Pour une compréhension des répercussions des
traumatismes infantiles sur la vie de l'adulte et ses
comportements.
I – Enfance sous influence !
Le fleuve le plus large, on le passe à la source. Publius Syrus
Vous avez un problème… Vous allez voir un « Psy .» Le discours des psychanalystes, à part les « hum hum », étant extrêmement complexe, vous êtes sûr de ne pas être trop dérangé. Car ces gens qui pensent avoir tout compris, (ce qui semble parfois être le cas), vivent dans un monde où tout ne peut être dit. Alors, ils compliquent tout. De fait, ce qui aurait pu être énoncé simplement se transforme en un véritable charabia. Force est de reconnaître, dans notre système socioculturel, dans lequel la médecine s’inscrit comme le savoir « tout-puissant .» Nous n’avons pas le droit de comprendre. Mais, dans ce livre, c’est bien cette liberté qu’on va vous offrir.
L’influence de l’enfance
Comprendre son couple nécessite dans un premier temps de déchiffrer les stades du développement de l’enfant. Vous allez dire : « On en revient toujours là »…et bien oui. Car des comportements mis en place durant cette période, découle un ensemble de croyances et de comportements, que vous répétez inconsciemment dans votre vie d’adulte et au sein de votre couple. Votre caractère commence à se former dès la période de la vie intra-utérine. Pendant l’enfance, il s’affine en fonction des réponses apportées aux besoins d’exister (être désiré, reconnu), d’être sécurisé (nourri, chauffé, logé…), d’être aimé, de posséder une intimité, de s’affirmer et d’être libre. Ainsi quand cette période se passe bien, l’individu devient un adulte libre et indépendant. Mais à l’inverse, lorsque cela se déroule mal, la personne s’inscrit dans le besoin de l’autre pour réparer ses blessures infantiles. Pour mieux comprendre cela, prenons un exemple : une enfant criait quand elle avait besoin que ses parents s’occupent d’elle. La mère comme le père, ne comprenant pas et ne sachant pas vraiment amener de l’affection et de la tendresse, lui donnaient systématiquement des biberons. Pour l’enfant, le besoin d’amour s’accompagnait d’un sentiment d’abandon (proche de l’angoisse), que les parents soignaient systématiquement par une bonne dose de lait. Aujourd’hui, vous comprendrez aisément que cette enfant devenue adulte se précipite, à chaque montée d’angoisse, sur des friandises. En prenant conscience de cela, cette patiente sait maintenant à quoi correspond son angoisse, et peut enfin la gérer, sans se jeter sur la nourriture et/ou les anxiolytiques.
Comprendre son passé, c’est pourvoir en faire le deuil. C’est vivre, sans tenter d’obtenir ce que vous n’avez pas eu ou ce que vous êtes en droit d’attendre, mais que vous n’aurez jamais.
1) Avant la Naissance, être désiré :
De cette symbiose entre le fœtus et sa mère naît la vie psychique du fœtus, influencée par le désir (ou le non-désir) que la mère va projeter sur lui. A ce stade, si le désir de la mère est présent, l’enfant ne cherche pas à être reconnu. Mais sans cela, l’enfant se trouve dans la peur d’être détruit. Ce qui explique l’importance pour certains, d’exister dans le désir de l’autre. Une de mes patientes, en larmes sur mon divan disait : « Je ne suis qu’un accident, ma mère ne m’a jamais souhaitée. Elle a même voulu avorter. Mais je n’arrive même pas à en lui en vouloir ». Pour lutter contre cette peur d’anéantissement et ces angoisses de destructions, elle a compensé ce manque, dans le désir sexuel de « son » homme. Mais, dès qu’elle le sentait loin ou distant, dès qu’il était trop absent, elle se retrouvait dans la (pa)nique. Elle était alors « prête à tout » pour se sentir exister dans le désir de son amant. Après la naissance de sa première fille, elle a entamé une thérapie. Car elle n’avait plus de désir, ne voulait plus faire l’amour avec son conjoint, puisque comme elle le disait : « la relation que j’ai avec ma fille me suffit, j’existe à travers elle, je lui donne tout ce dont elle a besoin ». Le désir avait commencé à diminuer chez cette femme au troisième mois de grossesse, quand elle a su qu’il n’y avait plus aucun risque de fausse couche ( !). Que s’est -il passé ? Elle a tout simplement compris que le « je lui donne tout ce dont elle a besoin » lui procure ce qu’elle n’avait pas reçu.
Nous venons de voir l’importance du désir de la mère lors de la période de vie intra-utérine, mais le premier regard porté sur l’enfant, en terme de désir ou de non-désir est lui aussi décisif dans le devenir de l’enfant .
Quel regard avez-vous reçu ?
- « Je désire que tu sois comme moi ». Vous devenez l’objet du désir de votre mère (fantasmes de parthénogenèse chez la mère). Adulte, cela entraîne des prédispositions aux hallucinations et aux délires.
- « Je désire que tu sois l’homme et/ou le père que je n’ai pas eu (fort, violent, dominateur) ». La mère crée chez les garçons une prédisposition à la violence et chez les filles à la soumission. Si elle porte dans son regard la haine de l’homme, cela entraîne la haine de l’homme chez la fille et la haine de la femme chez le fils.
- « Je ne te désire pas, tu n’existes pas pour moi » (fantasmes de déni de fécondation). Cela cause des prédispositions autistiques (repli sur vous et perte de contact avec le monde)
- « Je te détruis ». Cela entraîne une prédisposition de type schizoïde (repli sur vous avec refus de la réalité qui met trop en souffrance, le contact avec les autres est conservé).
Rassurez-vous, si votre mère vous a désiré, qu’elle accepte de n’être qu’une mère (qui sans être parfaite répond de son mieux aux besoins de l’enfant) ; que votre père est présent, et que votre mère vous a dit : « tu n’es pas là pour remplacer ton père dans mon lit et mes fantasmes. Il s’occupe très bien de moi. Pour lui comme pour moi, nous pouvons te dire que ce que tu entends le soir qui provient de la chambre, tu le feras avec une autre que moi », Vous avez beaucoup plus de chance qu’un autre d’échapper au divan du « Psy ».
Nous allons aborder la période archaïque, qui s'étend de la naissance à la deuxième phase du stade anal (2 ans environ), tranquillisez vous, ce n’est pas compliqué, vous allez voir. L’enfant est très dépendant de sa mère.
2 ) La dent et le sein
Ce stade, désigne la période durant laquelle les besoins de l’enfant sont comblés par voie orale. Elle intervient en général jusqu’à l’âge de deux ans, mais ses conséquences peuvent vous accompagner tout au long de votre vie.
