Tout ce qui passe n'est que symbole
Nous avons effectué un travail d'enquête très important dont les résultats peuvent être consultés dans le livre "Les Fantasmes" aux Éditions de La Louvière, livre qui a la particularité d'aborder ce thème d'un point de vue pluridimensionnelle. Ce livre a été écrit par plusieurs auteurs qui développent des points de vue d'écoles très différents.
Avant d'aller plus loin, définissons quelques concepts. Dans le livre "L'imaginaire en sexologie clinique" de Willy PASINI et Claude CREPAULT, les auteurs définissent ainsi la normalité :
" La normalité morale. - Il est moralement bon ou mauvais d'encourager certains comportements sexuels, selon qu'on accepte de donner un sens à la sexualité hors du couple constitué et d'une finalité procréative. La normalité psychologique. - La sexualité est naturellement acceptable quand le sujet s'y sent à l'aise, quand il y a plus de joie que de culpabilité, quand, pour utiliser un mot désuet, elle est égosyntonique. La normalité sexuelle de couple. - Elle reflète la convergence des deux normes individuelles."
"Bizarres, incongrus, parfois “immoraux”, obscènes ou pudiques, violents ou sentimentaux, romantiques, les fantasmes sont des mises en scène qui exercent à la fois une fascination très forte et une exacerbation des désirs" (Marine Dietrich).
Les fantasmes
L'imaginaire érotique correspond à la possibilité qu'a l'être humain de s'auto-érotiser mentalement par la création et l'utilisation de fantasmes. Le fantasme érotique est une représentation mentale, en général consciente, se présentant sous une forme hédonique et imagée capable de provoquer une excitation sexuelle. Les fantasmes apparaissent dans cette enquête et les entretiens, non pas exclusivement comme une force psychique consciente ou inconsciente agissant sur le comportement et la personnalité, mais comme des fantaisies imaginaires érotiques, supports des activités sexuelles ou des rêveries. Une des raisons d'être de cette fantaisie imaginaire semble se situer au-delà du plaisir tiré de la transgression, dans la créativité de comportements sexuels marginaux et érotiques, permettant la personnalisation de l'acte et des préliminaires sexuels. La confrontation avec l'inconnu, l'interdit et l'imprévisible, source d'angoisse et de plaisir, joue un rôle dynamisant dans la fantasmatique érotique.
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96,87 % des hommes ont des fantasmes 97,60 % des femmes ont des fantasmes.
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Les Fantasmes les plus rencontrés ........
Les fantasmes oraux (fixation de la libido au stade oral) avec thème de dévoration, d'incorporation, d'effraction et de destruction sur un mode agressif, fantasmes d'abandon et de fusion ;
Les fantasmes sadiques anaux (fixation de la libido au stade anal) avec relation sexuelle vécue sur un mode de domination/soumission, sadomasochisme, de prise de pouvoir avec thèmes d'écartèlement, d'éclatement et de rupture de la femme, de vagin destructeur. Les pertes liquides, le sperme sont associés à des agents agressifs ou à des souillures ;
Les fantasmes œdipiens avec trouble de l'identification génitale et angoisse de castration, fantasmes de triolisme, d'échangisme et de groupe, homosexualité
Fantasmes libres
Ils sont élaborés spontanément ou en réponse à un besoin, souvent après une excitation ou un stimulus sensoriel d'origine exogène. Ils peuvent apparaître en dehors d'une relation sexuelle, mais le plus souvent leur élaboration est concomitante à une situation érotique.
Dans ce type de fantasmes, on trouve fréquemment :
- Rappel d'expériences sexuelles antérieures (chez les femmes surtout)
- Remplacement du partenaire habituel (chez les hommes surtout)
- Romantisme, rencontre et rapports idylliques
- Anatomies sexuelles, positions sexuelles
- Rapports bucco-génitaux et bucco-anaux.
Nous avons pu relever dans les fantasmes élaborés spontanément, l'existence d'une fantasmatique particulièrement anxiogène et inhibante (fantasmes négatifs), résultant chez certains individus d'une mauvaise intégration de la sexualité infantile. L'activité fantasmatique est imprégnée par les mécanismes de la sexualité prégénitale et par le narcissisme. Certains cas de vaginisme, de frigidité (inhibition devant le pénis dangereux), d'impuissance (peur du vagin, peur de la femme), d'éjaculation précoce ou tardive, d'anorgasmie (frustration du partenaire) sont en rapport avec cette fantasmatique prégénitale.
Fantasmes actifs
Ceux-ci sont élaborés de façon volontaire, ils sont utilisés comme moyens d'excitation et sont destinés à activer qualitativement la relation érotique en se substituant en partie à la réalité pour une meilleure obtention du plaisir et de la jouissance. On retrouve fréquemment des fantasmes portant sur le lieu, le décor, le romantisme et les relations idylliques, les relations sado-masochistes, le voyeurisme, l'exhibitionnisme, les rapports bucco-génitaux et la sodomie, l'échangisme et le triolisme.
Fantasmes pré-orgasmiques
Chez l'homme, presque tous les fantasmes se retrouvent, les plus fréquents étant ceux portant sur la sexualité de groupe, le triolisme, le romantisme et les rapports sado-masochistes. Certains hommes ressentent en eux une envie de dominer, d'agresser, de transpercer ou de prendre de force leur partenaire au moment de l'orgasme. D'autres disent qu'ils se laissent aller, s'abandonnent sachant que l'orgasme imminent va leur apporter une sensation agréable d'apaisement. Chez les femmes, nous avons retrouvé ce sentiment d'abandon pré-orgasmique qui est accompagné par deux groupes de fantasmes. Dans le premier, le sentiment d'abandon s'associe à une fantasmatique romantique, idyllique, de rappel d'expériences sexuelles antérieures ou de voyeurisme du rapport en cours. Dans le deuxième groupe, le sentiment d'abandon est sous-tendu par des fantasmes de soumission, de rapports sexuels imposés, de rapports sado-masochistes, d'exhibitionnisme ou de sexualité de groupe.
Les fantasmes orgasmiques nous ont été peu décrits, différents sujets nous ont parlé d'images confuses et peu discernables, de sensations qui sont plus en rapport avec l'orgasme qu'avec l'activité fantasmatique. Les fantasmes orgasmiques ou juste avant l'orgasme sont très profonds, difficilement accessibles au niveau verbal. Il semblerait que ce soit toujours les mêmes (un ou deux) pour chaque individu.
Période post-orgasmique
La fantasmatique post-orgasmique semble plus liée à un état psycho-corporel qu'à une activité imaginaire. Cet état post-orgasmique est dépendant de la qualité de l'orgasme et de la bonne résolution des tensions musculaires et pelviennes. Dans un contexte d'insatisfaction et de malaise post-orgasmique, une activité fantasmatique agressive accompagne souvent la mauvaise résolution des tensions et de l'angoisse. L'état de malaise avec tension associée à une congestion, une douleur ou une irritation pelvienne se retrouve aussi après les orgasmes douloureux (dyspareunie, vaginisme, manque de désir, mésentente conjugale...). L'orgasme peut être de type anesthésique chez des sujets qui rejettent la sexualité et qui refusent l'orgasme. Le "je ne sens rien" qu'il faudrait traduire par "je ne dois rien sentir" est souvent le résultat de censures religieuses, sociales ou culturelles, d'ignorance ou d'inadéquation de l'éducation sexuelle. Parfois il peut exister dans les antécédents des traumatismes psychosexuels.
Des sentiments de bien-être, de plénitude, d'oubli ou de joie succèdent souvent à l'orgasme, mais nous avons pu noter des états de tristesse ou des états dépressifs post-orgasmiques.
Le vécu et les traces mnésiques laissées par ces différents états, correspondant aux périodes pré-orgasmiques, orgasmiques et post-orgasmiques, vont influencer la fantasmatique du moment, mais aussi celle qui précédera ou accompagnera les relations sexuelles futures.
Dans l'activité fantasmatique qui accompagne la relation sexuelle, se retrouvent les tendances perverses, résidus de la sexualité infantile. L'envie de réaliser ces tendances, la résistance à cette envie et l'angoisse qui leur est associée jouent un rôle important dans la gestion de l'excitation sexuelle et de l'accession à la phase pré-orgasmique.
