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Je ferais une courte synthèse de ce qui nous paraît important, à savoir quand on exerce dans le domaine de la sexologie ou de la thérapie.
1/ LES PRINCIPES DE BASE
- dès la naissance l'enfant éprouve des sensations, des émotions et tend vers la recherche de plaisir.
- L'enfant apprend à connaître son corps (plaisir d'organe et auto-érotisme) et les objets (qui apparaissent et disparaissent, qui donnent du plaisir ou non, créant le clivage).
- Les pulsions : "Processus dynamique consistant dans une poussée (charge énergétique) qui fait tendre l'organisme vers un but, elle a sa source dans une excitation corporelle (état de tension), son but est de supprimer l'état de tension et c'est dans ou grâce à l'objet que la pulsion va atteindre son but et son assouvissement". (Laplanche et Pontalis).
La pulsion est un processus psychosomatodynamique qui utilise des représentants psychiques : les fantasmes. Elle va déterminer une représentation (production mentale d'une perception) et associer à cette représentation un affect (valeur affective d'accompagnement).
2/ LA TOPIQUE
La Topique est la théorie qui postule la différenciation au sein du système psychique, de zones ou de territoires fonctionnellement dépendants, séparés par leur origine, leur nature et leur rôle, mais en interaction. Dans la première topique (avant 1920), Freud met en évidence une structure consciente et une structure inconsciente au sein du psychisme et développe la théorie de la libido. Le terme d'Inconscient est utilisé par Freud comme un substantif. L'Inconscient est alors assimilé au Refoulé (première topique freudienne). Nous pouvons, dès lors, nous demander comment l'inconscient en tant que substantif peut devenir conscient, autre substantif. En fait, techniquement, lors du travail psychosomatoanalytique, grâce à des actings et à la verbalisation, ce qui avait été refoulé dans l'inconscient va pouvoir accéder à la conscience. L'Inconscient est une structure comprenant les pulsions, le système économique (déplacement, condensation, investissement), le refoulé et les fixations pré-dipiennes. La libido (en latin : désir) est une source d'énergie qui anime les pulsions et si, avant 1920, pour Freud la libido s'oppose aux pulsions d'auto-conservation, nous verrons qu'il l'opposera par la suite aux pulsions de mort. La libido est de nature sexuelle. Elle représente l'élan vital. Secondairement, elle peut renoncer à ses buts spécifiquement sexuels ou même se mettre dans certaines situations pathologiques au service de Thanatos. Comme Jung, nous pouvons étendre la notion de libido à l'énergie psychosomatique en général. Je pense toutefois qu'elle garde sa spécificité sexuelle... même si elle est liée à l'énergie cosmique. Freud met en évidence un conflit entre pulsion sexuelle (plaisir) et pulsion d'auto-conservation (réalité extérieure). La névrose est donc le résultat d'un conflit entre le Moi et le Monde extérieur.
En 1920, dans sa deuxième Topique, Freud modifie ses concepts en introduisant la notion de compulsion de répétition où un conflit primordial oppose pulsion de vie et pulsion de mort. Dans cette Topique, l'Inconscient est utilisé comme un adjectif qui qualifie le Ça, une partie du Moi et du Surmoi. Ces deux dernières instances ont des parties conscientes et inconscientes.
Les trois instances de la deuxième Topique sont le Ça, le Moi et le Surmoi.
Le Ça contient les mêmes éléments que l'inconscient de la première Topique, il est régi par le principe de plaisir selon lequel toute pulsion tend vers son assouvissement par les voies les plus rapides, pour éviter la tension et le déplaisir.
Or, ce qui est fondamental dans la vie des pulsions, c'est l'indépendance de l'affect et de sa représentation. Tout se passe comme si l'émotion pouvait être dissociée de la représentation (qui lui a donné naissance et qui est rejetée dans le Ça) et transférée dans une autre situation, créant ainsi des réponses affectives et émotionnelles paradoxales qui sont au cœur de la sémiologie névrotique.
Le Moi est l'instance médiatrice et régulatrice de l'appareil psychique. Différencié au contact de la réalité, il est soumis aux pulsions (Ça) d'un côté et aux interdits (Surmoi) de l'autre. Le Moi est obligé de s'adapter en fonction du Principe de Réalité.
Le Surmoi est censeur et juge, résultat de l'introjection des interdictions et exigences parentales. Il s'oppose à la prise de conscience des désirs (fonction répressive ou d'interdiction) et met en place l'idéalisation du Moi. Un Surmoi trop fort est à l'origine d'une rigidité caractérielle, de sentiments de culpabilité etc...
Dans sa deuxième Topique, Freud abandonne la théorie de la libido et préfère trouver une explication intra-psychique à la compulsion de répétition. Il oppose alors Eros à Thanathos, réduisant ainsi la névrose à un conflit intra-psychique sans tenir compte du milieu extérieur et institutionnel. Freud prend politiquement position, refusant de prendre en compte la pression sociale, politique et la répression sexuelle dans l'étiologie des névroses. Après avoir conclu à une origine endogène de la névrose et formulé l'hypothèse d'un masochisme primaire, Freud a socialisé l'dipe.
3/ LE SYSTÈME ÉCONOMIQUE
C'est la théorie de la circulation et de la répartition de l'énergie pulsionnelle entre les instances. Nous pouvons définir trois mouvements de base :
-Le déplacement : transfert d'un affect d'une représentation sur une autre d'où l'importance du travail sur les détails des contenus latents (rêves et fantasmes), soit à partir du travail verbal, soit après travail émotionnel et énergétique avec état de conscience modifiée,
- La condensation : Une représentation cumule en elle-même toutes les énergies, la signification latente est plus grande que la signification manifeste, c'est un carrefour de chaînes associatives.