Etre reconnu : si l’enfant n’est pas reconnu et aimé, il va avoir peur d’être anéanti par l’abandon et va tenter de combler ce besoin, quitte à sombrer dans la dépendance. L’adulte, compense ce manque ancien par des « reconnaissances » puisées dans son milieu professionnel, affectif ou sexuel. Tous les jours, on peut voir, dans les associations caritatives, les entreprises, les couples, des femmes et des hommes, prêts à se sacrifier pour l’autre, à tout donner. Mais pourquoi ? Par altruisme ? Non, juste pour être reconnu, attendu, désiré, aimé voire indispensable. Une brave Dame me contait un jour, après la messe : « O combien il m’est doux de voir ce clochard (on pourrait décliner à l’inverse) m’attendre là, à la sortie du restaurant. Il sait que je vais lui donner, ce qui d’ailleurs me coûtera peu, ces quelques pièces qui lui feront me dire: « Ah, ma BONNE Dame, heureusement que vous êtes là, sinon il faudrait vous inventer. Ah, si tout le monde était comme vous, vous avez toujours un geste gentil, une parole qui réchauffe, sans vous le monde me paraîtrait bien triste ». Et là la brave Dame, l’œil tout à coup lançant des éclairs qui vous paralysent poursuit : « Et vous pensez vraiment que je veux le bien de ce pochard ? C’est un parasite. Et les parasites, vous savez, on les gaze » en faisant « Pschtt, Pschtt » d’un geste de main guilleret. Puis elle reprit un ton bienséant : « mais que nenni, car si jamais il n’était plus là, je n’existerais plus. Donc pour mon équilibre, qu’il reste la victime à sauver, et moi ! j’existe comme une Sainte». Vous comprenez aisément, que s’il essayait de s’en sortir, la Brave Dame ferait tout pour le mettre en échec. En transposant maintenant cet exemple, dans la dynamique de votre couple ou à bien d’autres interactions dans votre vie privée et/ou professionnelle, vous comprendrez beaucoup mieux ce qui se joue à votre insu. Alors qui êtes-vous ? Le pauvre pochard qui ne s’en sortira jamais ou la Gentille Sainte.
Etre sécurisé, c’est la satisfaction des besoins primaires. Or ce sentiment est pris très rapidement en otage par les parents dans la grande réplique du : « Avec tout ce que j’ai fait pour toi … ». Précisons quand même, que si les parents se « sacrifient » pour leur enfant, alors que c’est, rappelons-le, leur devoir, ce n’est ni par amour, ni par excès de bonté, mais bel et bien par intérêt. Pour avoir de la visite et de la présence pour leur retraite par exemple. Et comme on reproduit ce que l’on a reçu, ce phénomène se retrouve chez certains couples. Ecoutez-les et notez combien de fois vous entendez un mari ou une femme dire à son conjoint : « Avec tout ce que j’ai fait pour toi… », vous pouvez même y rajouter un zeste de culpabilité et vous aurez le : « regarde combien tu me fais souffrir ». Petite phrase insidieuse laissant croire à l’autre qu’il a, en plus, le pouvoir de vous faire souffrir.
Etre aimé, aspiration dont la non-satisfaction entraîne une peur d’abandon. Ne l’oublions pas ce désir d’amour est source du pire et rarement du meilleur. Alors qu’il devrait être comblé de façon GRATUITE ET INCONDITIONNELLE, il sert le plus souvent la cause des parents : « Si tu es gentil, ta maman t’aimera très fort », « Si tu as de mauvaises notes, tu feras beaucoup de peine à ton Papa, par contre si tu as de bonnes notes, il sera fier de toi ».
Dans le couple entre la nécessité d’être sécurisée et le besoin d’amour, certaines femmes tombent dans le piège le plus terrible que le mariage ait engendré : la prostitution conjugale. La femme ne fait plus l’amour par plaisir ou pour elle-même (ce qui au demeurant n’est pas chrétien) mais pour avoir la paix, ne pas risquer de prendre de coups, avoir de l’argent ou des avantages divers et variés. Pour elles, c’est comme ça qu’il faut agir, puisque « maman » faisait aussi comme ça. Un jour, lors d’une conférence, une femme a priori bouleversée par mes propos dérangeants, me dit : « Moi je n’ai jamais de désir, jamais de plaisir. Je le fais pour satisfaire mon mari qui ne me demande jamais rien et me donne tout ce dont j’ai besoin ». De toute évidence, cette femme ne risquait pas de devenir « femme libertine », puisqu’elle était déjà la mère de son mari. Elle se levait le matin lui préparer son petit-déjeuner avant qu’il ne parte travailler, elle s’occupait ensuite des enfants, du ménage, des courses et des repas. Tout devait être parfait, pour son mari qui travaillait et faisait vivre la famille. Elle voulait qu’il puisse ressentir la satisfaction qu’il est en droit d’attendre d’une épouse zélée. Mais un jour, lasse de son quotidien, elle essaya de faire comprendre à son époux qu’elle n’était pas vraiment heureuse, des petites altercations ont commencé dans ce couple. La réponse fut pour le moins explicite : « Mais de quoi te plains-tu ? Tu as tout pour être heureuse ! Regarde un peu autour de toi comment vivent les autres et tu te plaindras moins ». Il ne lui restait plus qu’à rajouter « n’oublie pas de laver mes slips ou de me distraire un peu pour que je puisse me détendre ». Ici le chantage est à son plus haut niveau car la femme de par son enfance et son éducation, ne peut même pas en prendre conscience. Pour elle, et ce depuis toujours : « c’est comme ça », donc c’est normal. Alors quand tout à coup, en pleine conférence, cette femme entend qu’il existe d’autres modèles, d’autres façons de penser : que faire la lessive de son mari et son repassage n’était ni un dû, ni une obligation… En a découlé un divorce …
Satisfaire ces besoins, c’est risquer d’échanger votre satisfaction contre votre dépendance, eh oui ! Laisser votre partenaire combler vos besoins infantiles insatisfaits, c’est lui donner le « pouvoir » .
Quel oral êtes vous ?
- Si votre mère a répondu trop vite à vos besoins : (mère anxieuse, surprotectrice), vous n’avez même pas eu le temps de contacter votre besoin. Adulte, vous avez du mal à avoir des désirs.