Quelques chiffres qui nous paraissent importants à connaître : Enquête réalisée en 1987
68 % des femmes ont des fantasmes de remplacement du partenaire habituel alors que 51,52 % ont eu au moins un rapport extra-conjugal dans leur vie, 39 % ayant eu quelques relations extra-conjugales. 17 % des femmes fantasment donc sur le remplacement de leur partenaire sans jamais passer à l'acte. Pour les hommes, 11 % fantasment sans passage à l'acte. Les femmes identifient souvent le remplaçant comme un homme qu'elles ne connaissent pas. Certaines fantasment sur des animaux, d'autres sur des relations incestueuses. Les hommes fantasment presque toujours sur une femme, ou qu'ils connaissent, ou à laquelle ils donnent figure connue. Ils l'idéalisent parfois en femme soumise à toutes leurs exigences sexuelles. On retrouve fréquemment des fantasmes homosexuels. 24 % des hommes fantasment sur les rapports bucco-génitaux, 77 % pratiquent le cunnilingus, 62 % sont amateurs de fellations. Quant-aux femmes, 76 % pratiquent la fellation avec leur partenaire habituel (44 % avec partenaire de passage), 74 % apprécient le cunnilingus avec leur partenaire habituel (47 % avec celui de passage), 22,28 % des femmes ont des fantasmes portant sur les rapports bucco-génitaux. 41 % des hommes sodomisent leur partenaire habituelle, 25 % pratiquent la sodomie avec une partenaire de passage. Pour les femmes : 17 % acceptent de se faire sodomiser par leur partenaire habituel contre 8 % qui acceptent de le faire avec un partenaire de passage. Alors que 41 % des hommes pratiquent la sodomie, 52 % fantasment ce type de rapport, 19 % le fantasment sans passage à l'acte. Alors que 17 % des femmes aiment se faire sodomiser et en ont une demande fréquente, 36,20 % fantasment ce type de rapport, 23 % le fantasment sans passage à l'acte. En ce qui concernent les "jeux sado-maso", (10% de pratique) nous avons constaté qu'ils sont liés à la recherche d'un plaisir au cours duquel la douleur imposée à soi-même ou à l'autre fait partie d'un jeu sexuel. Les fantasmes et l'imaginaire aidant, cela aboutit assez souvent à des mises en scène avec chaînes, cordes, utilisation de martinet ou de fouet... lors de jeux érotiques en général parfaitement codifiés et dans lesquels chaque partenaire joue un rôle déterminé à l'avance.
Les motifs de consultation chez un couple pervers
La perversion, négatif de la névrose, protège plus ou moins de la névrose et de la décompensation. Elle apparaît plus fréquemment au niveau des structures pré-oedipiennes. Les patients consultent pour des troubles d'ordre psychosomatique, des désordres psychologiques, des perturbations psycho-affectives (dépression, asthénie, angoisse...). Dans les couples pervers, le système économique mis en place protège de la tendance dépressive.
Les couples en crise consultent :
- ou pour retrouver un nouvel équilibre pervers, celui existant antérieurement s'étant détérioré, suite à un déséquilibre de la relation de couple, par changement de comportement de l'un des partenaires,
- ou suite à l'apparition, chez un des partenaires, de symptômes psychosomatiques, psycho-névrotiques ou dépressifs.
Dans la consultation sexologique deux points sont importants :
- Le secret et le contrat pervers soudent le couple. L'ingérence du sexologue dans le monde fantasmatique de ce couple peut entraîner une décompensation chez un des partenaires par perturbation du système économique.
- Dans ce type de consultation, un nouveau couple (couple pervers/sexologue) risque de se constituer organisant alors la relation thérapeutique sur un mode pervers (exhibition/voyeurisme, sado/maso, permissif/moralisateur...).
Le thérapeute s'intéressera aux investissements, identifications et projections, mais aussi aux motivations conscientes et inconscientes de la rencontre inaugurale, comment s'est fait le choix sexuel en fonction des représentations et des fantasmes inconscients de chacun des partenaires. La sexualité et le couple sont des lieux où les fonctionnements psycho-affectifs sont liés à des structures oedipiennes et archaïques pré-existantes. Les processus archaïques et oedipiens d'un des partenaires sont en interaction avec ceux de l'Autre. L'équilibre régressif fait que chaque partenaire est en contact avec les sources pulsionnelles de l'Autre.
Cas cliniques
Les fantasmes et jeux prostitutionnels
Je préfère réserver un paragraphe à ce type de fantasmes et de pratiques peu décrits dans la littérature scientifique. En effet, ce travail qui concerne les femmes qui se prostituent pour des raisons autres que financières, est le résultat de mes recherches effectués lors de l'enquête sur les fantasmes et les perversions, des interrogatoires menés dans certains milieux (clubs de rencontres, clubs échangistes, utilisateurs des messageries roses...) et de cas cliniques rencontrés en thérapie de 1988 à 1991. Les fantasmes de prostitution sont des fantasmes féminins que l'on retrouve bien plus fréquemment que le fantasme de viol.
Quelques chiffres intéressants de l'enquête portant sur 480 femmes :
- 55 % de femmes fantasment des rapports sexuels imposés
- Dans ces 55 %, seulement 1/3 des femmes fantasment un viol élaboré sous forme de jeu non violent
- 53 % des femmes fantasment d'être exhibées en public
- 17 % affirment pratiquer lors des scénarios érotiques des jeux où elles sont en lingerie (guêpière, bas, porte jarretelles...) ou en cuir. Dans ces
scénarios, elles jouent aux prostituées ou aux femmes fatales.
La prostitution, commerce des charmes et du corps, utilisation de la séduction et du désir de l'Autre, fantasme féminin... ? Au-delà de la prostituée (Irma la Douce, Rosa la Rose, Angel...) et de la call-girl (le cadeau, Madame Claude, le téléphone rose, la femme flambée...) qui font de la prostitution un métier (bien qu'on puisse s'interroger sur la structure psychologique qui les amène à faire ce choix) je vais aborder la prostitution et les fantasmes de prostitution chez les femmes qui la pratiquent pour des raisons autres que financières. Vendre son corps, l'échanger, séduire est un des fantasmes féminins répondant à celui, tout à fait masculin, de posséder celle qui répondra à ses fantasmes. Le cinéma offre un miroir plus ou moins déformé de la vie mais s'en inspire (Belle de Jour, les jours et les nuits de China-Blue, l'orchidée sauvage, Histoire d'O...). Certaines de ces femmes se prostituent depuis leur adolescence, d'autres après quelques mois ou quelques années de mariage. J'ai constaté que les femmes mariées le font plus que les femmes célibataires.
Ces femmes se prostituent pour changer de vie, parce qu'elles en ont besoin "pour jouer un autre rôle" disent-elles, que celui qu'elles occupent habituellement au sein de leur famille ou de leur milieu socio-professionnel. Joueraient-elle donc deux rôles différents ? Dans ce jeu prostitutionnel, elles changent de rôle, trouvent une nouvelle identité (sorte de dédoublement de personnalité). Dans cette nouvelle identité elles se permettent ce qu'elles n'oseraient pas faire en fonction de leur image de mère de famille.
Je ne prendrai pas en compte, dans ce travail, les femmes qui se font violer par leur mari, qui acceptent l'acte sexuel sans désir, pour avoir la paix, par dépendance ou devoir conjugal (prostitution conjugale). La fonction sociale de la prostituée est de faire ce que l'épouse, la "femme honnête" ne peut pas se permettre de faire. Le mari va chercher chez la prostituée ce que sa femme lui refuse, réserve à son amant, ou ce qu'il n'ose pas lui demander. Certains hommes affublés d'épouses investies dans l'"image de la Mère", peu érotiques, cherchent chez la prostituée, ou chez certaines partenaires, des femmes capables d'entendre leurs désirs, leurs fantasmes et de satisfaire certains de leurs caprices sexuels.
APPROCHE THÉORIQUE DES CAS CLINIQUES
Les premières expériences de l'enfant se font au travers du désir de l'Autre. Les fantasmes, les comportements des parents entre eux, l'attitude séductrice de ces derniers influenceront le développement psycho-sexuel de l'enfant. L'enfant va se construire dans sa rencontre avec le désir de l'Autre sur la base des processus identificatoires et en fonction des pulsions secondaires d'emprise (Dorey 1981) et d'attachement. Pour certains, la sensation d'exister se fait au travers des désirs de l'Autre, la libido investissant alors les objets sur un mode archaïque (ce lien pouvant se faire sur différents objets : vivant, matériel ou idéologique).
