La Physiologie de l’Amour

par Bertrand Reine

 

 

Wojtek SIUDMAk (http://www.fantasya.net/)

 

Mémoire pour la titularisation en psychosomatothérapies et sexothérapies

Ecole de formation : Centre Elysées-Monceau (promotion 2003-2004)

Remerciement

Je tiens d'abord à remercier madame Espérance de Moura, ma directrice de mémoire, pour sa non-directivité - ce qui peut paraître paradoxal pour une directrice - et ses conseils avisés. Je remercie le Docteur Erick Dietrich pour avoir permis mon inscription à la formation et pour son soutien et son aide.

Je remercie toute l'équipe pédagogique de la formation pour la richesse de leurs apports : le Professeur Ado Huygens (Daseins Analyse et Phénoménologie), le Docteur Erick Dietrich (Thérapeute, spécialisé en sexologie, stratégie de la communication et victimologie), Philippe Violès (Cadre Infirmier et Thérapeute Bio-énergéticien), le Docteur Georges Byll (Médecin homéopathe et thérapeute, spécialisé dans la Sophrologie), le Docteur Anne-Marie Brieude (Médecin addictologue de l’Hôpital de Blois), le Professeur Nicole Grenier (Psychanalyste et Professeur à l’université de sciences humaines de Tours), Martine Joseph (Psychothérapeute-sexologue, Thierry Bunas (Psychothérapeute–sexologue et consultant socioprofessionnel), Espérance de Moura (Psychologue clinicienne, thérapeute et formatrice en relation d’aide), Christophe Rouleaud (Enseignant, thérapie systémique et familiale), Evelyne Tourlet (Infirmière en Psychiatrie et Psychosomatoanalyste), Armelle Epineau (Thérapeute, hypnothérapeute , formatrice en auto-hypnose et Danse thérapie), Gislaine Duboc (PNL et communication), Karine Peltier (Psychologue clinienne et Psychothérapeute), Jean Bagard (psychothérapeute spécialisé dans l’art des couleurs), Patricia Mortier (Psychothérapeute et cadre infirmier,), Philippe Touzin (Psychosomatoanalyste, Relaxologue), Claire Sanson (Psychosomatoanalyste), Michel Babillot (Professeur de Théatre).

 

            Je remercie tous les auteurs qui, au travers de leurs œuvres, ont enrichi mes connaissances, apporté la matière nécessaire à ma réflexion, et plus particulièrement Sigmund Freud, Wilhelm Reich, Alexander Lowen et Jean-Michel Fitreman.

 

Je remercie toutes les personnes qui ont participé de loin ou de près à la réalisation de ce mémoire, mes amis et, pour finir, je remercie tous les défenseurs passés, présents et à venir, de toutes les formes de libertés.

 

 

Avant Propos

Créé dans l’Antiquité par Aristote et Hippocrate, le terme « physiologie » est originellement attaché à la médecine. C'est une science qui étudie l'intégration des systèmes vivants complexes, du noyau cellulaire à l'organisme complet. Sa signification a également évolué vers un modèle littéraire où l’on définira la physiologie comme une étude analytique globale sur un comportement humain ou sociétal, avec pour devoir constant l'objectivité. La plus connue de ces études est la physiologie du mariage écrite en 1828 par Balzac.

 Par l'union de ces deux significations, littéraire et médicale, ce mémoire a pour but de vous présenter nos méditations étayées par de nombreuses références scientifiques et théoriques. Nous entendons donc par « physiologie de l'amour » l'étude objective et globale de ce sentiment. Nous vous souhaitons bonne lecture.

 

Introduction 

 

Ô Amour, complexe vocable, dans tes acceptions subtiles je me perds. Tantôt tu es synonyme de désir, attachement, passion, adoration, luxure… Tantôt tu représentes la personne aimée, adulée, possédée. Nous pouvons  te gagner ou te perdre, te faire, te sentir ou te ressentir, te subir, te choisir, te sublimer. Nous pouvons aussi te vivre comme un besoin ou une maladie. La pluralité de tes interprétations, tes nombreuses définitions, ton omniprésence dans le langage courant, mais aussi, visiblement, les désastres occasionnés par ton absence nous montrent à quel point tu es important pour tout à chacun. « Muse » privilégiée des écrivains, poètes, dramaturges, tes plus belles lettres t’ont été offertes par la littérature. Les artistes, eux aussi, t’ont immortalisé dans d’innombrables œuvres. Quant aux sciences, elles ont cherché à te décrypter, à comprendre tes mécanismes sous tous tes aspects. C’est en dissertant sur toi, entre stagiaires, durant l’un des séminaires de la formation, que nous nous aperçûmes qu’il était difficile d’établir une définition de toi à la fois simple et commune. Pour certains, tu n’existes pas, n’étant que pure illusion, pour d’autres, tu apparais indispensable, vital ou viscéral ; pour d’autres encore, selon tes phases, tu es bonheur infini ou insupportable douleur. Bien que nous devisions sur le même sujet, il nous a semblé évident que chacun de nous ne s’exprimât qu’en considération de son propre ressenti, de ses propres expériences.

Au travers de ces constatations, la richesse des multiples conceptions polysémiques nous encourage à nous interroger dès lors : Qu’est-ce que l’amour, réalité humaine ou conception créative et récréative de l'homme ? Si elles existent, quelles pourraient être les lois universelles qui le régissent ?  Sa durée est-elle limitée ou au contraire peut-il s'étendre éternellement? Est-il monolithique, polymorphe ? Quels sont ses origines et ses causes ?

Pour répondre à ces questions et pour mieux l’appréhender, nous allons, dans un premier temps, par recension herméneutique de divers écrits concernant le sujet, ainsi qu’au travers des différentes définitions encyclopédiques, philosophiques, psychanalytiques, étymologiques, poser les délimitations du mot Amour. Par la suite, nous nous intéresserons d’avantage aux mécanismes biologiques qui investissent notre corps soumis à l’état amoureux et à la dimension transcendantale du sentiment amoureux. Nous tenterons de soutenir la théorie dyadique suivante : l’amour biologique (neurobiochimique) est le moteur d’une relation amoureuse ; l’amour métaphysique, psychologique et spirituel son carburant. Puis nous essaierons de mettre en évidence à quel point l’interaction entre ces deux pôles peut permettre au grand Amour d’exister et de perdurer.

En dernier lieu, avant de conclure, je porterai ma réflexion sur mon implication personnelle dans le cadre de la formation et sur sa cénesthésie résultante. En effet, par le choix de ce sujet — La physiologie de l’amour— mon inconscient semble m’indiquer qu’au travers de mes souvenirs (ma mémoire, le mémoire) se trouve le chemin qui mène aux émotions (à l'Amour)

Première partie

I) Etymologie :

            Ce mot est apparu pour la première fois au IX siècle (842) sous la forme " amur "  venant du latin " amor ", " amoris ", dont le sens s'apparentait à « serment ». Au départ entièrement féminin, le masculin est dû à la domination du latin. Aujourd'hui, exception de la langue française, le terme est masculin au singulier et féminin au pluriel. Par une évolution de la langue induite par l'influence littéraire du provençal, le " u " s'altère et devient " ou ". En ancien français, le mot amour possède déjà un très large champ sémantique. Il désigne à la fois la dévotion religieuse, l'affection familiale, l'estime, l'amitié, le dévouement, la charité envers autrui et aussi l'attachement à une autre personne, la passion, l'instinct sexuel.

 

II) définitions

 

1)     Sentiment affectif éprouvé pour autrui (l'amour).

 

Dans cette définition, le sentiment affectif peut être asexué ou accompagné de comportements ou d'actes sexuels selon qu'il résulte d'un attachement familial, conjugal, amical ou social. Cependant une différenciation se fait (normalement) ipso facto entre les sentiments éprouvés pour un parent, un(e) ami(e), ou pour un(e) petit(e) ami(e) ou un conjoint. Chacun sait quand je dis : j'aime mon frère ou j'aime ma femme que le sentiment d'amour éprouvé n'est pas de même nature, pourtant parfois, dans la réalité des agissements psychologiques, il arrive que les nuances se confondent, amour et désir par exemple, notamment lors de relations incestueuses. En amour, la nature du sentiment éprouvé dépend de sa finalité sexuelle et, ou de sa construction basée sur l'attachement. La confusion du terme peut s'expliquer en partie par le fait que l'amour est émotionnel, souvent somme de plusieurs émois, mais n'est pas intrinsèquement une émotion. Les impressions d'amour ressenties, qu'elles soient amicales, passionnelles, spirituelles ou sexuelles, se positionnent sur un continuum unique d'émotions, allant de la sympathie à l'adoration.