- Si votre mère n’a pas répondu ou trop tardivement à vos besoins : Quand vous ressentez le manque (générateur d’angoisse), vous avez crié, et si la réponse ne venait pas, vous avez ragé. La rage est un sentiment violent et destructeur, sans espoir, qui se met en place face à l’impuissance à obtenir satisfaction de ses désirs. Fatigué et épuisé, vous rentrez ensuite dans le marasme. Dans ce troisième cas, cela donne des adultes sous-énergétisés, très fatigués, et porteurs du sentiment qu’ils n’y arriveront jamais.
- Si vos besoins sont satisfaits tardivement, sans aller jusqu’à la rage : Vous êtes de type oral. Votre tempérament passif, très dépendant de l’autre, avide, est difficile à satisfaire car ce n’est jamais assez ou assez bien. Vous avez des difficultés de contact et ne supportez pas les frustrations. Vos conduites comportementales sont orientées vers la surconsommation et la toxicomanie.
Attention les toxicomanes ne sont pas forcément ce que vous croyez : héroïnomanes, cocaïnomanes et fumeurs de haschisch, trop facile de les monter du doigt ! Les plus grands toxicos en nombre et en consommation sont :
- les fumeurs (ils font vivre l’industrie du tabac et l’Etat grâce aux taxes)
- les alcooliques (ils font vivre l’artisanat, l’industrie et l’Etat grâce au taxes),
- les drogués aux médicaments (ils font vivre l’industrie médicopharmaceutique)
- les gros consommateurs, les nouveaux drogués : les surendettés (ils soutiennent la société de consommation),
- les drogués du sexe (la nymphomane et l’obsédé ) et /ou les drogués de l’amour
- les kleptomanes, les mythomanes ….
Si vous mélangez cette « quête orale » insatisfaite à la recherche de l’autre idéal, vous comprendrez que votre couple restera toujours insatisfaisant. Vous cachez toujours votre état dépressif, voire mélancolique, dont vous êtes pleinement conscient. Quand vous ne trouvez pas dans votre union ce que vous cherchez, vous compensez à travers la nourriture, l'alcool, le tabac ou tout autre substitut (y compris sexuel en prenant des amants ou des maîtresses) capable de vous donner un plaisir au niveau oral. Votre jalousie est liée à votre peur de perdre l’objet d’amour, ainsi le fantasme « que l’autre est en partance » se met en place. Ce fantasme, source d’angoisse et d’anxiété, revient de façon permanente et entraîne des attitudes compensatrices comme fumer, boire, fuir dans des activités, avoir des relations extraconjugales. Vous êtes très sensible à la trahison.
Votre insatiabilité vous permet, tout en "parasitant" l'Autre pour se gaver, de le faire culpabiliser dans une relation qui s’inscrit dans la revendication. Pris entre le désir qu'on s'occupe de vous, et le rejet de l'Autre, vous refusez ce qui peut vous être apporté, mettant ainsi l'Autre dans l'impuissance. Les traits oraux sont caractérisés par une difficulté fondamentale de contact.
- Quand vos besoins sont satisfaits après la rage : Vos comportements adultes de revendications orales peuvent s'associer à une agressivité rageuse (conséquence des frustrations et des traumatismes). L'oralité oriente votre caractère vers la possessivité maladive liée à la peur d'abandon. La rage est une tentative inconsciente d'auto-thérapie ; dans un certain sens, elle sert à éviter la dépression. Oral déplacé vous avez appris à mordre, à vous servir de vos dents, avant même d’avoir découvert le plaisir lié à cette fonction. Vous n’êtes pas conscient de posséder cet aspect dépressif contre lequel vous luttez régulièrement à travers des attitudes acharnées. Vous êtes très narcissique et obstiné. Vous serrez souvent vos mâchoires. Vous mettez en place des comportements de « fuite en avant ». Je viens de voir en consultation, l’épouse d’un oral extrêmement possessif mais n’acceptant pas de le reconnaître à cause de son narcissisme exacerbé. De plus éjaculateur précoce, il disait à sa femme : « Tu peux prendre un amant si cela peut te faire du bien, car moi je n’arrive pas à te faire jouir ». Premièrement, il était persuadé qu’elle lui reviendrait toujours. Deuxièmement, il avait tout mis en place pour la mettre dans la culpabilité et la dette. Cette femme, qui est une orale dépressive et insatisfaite, n’avait donc plus de désir et d’orgasme avec son mari, mais était devenue véritablement « nymphomane » avec ses amants (qui eux, la faisaient jouir). Quand des années plus tard l’épouse tenta de divorcer, son mari devint très violent lors d’accès de rage incontrôlés.
Finissons cette approche de l’oralité sur une note optimiste : il existe tout de même des "oraux" heureux, pleins de rondeurs et de complétudes, satisfaits de ce qu'on leur offre, capables de donner et de recevoir.
3 ) Le contrôle des trous
Le stade anal (de 2 à 4 ans) désigne la période pendant laquelle, le plaisir et le déplaisir sont fixés sur le contrôle du caca par la mère. La région anale devient source de satisfaction ou de désagrément. Garder ou lâcher ses excréments revient à dire « Oui » ou « Non » à maman. Lui faire plaisir ou non devient l’enjeu d’une relation de pouvoir. Car, dire « non, je ferai mon caca à moi quand je veux » devient l’enjeu de l’enfant. Lorsque la mère lui impose son désir, il peut se mettre en colère (se rebeller, faire à côté du pot), opter pour le mutisme (refus d’y aller) ou pour les conduites passives (constipation). Les conduites passives sont très importantes à comprendre. Prenons pour cela un autre enjeu : la nourriture. Dans le désir maternel, l’enfant doit ingurgiter ce que sa mère veut, quand elle le veut et comme elle le veut. La conduite passive consiste par exemple, à vomir. Le contrôle de la région anale permet à l'enfant de dire « Oui » ou « Non », "d'offrir ou de ne pas offrir". Ainsi au niveau anal, loin de s’avouer vaincu face à la constipation, nous avons vu des mères ou des grands-mères qui utilisaient la chaise avec le pot intégré sur laquelle l’enfant mange et défèque en même temps. Les suppositoires à la glycérine mais aussi au beurre avec de la moutarde ou de l’ail…et pourquoi pas les branches de persil ?
Les comportements agressifs de la triade anale, (telle que la décrit la littérature psychanalytique) s’expriment souvent de la parcimonie (je range mes petites crottes les unes à coté des autres), de l’exactitude (je la ferai pile au bon moment) et de l’obstination (je la ferai même si elle veut pas venir). L'agressivité sadique-anale oriente le comportement de l'adulte vers la prise de pouvoir, la manipulation, l'obsessionalité et les comportements sado-masochistes. Le sadisme est un trait agressif, pas forcément érotisé. Il peut aussi, s’extérioriser dans les relations non sexuelles, comme nous le verrons plus loin.