- La pulsion d'emprise amène le sujet à contrôler et à maîtriser l'environnement, à chercher dans les objets la satisfaction en fonction du principe de plaisir. On y retrouvera les tendances sadiques anales au service du développement narcissique.
- La pulsion d'attachement lie le sujet à l'objet dans une relation de dépendance passive et dans la recherche d'un amour primaire jamais obtenu.
La femme cherchera à combler cette carence archaïque pour éviter la sensation d'anéantissement entraînée par la mise en contact avec cette carence. Elle sera alors prête à tout pour conserver l'Autre dans une relation de soumission. Dans cette inter-relation, différentes phases peuvent apparaître :
- Accès de rage, de colère et de révolte lorsque la rage archaïque (en relation avec la carence) est contactée
- Des phases dépressives lorsque la détresse est contactée avec le sentiment que rien ne comblera jamais ce manque.
Les comportements mortifères de l'adulte renvoient à l'empreinte archaïque des premières rencontres avec le désir de l'Autre, traces qui ont été refoulées. Il convient d'en comprendre le sens pour essayer d'arrêter la répétition qui tente de satisfaire les pulsions primaires et secondaires, ainsi que la carence. Le masochisme est un mouvement secondaire dévié de son but originaire par le mode de satisfaction qu'il a trouvé avec les premiers objets et sur la base des premiers échanges archaïques et oedipiens tels qu'ils étaient gérés dans le milieu familial. Dans le masochisme féminin et la prostitution, on retrouve les traces de l'investissement de la douleur ou de la soumission comme moyen d'attirer l'attention de l'Autre (Sylvie dit : je suis dans le désir de l'Autre, je vais faire tout ce qu'il attend de moi). Les perversions et les configurations fantasmatiques liées à ces périodes archaïques sont restructurées plus tardivement lors de la phase sadique anale et de la phase oedipienne. Si les parents gèrent mal leurs pulsions et leurs fantasmes, s'ils ne mettent pas de limites à leur pulsions sexuelles et agressives, s'ils les laissent envahir les soins et les contacts qu'ils prodiguent à l'enfant, la structuration de l'enfant lors de la phase oedipienne sera perturbée.
Il y a donc une double organisation du conflit intra-psychique :
- l'un est de nature objectale (libidinale) et concerne la sexualité
- l'autre est de nature archaïque et agit sur l'objectal dans un processus qui intègre la perversion à des fins économiques
Les relations à l'Autre sont marquées par la relation archaïque, les fixations prégénitales, les processus identificatoires et l'érotisation de la relation parent/enfant. Pour Sandrine, la souffrance, le don de soi sont le prix à payer, elle accumule les transgressions, accepte tout, va jusqu'au bout des situations mises en place. "Ma grand-mère avait raison, je suis bonne à rien, comme ma mère, d'ailleurs ma grand-mère me disait : Y'a qu'avec ton cul que tu t'en sortiras". Elle découvrira que son père était plutôt "cochon" et qu'il lui disait : "T'es jolie, je t'aime bien". De temps en temps il lui tapotait gentiment les fesses. Le grand-père lui faisait aussi des câlins, mais découvrira-t-elle très érotisés, et ce à partir de 10 ans". Quand elle est avec des partenaires dominateurs elle se soumet car son opposition au désir de l'Autre lui fait peur (peur de tuer, peur de le perdre) et l'amène à la collusion avec le désir de l'Autre
Certaines de ces patientes, quand l'homme est par trop occupé à la satisfaction de ses plaisirs dans la relation sexuelle perverse, mettent en place des conduites de sabotage qui s'attaquent aux structures psychologiques du partenaire. D'autres, qui se soumettent à leur partenaire dans la sexualité, deviennent plutôt dominatrices et tentent de le déstabiliser dans la vie conjugale. Sylvie est dominatrice avec son mari mais recherche des partenaires extérieurs auxquels elle se soumet. Nous voyons bien dans ces exemples les alternances de phases domination/soumission, sadique/masochiste, comme si, pour ces femmes, les relations ne pouvaient s'organiser qu'en fonction de ces deux pôles.
Si on ne se limite pas à recueillir un discours, après s'être demandé ce que veut le pervers et de quoi il veut se débarrasser, que pouvons-nous lui proposer ?
Une thérapie de type analytique est souhaitable pour rechercher la finalité et la causalité de ces conduites, pour éviter les conduites mortifères et sortir le sujet du comportement répétitif issu du modèle des premières relations objectales. Le travail corporel et émotionnel permettra d'aborder, comme nous l'avons vu, l'archaïque. Ainsi, il sera possible de répondre aux besoins, d'aborder la carence et la rage dans une relation transférentielle bien maîtrisée.
Chez le névrosé nous savons qu'au cours de la thérapie s'organise une névrose de transfert, avec le pervers se met en place une perversion de la relation transférentielle et aussi parfois même des buts de la thérapie. Les patients pervers vont essayer d'introduire dans la relation transférentielle la séduction, l'érotisation, des pactes pervers. Ils vont tenter d'utiliser le cadre de la thérapie pour manipuler le thérapeute, mais aussi ils vont essayer de transgresser
Odile, dans la thérapie, se sert d'un instrument de choix qui est la parole. Avec les mots elle essaie d'agir sur moi comme elle agit avec ses partenaires, espérant entre autres m'exciter plutôt que d'utiliser les interprétations et leurs contenus. Elle essaie par ses récits de "m'initier à des plaisirs exceptionnels". L'acte de parole doit être considéré comme un passage à l'acte. Dans ce cas au cours de la relation transférentielle il peut donc y avoir des passages à l'acte réel ou symbolique avec, dans cette relation pervertie par le patient une opposition à l'emprise de l'Autre (le thérapeute) entraînant des transgressions, des passages à l'acte et de la colère. Les résistances et les défenses ont comme but principal d'empêcher le travail sur l'archaïque. Le thérapeute doit être particulièrement attentif à ses réactions contre transférentielles pour amener des réponses psychologiques et corporelles adaptées aux besoins de son patient lors du travail dans l'archaïque. L'utilisation du contre transfert revêt donc une importance considérable. Le travail corporel et émotionnel portant sur la période archaïque aura aussi comme but de modifier le fonctionnement économique mis en place.
Le masochisme, la prostitution et la soumission ne sont pas une tendance féminine, mais l'expression d'une relation archaïque et oedipienne perturbée. Nous devons aussi prendre en compte dans l'étiologie de ces modes pervers l'influence du milieu socio-culturel, de l'éducation, de l'inconscient collectif et de la façon dont les symboles sont ré-agencés par l'inconscient du patient. La femme en position passive va rechercher un partenaire dans la pulsion d'emprise car lors du rapport sexuel, l'Autre deviendra un leurre dans un jeu où il sera l'objet aimé/aimant/haï (Le chant des sirènes)
C'est la question qui revient le plus souvent en consultation : est-il normal d'avoir des fantasmes ?
La sexualité est un plaisir très raffiné, le risque de routine dans la vie d'un couple est grand, alors ne vous privez pas de fantasmes qui ouvrent les voies du plaisir en apportant à l'acte sexuel un ensemble d'excitations nouvelles, fortes en sensations et en images.
La sexualité et le désir ont besoin d'être agrémentés de mystères, de jeux et d'interdits à transgresser. Faire des "choses" qui sont plus ou moins interdites augmente fortement l'excitation ; la peur associée à cette transgression a aussi un effet positif (un enfant prendra plus de plaisir à manger une pomme qu'il a du mal à dérober en grimpant sur l'arbre du voisin ; une femme sera très excitée en faisant l'amour dans un parking sur le capot de la voiture, au risque d'être vue...). Mais la peur peut aussi avoir un effet négatif et bloquer la personne qui ne sent pas bien dans une situation inhabituelle (un homme qui a toujours eu le fantasme de faire l'amour à une hôtesse de l'air. Un jour, il a la possibilité de réaliser son fantasme mais, il n'arrive pas à avoir d'érection alors que l'hôtesse jupe retroussée, assise sur une table dans un bureau de l'aéroport, lui demande de lui faire l'amour. Femme trop libérée, bureau dans lequel quelqu'un pourrait entrer, situation trop forte... cet homme perd ses moyens et ... son érection !