 

Continuum :

 

Inclinaison              Affection                   Désir                    Sympathie               Adoration

-------I----------I------------I------------I------------I-------------I-------------I-------------I-----------I------

               Tendresse               Engouement            Attachement                  Passion

Ce sentiment affectif éprouvé envers l'élu de son cœur est le premier sens attribué au terme, celui qui transcende le poète, interroge le philosophe, intrigue l'anthropologue. La littérature abonde en descriptions des effets innombrables de l'amour dont chacun a pu se rendre compte dans ses expériences personnelles.  Qui n'a pas ressenti la perte d'un être aimé et fait sien ce vers de Lamartine : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », ou encore dans un sens commun, cette phrase de la marquise de Sévigné à sa fille : « Je vous cherche toujours, et je trouve que tout me manque, parce que vous me manquez » ? La perte de l'amour ou de l'objet d'amour est presque toujours vécue comme une épreuve douloureuse et parfois elle aboutit à des actes désespérés pouvant aller jusqu'au suicide. Dans un lyrisme reconnu urbi et orbi, Shakespeare décrit dans Roméo et Juliette, l'essentiel de ces affres, édictés par l'amour. La psychanalyse nous explique à ce sujet que le sentiment de perte s'associe bien souvent à une névrose d'étiologie préœdipienne, la névrose d'abandon. Celle-ci n'implique pas pour autant la réalité de l'abandon, mais se remarque en sa croyance. Qui n'a pas vécu d'amours impossibles par refus de l'autre ? Celles que décrit parfaitement Corneille dans Le Cid, où chacun aime celui qui ne l'aime pas. Dans cette pièce dramatique, l'un des vers « Va, je ne te hais point », que nous interprétons ainsi : je t'aime même si tu ne m'aimes pas et je n'y peux rien, met en évidence la force et concurremment l'impuissance de l'amour. Ce que Jules Bureau (1994) affirme - lui même inspiré par l'humaniste Bugental - en opposition à certains courants de pensées idéologiques et didactiques que nous exposerons plus après, par la soutenance de l'idée que l'être humain nécessite plus un besoin " d'aimer " que " d'être aimé ". Il définit cette dernière notion non pas comme un besoin, mais une attente, expliquant par la même que, aussi fort soit le sentiment ressenti, il ne s'enseigne ni se communique à l'autre et donc ne se partage pas si celui-ci n'en éprouve rien. L'amoureux transit a encore de beaux jours (de souffrances) devant lui. Remémorons-nous Ronsard (1552) qui dans ses recueils lyriques, a exploré en sonnets, les paroxysmes exacerbés souvent cruels ou amers, de ses passions amoureuses, tout comme Victor Hugo qui en a exprimé admirablement la douloureuse dimension dans Ruy Blas (1838) dont voici un extrait:

 

« Madame, sous vos pieds dans l'ombre, un homme est là

Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile,

Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile. »

Quant à Stendhal, dans De l'amour (livre I, 1822), œuvre expiatoire écrit après une rupture, Il détermine quatre catégories distinctes de l'amour : amour passion, amour goût, amour physique et amour de vanité. Il invente au delà de la naissance du sentiment une attitude qu'il nommera la « cristallisation ». Il définira celle-ci comme « l'opération de l'esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections ».

Nous constatons à la lecture de nombreux ouvrages sur, ou traitant de l'amour, qu'ils ont été inspirés à leurs auteurs par des vives déceptions vécues. L'Amour est force en soi qui motive les être jusqu'à en devenir esclave. Nous ajouterons, dans le cadre de la thématique abordée, quelques extraits de texte qu'il nous semble judicieux de reprendre ici afin de montrer que l'amour peut-être extrêmement blessant, amenant ses victimes à haïr le sentiment pour ne pas haïr les élus de leur cœur. C'est l'un des pouvoirs de l'aporétique Amour de ne pas se soucier du raisonnable, d'occire notre discernement et de se jouer de notre conscience, car comme dit Pascal dans ses Pensées, « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Nous commencerons nos citations par ce passage d'un poème anonyme japonais cité dans le Kokinshû. Nous remarquons de par celui-ci, au travers d'une culture différente, l'universalité des ressentis :

« Qui a donc donné

Le premier son nom

À l'amour ?

Du nom Agonie, bien mieux,

Il eût pu se servir. »

Pour Thomas dans Tristan et Iseult, la peine est le pendant de l'amour en ce sens qu'elle ne peut habiter le cœur qu'en proportion de l'amour qui l'habite.

«Qui jamais ne connut ce que c'est que l'amour, n'a jamais pu savoir ce que c'est que la peine. »

Pour Alfred de Musset dans Premières poésies et William Shakespeare dans Peines d'amour perdues, l'amour est une calamité dont souffre l'humanité.

« Amour, fléau du monde, exécrable folie. » (A. de Musset).

« L'amour est un esprit malin ; l'amour est un démon ; il n'y a pas d'autre mauvais ange que l'amour. » (W. Shakespeare).

Mais l'amour ne s'exprime pas uniquement dans la douleur. Heureusement, car il serait difficile d'admettre un masochisme universel qui pousserait à vouloir aimer, avec pour seul bénéfice la souffrance. Non ! Assurément non. L'amour, avant d'être vécu solidement, est avant tout un espoir de communion soit intellectuelle, soit spirituelle, soit sexuelle soit matérielle, ou une association de plusieurs ou de tous ces traits qualificatifs. Ce qui suffit largement à motiver l'humanité en son espérance. Il nous faut faire ici une différenciation entre " être amoureux " et " aimer ". "Être amoureux ", sentiment égoïste de désir de l'autre, correspondrait à cette période d'espoir suscitée, période durant laquelle naît la passion amoureuse, ainsi que Paul Reboux dans le Nouveau Savoir-Ecrire l'énonce : « Etre amoureux, c'est voir dans celui ou celle qui vous aime ce qu'on y souhaite, et non pas ce qu'on y trouve. ». Par définition elle ne peut donc pas durer dans le temps, quand une autre réalité (la réalité ?), maîtresse en la matière, secondée sans la moindre traîtrise par la vie ordinaire, apparaît. Nous trouvons dans ces analyses une réponse possible à la courte durée des mariages de nos jours. En admettant une légère avancée laïque et un recul de la pression judéo-chrétienne par l'usage plus fréquent du divorce, nous obtenons la confirmation que la passion amoureuse s'essouffle vite et ne résiste pas à l'usage du quotidien. De nombreuses enquêtes semblent confirmer ce point de vue en montrant que la durée de cette passion n'excèderait que très rarement la deuxième année, étant naturellement suivie par la complaisance et enfin, irréparablement par l'ennui. Aujourd'hui un mariage sur trois est concerné et la courbe des divorces se situe, dans nos sociétés occidentales, dans la quatrième année du mariage (étude réalisée dans le monde par les Nations–Unies) ; ce qui achève de nous convaincre de la fragilité des relations amoureuses. Erick Dietrich explique que cette mutation sociétale des comportements s'est imposée par le fait que chacun d'entre nous a, aujourd'hui, la possibilité de choisir son partenaire et son destin amoureux. Ainsi nous avons le choix de prendre ou de nous séparer d'un partenaire en fonction de notre bien-être, de nos besoins psychologiques et physiologiques, au travers de ses compétences amoureuses et sexuelles mais aussi de son apport en sécurité, ce qui « facilite les névroses du couple » selon lui. Nombre des consultations en sexologie adviendraient de cette discordance et de ses conséquences, entre ce choix " moderne " et les morales sociales, culturelles et religieuses atavique.

En revanche " aimer " (l'amour durable) serait par choix conscient ou inconscient, l'une des étapes succédant à l'état amoureux. Les sentiments passionnés, à ce stade de la relation, sont solidifiés par un attachement plus profond et plus intime, empreint d'estime et de respect en général. Les autres étapes successives à la passion peuvent être soit, une relation de couple par obligations consensuelles, soit la rupture. Nous trouvons donc, à l'origine de quasiment toutes les relations de couple, une attraction émule du désir, lui-même par essence starter de la passion amoureuse. Celle-ci dans son évolution finale, aboutit à trois possibilités  

1)     La rupture.

2)     L'union consensuelle sans amour.