- l'investissement : représente la charge affective attribuée à un événement, une idée, dans la mesure où la représentation est refusée, l'affect en est détaché et va investir autre chose (symptôme).
En brisant la dernière connexion, l'énergie va se libérer, l'affect s'exprimer et la représentation ainsi que le trauma refoulé vont réapparaître.
4/ LES MÉCANISMES DE DÉFENSE DU MOI
Le Moi gère soit seul, soit allié au Surmoi, les pulsions du Ça. Anna Freud indique quatre raisons principales à cette opposition du Moi aux pulsions : Le Moi intervient sur ordre du Surmoi : la censure morale joue contre le désir et le repousse en tant que représentation. Le Moi intervient par suite d'une crainte objective, concrète : ainsi chez l'enfant, la répression des émois instinctuels est en liaison directe avec la crainte de la sanction. Le Moi intervient au moment où les poussées instinctuelles risquent de le déborder. Le Moi contrôle les pulsions, dans la mesure où la maturité et l'équilibre exigent l'harmonie.
Les mécanismes dont dispose le Moi sont de deux sortes (Fenichel) : les défenses réussies qui font cesser les pulsions interdites et les défenses insuffisantes qui échouent dans leur tâche d'éviction et doivent être sans cesse répétées pour empêcher l'irruption des pulsions. Ce sont elles qui alimentent la symptomatologie névrotique. Chez un psychonévrosé vont apparaître de façon préférentielle et répétitive des mécanismes de défense de type schizoïde (coupure), phobique, parano-obsessionnel (contrôle) et hystérique contre l'angoisse et la dépression sous-jacente. Que le conflit soit ou non d'origine sexuelle, la résolution de ce conflit se fera soit par l'intermédiaire des mécanismes de défense, principalement le refoulement (névrose), soit dans la déviation ou le passage à l'acte de type consommatoire (perversion). La thérapie va donc tenter de modifier le mode de fonctionnement dynamique (assouplissement des conflits internes), topique (adoucissement ou renforcement du Surmoi) et économique (équilibre entre investissements narcissiques et objectaux), ce en permettant l'intégration affective et cognitive de l'histoire personnelle.
Sublimation. - C'est un mécanisme de défense qui a réussi. La pulsion est dérivée vers un nouveau but non sexuel et socialement acceptable n'impliquant pas un renoncement de la sexualité, mais sa maîtrise. La sublimation peut s'envisager selon deux points de vue complémentaires qui rassemblent les différentes approches.
1) Ou bien la sublimation est l'expression positive la plus élaborée et socialisée de la pulsion,
2) Ou bien elle est un moyen de défense capable de tempérer les débordements de la vie pulsionnelle. C'est en considérant ces deux points de vue de manière concomitante que peuvent être émises les idées suivantes.
La sublimation peut s'opposer à la résurgence d'un souvenir sexuel intolérable, à l'état passionnel dans la relation analytique, à la puissance démesurée de la poussée pulsionnelle.
La sublimation correspond donc à la capacité qu'a la pulsion de changer d'objet. Deux conditions sont nécessaires pour que la sublimation se mette en place : intervention du Moi narcissique et idéal du Moi.
Par rapport aux traits principaux d'une pulsion réprimée :
1/ La source est sexuelle,
2/ Elle est toujours sexuelle,
3/ Son but est une satisfaction partielle non sexuelle,
4/ L'objet spécifique est également non sexuel.
Par rapport aux traits principaux des oeuvres créées grâce à l'activité d'une pulsion sublimée :
1/ Elle n' a aucune finalité pratique ou utilitaire,
2/ Elle répond à des idéaux sociaux élevés.
Refoulement. C'est le mécanisme de défense par excellence : le Moi maintient dans l'inconscient les représentations correspondantes de la pulsion réprimée. Le matériel refoulé n'est pas détruit : il reparaît transformé dans les rêves, les actes manqués et les lapsus, les délires et les symptômes névrotiques. D'un point de vue économique, le refoulement est une opération qui exige une dépense d'énergie (contre-investissement) ; le névrosé éprouvera donc secondairement des symptômes déficitaires: asthénie, troubles de la mémoire, de l'attention, de la concentration intellectuelle, etc.
Formation réactionnelle. C'est une attitude ou un groupe d'attitudes conscientes qui se développent au sein du Moi en opposition totale avec le désir refoulé, En général, cette attitude est forcée, rigide ; elle aboutit à une distorsion durable du caractère. Par exemple, en réaction contre l'érotisme anal peut se développer une méticulosité morale et psychique particulière. Le sadisme se transformera en un altruisme absolu ou en un sens sévère de la justice. C'est le caractère excessif qui dénonce la formation réactionnelle. Comme le refoulement, elle exige beaucoup d'énergie et appauvrit par ailleurs la personnalité.
Annulation rétroactive. - On accomplit un acte dans le but d'annuler, de supprimer un autre acte précédemment réalisé. Cette annulation peut être réelle : c'est le cas de l'obsédé qui ouvre une lettre qu'il venait de cacheter afin de pouvoir la refermer. Les manipulateurs de robinets, les vérificateurs de portes obéissent au même mécanisme. On pourrait considérer l'expiation et certaines pratiques magiques comme des annulations rétroactives.