A vouloir refouler ou réprimer leurs fantasmes, nos patients voient leur sexualité s'inhiber, leurs désirs diminuer ou même des déséquilibres d'ordre psychologique apparaître.
Le sexologue, lors d'une consultation, va être amené à rechercher et à décrypter les fantasmes négatifs.
Les fantasmes négatifs entraînent de l'anxiété, de l'angoisse ou de la peur, ils ont tendance à diminuer les excitations sexuelles et rendent l'accession au plaisir difficile.
En sexothérapie, certaines approches ont pour but de déculpabiliser les patients en atténuant l'effet négatif de la honte et de la culpabilité, ou de redonner accès aux patients à leur monde imaginaire érotique. En effet, la honte, la culpabilité, le dégoût et le rejet provoqués par les fantasmes entraînent des inhibitions sexuelles et des désordres psychologiques par l'intermédiaire des "fantasmes anxiogènes".
Quelques exemples de fantasmes négatifs :
- la peur de maladies sexuelles, des infections génitales...
- la peur de la grossesse (même avec une contraception)
- les complexes d'infériorité (je ne suis pas à la hauteur, je ne suis pas assez câlin(e)...)
- les craintes narcissiques (mes seins tombent, mon ventre a trop de vergetures, ma verge est trop petite...).
Ces images et pensées, développées à l'encontre des fantasmes érotiques vont perturber l'équilibre psychologique et sexuel de l'individu.
Si le partenaire est capable d'entendre les fantasmes de son conjoint, alors ils peuvent les partager et mettre ainsi plus de piments dans leurs relations sexuelles. Parler de ses fantasmes permet de les intégrer dans la vie sexuelle du couple et de ne pas rester en permanence fixé dessus. A fantasmer en permanence lors de tous les rapports sexuels, l'individu risque d'entrer dans une sorte de conduite auto-érotique qui le couperait de la réalité. Dire ses fantasmes peut amener un des deux conjoints à vouloir les réaliser et ils ne doivent jamais être imposés. Nous en arrivons donc à la deuxième grande question.
Peut-on réaliser ses fantasmes ?
Difficile de répondre par oui ou par non à une question posée sous cette forme, nous ne devons pas condamner des comportements différents s'éloignant de la sexualité génitale. Nous entendons par génitalité, une sexualité vécue sous sa forme génitale avec pénétration vaginale, baisers et caresses mutuelles.
Toutes conduites qui s'écarteraient de cette prétendue "norme" sont à rattacher à la sexualité prégénitale et sont appelées de façon générale "perversions". En français, le mot de "perversions" semble apparaître dès 1444, il provient du latin perversio. Le verbe pervertere signifie "retourner". Perversion fût rapidement employée dans le sens péjoratif du mot retournement, elle est employée pour désigner certains troubles des fonctions physiologiques (perversion du goût, de l'odorat...). Au début du XXième siècle, "perversion" s'entendra comme anomalie du comportement sexuel. Dans le DSM I apparaît pour la première fois le terme de "perversions sexuelles", mais celui-ci à l'époque, fût synonyme de pêcher et de tout ce que ce mot pouvait réveiller dans l'imaginaire et la morale puritaine.. Puis en 1980, on retrouve dans le DSM III répertoriés sous les troubles psycho-sexuels : les troubles de l'identité de genres et les paraphilies (Para -déviation- étant le chemin sur lequel l'individu est attiré). C'est dans cette rubrique que nous retrouvons : fétichisme, pédophilie, exhibitionnisme, voyeurisme, sadisme, masochisme, zoophilie, coprophilie, nécrophilie, mysophilie, scatologie, urologie... . Freud a classé les perversions dans ses "Trois essais sur la théorie de la sexualité" en quatre groupes. Le premier comprend les différentes formes d'homosexualité, le deuxième se compose des différentes formes de sado-masochisme. Le troisième regroupe les perversions qui se rattachent à une pulsion partielle ou à la préférence d'autres parties prégénitales du corps. Le quatrième groupe se caractérise par l'attachement à un objet inanimé : fétichisme, transvestisme...et cleptomanie. Je pense que le terme de perversion est trop fort et qu'il ne peut être appliqué de façon systématique à des sexualités qui sont différentes d'une sexualité qui serait considérée comme "saine" ou "normative". L'homme n'est-il pas d'ailleurs, au sens psychologique du terme, un pervers, dans la mesure où son imagination et sa créativité vont l'amener à détourner de leur finalité certains comportements ? Par exemple, la recherche du plaisir par les rapports sexuels est une "perversion" puisque, et de nombreux auteurs le soulignent, la sexualité "normative" n'a pour but que la procréation. Il en est de même pour les plaisirs gastronomiques, puisqu'il n'est nul besoin de réaliser des plats compliqués et savoureux pour se nourrir. Les cultures et la psychologie ont d'immenses difficultés à décider avec certitude de ce qui est "normal" et de ce qui est "pervers". Mais alors comment faut-il considérer le choix de l'autre partenaire ? Le choix de l'objet d'amour - source de la satisfaction pulsionnelle - se fait soit dans le registre pervers, névrotique ou psychotique. Tous les scénarios au cours desquels se réalisent les fantasmes sont admissibles, ils ne sont pas condamnables s'ils s'exercent dans le respect le plus profond de chacun et s'ils mènent à la satisfaction des partenaires.
Pour l'analyste , le fantasme pervers représente une partie d'un système inconscient plus vaste, résidu de la problématique oedipienne, de l'angoisse de castration et de la périnatalité. Dans la névrose, le fantasme refoulé entraîne une souffrance, alors que dans la perversion, les pulsions, qui dans la névrose auraient été refoulées, s'expriment. D'où la théorie Freudienne : "La névrose est le négatif de la perversion". Dans la perversion, les pulsions ne sont ni refoulées, ni sublimées. Nous pouvons donc parler de perversion par absence de Surmoi, par imperfection de structure du Surmoi et la perversion par inutilisation volontaire de la répression. Dans ce dernier cadre, le pervers vit ses fantasmes, il n'ignore pas la Loi, il la transgresse ce qui n'entraîne pas de refoulement. Le Moi du pervers n'est pas assez fort pour accéder à la génitalité mûre ; il utilise d'une part l'idéalisation et d'autre part le déni, ce faisant, fonctionne dans l'illusion et la transgression. Le Moi n'étant pas assez fort pour maîtriser la peur de la castration, le pervers désavoue la possibilité de castration et a alors pour l'Autre le suppléant fantasmatique et réel qui lui manque. La jouissance de l'Autre n'est pas un problème pour le pervers puisqu'il possède ce qu'il faut pour faire jouir l'Autre et que, de plus, il possède le Savoir de la jouissance de l'Autre. Le pervers prend la place du Père et s'offre à l'Autre en se servant de l'image phallique. Le pervers jouit du manque du corps de l'Autre par l'intermédiaire de la jouissance d'organe fantasmatique attribué au corps de l'Autre. Le pervers sait mieux que le névrosé quoi faire de l'Objet. Le pervers peut-être noué dans le fantasme en tant qu'objet, comme cela se produit aussi dans la névrose, mais l'utilisation de l'Autre en tant qu'objet est un trait caractéristique du fonctionnement pervers. Dans la névrose le Sujet s'offre à l'Autre en se servant de l'image du Père, dans la perversion le sujet se sert de l'image phallique. Le pervers réalise la jouissance de l'Autre, jouissance qui, pour le névrosé, est réalisée par le Père.
La réalisation des fantasmes en couple correspond à une certaine forme de liberté et d'érotisme, mais à une condition: le respect et la liberté de l'autre et l'accession à un plaisir partagé.
Au XVIIième Siècle, le libertinage était entre autres un refus du catholicisme et de toute forme religieuse ou politique de répression sexuelle. Le libertinage, qui n'est pas forcément sexuel, n'est pas la seule forme de refus des interdits religieux. Ce refus s'est exprimé au travers de l'hérésie, puis à partir la révolution, de différentes manières (enterrements civils, crémation, mariages civils, divorce....). Les banquets gras du "Vendredi(-dit-)Saint" tenus à Pâques, contestent l'autorité cléricale et trouvent leur origine dans un repas célèbre : celui offert par Sainte -Beuve à ses amis Renan, Flaubert, Taine, About et le prince Napoléon, le 10 Avril 1868. Aujourd'hui, une cinquantaine de ces banquets "anti-interdits" sont organisés chaque année à travers la France par la Libre Pensée.