Chez l’anal adulte, dans son couple ou dans le milieu socioprofessionnel, il existe différents types de comportements liés à deux phases bien distinctes :
La première phase du stade anal (expulsion du caca) : quand l’objet ne répond pas aux désirs ou s’éloigne, l’anal tente alors de le détruire. Les comportements réactionnels de rejet et d’extermination liés à l'éducation « sphinctérienne » sont : la révolte contre l'autorité, la revendication permanente, les attitudes méprisantes, etc. L’anal plutôt impulsif, irritable et rageur comme l’oral, est capable de détruire l’objet de ses désirs. Quand quelque chose lui résiste, vous l’aurez probablement deviné, l’anal balance ses plus belles armes : « Je t’emmerde » (imaginez d’où part la merde et où elle va), « Tu fais chier » (imaginer ce que les mots disent).
Le sadique anal tente d’obtenir du plaisir face à l’interdit ou à la frustration. Il va être sale, dans le rejet, il utilise volontiers les injures à tendance scatologiques, se révolte contre l'autorité, ironise et use de sarcasmes. Lorsque la mère a placé l’enfant dans l’interdiction de déféquer quand il le veut, son sadisme se retourne, dans une forme de soumission, car il n’ose plus prendre de plaisir. Nous constatons alors, chez lui une surpropreté, une politesse exagérée, une obséquiosité, une grande bonté, un souci de justice et un respect presque outrancier à l’autorité.
En essayant d’illustrer ce qui est écrit, et les exemples ne manquent pas autour de vous, vous comprendrez que des personnes polies, gentilles, respectueuses, peuvent tout à coup devenir, vulgaires, irrespectueuses, voire violentes. Un conseil, ne faites jamais monter la violence d’un sadique-anal.
Dans la deuxième phase (rétention du caca) : l’anal est plus avisé. Il ne va pas détruire son objet, il va en prendre le contrôle. La triade Freudienne fait partie de cette deuxième partie avec comportement de mépris et de contrôle. Cet anal est plutôt coléreux et rancunier. L'investissement du contrôle de ses « trous » par l’énergie sexuelle l'entraîne dans le registre de la possession/dépossession, Posséder/Echanger, Contrôler/Donner etc.
S’il est capable d’aller vers ce qui pourrait lui faire plaisir, il aura des difficultés à s’abandonner. Il sera obstiné, entêté, collectionneur et sera envahi de nombreuses angoisses de séparation. Dans le retournement de ses tendances, il fera aisément des cadeaux. Il présentera une certaine forme de résignation ou de soumission.
Quelques exemples pour vous rappeler que n’avez pas vraiment quitté le stade anal :
- L’impatience liée à l’abstinence : « J’en ai envie, moi ! Merde alors »
- La demande à une fille qui se fait prier : « Allez, merde, sois sympa, tu verras, tu vas aimer »
- La déception face à son refus : « Tu fais chier ! »
- L’aveu lors d’ une erreur de drague : « Oh putain, là j’ai merdé un max ! »
- La stupéfaction qu’elle dise « oui » : « ô merde, j’y croyais pas, maintenant va falloir que j’assure »
- Le désarroi, dans une situation inextricable : « Oh putain, on est dans la merde... »
- La joie de constater qu’elle a joui : « Merde, c'est génial ! »
- L’exaspération devant l’attente : « Bon, alors, ça vient, oui ou merde ? »
4 ) Le pouvoir des sexes
« D’abord, d’abord, y’a l’pénis qu’est ben l’plus glos ». Le pénis est l’appendice de chair rose, dépourvu d’os que le garçon possède à l’extérieur. Il en est très fier, parfois ses parents aussi. Quant à la petite fille, dire qu’elle n’a pas de pénis mais qu’elle a seulement un clitoris, c’est comme lui révéler que le Père Noël n’existe pas. C’est une horreur ! Elle n’aura de cesse de vouloir posséder ce que l’autre détient. Il faut donc expliquer à la petite fille que les garçons ont un pénis avec lequel ils peuvent s’amuser et jouir, mais qu’elles peuvent faire pareil avec leur clitoris que ses frères ne possèdent pas.
Les voies urinaires vont être très importantes, l'urine devenant un objet chargé de sentiments, de sensations, et de fantasmes. Pour l'enfant, à cet âge "pipi" correspond à puissance, force voire éjaculation. Une de mes patientes, après la mort de son père survenue à ses trois ans, a "pris sa place" dans le lit de sa mère. Toutes les nuits, elle "pissait" dans le lit de maman (on pourrait dire sur sa mère) qui acceptait cela très bien. Quand à 12 ans, elle est entrée à l'internat, son incontinence urinaire s'est arrêtée du jour au lendemain. Normal, maman n’était plus là pour la recevoir ! Ce passage presque obligatoire pour l'accession au stade phallique, met en scène des traits de caractère qui mettent en exergue la compétition. Après "le caca", c’est au tour du " pipi" de devenir, en fonction de la dynamique psychologique parentale, un objet chargé de sentiments, de sensations et de fantasmes. Les voies urinaires vont être érotisées et l'écoulement de ce liquide tiède va provoquer un plaisir urétral. Comme dans l'érotisme anal, l'objet va être la cible de ce "jet ambivalent".
L’enfant de 3 à 6 ans investit fortement le phallus d'une fonction de pouvoir. Il concerne les deux sexes, puisque le phallus n’est pas le pénis. Il symbolise la puissance et le pouvoir accordé à celui ou celle qui posséderait fantasmatiquement le plus gros. Ainsi, le stade phallique, c'est la découverte de la différence des sexes et du combat pour avoir le pouvoir. Seule la possession du pouvoir (le phallus) intéresse l'enfant. D’autant que cette recherche est souvent valorisée par les parents : « Mon, fils est le plus beau, le plus génial, vraiment je suis une mère comblée, qu’est-ce qu’il peut m’apporter comme satisfaction, mon fils. Lui au moins il ne me déçoit jamais ». L’enfant en déduit « ma mère pense que je suis le plus fort, c’est sur je suis mieux armé que mon père ». Et cela conforte l’enfant dans son illusion.
Le phallus étant un objet imaginaire, il peut être déplacé sur une personne ou un objet. Par exemple, la femme qui demande à son mari d’avoir une plus grosse voiture que le voisin, une plus belle maison que sa sœur, un métier dont elle puisse être fière… . Ce phallus sera incapable de supporter la contradiction ou l’échec. Beaucoup d’hommes viennent me voir avec des angoisses de performance qui les mènent à l’impuissance. Simplement parce qu’un échec socioculturel vient de leur faire prendre conscience qu’ils n’ont pas le plus gros et le plus génial.