3)     L'union d'amour mature

À la lumière de ces faits et en peaufinant la signification du dicton populaire, nous dirons que l'amour ne rend pas aveugle, mais qu'il éblouit un certain temps, parfois durablement. Abondant dans ce sens, Bureau nous enseigne que l'amour est l'évolution naturelle du désir, que celui-ci est le moteur des relations humaines et sexuelles et serait à l'origine de nos prédilections amoureuses. Il admet qu'il arrive parfois que l'amour puisse être antérieur au désir. Quoiqu'il en soit, pour lui, le désir est pratiquement toujours en amont de l'amour et fait office de catalyseur interactionnel entre deux individus. Les éléments de l'interaction seraient composés par 90% de goût et d'intérêt pour les partenaires et de 10% de désirs sexuels (nous vous laissons juge de ces chiffres).

L'écrivain suisse Denis de Rougemont, dans L'Amour et l'Occident (1939) utilise le parangon de Tristan (Tristan et Iseult) pour asseoir sa thèse sur la passion amoureuse dont voici l'idée directrice : la passion est exacerbée par les obstacles qui la limitent et pour se prolonger, l'Amour cherche et crée ses propres obstacles, rendant ainsi la passion toujours plus véhémente jusqu'à une fin paroxysmale. Il fait de l'Amour une entité quasi mystique, se nourrissant des forces de la passion unificatrice et rejetant les pulsions sexuelles, considérées comme déliquescentes. La psychanalyse s'est aussi largement inspirée des mythologies pour expliquer l'origine de nos comportements et notamment nos comportements amoureux. Otto Rank (1922) a recensé soixante-dix mythes influençant nos croyances inconscientes relatives à nos regroupements éthno-religieux. Parmi ceux-ci nous trouvons des écritures de toutes époques et de toutes civilisations. Voici une liste non exhaustive des textes de la mythologie les plus représentatifs de ces croyances :

Pour la psychanalyse, l'amour se définit comme : « un sentiment d'attachement d'un être pour un autre, souvent profond, voire violent, mais dont l'analyse montre qu'il peut être marqué d'ambivalence et surtout qu'il n'exclut pas le narcissisme. » (Larousse, Grand dictionnaire de la psychologie). Il est entendu par ambivalence la possibilité de trouver conjointement des sentiments, attitudes et tendances opposées, Amour et Haine par exemple, dans une relation entre deux personnalités. Ainsi nous pouvons haïr celui ou celle que nous avons aimé(e) ou, éprouver dans une relation actuelle, des sentiments, par substance, de natures contradictoires indépendamment de leurs puissances respectives. Georges Thibon révèle une autre ambivalence des sentiments amoureux : « L'Amour parfait se reconnaîtra à deux signes ; et ces deux signes sont humainement contradictoires : le premier est le besoin d'une fusion, d'une unité absolue entre les amants, c'est à dire le refus d'une dualité, et le second est le respect de la personnalité, de la liberté de l'autre, c'est à dire l'acceptation de cette même dualité. ».  

Avec Pulsion et destin des pulsions, Freud, dans son étude sur les pulsions sexuelles (renversement de l'activité en passivité, retournement de la personne propre, refoulement et sublimation) préfigure la future définition psychanalytique de l'Amour. Il imagine la possibilité d'une bipolarité singulière des sentiments amoureux en opposant l'Amour, originaire des pulsions sexuelles, à la haine, originaire des pulsions d'auto conservations. Ce dualisme pulsionnel est un des thèmes de l'ambivalence. Freud conçoit et oppose donc les pulsions de vie aux pulsions de mort ; et c'est du nom du Dieu de l'Amour, Eros, qu'il nomme les pulsions de vie. Freud pense que l'amour est conséquent à une inadéquation construite dans la psyché lors de la circulation ou l'enracinement des pulsions sexuelles (libido), au cours des différents stades psychosexuels (oral, anal, phallique, latence et génital) de l'évolution de l'enfant vers l'adulte. Il considère notamment qu'un manque se crée et se fixe lors du complexe de castration (menace de perte du pénis pour le garçon et remarque de l'absence de celui-ci pour la fille) et se renforce au moment du complexe d'Œdipe par la compréhension des interdits incestueux. L'amour établi en fonction de ce manque renvoie systématiquement l'être à l'amour du représentant objectal de ses complexes. Plus philosophiquement et en opposition au commandement religieux : " tu aimeras ton prochain comme toi-même ", Freud au chapitre V de Malaise dans la civilisation, récuse la validité morale et pratique de ce précepte. Il arrête que l'Amour est trop rare et trop précieux pour être gaspillé, ainsi pour être aimé, mon prochain doit mériter mon Amour. Lacan, disciple de Freud dans ses principes théoriques, mais aussi Jean Michel Fitreman (2002) soutiennent que l'homme a un besoin fondamental inconscient, le besoin " d'être aimé " et que son comportement, indépendamment du bien et du mal, est mu par ce désir impérieux : « Aimer, c'est essentiellement vouloir être aimé » (Lacan) et « Aimer équivaut à chercher à être désiré. » (Fitreman). Selon Lacan toujours, le plaisir est proportionnel aux résistances à réaliser ses désirs et plus les désirs sont inhibés, plus leurs décharges sont importantes. En ce sens Lacan pense que les contraintes et les obligations, mais aussi les interdits, bien plus que les libertés, sont nécessaires à la formation du désir, ce qui l'oppose très nettement à Wilhelm Reich. Celui-ci, ancien élève, à la fois disciple et dissident de Freud, Précurseur de la végétothérapie (Modèle psychosomatoanalytique de la vie archaïque) et de la Bio-énergie, préconise la libération des mœurs. Pour lui, l'oppression sexuelle - et les barrières à l'orgasme qu'elle constitue - qu'elle soit d'ordre social ou religieux, favorise les névroses et les maladies psychosomatiques. La liberté morale et l'Amour libéré, selon lui, sont les conditions sine qua non à l'obtention du plaisir et de l'orgasme et favorisent une bonne santé physique et mentale.  Alexander Lowen élève de Reich, promoteur de ses idées et inventeur du concept de la « bioénergie » (synergie d'une analyse verbale et d'une analyse corporelle avec exercices associés, en rapport avec l'émotion et l'orgasme) dans les années 50, conçoit lui, l'Amour comme un sentiment de complétude. Ce sentiment ne s'impose qu'au respect de certaines règles. Il faut notamment vouloir s'abandonner à l'amour, régler les conflits internes entre son ego et son cœur et celui de son Œdipe, se respecter soi-même en ayant confiance en soi, respecter l'autre et partager avec lui, apprendre à se connaître et à s'accepter. Selon lui, lorsque nous tombons amoureux, la plupart du temps, nous faisons une régression dont le but inconscient est de retrouver l'Amour pur que nous éprouvions à l'égard de l'un de nos parents. Cette régression implique collatéralement le travestissement des attitudes et comportement de l'enfant que nous étions alors. Cet état ne peut durer perpétuellement et occasionne de nombreuses déconvenues. Lowen définit un Amour plus réel qu'il qualifiera " d'adulte ", comme un abandon à soi et non un abandon de soi. Ainsi, pour qu'une relation soit un accomplissement de l'Amour avec une sexualité épanouie et heureuse, il faut que chacun des partenaires aient un moi fort et unique qu'ils partagent l'un avec l'autre. En opposition à toute cette lignée freudienne, Carl Jung réfute la théorie de la libido et de son contrôle sur la psyché, en proposant la notion d'un « élan vital » d'ordre religieux, transcendantal et ontologique et nomme « Ombre » la partie de nous-même que l'on rejette et qui s'oppose à la partie de nous-même naturellement investie pour s'en protéger. Nous pourrons comparer cette " Ombre " à " l'inconscient " freudien. Il remet également en question les stades du développement conçus par Freud, et subodore la présence inconsciente d'archétypes de la psyché. Pour la femme, il présuppose « l'animus », trace psychique d'une énergie sexuée masculine et pour l'homme, « l'anima », trace psychique d'une énergie sexuée féminine.

             Outre la psychanalyse, l'anthropologie a tenté de découvrir les mécanismes de l'amour et du couple en comparant les comportements du règne animal. Il se dégage de ces études l'existence de plusieurs types comportementaux des liaisons amoureuses dont voici les descriptions :

·        Les Amours durables.

Les anthropologues ont constaté la rareté de ce comportement associatif dans les rapports de l'ensemble des être vivants, et remarqué que dans les espèces sujets à ce mode d'union il apparaissait peu de différences morphologiques entre les femelles et les mâles. Nous connaissons tous ces oiseaux au dimorphisme adiré que l'on nomme les " inséparables ". Chez l'homme, ce modèle comportemental existe, mais semble être conséquent aux normes religieuses et sociétales.