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Pour certains, le libertin est un épicurien qui, de par sa recherche, son intelligence, son mode d'être, son esprit éclairé et ouvert a su atteindre un important degré d'épanouissement ; le vertueux, quant-à lui, est une personne qui s'impose une conduite stricte, dure et rigide exigeant le sacrifice (le sien... c'est son problème et celui des autres... ce n'est certes pas son problème) du bonheur présent pour un bonheur futur hypothétique.L'enfant ne gardera finalement que le ou les schémas comportementaux dits pervers qui lui seront nécessaire pour s'adapter à son milieu. Ce milieu, pour que l'enfant y soit adapté, doit être au plus proche du milieu social dans lequel il a évolué. Dans les autres milieux, il mettra en place de nouveaux systèmes comportementaux pervers pour s'adapter. Ainsi n'est-il pas souhaitable et nécessaire de conserver un certain degré de perversion ?" (Marine Dietrich). Tout d'abord, nous pensons, que le qualificatif de pervers ne devrait plus être utilisé que dans les cas pathologiques. Ainsi, le qualificatif de libertin pourrait-être utilisé pour toutes celles et ceux qui ont des comportements sexuels différents, mais qui ne sont pas pathologiques. En ne réactualisant pas la nosographie psychopathologique, les classifications des différentes maladies mentales deviennent, de par les représentations négatives qu'elles entretiennent, des termes iatrogènes. Les découvertes scientifiques et les changement socioculturels évoluent plus vite que les mentalités individuelles, qui n'étant pas capables de se remettre en cause et de changer, préfèrent se rigidifier au risque de régresser.
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Le névrotique a une sexualité triste et anxieuse, le pervers une sexualité violente et mortifère, le libertin aurait une sexualité vivante et créative.
In fine, un comportement sexuel est pervers lorsqu'il est contraignant, irrésistible, difficilement maîtrisable et qu'il est un passage obligatoire, exclusif et répétitif comme moyen d'accession à l'excitation ou à l'orgasme, qui ne considère l'autre que comme un vulgaire objet destiné à satisfaire les demandes perverses.
Les relations extra-conjugales, les rapports bucco-génitaux, la sodomie, les rapports homosexuels, le fétichisme, le voyeurisme et l'exhibitionnisme, l'échangisme, le triolisme, la sexualité de groupe, le sado-masochisme, la bisexualité, coprolagnie, l'urolagnie et la scatologie ... ne devraient pas toujours être considérés comme des conduites perverses ou des comportements pathologiques, à condition qu'ils ne soient pas imposés au partenaire et que l'individu les pratique avec discernement. Ceux sont des comportements sexuels, certes minoritaires, disons libertins en référence à une sexualité procréative de type normatif. Dans le domaine de la sexualité tout est permis, à part certains comportements déviants hautement pathologiques qui sont des actes criminels : les viols, les abus sexuels sur enfants, la bestialité avec violence, la torture sexuelle (humiliations graves, atteintes à l'intégrité corporelle...), l'inceste et la nécrophilie sont inacceptables dans le cadre de toute vie sociale et doivent être considérés comme pervers. Ces comportements sont des crimes et le fait de personnes n'étant pas ou plus capables de discernement. La frontière entre l'admissible et l'inadmissible peut être difficile à délimiter.
Nous ouvrons une parenthèse en ce qui concerne l'inceste. Près d'un enfant sur cinq a été abusé sexuellement ou incesté. Dans notre clientèle, près de 60% ont été victimes d'abus sexuels et/ou d'actes incestueux. A notre époque et dans notre société, on nous fait croire que l'inceste touche plus particulièrement les milieux familiaux défavorisés. Pourtant, il n'en n'est rien, de manière moins caricaturale, plus insidieuse, l'inceste est présent dans de nombreux milieux familiaux favorisés. Notre société ferme-t-elle les yeux, cautionne-t-elle cela ? Ne pas remettre en cause les adultes de l'establishment ? "L'ombre du doute" ! . Alors, j'ai parcouru le code pénal et j'ai pû découvrir que l'inceste n'y figurait pas, seul étant condamnés ceux qui ont commis des abus sexuels. Il peut y avoir condamnation pour inceste s'il relève du viol... voir de l'incitation à la débauche... donc si l'enfant est consentant il n'y a pas d'inceste ! Regardons un peu en direction des pédophiles en n'oubliant pas qu'ils ne sont ni violents, ni méchants à l'égard des enfants. Nous retrouvons fréquemment des éducateurs spécialisés, des curés, des médecins, des instituteurs... ! Il est trop facile de s'attaquer aux pédophiles sans aucun discernement, beaucoup ne passent pas à l'acte et s'occupent bien des enfants. Il est stupide de ne pas mettre en place une nouvelle classification qui établisse correctement la démarcation entre pédophiles et pédoclastes. Les pédoclastes sont des criminels car ils s'attaquent aux enfants sur un mode violent et agressif que ce soit sexuellement ou non.
Pour les enfants qui sont incestés, en plus de l'abus sexuel, le plus dramatique pour eux est la coalition du silence et le cautionnement mis en place par les adultes entre eux. En finalité et le plus souvent, l'enfant est responsable...!
Le mot de perversion reste ancré et nous y trouvons classés : le fétichisme, le voyeurisme, l'exhibitionnisme, le sadisme, le masochisme, les relations extra-conjugales, le triolisme, l'échangisme, l'homosexualité et la bi-sexualité, la masturbation, l'urolagnie, la scatologie, la coprolagnie,....au même titre que la pédophilie, la nécrophilie, le viol, la zoophilie... . Robert Paul a trouvé un terme qui nous semble plus adapté : l'algolagnie de algos (douleur) et lagos (volupté) :
"l'algolagnie est un phénomène très différent des pratiques connues, utilisées et décrite par Sade et Masoch : il s'agit d'une recherche intelligente, curieuse et avide de nouveaux plaisirs, dans et par la souffrance volontaire ; ou encore d'une utilisation volontaire de la douleur physique et morale comme moyen de nouvelles jouissances physiques, morales et psychiques et pas uniquement ou forcément sexuelles... ".
Les relations extra-conjugales sont tolérées ; elles peuvent même avoir une connotation flatteuse dans certains milieux. Elles sont mieux admises quand l'homme a une maîtresse, l'inverse l'est beaucoup moins. Si une femme a un amant beaucoup plus jeune qu'elle, elle sera mise au banc de la société. Les relations homosexuelles sont dans leur ensemble très mal vues entraînant encore des attitudes fascisantes à leur encontre. Le sadomasochisme hétérosexuel, plus qu'homosexuel, a comme beaucoup de comportements minoritaires une connotation flatteuse, intellectuelle et artistique. Ces particularités sexuelles sont considérées, par certains, comme un raffinement épicurien, sorte de comportement élitiste, créatif et artistique qui agrémente la sexualité. Quant au fétichisme, il n'est pas aussi accepté qu'on pourrait le croire. Certaines tenues (cuir, vinyle, latex, cuissardes, talons aiguilles, tenues sexy et provocantes, tatouages, bijoux sexuels) sont mieux tolérées mais font encore partie du registre de la marginalité, de l'excentricité ou du déguisement. Ce déguisement peut aussi être considéré, dans certains cas, comme une cuirasse ou une apparence défensive.
Le triolisme et l'échangisme sont des pratiques sexuelles très. Elles aussi peuvent avoir dans certains milieux des connotations flatteuses et sont comme le fétichisme (surtout des vêtements) dépendantes de certains mouvements de mode. Les moralistes tentent d'assimiler toutes ces pratiques minoritaires à des perversions et à des actes dégradants pour la dignité humaine. L'homme est, au sens psychologique du terme, un pervers, dans la mesure où son intelligence, son imagination et sa créativité vont l'amener à détourner de leur finalité certains comportements. "Ainsi, le triolisme, l'échangisme et la sexualité de groupe seraient ", comme l'a écrit avec beaucoup d'humour le Docteur Michel Meignant dans Union, "l'équivalent d'un bon banquet".