5 ) L’œdipe (besoin de liberté), l’histoire d’un désir aveugle
L’œdipe correspond à une période pendant laquelle l’enfant éprouve des désirs amoureux et/ou agressifs à l'égard de ses parents. Freud parle de « complexe d’Oedipe ». Cela paraît très dévalorisant, nous devrions parler de « désirs oedipiens » car ils sont normaux de la petite enfance à la fin de l’adolescence. Ces envies sont plus importantes pendant la période de 2 à 6 ans et connaissent une reviviscence à la puberté. Dans un développement normal, ils s’estompent au fur et à mesure que l’enfant investit des objets d’amour et de désir à l’extérieur du cadre familial. Pour cela, encore faut-il que les parents ne l’interdisent pas.
Remettons les choses à leur place. De l’œdipe naît un ensemble de comportements liés aux souvenirs de triangulation (être à 3.) A l’âge adulte, ils vont envahir la relation de couple, les fantasmes et dans les relation socioprofessionnelles. Freud a plaqué sur l’humanité une vision faussée du « complexe d’œdipe » en imputant à l'enfant la responsabilité de ses désirs, ce qui entraîne chez lui une culpabilité extrême. Je vois beaucoup d’hommes et de femmes souffrant de troubles du désir et de l’orgasme, liés au fait qu’ils portent toujours en eux, inconsciemment, la « faute » de leurs premiers désirs oedipiens. Comme je vous l’expliquerai dans la névrose, à chaque fois qu’un désir monte à l’âge adulte, il renvoie à cette énergie sexuelle liée aux premières aspirations oedipiennes. Ce qui a pour conséquence d’activer les interdits et… « oups !» on se bloque.
Dans l’histoire d’œdipe ce n’est pas Oedipe qui est responsable, cet enfant ne se doutait pas qu'il tuait son Père et qu'il faisait l'amour à sa mère. Comment se fait-il que Freud omette de souligner que le crime originel est l’infanticide ! Car Laïos, roi de Thèbes et sa femme Jocaste ont tenté de tuer Œdipe. Nous constatons cela en permanence.
Que répondre face aux désirs plus ou moins sexualisés de son enfant ?
Dans un milieu où le désir a le droit d’exister : Lorsque l’enfant montre du désir pour l’un de ses parents, si celui-ci est capable de le voir et de le nommer, il pourra donc de remettre les choses à leur place. Ce qui est extrêmement rassurant pour l’enfant. La petite-fille de 5 ans se masturbe ostensiblement en regardant la télévision devant son père. Dans un milieu où « les choses sont dites », le père peut dire à sa fille : « Tu as le droit de te masturber, mais si tu en as envie, tu le fais dans ta chambre ou dans un lieu qui puisse assurer ton intimité, en tout cas, je n’ai pas à voir cela. »
Dans un milieu où les choses ne sont pas dites :
- Les parents sont embarrassés : Ils font semblant de ne pas voir et la petite fille prend conscience que ses désirs et son acte sexuel ont fait effet sur ses parents, donc ça marche.
- Les parents l’interdisent de façon plus ou moins violente : La petite fille comprend là aussi que cela a fait de l’effet à ses parents puisqu’ils se sont mis en colère.
Le parent répond à la séduction sur un mode inadapté : Le père dit : « Tu veux que je t’aide pendant que tu y es ». Là c’est un lapsus, le père répond avec son désir. Face à cela :
- Soit l’enfant comprend et s’arrête. Non pas à cause de l’interdit sous-jacent, mais parce qu’elle comprend que le danger vient de la mauvaise gestion du désir du parent.
- Soit, l’enfant répond « Oui » dans un jeu pervers de séduction et de prise de pouvoir au désir du parent, là quoi que réponde le parent, il a « perdu ».
Prenons un autre exemple : Lors d’une réunion entre amies à l’heure du thé, un petit garçon de 6 ans dit à sa maman : « Tu es la plus belle des mamans, quand je serai grand je t’épouserai ». La maman lui sourit, aux anges, et l’embrasse en lui disant : « Je t’aime mon chéri, tu es très gentil petit garçon ». Et les autres mères s‘expriment en soulignant qu’il est mignon : « c’est adorable à cet âge là, il ne faudrait pas que ça grandisse... » Mais aucune réponse n’est donc apportée du type : « Tu es adorable, mais vas te trouver une petite copine de ton âge pour t’amuser et quand tu seras grand, tu épouseras une femme qui ne sera certainement pas moi ».
Ainsi, il est important qu’un enfant puisse exprimer ses désirs oedipiens face à ses parents, en sachant que ceux-ci sauront répondre correctement, ni dans l’interdit, ni dans la complicité permissive ou séductrice.
Que faire face à notre petit Œdipe ?
L’Oedipe commence dès que le désir de l’enfant surgit et s’exprime, que ce soit de façon directe, par le geste ou la parole ou indirecte. La réponse du parent ne doit pas se situer dans les interdits et les sous-entendus mais dans une explication rationnelle et cohérente. Ainsi, il est normal que l’enfant provoque, accède à la séduction et à l’érotisation, c’est même rassurant. Ce n’est pas à lui de se mettre des limites, c’est aux adultes de le faire. Si le couple est équilibré dans sa relation sexuelle, affective et socioculturelle, les parents trouveront facilement les limites. L’impossibilité pour eux de trouver des limites forme la preuve, qu’il y a un problème dans le couple.
Si un enfant ne va pas bien, pensez qu’il y a peut-être un problème dans le couple. La déstabilisation psychologique de l’enfant est le signal d’alerte face à ce problème caché.
L’œdipe vu d’une façon simple, humoristique et non culpabilisante en interprétation libre à partir du sketch de Guy Bedos : « Il finit de faire l’amour, soupire, s’étire, sourit, prend une cigarette et la regarde avec amour et passion. Elle est belle, encore moite et essoufflée, elle a les yeux mi-clos. Il lui dit : Tu sais, tu as beau être ma sœur, j’aime faire l’amour avec toi. Moi aussi, frérot, lui répondit-elle. Puis il renchérit : Tu fais quand mieux l’amour que Maman, Je sais répondit-elle, Papa me l’a déjà dit .... ».
Où fini l’Oedipe et où commence l’inceste ?
L’inceste ? « Ca n’arrive jamais » ou plutôt devrait-on dire « Ca n’arrive que chez les autres ». Et bien NON.