·        Les Amours successives

Les Amours se suivent régulièrement et la durée des relations est limitée dans le temps ; chez certaines espèces la périodicité se vit annuellement.. Chez l'homme, ce modèle comportemental existe, notamment dans les cultures occidentales judéo-chrétiennes actuelles où se succèdent assez souvent mariages et divorces . nous noterons simplement que parfois ce sont des infidélités successives qui l'organisent : celles-ci déclenchent la fin des relations et enclenchent les suivantes.

·        Les amours simultanées

Nous trouvons dans cette catégorie les Amours libres ou dites " infidèles ". Ces Amours sont parfois établies sur un mode orgiaque comme chez certaines espèces (batraciens, ophidiens…), mais dans ce cas-là, elles sont toujours à visées reproductives, ou sur un mode systémique (harem ou polygamie) à domination patriarcale ou, beaucoup plus rarement, matriarcale. Chez l'homme, ces modèles comportementaux existent.

·        Les Amours éphémères ou temporaires.

Ces amours sont réduites à l'acte sexuel, souvent de caractère génital chez les espèces animales et de l'ordre de l'assouvissement de pulsions sexuelles avec recherche du plaisir chez les humains. La durée des Amours se coordonne autour d'une cour furtive accompagnée immédiatement d'un coït qui marque la fin de la relation. Ce modèle de comportement existe chez les hommes

Nous pouvons remarquer que soustrait aux et en dépit des contingences normatives sociétales et religieuses presque toujours liées, l'homme agit, en Amour, de toutes les manières qu'il soit possible de concevoir. Des études ethnologiques ont mis en évidence le fait que sur 588 sociétés représentatives, pratiquement 76% sont polygames et sur ces 76%, seulement 0,5% de ces cultures sont polyandriques. Les résultats montrent aussi que dans les sociétés polygamiques, uniquement 5 à 10% des hommes ont plusieurs femmes simultanément. Les anthropologues, pour expliquer le choix majoritaire de sociétés polygyniques plutôt que polyandriques, théorisent une motivation biologique de reproduction. La polygynie serait plus importante en raison d'une capacité à engendrer plus conséquente chez l'homme que chez la femme. De plus, les anthropologues ont remarqué que la polyandrie génère de remarquables déficiences psychologiques et troubles pratiques chez les enfants nés d'un tel système. Contrairement à ces points de vue, la polygynie chez les musulmans aurait été mise en place conséquemment à un manque d'hommes, tués durant des guerres successives, et non pour des raisons exclusivement reproductives, c'est-à-dire pour combler le déficit d'hommes par rapport aux femmes. Pour Helen Fisher (1998), " l'animal humain " est commandé par sa biologie génétique. L'Amour est l'aboutissement d'une attraction primaire animale et l'adultère la conséquence de la fin de ce béguin. Pour l'éthologiste Konrad Lorenz (1965), l'Amour est le pendant de l'agressivité. Il considère que les espèces aux comportements agressifs ont, en quelque sorte, institué l'Amour pour équilibrer les rapports entre les individus.

Nous complétons cette recension par l'ajout d'études taxinomiques théoriques, par ordre chronologique, qui nous paraissent prépondérantes dans la compréhension des mécanismes fondateurs de l'Amour.

Lee (1977) établit une relation entre les couleurs et les différentes manières d'aimer. Sa théorie s'étaye sur le principe des couleurs pour montrer les différents types d'Amour. Selon lui il existe six types principaux décomposés comme suit

 -Trois types d'Amours primaires (couleurs primaires) :

1)     Éros ; Amour romantique.

2)     Ludus ; Amour ludique et passe-temps.

3)     Storge ; Amour conjugal et durable.

-Trois types d'Amours secondaires (couleurs secondaires) :

4)     Mania (Eros + Ludus) ; Amour obsessionnel, jalousie et possessivité.

5)     Agape (Eros + Storge) ; Amour altruiste.

6)     Pragma (Storge +ludus) ; Amour pragmatique.

Lee précise dans cette étude que certaines associations entre les différents types d'Amour coordonnent une compatibilité entre des partenaires prédéfinis. D'autres chercheurs (Hendrick et Hendrick en 1987 ; Feeny et Noller en 1990 ; Dion et Dion 1993) ont, à partir des types conceptuels d'Amour de Lee, étudié notamment le dimorphisme sexuel. Pour Dion et Dion, les femmes organisent leurs choix de partenaires en considérations des besoins pratiques (Pragma) et sur des bases amicales durables (Storge). En revanche les hommes auraient une prédilection à tester la résistance de la passion amoureuse de leurs conquêtes par jeu (Ludus). Feeny et Noller, quant à eux, enregistrent que les hommes auraient une propension à favoriser le type « agape », mais pour Hendrick et Hendrick il n'existe pas de déséquilibres significatifs entre les deux sexes d'appartenance à un type d'Amour précis. Ces divergences sont peut-être dues aux méthodes de recensements différentes appliquées par les chercheurs.

Sternberg et Grajek (1984) imaginèrent la théorie des liens pour expliquer les fondements d'une relation amoureuse. Pour eux, ceux-ci se décomposent en parties distinctes et associatives :

 

·        Avoir le désir de promouvoir le bien-être de l'autre.

·        Être heureux avec.

·        En avoir une haute estime.

·        Pouvoir compter sur elle/lui.

·        Avoir une compréhension avec.

·        Partager ses biens avec.

·        Recevoir un soutien émotionnel.

·        Avoir une communication intime avec.

·        Le/la valoriser.

Par la suite et en extension de ses précédentes analyses, Sternberg (1986, 1988) définit finalement l'Amour sur la base de trois composantes interactives. La première est émotionnelle, c'est l'intimité ; la seconde est motivationnelle, c'est la passion ; la troisième est cognitive, c'est la décision-engagement. Il nomme cette théorie « la triangulaire de l'Amour ». En combinant les différentes composantes auxquelles il donne une valeur de niveau bas ou élevé, il caractérise après les avoir identifiés, les multiples formes, huit au total, de l'Amour. Selon lui, le degré d'intensité de l'Amour ressenti dépend de la force globale des trois composantes alors que le types d'Amours s'étayent hiérarchiquement en fonction de leurs forces relatives. L'intimité est, pour Sternberg, une proximité émotionnelle, sexuelle, mais pas nécessairement, avec dans tous les cas de la tendresse, une communication établie et une compréhension commune. La passion, elle, est l'expression d'un désir physique, C'est un manque de l'autre difficilement supportable dès lors qu'il est absent. La décision-engagement est le choix mature d'une relation, à la fois stable et durable, construite dans le respect des besoins de chacun mais avec l'idée de projets communs. Leuleu rejoint cette vision de l'Amour mature et préconise, pour sceller l'union, d'établir un contrat où les partenaires s'engagent solennellement à respecter des règles prédéfinies conjointement.

 

Tableau récapitulatif de la théorie triangulaire de Sternberg :

 

TYPES D'AMOURS

INTIMITE

PASSION

DECISION-ENGAGEMENT

Absence d'Amour :

Bas

Bas

Bas

Amitié :

Elevé

Bas

Bas

Coup de foudre :

Bas

Elevé

Bas

Amour romantique :

Elevé

Elevé

Bas

Amour responsable :

Bas

Bas

Elevé

Amour affection :

Elevé

Bas

Elevé

Amour hollywoodien :

Bas

Elevé

Elevé

Amour idéal :

Elevé

Elevé

Elevé

 

D'autres chercheurs ont établi leurs raisonnements sur des théories triangulaires, Levine (1984), lui, intègre le concept de trois sphères interactives et interdépendantes dans le désir sexuel :

 

 

Nous verrons dans la deuxième partie de ce mémoire comment nous transposerons cette vision du désir sexuel à une notion intégrative de l'Amour. Hatfield (1988) définit l'Amour sous un aspect développemental et conçoit une triangulaire de styles d'Amours :

 

1)     L'Amour passionné.

·        Début de la relation amoureuse.

·        Attirance intense, base sexuelle solide.

·        Peu de connaissance du partenaire.

 

2)     L'Amour romantique.

·        Intense.

·        Idéalisation du partenaire (plus que sexualité).

·        Début de la relation durable.

 

3)     L'amour conjugal.

·        Moins intense.

·        Les partenaires se connaissent bien.

·        La passion est remplacée par de l'amitié et/ou de la confiance.

·        La passion peut renaître en certaines occasions.

·        Ce n'est pas de l'indifférence mais plutôt un lien stable et permanent, une confiance basée sur une connaissance accrue de l'autre. L'Amour est tourné vers l'enfant, la famille et la réussite professionnelle.