L'échangisme n'implique pas l'obligation d'avoir des rapports sexuels avec d'autres partenaires. De nombreux couples pratiquent l'échangisme dans un cadre d'exhibitionnisme et de voyeurisme, d'excitations réciproques, de caresses érotiques partagées, mais ne pratiqueront le coït qu'entre eux. L'arrivée du Sida a donné naissance à un exhibiotionnisme-voyeurisme très théâtral. La pénétration est dangereuse, il faut éviter de trop se toucher, alors les femmes et les hommes vont jouer sur les registres fantasmatiques de l'érotisme, de la sensualité et plus particulièrement de la domination/soumission. Pour celles et ceux qui sont intéressés, les auteurs vous présente une des bibles de l'échangismes : Swing Magazine, sérieux et de qualité, il vous permettra de comprendre l'échangisme au travers de cette revue et de ses petites annonces :
"La sexualité n'existe ni dans le calme, ni dans la modération. Au départ, les peaux sont paresseuses, les muqueuses blasées, les nerfs fainéants. Pour que les sensations fassent l'éloge de l'amour, il faut vraiment y mettre du sien. Témoin les coups de reins puissants, les demandes de "plus loin", "plus fort", la crudité, parfois, des mots, le besoin de franchir les limites de la banalité. Pour obtenir du plaisir avec un acte simple, il ne faut être ni trop doux ni trop lent" explique J. Waynberg à une journaliste de VITAL qui prolonge sa pensée en écrivant : "Si dans la vie on aime que notre homme reste calme et civilisé, qu'il nous dorlote un chouïa ; au lit en revanche, on apprécie qu'il s'énerve un peu". Notons que ce n'est le cas que d'une tranche de la population.
Le magazine VITAL, en 1995, dans un article qui fait l'éloge du sadomasochisme, nous montre qu'il y a chez les femmes une recherche de plaisir par l'intermédiaire de la soumission et de la douleur. L'article est intitulé : "Spanking, nous devons cette spécialité à nos voisins anglais, l'art de la fessée." Toujours dans cette recherche d'une autre sexualité, certains sont devenus les adeptes du tantrisme : pas de pénétration, le réapprentissage des caresses, l'union des corps ne se fait plus par l'intermédiaire du coït mais dans l'union cosmique. Remis au goût du jour grâce au mouvement new-âge, le tantrisme est une des pratiques érotico-écologiques de la génération safe sex. Ainsi vont naître les "Jack Off Parties", soirées exhibitionnistes-voyeuristes-fétichistes, au cours desquelles la masturbation mène à la jouissance. La pénétration, les rapports bucco-génitaux et la drogue y sont formellement interdits. Dans certaines "Jack Off parties", comme dans le tantrisme, les câlins sont à la base de l'accession à la jouissance. Pour d'autres les rituels sado-maso sont à l'honneur. Toutes celles et tous ceux qui ont une sexualité ludique et érotique, riche en créativité, différente d'une norme qui nous est imposée, ne sont pas nécessairement des pervers, mais des libertins.
Les sexologues et les sociologues constatent eux aussi une explosion de certaines pratiques (échangisme, triolisme, jeux prostitutionnels et surtout sado-masochisme). Malgré la peur du Sida, l'échangisme et la sexualité de groupe restent en pleine expansion.
Les comportements sexuels minoritaires, s'éloignant de la sexualité génitale (pénétration vaginale, baisers, caresses mutuelles) ne devraient pas être condamnables. Les rapports bucco-génitaux, la sodomie, les rapports homosexuels, le fétichisme, le voyeurisme et l'exhibitionnisme, l'échangisme, le triolisme, la sexualité de groupe, l'algolagnie, la bisexualité ... sont à considérer comme des comportements humains et sains, s'ils sont pratiqués avec discernement. Les écoles de sexologie françaises ou étrangères disent que tout est permis entre adultes consentants. La grande difficulté est d'évaluer le consentement d'un des partenaires pour vérifier si nous pouvons parler de libertinage ou de perversion.
Les fantasmes érotiques et le libertinage qui sont à la fois cause et conséquence du bon fonctionnement de la sexualité, sont le reflet de l'érotisme individuel. A partir de quels critères, éthiques ou moraux quelqu'un peut-il se donner le droit d'intervenir sur des comportements sexuels qu'il jugerait comme culturellement, socialement ou religieusement différents ?
Les comportements sexuels ne doivent être considérés comme morbides et pervers que dans les cas suivants : si le comportement s'exerce à l'encontre de la volonté de l'autre, s'il est pratiqué au-delà de tout discernement, s'il est un mode de comportement exclusif et irrésistible et/ou n'accompagne même plus l'acte sexuel.
Gilbert Tordjman, qui fait partie de ceux qui défendent ces positions, écrit en préface du livre du Pasteur Joseph Doucé, "Le Sadomasochisme en question" : "C'est à nous autres, thérapeutes, éducateurs, prêtres d'aider nos consultants à faire que l'amour de la vie triomphe. ".
Quelques mots sur les fantasmes

La pulsion, d'un point de vue métapsychologique, est un processus somatique qui utilise des représentants psychiques - les fantasmes -. Le fantasme, compromis entre les pulsions et les mécanismes de défense du Moi, apparaît de façon consciente sous forme de rêves diurnes, de fantaisies imaginaires ou de scénarios érotiques, agençant plusieurs représentations de personnes en une représentation d'action où le sujet est au moins présent en tant que spectateur. Le fantasme peut aussi rester inconscient. Une grande imprécision règne d'ailleurs dans la classification des fantasmes (conscients, inconscients, pré-conscients), ceux-ci semblent profiter à plusieurs topiques. Le fantasme est à la fois producteur et production.
Laplanche et Pontalis situeraient l'origine du fantasme dans l'époque de l'auto-érotisme qui fait suite à la perte de l'objet externe primaire. Cette perte oblige le sujet à faire appel à un mécanisme fantasmatique primitif pour obtenir un plaisir halluciné qui remplacera la satisfaction originelle. Le fantasme existe bien avant cette perte de l'objet externe, il serait présent depuis la vie intra-utérine mais ré-agencé par la suite en fonction des différentes étapes de la psychogenèse.
Bien que les fantasmes appartiennent à l'individu, leur structure imaginaire n'est pas réductible au vécu individuel. L'activité créatrice du fantasme exerce une action régularisante sur le dynamisme psychique de l'individu. Une classification en fonction de leurs topiques d'origines ou d'expression serait envisageable, mais leurs origines peuvent être mixtes et leurs champs d'expression multiples. Ce qui semble capital, c'est l'existence dans le fantasme de deux contenus : l'un, manifeste, tel qu'il apparaît au sujet et, l'autre, latent qui est une production inconsciente.