De nos jours, l'inceste symbolique ou réel affecte au moins 65 % des relations père-fille, mais est aussi très fréquent entre une mère et son fils. Les relations incestueuses homosexuelles mère-fille sont plus importantes que dans les relations père-fils. Dans nos consultations plus de 60 % de nos patient(e)s ont été incesté(e)s de façon réelle ou symbolique. Il faut aussi le dire, l’inceste touche la relation mère/fille et mère/fils et aussi les enfants de moins de 5 ans.
Une jeune fille de 22 ans, assez perturbée, est venue me consulter pour problèmes affectifs et sexuels. Depuis l’âge de 15 ans, elle faisait l’amour avec son père. Sa mère le savait, mais ne disait rien. Elle faisait, quant à elle, l’amour avec son fils. Extrême et caricaturale, cette histoire arrive bien plus souvent que vous ne le pensez, cela dépasse l’œdipe, et ça porte un nom : l’inceste. Cela commence par le viol sexuel, mais de nombreuses situations équivoques (inceste symbolique) sont tout aussi destructrices, si ce n’est plus. Car l’enfant ne peut pas mettre de mots sur sa souffrance.
Les situations d’inceste réel ou symbolique se produisent toujours quand la sexualité entre les parents n’est pas harmonieuse et qu’ils n’ont pas la maturité nécessaire pour trouver une solution adulte. D’où l’importance d’une relation épanouissante dans le couple. Car lorsqu’un des deux parents, et c’est souvent le cas, utilise l’enfant pour compenser ses manques, il reste accroché à l’enfant. Si un homme est frustré par sa femme, s’il est en manque, où passe son énergie sexuelle ? Etant entendu qu’il faut absolument qu’il se « décharge » ou qu’il l’exprime d’une façon ou d’une autre. Pour un père immature n’ayant pas la force d’aller vivre sa sexualité à l’extérieur, son excédent de sexualité va donc se décharger là où il se trouve : sur les enfants avec une mère qui ne veut pas voir ou qui cautionne la situation parce que cela l’arrange. Même chose pour la mère en manque de sexualité, d’affectivité ou de complicité, qui utilisera un ou plusieurs de ses enfants pour remplacer le « mari défaillant ».
Quand le couple est harmonieux, rapidement, les deux conjoints feront comprendre à l’enfant que SA vie est à l’extérieur. A condition bien sûr, que cet extérieur n’ait pas été présenté comme terrifiant et que l’enfant n’ait pas l’impression que son départ puisse détruire l’équilibre de l’un de ses deux parents.
Dans la réalité, l’inceste se traduit toujours par un viol : la pénétration d’un objet quelconque dans l’intime de l’enfant que ce soit un doigt ou un sexe dans le vagin, l’anus ou dans la bouche. Dans l’inceste symbolique, le parent pénètre dans les territoires « privés » de son enfant, en entrant dans sa chambre, en violant sa correspondance… Sans oublier les petites phrases toutes faites de type : « Je vais t’en foutre une si tu continues » « On dirait une pute habillée comme ça », « Mais quelle enculée tu fais », ou la mère disant à son fils qui va sortir en boite : « whaououou qu’il est beau mon fils ! Je serais bien fière de sortir avec toi et d’être ta cavalière ».
Réel ou symbolique, de nombreux adultes ont été élevés dans des familles très incestueuses (passant à l’acte) ou dans l’inceste symbolique (ne passant pas à l’acte dans la réalité mais dans le symbolique). J’ai suivi des patientes qui ont eu des rapports sexuels suivis avec leur père. Dans un contexte non-violent, certaines s’en souviennent même avec un « certain plaisir ». Elles présentent rarement de grosses problématiques sexuelles. La sexualité demeure possible même si elle n’est qu’imparfaitement satisfaisante. Ces femmes présentent pourtant, d’importants désordres affectifs et psychologiques. Les patientes élevées dans des milieux familiaux où l’inceste symbolique est très présent, indiquent les mêmes désordres auxquels on peut ajouter très souvent d’importants troubles sexuels (anorgasmie, manque de désir, dégoût de la sexualité et surtout vaginisme).
L’inceste symbolique et/ou réel, laisse des traumatismes graves. Mais au-delà, le plus difficile, c’est d’aider la personne à dépasser sa culpabilité (car l’environnement socioculturel et éducatif la fait douter, voire pire lui impute la responsabilité). L’amener à comprendre qu’elle a pu prendre « un certain plaisir » soit directement (une certaine jouissance corporelle), soit indirectement (dans les bénéfices secondaires : cadeaux, place privilégiée dans la famille, écoute, reconnaissance …) et lui permettre de l’accepter enfin.
Pour éviter l’inceste, vous devez faire attention à :
- Une confusion des places et des générations : L’enfant n’a pas à être l’intime d’un des parents ou son confident . Beaucoup de mères se plaignent à leurs enfants des problèmes qu’elles ont avec leurs maris, donnant en sus à l’enfant une image négative de son père.
- Un non-respect de l’intimité de l’enfant : On viole son intimité quand par exemple : on entre dans sa chambre sans crier : « gare », on entre dans la salle de bain, on lit son courrier, on ne lui autorise pas une vie privée assez ouverte sur l’extérieur.
- L’érotisation de la relation parent/enfant : Cela se traduit par des gestes qui glissent, des comportements ambigus qui provoquent chez les adolescents malaises et angoisses. Chez le père, cela peut-être un baiser qui glisse sur la bouche ou un regard porté sur les fesses de sa fille avec une insistance toute particulière. Chez la mère, cela peut se traduire par une coquetterie destinée à déclencher chez le fils l’excitation qu’elle ne provoque plus chez son mari. Et en famille « comme tout est possible » cela peut donner lieu à des situations insensées, comme quand l’oncle « fou d’humour » remonte avec une canne la jupe de la jeune fille et …qu’on en rigole, bien sûr. Car comme le disent les plus « accros » : « Après tout, on est entre nous. Et t’inquiète pas, ça ne sortira pas d’ici ».
- L'excès de sexualité dû à la frustration : Ce surplus se décharge dans des actes symboliques, allant de l'érotisation des soins (suppositoires tous les soirs, masturbation au Mytosil, bains et douches, baisers et caresses génitales...) à l'érotisation de certains comportements (caresses à l'enfant uniquement quand il est dans la séduction, fessées avec un cérémonial bien codifié, violences, humiliations, punitions érotiques...), en passant par le système éducatif répressif (le père jaloux de sa fille qui la réprime, la traite de pute, lui interdit toute sortie. La mère faisant croire à l’enfant que le monde extérieur est dangereux, que les filles se font violer en permanence, que les hommes ne pensent qu’à ça...).