Isolation. - C'est un moyen de défense qui isole une représentation, un comportement des autres représentations et comportements. Le fait fondamental est la rupture des connexions. Certaines formules, certains rites ont chez l'obsédé la valeur d'une interruption : un mot, une expression prononcée au milieu d'une phrase sans rapport avec le reste du message sont des exemples communs d'isolation chez le jeune enfant. Chez l'adulte il se produit parfois une isolation de la composante sexuelle et de la tendresse : l'orgasme ne peut être obtenu qu'avec des partenaires non investis affectivement.
Régression. - C'est le retour à des formes plus anciennes d'expression et de comportements. Ainsi, en psychiatrie, on évoquera la régression foetale du catatonique pelotonné sur sa couche. L'énurésie, l'encoprésie, le confinement au lit, l'abandon dans une dépendance infantile à l'égard des autres sont des formes de régression. Dans le domaine sexuel, la régression se manifeste par des choix d'objets prégénitaux (onanisme, perversions sexuelles diverses... ).
Fixation. - Tout se passe comme si la libido progressait en franchissant des stades successifs ; il arrive parfois qu'il y ait arrêt de cette progression et fixation à l'un de ces stades. On observe alors des relations d'objets archaïques, des comportements anachroniques.
Dénégation. - Elle permet à la fois de formuler un désir et le nier.
Identification Le sujet s'approprie et incorpore dans sa propre personnalité un attribut, une qualité appartenant à un autre. C'est un phénomène proche de l'imitation, de la contagion mentale. Elle permet aussi la mise en échec des propres pulsions du sujet.
Conversion La défense est réalisée par transposition du conflit psychologique dans le domaine somatique.
Renversement pulsionnel Une pulsion peut se transformer en son contraire.
Défense contre les affects. - Le moi ne se défend pas seulement contre la représentation des pulsions. Il refoule les affects pénibles. L'une des traductions les plus communes de ce blocage est soit la rigidité affective, la froideur émotionnelle, soit l'instabilité et la labilité. Ce que l'on nomme "affect différé" retarde l'apparition de la colère ou de la douleur à un moment où elle est séparée de la représentation et mieux contrôlable. Le déplacement de l'affect consiste dans son transfert en une situation moins dangereuse : une mère agacée gifle son enfant pour éviter une agression moins acceptable sur le conjoint. La somatisation des affects (crises digestives, cardiaques, respiratoires) appartient au domaine de la conversion.
Les mécanismes de défense plus spécifiques des états-limites sont le clivage et la forclusion
Les mécanismes de défense plus spécifiques des noyaux psychotiques sont la projection, le clivage du Moi (intérieur dans le Moi et non pas le clivage des imago objectales), le déni de la réalité et le déplacement. Ces mécanismes de défense entraînent une dépersonnalisation, un dédoublement de la personnalité, une déréalisation et une dénégation.
Les mécanismes de défense spécifiquement visibles en psychosomatoanalyse
L'émotion de substitution
Le patient préfère rester dans sa colère plutôt que de contacter sa détresse qui le ferait beaucoup plus souffrir.
Les émotions parasites
Soit elles apparaissent car une émotion se substitue à une autre pour obtenir une réponse de l'autre (par exemple utiliser le misérabilisme pour attirer l'attention de l'autre), ce mécanisme est très proche de l'hystérisation. Soit elles apparaissent pour provoquer chez l'autre un déploiement d'énergie qui va être "pompée" par le patient (sorte d'exploitation psychologique et de vampirisme). Le patient ressent ses émotions parasites comme réelles. A la longue, les autres vont prendre conscience de cette "supercherie".
L'hystérisation
Le patient va tenter de faire ce qu'il pense que le thérapeute attend de lui soit pour lui faire plaisir, soit pour ne pas lui déplaire.
Le patient va tenter d'utiliser une expression émotionnelle pour obtenir une réponse à un besoin ou une demande non formulée.
L'érotisation du travail corporel et émotionnel
Dans ce type de travail, le thérapeute offre son corps d'adulte à la jouissance (érotique voire sexualisée) corporelle du patient dans une dynamique où le corps du thérapeute sert de support masturbatoire. La difficulté vient du fait qu'au travers du toucher et du corps à corps, le thérapeute accompagne son patient dans le cycle émotionnel, qu'il le touche et le stimule. Si le thérapeute n'est pas vigilant (formation incomplète, thérapie insuffisante) le (ou la) patient(e) va jouir grâce, devant et avec son thérapeute...! Si le thérapeute se laisse aller à l'excitation de son propre corps créé par l'érotisation de la relation par le (ou la) patient(e), s'il laisse ses pulsions sexuelles envahir la relation thérapeutique..... il sombre dans une relation corporelle perverse polymorphe et laisse se mettre en place un travail sur la sexualité. Le thérapeute se retrouve donc dans le passage à l'acte et nous en revenons à la Loi du Père : l'interdit de l'inceste. Cette érotisation mise en place par le patient peut être un mode comportemental compulsif et répétitif qu'il convient d'analyser, ou un mécanisme de défense destiné à cacher un matériel plus important.
La confusion entre le contenant et le contenu
Cette confusion mise en place par le patient, lui permet d'éviter le contenu. Elle peut se mettre en place si un thérapeute manque de formation et de thérapie, laissant alors
"l'emprise prendre le contenant pour contenu" (Fédida).