Laplanche et Pontalis évoquent l'opposition qui existe entre fantasme et réalité. Ce point de vue pourrait être plus nuancé. Le fantasme permet l'appréhension que le sujet se fait de la réalité, fantasmes et réalité sont liés par le fait même que certains éléments fantasmatiques sont une résistance psychique face à la réalité. Le sujet a en fonction de ses propres mécanismes psychiques, de son vécu personnel et de son patrimoine phylogénétique une perception personnalisée de la réalité. Il me paraît difficile d'opposer fantasmes et réalité de façon aussi dualiste. Le fantasme est soumis à l'influence de vecteurs issus de la mythologie et du patrimoine phylogénétique. La réalité extérieure, les expériences corporelles, subjectives et objectives, modifient l'activité fantasmatique. Celle-ci est le résultat de la symbiose entre l'activité psychique, le flux émotionnel et les perceptions sensori-corporelles. Une activité volontaire et consciente correspond soit à des désirs, soit à des souvenirs ou des résurgences d'expériences antérieures. Le fantasme est une entité vectorielle dynamique dans laquelle se mêlent différentes forces. Le fantasme est une force qui, quelque soit le type de structure psychique, exerce des effets sur le psychisme, sur la personnalité et sur les comportements de l'individu. Les effets diffèrent selon le mode d'action et la spécificité des fantasmes dominants, mais aussi en fonction des émotions qui leur sont associées. Le fantasme est une activité biopsychique, ses différentes composantes sont biochimiques, physiologiques (désordres neuro-végétatifs), génotypiques (retour aux acquis initiaux de l'espèce) et psychiques. Même si le sujet évolue en fonction de son histoire, de la réalité extérieure et d'un déterminisme génétique, les fantasmes influenceront sa vie. Inversement, la réalité extérieure et le vécu relationnel de l'individu agissent sur l'activité fantasmatique en la renvoyant parfois aux périodes conflictuelles infantiles et prégénitales. Face à certaines pulsions, à certains événements, et plus particulièrement à leur répétition, le sujet revit alors inconsciemment des expériences émotionnelles primitives en rapport avec sa fantasmatique fondamentale. Il réactualise alors les moyens de défense propres à ces périodes. L'origine des fantasmes se situe dans le vécu individuel, l'environnement, mais aussi dans le patrimoine phylogénétique. Au delà d'une activité primitive phylogénétique, une transmission culturelle dépendante de la fantasmatique des parents exerce une influence déterminante sur les origines des fantasmes et sur les fantasmes originaires. Les mythes, les cultes et les religions sont autant de croyances choisies par les hommes et leurs civilisations pour combler le vide de leur origine. Ces croyances sont proposées comme réalité. Appartenant au patrimoine phyllogénétique, des éléments imaginaires constitués précocement servent de base aux différentes constructions fantasmatiques originaires. Les fantasmes originaires ressurgiront quand la scène primitive agira comme catalyseur. Les scènes de castration et de séduction, qui portent aussi sur les origines, succèdent à la scène primitive. L'inconscient est constitué de noyaux héréditaires et de pré-inscriptions imaginaires qui vectoriseront les fantasmes originaires. Les formations fantasmatiques originaires portant sur les origines du sujet sont : la scène primitive (origine du sujet), la scène de séduction (origine de la sexualité) et la scène de castration (origine de la différence des sexes). Abraham et Fliess situent entre les deux phases du stade anal, la frontière existant entre tendance psychotisante et tendance névrosante. La scène de séduction, qui correspond à une période relativement tardive, contemporaine de l'oedipe, serait plutôt génératrice de névrose. La scène primitive, qui correspond à une période plus précoce, contemporaine de l'auto-érotisme, serait impliquée dans la formation des psychoses. La scène de castration correspond à la phase phallique narcissique.Les fantasmes originaires (portant sur les origines du sujet) sont sexualisés dans l'après-coup et élaborés postérieurement aux périodes dont ils rendent compte.
Influence du processus de naissance sur les
fantases
(hypothèses de Stanislas Grof)
La naissance est un processus violent et lors de ce premier contact au monde, se forment des impressions fondamentales. L'expérience de naissance montre que les énergies périnatales profondément enracinées interfèrent avec la capacité orgasmique et engendrent des dysfonctions et des perversions sexuelles. Dans la deuxième phase de naissance (lors de la progression dans la filière), l'enfant mène un combat pour la vie de façon titanesque, sado-masochiste, sexuel et scatologique. Reprenons point par point :
1) Titanesque : La force des contractions utérines, la douleur et l'impression de suffocation entraînent une libération puissante d'énergie qui va permettre à l'enfant de vaincre la résistance du col et de naître dans la toute-puissance, victoire sur la mort. La sexualité restera alors intimement liée à ces sensations et ces émotions ;
2) Sado-masochiste : cette problématique sera entraînée par l'agression de la filière génital sur le corps de l'enfant ;
3) Sexuelle : lors de la naissance, il se produit une activation de toutes les zones érogènes orales, anales, urétrales et génitales. De plus, lors du passage dans la filière, l'aspect sexuel se manifeste par une excitation intense du corps tout entier. Sur le plan énergétique, une de nos hypothèses cliniques nous amène à dire qu'il existe des similitudes entre l'orgasme de la naissance et l'orgasme sexuel ;
4) Scatologique : la naissance est aussi la rencontre avec les excréments, la mère saigne, perd les eaux, urine, déféque, l'enfant urine, émet son méconium (parfois très précocement).
Si cette phase est prédominante nous pourrons alors être en présence de structure à noyau psychotique avec des tendances sado-maso, scatologiques, d'auto-mutilations. Nous retrouverons aussi des pervers, des névrosés (hystérique, obsessionnel) et très souvent des impuissances et des frigidités. L'excès d'énergies périnatales négatives entraînant une peur de perdre le contrôle par crainte de la mort, de la destruction et de la libération des pulsions sado-maso.
Au niveau archaïque, le conflit fondamental est toujours présent mais dans une relation primitive exclusive à deux personnes. La présence du Père est importante, une Présence Père/Mère pour l'enfant...un couple ! Ici la frustration n'entraîne pas les mêmes conséquences que dans le conflit oedipien. La carence s'installe dans les premiers mois si la mère ne reconnaît pas les besoins de son enfant et ne leur donne pas de réponse. En effet, pour l'enfant, l'Autre doit tout comprendre et tout donner. L'auto-érotisme et le narcissisme sont utilisés comme moyens pour surmonter la frustration. A cette période l'enfant se sent tout puissant et confère à la mère la toute puissance. Le Moi qui est faible utilise le déni, l'idéalisation et l'identification pour contrôler l'objet dans la toute puissance. Si les conditions sont mauvaises, l'enfant se trouvera dans l'impuissance (réactivation de l'empreinte de naissance). La dépression anaclitique correspondra à l'abandon du fantasme de toute puissance et à l'acceptation de la frustration.
Au niveau oedipien :
la fille va désinvestir partiellement la relation à la mère archaïque omnipotente pour passer à une relation triangulaire oedipienne (si et seulement si Son Père est présent et fort). Elle va donc investir le Père et son pénis. Si la relation à la mère archaïque a été mauvaise, l'enfant désinvestira et dévalorisera la mère et ses attributs sexuels pour se reporter sur le père. La libido narcissique et la toute puissance seront donc investies de façon réactionnelle sur le pénis.
Lors de séance de groupe, la réactualisation inconsciente de certaines scènes induit la réactivation de différents fantasmes et des fantasmes originaires. Face à ceux-ci et dans une situation régressive ou dépressive, le sujet va éprouver terreur et angoisse. En conclusion, la psychosomatoanalyse en séances individuelles et de groupe (avec utilisation de jeux de rôles, psychodrame et somatodrame) est indispensable pour l'approche et la résolution de nombreuses dysfonctions sexuelles et perversions.
Si dans l'Inconscient de la mère concernant le désir de son enfant on trouve :
Un déni de fécondation, l'enfant sera autiste
Une absence de fonction phallique, l'enfant présentera un psychose fusionnelle symbiotique
Des Fantasmes de parthénogenèse : l'objet de mon désir c'est moi, l'enfant sera délirant
Quelque chose s'est passé, l'enfant sera transsexuel
Ce quelque chose fait appel à un objet qui n'est pas porté par le père, l'enfant sera pervers
Cet objet phallique le père l'a pour la mère, l'enfant sera névrosé
Rassurez-vous, si la mère est la mère, qu'elle dit à son enfant tu n'es pas ton père, tu portes son nom, pour lui tu seras pour une autre que moi .... l'enfant sera Normovrosé.
un autre article intéressant cliquez ici
Interview de Salomé, extrait du journal Vérités N° 2, juillet 2002 : Le sexe sado-maso
Confessions d’une soumise
J’aime avant tout me faire flageller ! Dans son récit autobiographique ouvrant les portes
secrètes de l’univers sado-masochiste, la belle Salomé aborde en profondeur tous les aspects
de sa relation avec son " Maître ". Soumise, elle vit sa passion à l’excès.
Salomé est une jeune femme dont la vie sexuelle laisse apparaître un certain goût pour
la soumission. Elle rencontre un homme sur le minitel et lui raconte ses nuits de débauche
dans les clubs échangistes. Pour la " sauver ", il accepte de devenir son Maître.
Elle va enfin vivre ses fantasmes les plus fous. Elle accepte de nous en parler à l'occasion
de la sortie de son livre " Soumise ".

Le sado-masochisme, ça vous est venu comment ?
Longtemps, je me suis laissée aller à toutes sortes d'expériences sexuelles. Des soirées
échangistes aux "baises" anonymes et sauvages dans des parkings, j'ai tout expérimenté.
Pour autant, je n'ai jamais été satisfaite, car j'ai toujours cherché au plus profond de
moi-même l'équilibre que seule une vie de couple stable et équilibrée peut apporter.