 

En 1993, dans une autre étude sur les comportements amoureux et en collaboration avec Rapson, Hatfied réduit sa définition de l'Amour à deux grands types. Le premier est la passion amoureuse et le second l'Amour de compagnonnage.

Nous achèverons cette première définition conceptuelle de l'Amour par ces interprétations idéologiques. Le docteur en philosophie contemporaine André Comte-Sponville (1995), s'appuie sur les textes des plus éminents philosophes de l'histoire (Platon, Epicure, Spinoza, Nietzsche, Sartre…) pour exprimer sa vision de l'Amour. Comte-Sponville s'inspire de la mythologie greco-romaine pour définir trois styles d'Amours. Éros* le premier, est l'Amour rêvé, Philia*, le second, est l'Amour réel et Agapé* le dernier, est l'Amour pur et divin, désintéressé et sacrificiel. Il caractérise deux formes interprétatives et visibles du désir ; l'une comme manque et l'autre comme puissance. Pour Comte-Sponville, le bonheur n'existerait pas, si nous ne vivions que dans une succession de désirs pour l'autre et incompris par l'autre, origine de manques et par expansion de souffrances, et si, une fois nos manques comblés, les désirs disparaissaient. Nous serions pour lui, dans sa vision du désir comme manque, dans une frustration permanente. En revanche, pour que le désir devienne puissance, il faut désirer l'autre quand il ne nous manque pas. Enfin, selon Comte-Sponville, la passion décline invariablement dans le couple, ainsi pour que l'Amour perdure, il doit se transformer en un attachement solide, l'Amour sage et pour cela nous devons être inlassablement fidèle à notre histoire d'Amour.

*Eros = Cupidon dieu de l'Amour dans la mythologie grecque ; Philia, utilisé en médecine pour traduire une attirance compulsive (zoophilie, pédophilie…) ; Agapé = relatif à un repas copieux et gai.

Subissant le paradigme judéo-chrétien il préconise la fidélité absolue, en admettant tout de même que certains couples libertins sont fidèles dans leurs Amours tout en étant infidèles dans leur non-exclusivité sexuelle. Selon lui enfin, le bonheur de désirer est préférable au désir de bonheur, qui n'est qu'espérance.

Platon, pour qui l'Amour est passion et manque, le personnifie sous la forme d'Eros dans le banquet. Éros est à la fois le fils de l'Aphrodite Pandemia (populaire), incarnant par là même un désir fruste primaire et terrestre et de l'Aphrodite Ourania (céleste), l'âme du monde. L'Amour est, pour celui-ci, un moyen d'élever son âme vers la contemplation des idées et du beau en soi. Pour Platon, l'Amour conjugal est le plus grand de tous les Amours, mais il est empreint de souffrance et sujet à la possessivité. Pour Spinoza (1677), l'Amour n'a pas la même substance, il est puissance, c'est à dire prégnant et actif, épanoui dans la joie et sans manque. Il accorde un caractère positif constant au plus beau des sentiments, c'est la définition de l'Amour Philia de Comte-Sponville. À son plus haut degré, l'Amour amène le philosophe à une connaissance adéquate de l'unité de la nature. L'Amour sublimé, c'est-à-dire intellectuel de Dieu, permet aux sages d'atteindre la béatitude et la liberté spirituelle

2)     Relations sexuelles, unions des corps et de l'esprit (faire l'amour).

Selon les époques, les cultures et les croyances, faire l'Amour n'avait pas la même finalité. Nous comprenons que le libertin du XVIII siècle n'envisageait pas les relations sexuelles comme le catholique pratiquant d'aujourd'hui, ou comme le pédéraste initiatique de la Grèce Antique, presque toujours bi-sexuel. Nos comportements sexuels obéissent vraisemblablement aux lois des sociétés dans lesquelles nous vivons, et dépendent de facteurs régissant comme les maladies sexuellement transmissibles qui modifient aussi à grande échelle nos mœurs et attitudes amoureuses. De nos jours, les préservatifs ont été " remis à la mode " avec l'arrivée du sida, servant à la fois de moyen de contraception et de protection contre la maladie.

Cette notion d'union charnelle, corollaire du désir, n'implique pas nécessairement le coït. Faire l'amour évoque simultanément, dans l'imagerie génésique commune, l'acte génital, aussi bien que la recherche des plaisirs physiques érotiques orgasmiques ou non. L'usage aisé de contraceptifs efficaces, principalement les pilules féminines, a rendu possible la multiplication des relations sexuelles sans risque de grossesse et, par là-même, favorisé l'exploration illimitée des jouissances possibles en libérant en partie les femmes de la pression judéo-chrétienne, qui institue l'acte sexuel en primauté reproductif. En contradiction aux préceptes des trois grandes religions monothéistes, faire l'Amour est aussi une recherche de plaisirs que l'on peut trouver, selon ses goûts et affinités, dans des relations indépendantes ou liées entre elles, d'homosexualités, de triolismes, de mélangismes, d'échangisme (notion machiste d'échange de femmes), de gang bang, de partouzes, de sadomasochisme, de voyeurisme ou d'exhibitionnisme, etc.…  Pour Freud, l'amour n'est en fait que de l'investissement d'objet à visée exclusivement sexuelle. Pour lui, " l'amour commun " est instamment un désir de copulation. Ce sont des pulsions libidinales non inhibées qui le caractérisent. Par opposition, il mesure l'intensité de l'état amoureux à la quantité et à la qualité des pulsions sexuelles résiduelles " inhibées quant au but ". Dans ses recherches, Freud a tenté de mettre en évidence que l'objet désiré, et donc notre choix d'objet, est déjà existant dans notre inconscient : « trouver l'objet sexuel n'est, en somme, que le retrouver. ». Dans La rencontre : hasard ou nécessité (2003), Erick Dietrich développe cette hypothèse et conçoit que le couple existe avant même la rencontre, c'est-à-dire que la rencontre n'est pas due au hasard mais à une ou plusieurs nécessités psycho-induites. Nous ajouterons pour notre conception personnelle que si la rencontre est de facto le fruit du hasard, la réunion de deux êtres est la dérivée de la nécessité, c'est-à-dire que si nous n'interférons pas dans le choix du moment et par extension du lieu, nous sommes asservis par les préconceptions inconscientes dont nous sommes les sujets. C'est pour cela que nous savons dire comment nous nous sommes rencontrés mais non pourquoi.

Faire l'Amour, c'est unir nos corps dans un fantasme commun, qui lui-même est l'union intestine des fantasmes de chacun. Dans cette union des chairs se mêlent l'instinct de reproduction et la recherche du plaisir afin de libérer (décharger) ces mêmes chairs des tensions sexuelles accumulées. Faire l'Amour, c'est réaliser le fantasme universel de l'engendrement, de la perpétuation génétique ; c'est assouvir ce pour quoi nous sommes faits, c'est-à-dire nous reproduire pour maintenir notre lignée et par extension notre espèce, et il n'est nul besoin d'orgasmer* pour cela. Faire l'Amour, c'est rechercher, au delà de son aspect reproductif, les plaisirs de l'union sexuelle mais aussi la satisfaction épanouissante de nos désirs souverains. Le point d'orgue, le sommet, l'apothéose de cette recherche est l'obtention de la décharge complète des tensions libidinales que l'on appelle l'orgasme.

Avant de traiter le sujet des fantasmes, nous allons faire maintenant l'état des connaissances actuelles sur l'orgasme. Chez l'homme, l'atteinte de l'apogée orgasmique s'accompagne la plupart du temps d'une éjaculation avec émission spermatique. Il arrive cependant que les orgasmes masculins soient secs ou rétrogrades (émission spermatique dirigée vers la vessie). L'anorgasmie masculine, souvent confondue avec l'anéjaculation, est une plainte relativement rare en consultation. Elle sous-tend très souvent une angoisse de domination ou de lâcher-prise. L'orgasme féminin, quant à lui, est de nature plus complexe car il dépend plus amplement de l'état psychologique de la femme. Cet état influe directement et puissamment sur le désir et donc sur le plaisir. À ce propos, l'anorgasmie coïtale féminine, pour ne pas dire vaginale, est l'un des facteurs courants de plaintes en sexologie, surtout à notre époque où le thème est largement abordée dans les médias et principalement dans la presse féminine. Certaines études montrent qu'environ deux tiers des femmes (60 à 70%) n'atteignent pas l'orgasme vaginal. En ce sens, Masters et Johnson (1968) prétendent qu'il n'y aurait qu'un seul orgasme, l'orgasme clitoridien ou, tout au moins, qu'il n'y aurait pas de différence physiologique entre les sensations vaginales et clitoridiennes. Seule une stimulation proprioceptive adéquate du clitoris et/ou une stimulation efficace des zones vaginales permettant par leurs liaisons directes ou indirectes avec le clitoris de l'exciter, favorisent la montée orgasmique. Sherfey (1972), Hite, (1975), Kaplan (1979), LoPiccolo (1986), corroborent l'idée d'un orgasme exclusivement d'origine clitoridien. Françoise Dolto (1982), quant à elle, reconnaît quatre types d'orgasmes féminins, le premier est l'orgasme clitoridien qui est un orgasme non satisfaisant tout comme le deuxième, l'orgasme clitorido-vulvaire. Le troisième est l'orgasme vaginal. Celui-ci permet la décharge complète des tensions libidinales et en ce sens il est totalement satisfaisant, tout comme le quatrième, l'orgasme utéro-annexiel qui n'est cependant pas reconnu en tant que tel par les

* Forme verbale dérivée du mot orgasme créée par Shere Hite et citée dans le rapport Hite.

femmes, mais confondu avec les autres types d'orgasmes.