La confusion entre corps réel et corps imaginaire
Cette confusion laisse se mettre en place une compulsion de répétition dans l'espace même du travail somatique. En psychosomatoanalyse, pour éviter ces différentes confusions (contenant/contenu, corps réel/corps imaginaire), le thérapeute devra mettre en place l'interdit du toucher et du contact quand cela est nécessaire, et ne jamais oublier que la mise en sens, l'analyse et l'interprétation sont nécessaires et obligatoires pendant ou après tout travail corporel, émotionnel ou énergétique.
"Il nous faut aussi prendre conscience de notre implication dans la relation thérapeutique, de l'importance du travail avec notre intuition, avec "le Moi et le Toi", "la présence et l'absence", "le besoin et la satisfaction", "le désir et le non-désir"......... le travail avec "l'affectivité et l'amour"........ ensembles nécessaires pour aider nos patients à réaliser un travail régressif utile sur le plan thérapeutique "
(M. Joseph).
5/ LES STADES
"Il n'y a que des parents acceptables et la preuve d'une éducation réussie réside dans le fait que l'enfant s'estime satisfait de la façon dont il a été aimé et élevé, l'éducation reçue lui permettant d'avoir suffisamment confiance en lui pour affronter avec succès les épreuves et les difficultés de la vie" (B. Bettelheim).
Nous allons retrouver dans le stade post-utérin les différents stades du développement de l'enfant caractérisé "par l'organisation des pulsions partielles sous le primat des zones génitales" (Laplanche et Pontalis). Mais, nous pouvons très bien comprendre qu'avant ce stade post-utérin, le développement de l'enfant sera aussi caractérisé par des stades plus ou moins marqués par l'investissement des différents modes de relations objectales par la libido. Nous savons qu'un caractère pur n'existe pas, mais il est toujours le résultat d'une stratification : dans n'importe quel aspect caractériel, après une strate, nous en trouvons immédiatement une autre.
Trois grandes périodes pour cette phase post-utérine :
- La période archaïque qui s'étend de la naissance à la deuxième phase du stade anal,
- La période prégénitale qui est très pulsionnelle, l'enfant se confrontant à un monde dans lequel il devra apprendre à vivre,
- et la période génitale.
En ce qui concerne les stades, je ne ferai que les citer brièvement en vous renvoyant à l'importante littérature qui les décrit.
A chaque stade correspond une structure caractérielle que nous allons décrire pour illustrer l'importance de l'influence de la fixation libidinale à ces différents stades
5 - A/ Les stades et leurs traits de caractères libidinaux
Le stade oral, occupe la première année. Une symbiose se crée entre la mère et l'enfant, nécessaire pour que la mère réponde aux besoins de son enfant qui ne les exprime pas encore sur le mode relationnel "des humains socialisés". Le plaisir de la succion est un des premiers plaisirs sexualisés, le sein n'est pas le premier objet d'amour. L'oralité, l'époque du besoin, mais aussi du manque et de la carence, va débuter par une période de succions et de demandes de satisfaction des besoins primaires (être nourri, chauffé, sécurisé, aimé etc..). Quand les réponses sont inadéquates, l'agressivité et la rage vont apparaître manifestant alors l'ambivalence face à l'objet. Avide, l'oral est difficile à satisfaire, il ne supporte pas les frustrations. Son insatiabilité lui permet, tout en "parasitant" l'Autre pour se gaver, de culpabiliser l'Autre dans une relation où il est dans la revendication. Dans le désir qu'on s'occupe de lui, mais rejetant l'Autre, il refuse ce qui peut lui être apporté, mettant ainsi l'Autre dans l'impuissance. Les traits oraux sont caractérisés par une difficulté fondamentale de contact, soit de type passif (dépendance), soit de type actif (agressivité orale). L'érotisme oral sera satisfait par la nourriture, la boisson, le tabac, la drogue, les baisers.... . La générosité est très étroitement liée à l'érotisme oral mais nous devons nous méfier de ne pas attribuer au sadisme anal les comportements de revendications orales qui peuvent s'associer à une agressivité (rage), conséquence des frustrations et des traumatismes de cette époque. L'oralité oriente le comportement de l'adulte vers la possessivité liée à la peur d'abandon. Il y a tout de même des "oraux" heureux... pleins de rondeur et de complétude, satisfaits de ce qu'on leur offre ; ils sont capables de donner et de recevoir.
L'oral, dans le vrai sens du terme, n'existe pas en réalité. Il comporterait en fait, un état mélancolique sous-jacent. Ces traits de type oral trouvent leurs origines dans les trois, quatre premiers mois de vie et peuvent conduire à des situations psychotiques quand il y a un flux énergétique vers les yeux, ou à des états-limites si au contraire le flux énergétique se déplace vers le cou et le thorax haut. Aujourd'hui, il est bien difficile de trouver une personne qui ait donc pleinement dépassé la phase orale. N'importe quelle situation de dépression, de frustration, de perte affective, engendre toujours une ré-émergence de ces traits oraux. L'insatisfaction liée à l'allaitement ou le sevrage précoce et la relative perte du sein maternel engendrent une position dépressive qui marquera toute l'existence de l'individu. Il faut, bien sûr, distinguer les aspects de l'insatisfaction de ceux de la frustration liée à la perte du sein. Le manque ou l'insatisfaction dans l'allaitement déterminent une tendance à la dépression devant certaines situations. Un sevrage brusque détermine un comportement rageur. La rage est une tentative inconsciente d'auto thérapie ; dans un certain sens, la rage sert à ne pas se déprimer.