- Le manque affectif chez un des parents : Pour combler ce besoin, le parent utilise ses enfants, qui deviennent ainsi ses « antidépresseurs ». Cela se matérialise dans la vie courante avec ces petites phrases « sucrées » qui laissent un goût amer : « Heureusement que j’ai mes enfants ! Qu’est-ce que je deviendrais sans eux ? ». « Sentence » meurtrière et incestueuse, qui confère une responsabilité illégitime à l’enfant .
- La complaisance incestueuse : C’est le cas, lorsqu’un un enfant dit à sa maman :« Quand je suis sur les genoux de papy, il met sa main dans ma culotte, je veux plus y aller» ; et que la réponse de la mère se situe dans une banalisation, un refus d’entendre et de mettre la loi. Elle préfère que le papy tripote un peu, plutôt que d’affronter une situation de crise.
Alors pourquoi cela est-il encore tellement caché et tabou ?
Parce que tout simplement, il faudrait accepter :
Que ça existe.
Remettre le couple en cause quand ça ne va pas.
Accepter la sexualité infantile dans ce qu’elle est.
Accepter que l’adulte ait des problèmes en relation avec sa propre enfance.
Renoncer à la facilité quand on est parent, de posséder son enfant et de l’utiliser à des fins personnelles.
6 ) Grand, quel adulte devient-on ?
Si en grandissant, l’enfant n’a pas de comportements restés totalement fixés à un des stades que vous venez de découvrir, s’il a su dépasser ses carences et ses traumatismes, accepté qu’il ne ferait pas l’amour avec Maman et qu’il ne serait pas plus grand que son père, alors il deviendra adulte et libre. Il ne vivra pas dans la culpabilité de ses désirs œdipiens, sa sexualité liée aux différents stades sera sublimée en expression créative et/ou dans une dynamique érotique libertine.
Mais quand ça n’a pas été le cas, qui êtes-vous et qui allez-vous rencontrer ?
Les mots utilisés par les psys font peur quand ils ne sont pas compris ou renvoient à un imaginaire effrayant car ils n’ont pas de sens. La psychose ou plus simplement, « péter un câble » ou « fondre un plomb » et la névrose : « avoir un pet au casque », ne sont pas des maladies incurables. Elles ne sont pas si effrayantes que cela. Vous avez le droit de psycotter tranquillement dans votre coin, d’être zarbi, d’être délirant, si vous savez le gérer.
Un psychotique ?
Les personnes présentant des tendances psychotiques (héritées de la phase orale et du début de la phase anale) ont vécu d’importantes carences affectives dans l’enfance. Elles ont peur du contact qui les renvoie à la détresse ou à la violence. Elles évitent le contact en se repliant sur elles-mêmes.
- La structure schizophrénique (schiz, du grec couper) ou la tendance schizoïde (marcher à côté de ses pompes, être à côté de la plaque) amène l’individu à se couper d’un monde extérieur trop douloureux pour lui. Le schizoïde n’essaie pas de changer ses besoins. Il refuse la réalité et s’enferme dans son monde intérieur, communique peu, mais reste en relation avec son entourage. Le caractère schizophrénique est introverti, peu chaleureux, perdu dans l'instabilité sentimentale. Il vit très souvent dans la crainte des autres et le refus de la réalité. Vous y trouvez les asociaux (renfermés, bizarres), les timides (sensibles, susceptibles), les apathiques (mous, dociles). La mélancolie est l'expression de la tristesse, dans sa forme la plus connue, elle s’exprime sous forme de spleen, d’ennui, de dégoût de la vie, de nostalgie et de grande fatigue. La dépression est socialement acceptable : prise en charge par la sécurité sociale, (sur)consommation d’ antidépresseurs et droit à des arrêts maladie. A l’extrême, les tendances autistiques peuvent amener l’individu à se couper complètement de son entourage.
- Le paranoïaque, plus communément appelé « parano ». Orgueilleux et méfiant, il a peur du monde, qu’il perçoit comme extrêmement dangereux. Il déforme la réalité : il hallucine ou se « fait des films ». Dans son enfance, pas de cadres fixes, un modèle parental dénué de sens direct…Bref, pas d’accroche stable. Le paranoïaque réprime ses désirs et son agressivité est dirigée vers ses parents. Le modèle est fou et faux, la mère est souvent dominatrice et manipulatrice tout en se faisant passer pour une victime. Elle présente à l’enfant un père fort voire dangereux alors qu’il est faible. Ainsi vous déchiffrerez que: « pour le parano, tout n’est que leurre ». Tentant de s’isoler du monde environnant, il se sent en permanence dans l’insécurité parmi les autres. D’où une hyper-rigidité idéologique et un mode d’être dans la revendication permanente. Son discours, tout en étant très clair et convaincant, se met en place à partir d’une lecture extravagante de faits réels mais exacerbés. Il est caractérisé par la fausseté du jugement avec une tendance aux délires, une susceptibilité excessive entraînant des réactions d’agressivité, car le parano ne se sent pas compris. Attention, il teste souvent. Si vous n’êtes pas vigilant, votre réponse va le conforter dans l’idée que vous êtes mauvais. D’autant que, pour vérifier ce jugement il est capable de mettre en place une interaction qui entraînera chez vous « une mauvaise réponse ». Par exemple : une femme vit avec la croyance que tous les hommes sont mauvais. Son mari qui est un « homme acceptable » lui offre un nouveau parfum. Il l’a acheté car il a été sensible à la publicité érotique faite pour ce produit. Qu’entraîne la remise de ce présent ? Une scène. La femme se demande : « Pourquoi ce nouveau parfum ? C’est sans doute parce qu’il pense à une autre ou bien c’est celui de sa maîtresse ». Elle a un peu raison, puisqu’il l’a acheté dans son fantasme sur une accroche érotique visuelle et olfactive, mais c’est à elle qu’il l’a acheté avec amour. Donc elle a tort. Elle distorsionne la réalité. Ainsi face au comportement de sa femme, aucune réponse ne conviendra :.
- S’il se fâche, il la conforte dans sa croyance que les hommes sont mauvais.
- S’il ne dit rien, elle l’agressera et considérera que son silence est un aveu.
- S’il lui dit : « Ma chérie, je n’ai que toi, ce parfum je l’ai acheté pour toi et avec amour », elle risque de lui dire : « Et en plus, tu me prends pour une conne », et ainsi d’interactions négatives en interactions négatives elle le poussera à bout.
Si elle accepte le fait qu’elle a commis une erreur, cela la renvoie à un danger fantasmatique « Ce n’est pas possible, c’est un leurre, il ne peut pas être gentil » et elle (re)tentera alors de le provoquer plus tard pour voir comment il réagira.