La quête de sexe sans sentiments s'apparente à une dépendance que rien ne peut assouvir…
On ne peut donc pas vous qualifier de "nymphomane" ?
Absolument pas.
Pourquoi, dès lors, avoir eu envie de livrer un tel témoignage sur votre expérience
de sadomasochiste ?
J'ai décidé d'écrire "Soumise" et de me confier car je n'ai jamais trouvé d'équivalent dans
la littérature. Jamais les rapports entre un Maître et une soumise ne reflétaient la réalité sous
toutes ses facettes, les excès, les doutes et les hésitations. En clair, les hauts et les bas
qui rythment une telle relation, mais tout cela est décuplé à la puissance dix...
Comment avez vous trouvé votre Maître ?
J’ai eu différentes amourettes auparavant, mais je n’avais jamais abordé le sujet car je
ne sentais pas la personne. J’ai rencontré mon Maître su minitel et la confiance s’est
aussitôt installée. Dès lors, je me suis rapidement donnée à lui sans me soucier des
conséquences. Je dirai même que plus nos jeux sont créatifs, plus ils renforcent notre
relation. Mon Maître est la seule personne avec qui je parvienne à être enfin moi-même.
Il n’existe donc aucun tabou avec votre Maître ?
Il exerce un pouvoir total sur moi, mais je vis cela comme un acte d’amour.
Je suis son esclave et je trouve de l’intérêt dans le jeu car je ressens du plaisir.
Si au cours d’une séance, je ne parviens pas à vivre un fantasme dans lequel je peux
m’impliquer et prendre du plaisir, mon Maître ne sera pas satisfait non plus.
Il est nécessaire que les plaisirs du dominant et du dominé soient réciproques.
Avez vous quelque chose à expier ?
Quand j'ai découvert que les caresses du martinet m'avaient plu, je me suis posé cette question.
Il y avait, en effet, un désir d'autorité et en filigrane, le sentiment que j'avais quelque chose à
expier. L'idée de châtiment physique et de punition corporelle s'est imposée à moi comme
une évidence. Mon initiation a été progressive et s'est plus axée, dans un premier temps,
sur la soumission que sur la souffrance physique.
Avec un aspect psychologique développé …
Je me suis mis à parler à mon ami avec déférence. Quand je faisais acte de rébellion envers
son autorité, il me punissait, mais de façon plus symbolique que réelle.
En quoi le sado-masochisme est-il un jeu ?
On construit des scénarios et l'on ne s'en lasse pas. On parvient toujours à se faire des
surprises. À chaque fois, mon Maître est créatif et l'effet de surprise est total. C'est en
cela que c'est un jeu...
Au fond, quelle est votre vraie quête ?
Avant tout, je crois que je cherche à connaître mes limites. À dépasser aussi mes peurs et
mes tabous et puis il y a le don : se donner à l'autre par la souffrance. Ma soumission est
un cadeau d'amour et de plaisir. La douleur et le plaisir sexuel font appel aux mêmes
substances chimiques dans le cerveau. La montée d'adrénaline est totale. J'ai atteint
des seuils incroyables.
Vous voulez dire que c'est plus fort que l'orgasme ?
Cela fait appel à un registre totalement différente. L'orgasme, c'est essentiellement physique.
Le sado-masochisme fait appel à une part beaucoup plus grande de l'imaginaire et de la
cérébralité. Et puis il y a aussi le côté théâtral, la mise en scène des fantasmes.
Quand le rideau se lève, je fais exploser une partie de ma personnalité qui reste cachée
le reste du temps. Quand le rideau tombe, je reprends une vie traditionnelle
Mais vous n'avez pas vraiment répondu à la question...
Dans le sado-masochisme, il y a une notion d'abandon. Quand je me prépare pour une
séance, j'ai l'estomac tout retourné, les mains moites, je suis presque angoissée,
impatiente, excitée... Autant dire que l'excitation est quasiment insupportable.
On peut ressentir cela avec un inconnu ?
En l'occurrence, je parle là de ce que je ressens avec mon compagnon.
Quand il joue avec moi avec de cordes, des pinces, le fouet, la cravache, la cire de bougie,
je suis dans tous mes états.
J'en déduis que votre Maître est votre compagnon ?
Bien sûr. En dehors de nos séances SM, nous avons une vie de couple tout à fait normale.
Nous avons d'ailleurs une petite fille âgée de cinq ans. Notre équilibre est global.
Vous faites souvent des scénarios?
On est moins boulimiques qu'au début, mais on garde une fréquence d'une fois pas mois.
Avec l'expérience, on compense. On est moins brouillons...
Une préférence parmi les pratiques sado-masochistes ?
J'aime avant tout me faire flageller. Sinon, nous sommes fans de bondage à l'anglo-saxonne...
Vous évoquez un code de savoir vivre. De quoi s'agit-il ?
Il faut en effet respecter un certain nombre de règles pour garantir aux participants de passer
une bonne soirée. Ainsi, lorsque une scène est en cours, il ne faut surtout pas déranger les protagonistes en tentant de s'insérer dans leur jeu par des actes ou des paroles.
Il ne faut pas essayer de refaire ce que l'on vient de voir. La plupart du temps,
c'est moins bien que l'original et on devient vite ridicule aux yeux des autres.
Enfin, il faut s'enquérir des tabous et limites de celle que l'on vous prête.
Le sado-masochisme vous permet-il d'aborder différemment le quotidien ?
Oui, après une bonne séance, c'est comme si je me sentais apaisée. le compare cet effort
à celui d'un sportif : on se sent vidée, on a évacué tout le stress.
Quand je ne suis pas bien, que mon compagnon me sent de mauvaise humeur,
il me dit : "Mets-toi à genou et demande pardon !" A ce moment-là, je revis.
PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-MARIE ROCHARD
"Soumise" de Salomé Éditions Blanche 288 pages. 17,50 Euros.
Disponible à la vente en librairie
S O U M I S E Par Salomé - Editions Blanche.
Depuis huit ans, Salomé et Mastermind vivent ensemble une relation Maître-soumise.
C’est
cette relation profonde et compliquée que Salomé a choisi de relater dans son
récit «Soumise ».
« Soumise » n’est pas seulement le descriptif d’une succession de séances,
ce récit nous
plonge dans les méandres d’un couple, dans ses difficultés, ses bonheurs, ses incompréhensions
et ses plaisirs. A travers les lettres qu’elle adresse à son Seigneur et Maître, Salomé nous ouvre les
portes de son âme, nous plonge dans sa face cachée. Car bien plus que l’histoire d’un Maître et de
sa soumise c’est avant tout l’histoire d’un homme et d’une femme. Salomé n’est pas O même si
elle s’en approche à plusieurs points de vue. En effet, Salomé parfois se rebelle, contredit, se perd,
se
cherche. Face à elle Mastermind tente de percer
le mystère de la femme qu’il aime, de la soumise qu’il dresse et éduque,
la guide, l’aide à se dépasser, pas
à pas.
« Soumise » n’est en rien une fiction parfaite où les soumises sont
toujours dociles
et les Maîtres toujours irréprochables. Ce livre n’en est que plus émouvant et excitant.
Une jeune femme, dont la vie sexuelle laisse apparaître un certain goût pour la soumission,
rencontre un homme, J.-P., sur le minitel, puis lui raconte dans le détail ses nuits dans les clubs
échangistes, dans les parkings. Celui qui voulait « ramener à la vie, sauver son amour»,
cette femme sexuellement dépendante des affres de l’auto-destruction, va accepter de devenir
son Maître pour faire vivre ses fantasmes à la femme qu’il aime. Écrit sous forme de
correspondance, ce récit plonge le lecteur dans le monde secret des relations sado-masochistes,
et plus précisément dans l’intimité d’un couple Maître -soumise. Loin de l’univers lisse d’Histoire d’O,
le témoignage de Salomé rend compte du caractère extrême des situations et des pratiques
corporelles qu’un tel engagement suppose, avec ses dérapages, mais sans en éluder la
dimension amoureuse, psychologique, les doutes, les hésitations, les troubles qui l’accompagnent
Un témoignage fort, puissant et perturbant qui s’inscrit dans la lignée d’ouvrages comme
Le Lien de Vanessa Duriès ou Dolorosa soror de Florence Dugas.