Distinguons deux aspects caractériels oraux :
- L'oral insatisfait est le sujet qui, en profondeur, cache toujours la situation dépressive, mais il en est pleinement conscient. Il cherche à compenser à travers la nourriture, l'alcool, le tabac ou à travers tout substitut (y compris sexuel) qui puisse lui donner une satisfaction au niveau oral. Dans les cas les plus graves, l'oral insatisfait, pour ne pas tomber dans la dépression, peut glisser énergiquement vers le haut en situation psychotique.
-L'oral déplacé a été poussé à manger, à mordre, à se servir de ses dents, avant même qu'il n'ait découvert le plaisir lié à cette fonction. Il n'est pas conscient de posséder cet aspect dépressif et s'en défend régulièrement à travers une attitude réactionnelle enragée. La défense de "serrer les dents et aller de l'avant" fait que cette énergie se trouve soustraite du troisième niveau (cou) qui se rigidifie. L'oral déplacé a un trait narcissique très fort, montre de l'obstination et souvent une attitude de défense et de dépréciation pour tout ce qui peut être psychologie et encore plus pour la psychothérapie.
Faisons une distinction entre jalousie et possessivité:
- La jalousie est liée à une situation dépressive-anxieuse. Le sujet jaloux, pour se décharger de l'anxiété, va fantasmer sur la personne aimée, engendrant un scénario fantasmatique et récurrent, puis des actions compensatrices comme fumer, boire, etc...
- La personne possessive est plus souvent un oral déplacé. Elle n'admettra jamais son caractère possessif, à cause de son trait narcissique que l'on peut repérer au niveau du cou : " mon partenaire va avec un autre? Peut-être, mais il revient toujours à moi! ". C'est cette assurance de type paranoïaque qui caractérise la personne possessive.
Cette différence est importante à faire au niveau clinique. Pour certains, la "possessivité" implique la "jalousie", à savoir le sentiment très violent d'une trahison de l'autre... de tous les autres.
Le trait caractériel oral est présent dans tous les autres types de "caractères". Au cours du développement psychoaffectif le passage à la génitalité du caractère mature advient tout de suite après avoir dépassé la situation orale de base. Dans le caractère hystérique nous retrouvons souvent deux aspects contraires de type oral qui sont, pour les femmes en particulier, ou l'anaphrodisie (dans le cas de la déprimée insatisfaite) ou la nymphomanie (anaphrodisie et nymphomanie sont les deux faces de la même pièce). Le prolongement de l'allaitement après neuf mois provoque l'instauration de la caractérialité dite "passif féminin".
Le stade anal, puis sadique-anal (de 2 à 4 ans) est la période pendant laquelle le plaisir et le déplaisir sont fixés sur la défécation. La région anale et périnéale vont devenir source de satisfaction ou de désagrément. "Rétention" et "libération" du caca, "colère", "mutisme" et "opposition agressive" caractérisent cette période. Le contrôle de cette région va permettre à l'enfant de dire OUI ou NON, "d'offrir ou de ne pas offrir". La région anale peut être l'objet de soins qui paraissent parfois plus satisfaire l'adulte que l'enfant (usage intempestif de pommade, du thermomètre ou des suppositoires...). Le stade anal est l'étape la plus importante entre l'oralité et la découverte de la sexualité. S. Freud décrit le caractère anal comme une triade de traits fondamentaux : parcimonie, exactitude et obstination. L'érotisme anal se met en place sous l'action de comportements érotisant l'enfant et surtout au niveau de l'apprentissage du contrôle ses sphincters et de l'éducation. L'agressivité sadique-anale va orienter le comportement de l'adulte vers la prise de pouvoir, la manipulation, l'obsessionalité et les comportements sado-masochistes. Bergeret insiste sur la collusion entre traits de caractère anaux et sadisme. Le sadisme est un trait agressif, pas toujours érotisé. Il est donc nécessaire de distinguer l'érotisme anal, qui n'a rien de sadique car économiquement libidinal, et le sadisme qui est lié aux pulsions agressives. La triade de Freud est insuffisante et la position de Abraham nous permet de reconsidérer cette période autrement.
La première phase du stade anal (réjection) et la deuxième partie (rétention) nous permettent de situer entre ces deux phases une limite supérieure à la période archaïque. Les traumatismes des périodes intra-utérine et archaïque conduisent à une structuration de type psychotique, alors que, d'apparition plus tardive, les traumatismes de la phase anale entraînent la mise en place d'une structure névrotique ou psychonévrotique. La première phase qui vise à la destruction de l'objet, est bien du registre du noyau psychotique avec comportements de rejet, de destruction et de comportement réactionnels liés à l'éducation sphinctérienne : révolte contre l'autorité, revendication, permanente, attitudes méprisantes etc.... Cet anal est plutôt impulsif, irritable et rageur
La deuxième phase (rétention objectale) vise à prendre le contrôle de l'objet, elle fait bien partie de la structuration névrotique. La triade Freudienne fait partie de cette deuxième partie avec comportement de mépris et de fécalisation... cet anal est plutôt coléreux, rancunier, l'investissement des fèces par la libido l'entraîne dans le registre de la possession/dépossession, Posséder/Echanger, Contrôler/Donner etc.......