Alzate (1985) effectua des recherches sur la notion de pression intravaginale. Il eut l'idée originale d'utiliser un petit ballon dans lequel il modifia alternativement la pression pour démontrer que le vagin, indépendamment du clitoris, permet l'accession à l'orgasme. Par ce procédé, il montra que 89% des femmes testées obtiennent un orgasme vaginal autonome, mais aussi que ce type de stimulation est plus efficace qu'un classique va-et-vient. Eicher (1992), dans la même idée, suite à des mesures effectuées sur 130 femmes, établit une corrélation entre la capacité orgasmique et la pression musculaire interne du canal vaginal. Il obtint de cette expérience, toutefois limitée par le nombre de participantes, les résultats suivants :

 

Cette expérience montre l'importance de la puissance des muscles pubo-coccygiens dans l'anorgasmie féminine où un manque de puissance musculaire est très souvent accompagné de difficultés orgasmiques. Il ne faut toutefois pas oublier l'importance du mental sur le physiologique, ce qui pourrait expliquer le fait que les résultats ne soient pas absolus, mais quand toutes les raisons psychologiques et organiques sont écartées ou résolues, nous pouvons recommander à ces femmes la pratique des exercices de Kegel*.

 

Gräfenberg (1953, 1979,1983) distingue une zone sur la face antérieure du vagin qu'il nommera de l'initiale de son nom : le point G. Cette zone éminemment sensible permettrait l'obtention d'un orgasme vaginal supérieur par stimulation directe, et dans certains cas provoquerait une éjaculation d'un substrat encore sujet à controverses quant à sa nature et son origine. Cependant quelques découvertes récentes sur les glandes de skène comme l'ancienne trace masculine de la prostate non développée

*En 1952, le docteur Kegel détermine qu'en pratiquant un travail musculaire, les femmes peuvent renforcer leur sangle périnéale. Il crée une série d'exercices dans ce dessein.

chez les femmes, confirmeraient l'origine de la production du liquide expulsé. Cette éjaculation féminine au moment de l'orgasme a été décrite par Gilbert Tordjman (1984). Ce dernier conçoit également deux types d'orgasmes aux axes neurologiques spécifiquement indépendants.

Il résulte de toutes ces recherches scientifiques, mais aussi des études basées sur des témoignages féminins, qu'il existe au moins deux types d'orgasmes distincts. Freud dès 1905 supposait une dualité orgasmique et la définissait ainsi : Apparition dans un premier temps dans le développement psychosexuel des femmes d'un érotisme clitoridien suivi chronologiquement, en se substituant au premier, d'un érotisme vaginal considéré comme supérieur et témoin de la maturité sexuelle féminine. Mélanie Klein, en contradiction avec Freud, soutient que le vagin aussi bien que le clitoris sont investis d'affects très tôt chez les filles.

Dans sa vision énergétique et psychodynamique de l'orgasme, Wilhelm Reich (1978) parle de jouissance lorsqu'il s'agit de sensations localisées aux organes génitaux et d'orgasme lorsqu'il s'agit de contractions réparties sur l'ensemble du corps. Alexander Lowen (1976), dans le même sens, conçoit deux types d'orgasmes : l'orgasme partiel de source clitoridienne et l'orgasme total d'origine vaginal impliquant une décharge complète des tensions sexuelles au travers de l'ensemble corporel et émotionnel.

Certains chercheurs vont " plus loin " avec l'orgasme et décrivent " l'ESO ", l'Extended Sexual Orgasme. Alan Brauer et sa femme Donna, Créateurs de l'école de Palo Alto (1975), ont étudié des couples à la sexualité remarquablement aboutie. Ils conclurent qu'en suivant un entraînement spécifique, les couples peuvent vivre des orgasmes d'une durée pouvant aller de quinze minutes à une heure, ce qui n'est pas sans contredire totalement les conceptions à ce sujet de Master et Johnson ou de Shere Hite, pour ne citer qu'eux, pour qui l'orgasme n'excède guère quelques poignées de secondes. Nick Douglas (1968), initié du tantrisme avait déjà, précédemment à l'école palo altienne, défini quatre niveaux orgasmiques et les méthodes qui y conduisent. D'autres recherches aboutissent invariablement aux mêmes conclusions, celui de l'existence d'un orgasme de nature supérieure symbolisé dans sa forme suprême par une notion de " vagues " orgasmiques successives. L'une d'entre elles nous a intéressés tout particulièrement. Il s'agit de la méthode d'influence néo-reichienne pratiquée par Margo Anand (1992), qui, au travers de six paliers d'apprentissages cognitivo-comportementalistes et de travaux sur les bio-énergies, permet l'accession à l'ultime agrément.

Nous avons vu que le désir est une montée de tension que l'orgasme dissout. Nous allons voir maintenant l'interaction entre le désir et les fantasmes où chacun peut être alternativement source ou aboutissement. Nous trouvons dans les écritures de Martine Joseph un résumé intégrant parfaitement l'importance des fantasmes dans la genèse de la sexualité : « Les fantasme érotiques, qui sont à la fois cause et conséquence du bon fonctionnement de la sexualité, sont le reflet de l'érotisme individuel. »

Nos fantasmes conscients, résultat de nos imageries mentales conscientes, se fabriqueraient dans le foyer de nos fantasmes subconscients construits soit lors de la structuration psychique originaire, soit par l'acquisition des croyances culturelles, religieuses ou mythologiques prégnantes, soit sous la pression d'émotions anciennes ou actuelles, d'affects non régulés. En conséquence, nos fantasmes conscients, apparemment maîtrisables par l'action de la volonté, ne seraient en quelque sorte que les résidus consensuels élaborés à partir de nos fantasmes inconscients. Ainsi nous retrouverions dans la démystification de nos fantasmes les causes de nos comportements ou de nos troubles psychologiques. Nous noterons toutefois, chez les hystériques, la formation de fantasmes conscients établis sur des traumatismes fictifs perçus comme origine des symptômes de la pathologie. Dans ces cas spécifiques, les fantasmes servent à placer derrière un écran de fumée les activités auto-érotiques infantiles en magnifiant le vécu des premières années, et nous révèlent : « dans toute son ampleur la vie sexuelle de l'enfant. » (Freud, 1914).

Freud, précurseur en la matière, pour décrypter les fantasmes, partit du postulat que les rêves sont l'un des langages de l'inconscient et s'intéressa à leurs significations.

 * Celles des Américains David Ramsdale et Ellen Dorfman (1985), du Canadien Jean-yves Desjardins ou des Allemands Michaël Plesse et Gabrielle Saint Clair (1988).

Ainsi dans les rêves de l'endormi, qui ne sont par les faits que des fantasmes non contrôlés par la conscience de l'éveillé, nous trouvons tout le matériel représentatif de sa libido. Nous comprenons dès lors l'utilité pour le thérapeute d'organiser un travail sur la matière onirique et fantasmagorique (hypnose, sexotherapie, relaxation…). De fait en sexologie, le fantasme est un outil thérapeutique à part entière. En effet, il a été mis en évidence qu'une baisse du désir sexuel coïncide toujours avec un appauvrissement partiel ou total (alexithymie) de la fantasmagorie. Un travail sur les fantasmes (sexoanalyse, fantasmothérapie, onirothérapie érotique…) permet au thérapeute d'évaluer la dimension érotique du patient ou son évolution érotico-pathologique, mais aussi d'amener celui-ci à recouvrer un équilibre érotique en supprimant, par exemple, le pouvoir des fantasmes anxiogènes et anti-érogènes qui peuvent et doivent être substitués par des fantasmes positifs.

