C'est une forme d'empathie. Ces questions reprennent tel quel, sur la forme
interrogative, un mot ou un morceau de ce que l'autre a dit. La discussion en
est indolore. Il ne faut pas en user systématiquement mais son usage est
efficace. Obtenir une information précise
D'autres catégories de questions sont plus directes et péremptoires. Elles
appellent des réponses précises et de l'information concrète.
Les questions fermées
: Elles sont utilisées pour obtenir un "oui" ou
"non". Parmi les formules courantes, on trouve : "Est-ce que ?", "Pensez-vous
?", " Pouvez-vous ?"... Ces questions se déclinent également pour les réponses à
choix multiple, où le répondant n'a finalement guère la possibilité d'exprimer
sa spontanéité. Les questions fermées ne créent en effet pas de dialogue mais
assurent l'obtention d'informations.
Les questions informatives ou précises
: "Qui ?", "Quoi ?", "Quand ?", "Où ?", "Combien
?", "Lequel ?", "Par quels moyens ?"... La réponse, d'ordinaire unique et
factuelle, peut s'avérer indisciplinée ou polluée par des commentaires non
suscités par la question.
Attention à faire en sorte que ce type de question employé systématiquement ne tourne pas à l'interrogatoire.
Attention, les questions fermées ou précises peuvent ouvrir sur des questions répliques en guise de réponse. Elles sont d'ordre conflictuel et bloquent l'échange : l'interlocuteur répond par une autre question, de manière défensive ou pour gagner du temps dans certains cas. Mieux vaut alors mettre les choses à plat et faire comprendre à l'autre qu'à ce rythme là, la discussion ne va pas avancer.
Questions délicates :
certaines questions sont d'un emploi délicat, voire négatif, bien qu'elles
puissent être utiles. Il faut de toute manière les identifier pour pouvoir y
faire face.
Les questions suggestives :
Elles empoisonnent et polluent la conversation car elles influencent la réponse.
Elles s'appuient sur des tournures interrogatives du type "Ne pensez-vous pas
?". Cela revient à faire les questions et les réponses : "Qu'est-ce qui vous
gène, c'est le prix ?", "Pas de questions ?". On empiète chez l'autre, on pense
à sa place, sans chercher à le comprendre. La fiabilité de la réponse est mise
en cause. Ces questions sont d'une grande maladresse sauf à des fins
stratégiques.
Les questions pièges :
Elles servent à déstabiliser, mettre en difficulté,
provoquer, faire douter les personnes trop sûres d'elles. « Les questions
peuvent être des revolvers » (André Malraux). Leur finalité est perverse, mais
elles sont régulièrement utilisées par les recruteurs, les acheteurs
professionnels, la police judiciaire... Elles dénigrent, prêchent le faux pour
connaître le vrai à l'image de l'exemple suivant :
"- Il faisait beau à Lyon dimanche dernier ?"
"- Non, il pleuvait."
"- Qu'est-ce que vous faisiez là-bas ?"
Il ne faut pas en faire une pratique systématique mais ces questions trouvent
leur utilité dans certaines situations, leur usage doit cependant être très
modéré.
La reformulation consiste à reprendre
avec d'autres termes et de manière plus brève, les propos de
l'interlocuteur. Cette
technique facilite l'approfondissement de points importants qui
n'ont été qu'esquissés par l'interlocuteur. Elle
lui permet de parcourir son cheminement de pensée et de
restructurer ses idées avant de poursuivre. Par l'effet de miroir
elle donne à l'interlocuteur l'assurance qu'il a été compris ;
dans le cas contraire elle lui permet de rectifier l'expression de
sa pensée et donne un plus juste mesure à des propos peut-être
excessifs.
Il faut combiner les deux pour conserver la maîtrise, sans
restreindre la liberté des interlocuteurs.
On
retrouve ces techniques dans le cadre de l'évaluation
individuelle dans "l'entretien guidé" ou "maïeutique",
art pratiqué par Socrate (fils de sage-femme) pour accoucher les
esprits.
Les
questions peuvent être posées...
À
tout le groupe :
pour
lui faire prendre position, conclure, si la question est fermée ;
recueillir
des opinions, relancer la discussion si la question est ouverte.
À
une personne en particulier.
Ouverte
: obtenir un avis ;
Fermée
: démarrer la discussion, faire prendre position.
-
Retournée au groupe :
pour
faire participer le groupe sans prendre position.
à
une autre personne que celle qui vient de questionner dans le but
de faire préciser un point de vue.
Inconvénients
et avantages de la prise de décision en groupe.
Inconvénients.
- Chronophage : mangeur de temps.
- Exige un management participatif de base, mettant en jeu l'autonomie, la responsabilité et l'auto contrôle, sinon la solution retenue est un compromis au lieu de la meilleure solution retenue par consensus.
Avantages.
La
décision prise en équipe multi compétences respecte la cohérence,
car tous les acteurs du quotidien sont présents (tous les métiers
: ASH, AS, IDE, Surveillante, Médecin et éventuellement
Administratif).
Assure
une vue plus complète de la situation : grande quantité de
renseignements réunis.
Décuple
la somme des compétences réunies, par les interactions dans le
groupe : fertilisation croisée.
La
participation à la recherche d' une solution permet d'accepter
la décision finale, même si elle n'est pas celle que l'on défendait.
On
ne remplit un contrat moral que si on a participé à l'élaboration
de ses clauses.
Le consensus : l'accord sur un problème se fait sur la base du
consentement mutuel et non par un vote
Le
vote tend en effet à produire des gagnants et des perdants ce
qui nuit à l'harmonie de l'équipe.
Trois
étapes
1
- Recueil des données.
Un
membre de l'équipe pose le problème et expose la nécessité de sa
solution.
2
- Résolution du problème.
L'équipe
propose différentes solutions possibles en utilisant les principes
méthodologiques de base (nécessité, simplicité, efficacité, économie,
pré-action), les examine et en choisit une.
L'habitude
de résolution, de réunion en réunion, fait que personne n'a
l'impression d'être perdant ni gagnant.
Si
aucune solution n'est reconnue valable la décision est reportée en
demandant à une partie de l'équipe d'étudier le problème selon
un éclairage et à une autre partie selon un autre éclairage.
Nous vous conseillons
Lionel Bellenger est co-auteur avec Marie-Josée Couchaere du livre
« Les techniques de questionnement » (ESF Editeur, 2005, 3ème édition)