P. Bernard et Ch. Brisset nous proposent pour mieux comprendre les mécanismes obsessionnels l'approche suivante :
Traits de Caractère Sadique anal (tourné vers le plaisir)
Fixation au plaisir de déféquer : Difficulté d'abandonner les objets, obstination, entêtement, collectionneur, angoisse de séparation,
Réaction à l'interdiction de déféquer : Saleté, Rejet, Injures et tendances scatologiques, révolte contre l'autorité, ironie, sarcasmes,
Traits de Caractère Obsessionnel (lutte contre le plaisir)
Fixation au plaisir de déféquer : Tendance aux cadeaux, prodigalité, résignation, soumission. Réaction à l'interdiction de déféquer : Surpropreté, politesse exagérée, obséquiosité, bonté, souci de justice, défense des faibles, Respect outrancier de l'autorité.
Le Stade Urétral
Ce stade est décrit par certains auteurs, les voies urinaires vont également subir les mêmes investissements libidinaux, l'urine devient un objet chargé de sentiments, de sensations, et de fantasmes. Pour l'enfant, à cet âge "pipi" = éjaculation. Une de nos patientes, après la mort de son père alors qu'elle avait trois ans, a "pris sa place" dans le lit de sa mère. Toutes les nuits, elle "pissait" dans le lit de sa mère... qui acceptait cela très bien. Quand à 12 ans, elle est entrée à l'internat, son incontinence urinaire s'est arrêtée du jour au lendemain. Nous parlerons plutôt de traits de caractère urétraux que de l'existence à proprement parler d'un stade urétral. Ce passage presque obligatoire pour l'accession au stade phallique met en scène des traits de caractère qui mettent en exergue la compétition. Après "le caca", "le pipi" devient en fonction de la dynamique psychologique parentale un objet chargé de sentiments, de sensations et de fantasmes. Les voies urinaires vont être érotisées et l'écoulement de ce liquide tiède va provoquer un plaisir urétral ; comme dans l'érotisme anal, l'objet va être la cible de ce "jet ambivalent".
Pendant le stade phallique, l'investissement libidinal se porte principalement sur les organes génitaux. Le phallus est fortement investi par les enfants des deux sexes d'une fonction de pouvoir. C'est la découverte de la différence des sexes.
La sexualité prégénitale va laisser des empreintes qui modifieront selon les individus le fonctionnement sexuel de l'adulte selon deux grands axes :
- l'oralité oriente le comportement de l'adulte vers la possessivité liée à l'angoisse d'abandon,
- l'agressivité sadique-anale oriente le comportement de l'adulte vers la prise de pouvoir, la manipulation, l'obsessionalité, les comportements sado-masochistes...
De nombreux fantasmes et comportements sexuels liés à ces stades pré-génitaux peuvent persister chez l'adulte.
Nous sommes déjà dans la différence des sexes et la compétition ; le phallus tel qu'il est défini dans les concepts, va être investi du pouvoir que va lui conférer l'enfant. L'objet ne compte plus ; seul la possession du phallus intéresse l'individu. Ce dernier, à l'extrême, est un "phallus" incapable de supporter la contradiction ou l'échec. Erigé, il recherche l' admiration de tous. La peur de la castration module cette phallisation du corps.
Enfin ce qui représente l'axe majeur de la psychanalyse : le complexe d'dipe,
"ensemble organisé de désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve à l'égard de ses parents. Sous sa forme dite positive, le complexe se présente comme dans l'histoire d'dipe-Roi : désir de la mort de ce rival qu'est le personnage du même sexe et désir sexuel pour le personnage de sexe opposé. Sous sa forme négative, il se présente à l'inverse : amour pour le parent de même sexe et haine jalouse pour le parent de sexe opposé. Selon Freud, le complexe d'dipe est vécu dans sa période d'acmé entre trois et cinq ans lors de la phase phallique ; son déclin marque la période de latence et il connaît à la puberté une reviviscence et est surmonté avec plus ou moins de succès dans un type particulier de choix d'objet".
Nous avons tenu à citer Laplanche et Pontalis avant de dire que le complexe d'dipe est un concept plaqué par Freud sur l'humanité même si, au niveau anthropologique, on retrouve la notion universelle de la triangulaire, mais pas celle du "fameux complexe". Freud a présenté le complexe d'dipe en imputant à l'enfant la responsabilité de ses actes liés à ses désirs, ce qui entraînera une culpabilité telle que le pauvre dipe n'aura même plus d'yeux pour pleurer. Nous voyons que Freud présente le complexe d'dipe en omettant de dire que cet enfant ne se doutait pas qu'il tuait son Père et qu'il faisait l'amour à sa mère, mais surtout en omettant de rappeler que le crime originel n'est pas l'inceste et le meurtre, mais d'un infanticide, car Laïos, roi de Thèbes et sa femme Jocaste ont tenté de tuer dipe. La question est : s'agit-il d'un acte incestueux réactionnel (inconscient) ou un désir de mort (conscient) des parents pour assurer leur survie ?
De nos jours, l'inceste affecte au moins 65% des relations père-fille, mais est aussi très fréquent entre une mère et son fils. Les relations incestueuses homosexuelles mère-fille sont plus fréquentes que les relations père-fils. Dans nos groupes plus de 60% des patient(e)s ont été incesté(e)s de façon réelle ou symbolique. Nous devons rompre le silence, ne pas avoir peur de dénoncer, ceux qui ont des comportements incestueux, mais aussi ceux qui le cautionnent. Dans les cas d'inceste Père-Fille, comment la mère peut-elle être aussi aveugle ? La clinique nous montre qu'en général, un équilibre familial se met en place grâce au cautionnement de la mère. Ses bénéfices secondaires permettent de comprendre son attitude. Dans ce type de famille, nous retrouvons toujours des systèmes de liens très pathologiques, une confusion des rôles et des places des uns et des autres, et un mode familial transgressif. Toute la famille est sous la dépendance de règles implicites incestueuses respectées par l'ensemble des membres de la famille, ce qui préserve ainsi un équilibre général.