Afin de compléter cette étude, nous vous proposons maintenant une classification thématique des fantasmes érotiques inspirée par les écrits sur le sujet de Gilbert Tordjman (1992) et d'Erick Dietrich (1998). Celle-ci nous paraît organiser avec simplicité un condensé adapté  

Ce sont des fantasmes d'étiologie œdipienne dont les scénarios tournent autour de scènes avec un ou plusieurs participants indépendamment du partenaire habituel ou de partage du partenaire, d'incestes consentis, de toutes scènes faisant intervenir un tiers. L'acteur principal de ces films mentaux est indépendamment exhibitionniste ou voyeur.

Les perversions sexuelles, sadique et masochiste, furent abordées et analysées en premier par le sexologue Krafft-Ebing qui en fixa la terminologie*. La psychanalyse reprit ses conceptions et étendit la signification en conférant au terme des notions d'activité et de passivité, de persécuteur et de persécuté ou encore de domination-soumission dans le cadre des structurations psychiques originaires. Les fantasmes

* Krafft Ebing inventa le mot Sadisme en référence à l'œuvre du marquis de Sade et le mot masochisme en référence à l'œuvre de Sacher Masoch.

sadomasochistes exhument nos mécanismes génésiques infantiles. Le sadisme est une perversion sexuelle où le sadique se réjouit des souffrances physiques ou morales infligées à l'autre ou aux autres en transgressant les interdits. Le masochisme est une perversion sexuelle où le masochiste retourne contre lui ses pulsions sadiques, s'administre ou se fait administrer, pour en obtenir satisfaction, des sévices aliénants (humiliations) physiques ou moraux. Les scénarios mentaux se construisent sur des bases de viols, incestueux ou non, de sévices physiques, de tortures, de sodomies forcées et de toutes scènes de violence dont l'imagination humaine est capable.

Très communs, surtout chez les adolescents, les fantasmes homosexuels servent très souvent d'émulateur de la vie sexuelle. Ces fantasmes peuvent être particulièrement mal vécus par le sujet, s'ils ne correspondent pas à son image d'hétérosexuel établie et consolidée par l'homophobie sociétale.

Nous classons dans cette catégorie tous les autres fantasmes érotiques pervers comme les fantasmes de nécrophilie, de pédophilie, de pédoclastie, de zoophilie, de scatologie, de coprolagnie, d'urolagnie… Si l'on admet que le seuil de perversion se situe au delà de l'acte sexuel de reproduction, vous remarquerez que nous établissons ici une hiérarchie de niveau de perversion, en omettant les perversions telles que, la masturbation, la fellation, le cunnilinctus, la sodomie hétérosexuelle, l'homosexualité… Qui nous semblent, quand elles sont pratiquées dans la réalité, moins tenir de déviations psychologiques profondes. Ajouterons à cela que les fantasmes pervers de pédophilie et de pédoclastie doivent amener le thérapeute à interroger le sujet sur la réalité ou la volonté d'un passage à l'acte, dans la visée de protéger de futures victimes éventuelles.

3)     Symbolisation de la personne aimée (mon amour).

Toi mon Amour, mon bel Amour, tu es l'origine de mon sublime sentiment. Mon amour pour toi fait que tu es mon amour ! C'est donc mon amour que je vois en toi ? Concomitant au sentiment de possession de l'autre apparaît dans l'expression populaire la marque visible du narcissisme dans l'amour. En ce sens Freud distingue deux formes d'Amours :

a) L'Amour objectal par lequel j'aime une personne autre que moi. Ce dernier se décline sous deux formes opposées :

 

·          Le choix d'objet par étayage, consécutif à l'appui originaire que prennent les pulsions sexuelles sur les fonctions vitales et d'autoconservations. Ce choix s'échafaude dans la satisfaction de la tétée du sein maternel où à l'évidence nous apprenons à aimer le substitut de notre mère, puis ensuite, dans la compréhension que le sein n'est qu'une partie de notre mère. Mon choix d'Amour en tant qu'adulte serait induit par une réminiscence de mes sentiments pour mes objets d'amour originaires (mère et/ou père) et de leurs bons soins, c'est-à-dire que l'objet de mon Amour d'aujourd'hui ressemble aux engrammes des modèles parentaux inscrits dans ma mémoire inconsciente.

 

·        Le choix d'objet narcissique, consécutif à la désignation de soi-même comme objet, c'est-à-dire la structuration d'une relation à l'objet comme un modèle de relation interpersonnelle. C'est soi que l'on aime dans l'autre.

 

b) L'Amour narcissique :

 

Selon Freud, le narcissisme se constitue par l'intériorisation d'une relation intersubjective sur le modèle de l'image que se fait le sujet de l'Amour qu'on lui a porté. Pour s'aimer soi-même il faut d'abord avoir été aimé. Freud avoue ne pas comprendre les femmes, mais prétend qu'elles ne peuvent aimer que sur un mode narcissique, car, selon ce dernier, l'Amour des femmes ne s'élabore que principalement sur la satisfaction des pulsions d'autoconservation. Il admet le principe que la femme est nourricière en opposition à l'homme qui est un protecteur.

De là, nous voyons apparaître une logique circulaire de l'Amour ; l'Amour objectal est un substitut de l'Amour pour l'objet (pour la mère), or c'est l'Amour reçu de l'objet (l'Amour maternel) qui est à l'origine de l'Amour de soi, qui lui-même rend possible l'Amour objectal. L'Amour pour autrui, c'est donc l'Amour pour l'objet (pour la mère) rendu possible par l'Amour perçu de l'objet (l'Amour de la mère). Par conséquent, nous aimons en autrui l'Amour que l'objet (notre mère) nous portait, c'est-à-dire que nous aimons par personnes interposées, l'Amour de nos objets (nos mères) pour nous, ce qui revient à dire que nous aimons en l'autre que nous-même. En ce sens il est clair que si tout Amour est imprégné de narcissisme, nous ne pouvons aimer l'autre autrement que nous nous aimons nous-même.

Lacan théorise aussi sur le fait d'une composante narcissique dans le sentiment amoureux. Pour lui, le moi n'est pas un régulateur équilibrant les exigences du surmoi, ni celles du ça, selon la réalité. Ainsi en percevant sa propre image dans un miroir, chacun a pu se reconnaître, s'admirer et s'aimer. Ce miroir peut être l'autre, ce qui rend fondamentalement narcissique l'amour humain : c'est soi qu'on aime dans l'autre et nous ne pouvons aimer l'autre que si nous nous aimons nous-même. Nous ajouterons à l'inverse de cette théorie, qu'un être n'appréciant en rien son image, cherchera en l'autre des réponses pouvant rassurer un moi faible. Pour s'aimer lui-même, cet être aura besoin du regard de l'autre et de l'image que l'autre lui renvoie de lui-même.

 

4)     Goût immodéré, attachement solide à une idée, un concept, un objet… (Amour du travail bien fait, des fleurs…)

 

« La libido c'est l'énergie des tendances se rattachant à ce que nous résumons dans le mot Amour. Le noyau de ce que nous appelons Amour est formé naturellement par ce qui est communément connu de l'Amour, c'est-à-dire l'Amour sexuel dont le dernier terme est constitué par l'union sexuelle. Mais nous ne séparons pas toutes les variétés de l'Amour telles que l'Amour de soi-même, l'Amour pour les parents, pour les enfants, l'amitié, l'Amour des hommes en général, pas plus que nous séparons l'attachement à des objets concrets et à des idées abstraites. » Pour Freud, l'Amour est, quelque soit le vecteur qui l'initie, de même nature. Ainsi la genèse libidinale des sentiments dans l'Amour est la même pour tous les vecteurs, même sans la finalité d'union sexuelle

            Que répondez-vous lorsque l'on vous demande qu'elle est votre passion ? Vous ne répondez certainement pas « mon homme ou ma femme », mais plutôt l'intitulé de votre passe-temps favori. Il arrive très souvent même, que cette passion passe-temps passe avant tout, tout avant votre conjoint ou les membres de votre famille. Après analyse, nous trouverons bien souvent dans l'ontologie de votre comportement incoercible, une compensation protectrice contre un ou plusieurs événements marquants lors de votre évolution psychique infantile. Ainsi, par exemple, nous avons le collectionneur obsessionnel qui, s'il tente de retrouver en premier lieu le plaisir originel de sa relation à sa mère dans l'oralité, doit avant tout sa névrose compulsive à une tendance marquée au plaisir lors d'une fixation excessive au plaisir excrémentiel, mettant en place un caractère sadique anal.