Notons aussi que l'inceste étant un fantasme très répandu, les autres adultes (instituteurs, professeurs, policiers, médecins, juges etc...) cautionneront la parole de l'adulte contre celle de l'enfant. L'inceste est quelque chose d'admis dans leurs inconscients. Ils ne peuvent donc pas condamner ceux qui font ce qu'eux-mêmes ont dans leurs fantasmes et leurs désirs. Il est de notre devoir de thérapeute de rompre cette loi du silence. Il est de notre devoir de protéger l'enfant. Le respect pour les parents, les grandes personnes ne devrait pas exister, ni dépendre d'une loi ou d'une morale. Un enfant respecte un adulte si cet adulte est respectable, nul n'est besoin de loi ou de morale.
On parle souvent de l'inceste qui arrive le plus souvent entre six et douze ans, voire après, soit sous forme de caresses érotisées ou génitalisées, soit sous forme de rapports sexuels. Mais attention, l'inceste peut prendre des formes très larvées allant d'une forme symbolique à l'abus sexuel. L'inceste symbolique couvre la gamme des comportements allant de l'érotisation des soins (suppositoires tous les soirs, masturbation au mytosil, canule intra-vaginale, baisers et caresses génitales...), à l'érotisation de certains comportements (caresses à l'enfant uniquement quand il est dans la séduction, fessées avec un cérémonial bien codifié, violences, humiliations, punitions érotiques...), système éducatif répressif (le père est jaloux de sa fille comme un amant, la mère est heureuse d'entendre son fils dire qu'il l'épousera quand il sera grand, interdit de relations à l'extérieur de la famille...).
Pour nous, l'dipe est une référence à la triangulaire et il correspond à la rencontre entre les désirs tout-à-fait normaux de l'enfant pour un ou l'autre de ses parents et les désirs souvent inconscients de ses parents. C'est donc en fonction de la gestion de la réponse des parents aux désirs de l'enfant que pourront se mettre en place la résolution du complexe d'dipe et la projection des désirs de l'enfant sur le monde extérieur. La période oedipienne couvre donc une période qui va de la vie pré-utérine (où l'on peut déjà voir les désirs fantasmatiques incestueux d'un parent pour l'enfant qu'il désire tant avoir comme objet de plaisir) à la période génitale . La période oedipienne couvre donc une période qui va de la vie pré-utérine (où l'on peut déjà voir les désirs fantasmatiques incestueux d'un parent pour l'enfant qu'il désire tant avoir comme objet de plaisir) à la période génitale . La période oedipienne couvre donc une période qui va de la vie pré-utérine (où l'on peut déjà voir les désirs fantasmatiques incestueux d'un parent pour l'enfant qu'il désire tant avoir comme objet de plaisir) à la période génitale .
5 - B/ Traits de caractère agressifs pouvant se fixer à différents stades
1/ Sadiques
Le sadisme est une pulsion réactionnelle aux frustrations subies (durant la phase orale = sadisme oral ; durant la période anale = sadisme anal ou durant l'instauration de la période oedipienne = sadisme clitoridien/phallique). Les manifestations psychologiques du sadisme sont les mêmes pour les deux sexes et renforcent les traits masochistes parce que, consciemment ou inconsciemment, ils engendrent de la culpabilité; le masochisme renforcé trouve dans d'ultérieures manifestations sadiques sa compensation. Il naît ainsi un cercle vicieux qui se définit communément comme "sado-masochisme". Cet aspect psychologique n'est pas omniprésent, mais peut présenter des aspects bien différents, comme le montrent les sujets avec une instance masochiste, non sadique. Le besoin primaire de gratification est frustré dans le sadisme. Il provoque, comme réaction de type narcissique primaire, la nécessité de satisfaire une omnipotence à travers la prise de pouvoir sur l'Autre, que ce soit physiquement ou psychologiquement.
2/ Masochistes
Le fonctionnement plus ou moins bloqué du diaphragme détermine souvent les aspects psychologiques caractéristiques qui s'expriment dans le masochisme. Localiser le masochisme au niveau du diaphragme signifie le lier à la physiologie de la respiration. Le réflexe respiratoire est acquis à la fin de la vie intra-utérine. Des premiers blocages à ce niveau de la vie vont déterminer des empreintes masochiques. Le sadisme et le masochisme sont des aspects psychologiques que nous retrouvons fréquemment associés ensembles dans divers types de caractéres. Il y a des liens qualitatifs et quantitatifs entre masochisme et sadisme , mais leur genèse psychosomatodynamique est différente. En d'autres termes, le masochisme et le sadisme peuvent coexister avec différents degrés de qualité et de quantité de dosage.
L'origine du masochisme se trouve dans tous les types d'émotion capables de provoquer l'anxiété, c'est-à-dire un certain type de peur. Le blocage diaphragmatique peut être le résultat d'une anxiété dûe aux sentiments de culpabilité inconscients. Quand on arrive à une situation de "déblocage" du diaphragme, apparaissent des mouvements involontaires préorgasmiques qui provoquent souvent chez le sujet des manifestations d'angoisse. Reich souligne que le masochisme est une pulsion secondaire parce que l'individu réprime ces mouvements qui pourraient disparaître dans le transport énergétique orgastique comme mécanisme naturel de la sexualité génitale : en fait, il n'y a pas une tendance biologique au déplaisir, comme le présumait Freud , et le masochisme est la réalisation de la peur de mourir. La peur de mourir est la caractéristique commune à tous les névrosés (pratiquement tous les "normovrosés" sont apeurés par l'orgasme). Dans le masochisme est aussi présente la peur d'exploser : l'attitude caractérielle masochiste est celle d'imploser , de subir, supporter, tolérer, "encaisser", mais comme cela arrive avec la goutte d'eau qui fait déborder le vase, à un certain moment, le masochiste saturé de son propre auto-préjudice explose et à chaque fois, l'explosion est gravement destructrice tant pour lui et que pour les autres.
L'angoisse orgastique du masochisme est vécue comme excitation déplaisante car elle n'aura pas ensuite la possibilité de se décharger avec l'orgasme. Mais une excitation qui n'a pas la possibilité de se décharger, se transforme en une agitation déplaisante: le masochiste est celui qui est capable de transformer le plaisir en déplaisir. Puisque le masochiste est une personne qui souffre et fait souffrir, on a toujours pensé que masochisme et sadisme seraient des aspects opposés d'une même structure, mais ces antithèses dialectiques peuvent se transformer l'une dans l'autre quand il y a la présence d'une condition de blocage au niveau oral, abdominal (anal) ou pelvien (urétral). Ceci signifie que la présence du masochisme n'implique pas nécessairement celle du sadisme comme cela se produit dans la caractérialité délicieusement névrotique de l'hystérique, de qui nous parlerons plus loin.
6 Le Stade génital
Si nous nous référons aux instances Freudiennes : "Ça", "Moi", "Surmoi", en ce qui concerne le "Ça", le caractère génital a résolu la problématique fondamentale dipienne. Par conséquent, il ne se crée pas, consciemment ou inconsciemment, de sentiment de culpabilité et toute la prégénitalité est sublimée en expression culturelle ou dans une dynamique érotique. La prégénitalité est sublimée, ou alors devient un pré-plaisir. Elle fait par conséquent partie des préliminaires du rapport amoureux, mais n'en constitue pas le but final.
Au contraire, en ce qui concerne le Ça du caractère névrotique, nous voyons que toute la partie instinctive se trouve dans une situation dipienne non résolue. La pulsion sexuelle arrive vécue, consciemment ou inconsciemment, sur un mode de culpabilisation . Le Surmoi du caractère génital pose comme morale, le respect de la vie, et si les pulsions du Ça sont des pulsions vitales, il ne trouve rien à redire à ce qu'elles soient satisfaites. C'est pourquoi la structure du Surmoi génital est avant tout de type sexo-affirmatif. Si l'individu n'est pas en situation oedipienne, il n'est pas nécessaire de neutraliser la culpabilité inconsciente qui viendrait d'une instance oedipienne. La libido est satisfaite directement, sans la nécessité de se cacher. Une fois arrivé à une situation génitale, chacun est en mesure d'exister dans la réalité, sachant quelles sont ses limites, quelles sont ses possibilités, sans vouloir vérifier, faire du zèle narcissique, ou refuser la satisfaction génitale au nom de l'idéal du Moi. L'idéal du Moi est sollicité, stimulé directement par l'éducation, ou indirectement par des modes culturels et sociaux. Il condamne l'individu à l'insatisfaction parce que en réalité, l'idéal du Moi est inatteignable. Mais si l'idéal du Moi est proche du réel, il ne provoque pas cette sévérité du Surmoi, caractéristique de celui qui, à part le jugement des autres, a, par dessus tout, peur de son propre jugement . Le Surmoi du névrotique est en général sexo-négatif et adopte souvent une attitude moraliste, brusque voire brutale. Avec des attitudes de type moraliste et d'obligation la puissance sexuelle se trouve bloquée ou compensée, selon ce que l'idéal du Moi propose. Généralement le Ça et le Surmoi sont en conflit et le champ de bataille sur lequel ils se rencontrent est le Moi. Il s'agit toujours d'une situation dialectique : les instances du Ça peuvent nous nuirent parce qu'elles rencontrent le véto du Surmoi. Les instances du Surmoi peuvent nous nuirent, envahissant le Ça et empêchant certaines manifestations naturelles. Le Moi génital par contre ne rencontre pas ces pressions. Le Moi du caractère génital est un Moi en continuelle expansion, parce que les instances du Ça et du Surmoi ont des limites existentielles acceptables et solides en ce qui concerne le rapport avec les autres et la possibilité de socialisation et de convivialité. Pour le Moi génital, la sexualité serait vécue sans culpabilité. Toute l'agressivité et la prégénitalité seraient sublimées et/ou érotisées, les perversions laisseraient la place à ce que nous nommons le "libertinage". (par exemple le caractère génital n'est pas rigide ou inflexible dans sa sexualité. S'il est monogame, c'est le fruit d'un choix. Le caractère génital peut renoncer à la monogamie si cette monogamie devait lui coûter, devait le faire vivre mal. Il s'agit donc d'une personne responsable qui accepte la réalité de façon dynamique. C'est donc une personne qui considère l'intellect comme un aspect aussi primordial que la génitalité.)