5)     Sentiments bibliques.

Nombre des acceptions du mot « amour » sont directement liées aux préceptes judéo-chrétiens ou découlent du discours théologique (adoration, ferveur, luxure, etc..). Le langage courant a très souvent étendu leurs significations aux usages de la vie courante sans correspondance toutefois avec les croyances. Ainsi par exemple, nous pouvons dire que nous adorons le chocolat jusqu'à la crise de foie (foi). Augustin d'Hippone, inspiré par la définition d'Aristote précédemment vue, agrémente celle-ci de sa vision. Il définit trois modèles d'Amours comme constituant de l'Amour vrai. Nous trouvons donc en premier, sous la forme « Aimer être aimé » un sentiment narcissique nécessaire pour croire en soi et ainsi commencer à croire en l'autre ; en deuxième, sous la forme « Aimer aimer » un élan qui nous rapproche des autres, une joie de partager qui nous valorise et nous permet d'exister en société ; en troisième, sous la forme réduite : « Aimer » qui représente ici l'Amour don, l'Amour désintéressé.

 

Dans les Ecritures selon Jean, le principal sens donné au vocable « Amour » est l'expression d'un engagement sacrificiel en faveur d'autrui. Nous trouvons dans les représentations symboliques du sens biblique du terme les concepts chrétiens

suivants :

 

·        L'amour de Dieu pour les être humains et des êtres humains pour Dieu.

·        L'amour de Jésus Christ pour ses congénères et des enfants de Dieu pour Jésus Christ

 

Pour Matthieu (5.46-48) le meilleur test de l'Amour biblique est de s'astreindre à un profil comportemental établi même si cela s'oppose à notre envie. Qu'elle bonne idée !!!! Selon Luc (6.27-38) et Jean (3.16-18 ; 4.18-21) nous devons nous plier et pratiquer celui-ci contre toutes attentes. L'Amour biblique possède les obligations caractérisées suivantes :

 

1)     L'Amour est patient ; il doit résister aux difficultés en restant constant face aux épreuves.

2)     L'Amour est plein de bonté ; il retient vos velléités agressives, il ouvre votre cœur et vous permet l'accès à la compréhension.

3)     L'Amour n'est pas envieux ; il nous protège de toutes les formes de jalousies envers tes prochains. Il agit pour le bien et le bien-être des autres.

4)     L'Amour ne se vante pas ; il tait sa puissance au bénéfice des autres qu'il exalte et édifie.

5)     L'Amour ne s'enfle pas d'orgueil ; il reste humble même quand vous êtes certain de ne pas avoir tort. L'Amour ne s'affirme pas.

6)     L'Amour ne fait rien de malhonnête ; il cherche la justesse et la justice en toute situation, en toute attitude et ainsi honore le Seigneur.

7)     L'Amour ne cherche pas son intérêt ; il est volonté d'être aux services des autres et non pour lui-même.

8)     L'Amour ne s'irrite pas ; il reste stoïque et mesuré, il ne succombe pas aux pressions adverses.

9)     L'Amour ne soupçonne pas le mal ; il n'est pas rancunier et offre sa complaisance en toutes circonstances, pas de vengeance, pas d'opposition violente à la violence… Il couvre une majorité de péchés.

10)  L'Amour ne se réjouit pas de l'injustice ; il regarde complaisamment les péchés d'autrui. Il rapproche ses ouailles près du Seigneur.

11)  L'Amour se réjouit de la vérité ; il cherche toujours la vérité en toutes circonstances, même si le mensonge est plus avantageux.

12)  L'Amour excuse tout ; il tolère, comprend tout car il considère les événements dans une vision globale et intemporelle.

13)  L'Amour croit tout ; il opte pour la présomption d'innocence, attend la preuve du contraire. Il instaure la confiance pour la restaurer.

14)  L'Amour espère tout ; il se voue au Seigneur et fait confiance aux volontés souveraines du divin. 

15)  L'Amour supporte tout ; il reste constant même dans la souffrance ou l'adversité. Il apporte une bénédiction.

16)  L'Amour ne périt jamais ; il ne disparaît pas dans la difficulté. Il perdure fidèlement dans l'adversité.

 

À partir du Moyen-Âge, l'influence de la chrétienté rend l'activité sexuelle sans visée reproductrice, répugnante, dégradante et honteuse et réduit celle-ci à sa plus simple expression. Nous trouvons dans cette influence une grande majorité des tabous de la sexualité contemporaine. Le plaisir est banni, la morale casuistique s'impose, surtout aux femmes d'ailleurs, car obligation leur est faite de confesser leurs péchés de concupiscences. Les portes de l'enfer s'ouvrent aux pécheurs qui ne respecteraient pas scrupuleusement les préceptes religieux. L'un de ceux-ci précise que nous commettons un péché mortel dès lors que nous retirons un quelconque plaisir lors de nos ébats sexuels. Un autre nous rend coupable si nous désirons ardemment notre conjoint. Un autre encore interdit les préliminaires, les caresses sont des péchés véniels. Les baisers sur la bouche, plus graves encore s'il y a introduction de la langue et les fellations ou autres cunnilingus, anilinctus, etc.… sont des péchés d'une gravité mortelle. L'infidélité, l'adultère, l'homosexualité, la masturbation ou tout autre comportement sexuel que ceux autorisés, sont strictement et violemment interdits et réprimés. Aujourd'hui encore ces superstitions crédules sont toujours et encore largement présentes dans les croyances occidentales à majorité judéo-chrétienne. Le plus grave est qu'elles se sont infiltrées insidieusement dans les systèmes législatifs, faisant subir aux laïques et aux athées ses conceptions aliénantes, contraignantes et liberticides. La libération sexuelle des années 60-70 sous-tendue par le mouvement de libération des femmes, n'a permis qu'une faible avancée dans le sens de l'épanouissement sexuel. Historiquement, l'incrimination répressive du plaisir n'a pas toujours été de rigueur. Elle est l'apanage des grandes religions monothéistes actuelles instituées sous l'égide de volontés humaines politiques dont le but est de régir les systèmes sociaux pour mieux les contrôler. L'anthropologie nous révèle que les peuples du néolithique jusqu'à l'âge de bronze mais aussi les peuples aux cultures animistes, paganistes ou encore chamanistes, plus prompts à respecter les instincts naturels, conféraient au plaisir une importance primordiale, allant pour certains d'entre eux jusqu'à l'enseigner. Nos ancêtres directs, les Celtes, non pervertis par les mythes judéo-gréco-romains, procédaient d'une toute autre façon que nous-même aujourd'hui vis à vis des besoins naturels primaires. Ils respectaient en les valorisant, le corps, la féminité et l'enfantement (bonding et allaitement), et vivaient sans contrainte des mœurs sexuelles très libres.

6)     Représentation emblématique de l'Amour.

Par allégorie et empiriquement, l'Amour est souvent présenté sous les traits d'un enfant nu, ailé, empoignant un arc et des flèches. Il est synonyme de Cupidon. Son rôle est de transpercer le cœur des hommes ou des Dieux avec ses flèches, et ainsi faire naître en eux l'Amour. Cupidon parfois nommé Eros, création de la mythologie gréco-romaine, est le fils d'Aphrodite (Venus romaine), déesse de l'Amour, née de chairs immortelles tombées dans l'océan, et d'Ares, Dieu de la guerre. Enfant " vivant " taquin et gai, il accumule les facéties. Sa mère, courroucée par ses agissements détestables, l'enferme pour le punir. Nous le retrouvons sous un aspect différent dans le conte antique d'Amour et de Psyché. Le Dieu de l'Amour se voit incarné par un beau jeune homme troublant et tourmentant Psyché qu'il aime pourtant. Il se voue à lui procurer le bonheur idéal. Dans ce conte mythologique, Psyché incarne l'âme humaine assujettie aux troubles des sentiments amoureux. Symboliquement, un parallèle se fait entre les épreuves initiatiques successives subies par celle-ci, et les étapes purificatrices transformant les désirs dus aux bas instincts terrestres en un Amour sublimé aux essences spirituelles.

 

L'Amour  vainqueur  de Caravage

III) Tableau des significations du mot « amour » :

SIGNIFICATIONS :

SYNONYMES* :

Sentiment.

Amour.

Tendresse.

Affection, Amitié.

Attraction.

Attirance.

Inclinaison.

Attirance. Affection, Penchant.

Considération.

Estime, Déférence, Egard.

Penchant.

Inclinaison.

Affection.