Ainsi le délire est au cœur de l'univers psychotique. Ce qui le fonde n'est pas tant l'erreur sur laquelle il repose mais la croyance qui rend cette erreur plus nécessaire que la réalité. Il en va de même de l'hallucination qui n'est pas qu'une erreur de perception, une illusion, mais la croyance inébranlable dans la réalité de cette perception subjective.
Un névrotique ?
D'une manière générale, la névrose est due à un conflit psychique non résolu (impossibilité, de choisir entre deux pulsions contradictoires, d'intégrer un interdit, de surpasser un traumatisme, de faire face aux désirs œdipiens qui montent ...). En fait, c'est une étape de la maturité psychique qui n'a pas été franchie. Ainsi, à chaque fois, que monte une pulsion ou un désir, cela entraîne refoulement, angoisse, hystérisation, phobie ou obsessionalité. Car on s’interdit l’expression et/ou la réalisation de ce désir ou de cette pulsion qui n'a pas été correctement gérée lors de la relation œdipienne.
Alors qui est le névrotique ? Un pauvre malade « patraque » qui a, au choix : des céphalées, des lombalgies, de la constipation ou la colique, une vie sexuelle et affective réduite, des angoisses, de l’agressivité, un manque d'assurance, une interprétation passionnelle des évènements… Car le sujet ne sait pas " garder la tête froide ". Il présente une grande fatigue, des sueurs, une pâleur, des palpitations, une accélération de la respiration ou des blocages respiratoires, des douleurs diffuses : mal au ventre, angine de poitrine, spasmes de l'estomac, tremblement. .. bref, tout ce qui permet de ne pas de sentir bien dans ses baskets !
Maintenant que vous êtes plus avertis, commençons par la plus connue des névroses :
- L’hystérie (féminin ou masculin) : Mais qu’est-ce donc ? Jouons compliqué, nous allons faire un peu de Psy « imbuvable » : L'hystérique est quelqu’un qui s'offre à l'Autre en se servant de l'image phallique. Elle souffre du manque de phallus dont elle se sent privée. L'hystérique, par le déni, s'accorde dans l'imaginaire que : « là où l'autre avait un phallus, il n'y en a plus ». Elle suscite par son comportement, l'envie de l'autre pour prendre le pouvoir. Refusant alors de donner SA jouissance, l’hystérique rend réelle l'impuissance de l’autre à le faire jouir. Elle a ainsi la preuve qu'elle a CE par quoi IL échoue. Celui qui copule avec l'hystérique le fait en remplacement symbolique du père qui serait, si un tel père existait, le seul à savoir la faire jouir. Voilà, c’est simple !
Face aux désirs et aux pulsions qui montent que fait l’hystérique ?
- Soit une conversion : L’hystérique les refoule dans son corps sous forme de symptômes psychosomatiques (voir ceux décrits ci-dessus). Les conflits émotionnels créent "une maladie" avec altérations fonctionnelles et lésions, le choix de l'organe est en rapport étroit avec la nature psychoaffective du conflit.
- Soit un comportement très extraverti avec théâtralisation, l’hystérique séduit, teste, mais souvent jette celui ou celle qui s’approche et répond à cette séduction.
- Soit en créant des comportements de conjuration de la pénétration, donc dans l’ordre (vaginisme, anorgasmie, manque de désir),
En ne jouissant pas (sexuellement ou non), car en étant toujours insatisfait, l’hystérique montre à l’autre qu’il ou elle est incapable de lui procurer du plaisir.
Rappelez-vous que l’hystérique ne veut pas avoir d’orgasme. Alors, à vous de ne pas tomber dans le piège de vouloir le ou la faire jouir.
- L'obsessionnel : Il cherche à satisfaire ses pulsions sexuelles, mais il doit masquer son sadisme. Il lutte contre son agressivité sexuelle en utilisant des scrupules obsédants, des manies mentales, des phobies obsédantes (peur de la saleté, de rougir), des phobies de compulsion (peur d'être obligé de faire certains actes). L'obsessionnel n'a pas du tout les mêmes problèmes que l'hystérique qui cherche « un parent » pour la faire jouir. Son problème se trouve plutôt dans « que mettre en place pour ne pas être dans l’obligation de faire jouir ce parent qui ne jouit pas avec l’autre parent ».
L’obsessionnel « baise sans baiser » pour ne pas se retrouver dans l’obligation de faire jouir l’autre. Alors à vous de ne pas tomber dans le piège de ses conduites ritualisées.
- Le phobique : Il a des craintes ou des répulsions angoissantes liées à une personne, un objet ou une situation. L'angoisse qui peut se définir comme une crainte sans objet. La peur de mourir ou d’être castré est omniprésente. Le phobique est un impuissant qui tente de se référer à un parent qui serait idéal. Ainsi se mettront en place dans la névrose phobique des conduites conjuratoires, d'évitement, d'échec et de réassurance.
Le phobique quand à lui, se débrouille pour ne pas faire l’amour. Alors un conseil, si vous en rencontrez un, fuyez car il mettra toujours une conduite en place qui empêchera le rapport sexuel.
« Il faut préférer ce qui est impossible mais vraisemblable
à ce qui est possible, mais Incroyable » Aristote
Le couple représente pour beaucoup l'une des "aventures" les plus importantes de l'existence, celle dont nous attendons le plus de bonheur et de plaisir.
1) La rencontre et le choix : entre hasard et nécessité
Analysons maintenant la nature du lien qui unit les partenaires et explorons ces rapports dans la dimension affective, fantasmatique et symbolique.
Vous comprendrez ainsi que, sur la scène du couple, sans être dans “ une guerre des sexes ”, la femme et l’homme jouent respectivement un rôle. Un tandem inscrit dans un système de communication et dont l’histoire dépend des premières relations interpersonnelles (ce qui rappelle les rapports parent /enfant abordés précédemment).
Mais reprenons l’aventure depuis le début : au moment du choix qui précède la “ fameuse ” rencontre et aux premiers échanges amoureux.
Contrairement à ce que l’on raconte dans les contes de fées, la rencontre et le choix ne résultent pas du hasard. Les personnes “ qu’on croise ” sur notre chemin ne témoignent pas d’une coïncidence, mais plutôt de l’alchimie de trois facteurs : un lieu, des signaux et un affrontement qui permettent aux liens de s’organiser.
Le lieu : Le lieu de rencontre est en relation avec le milieu familial et l’environnement social (religion, origine sociale, classe sociale d'appartenance, lieu d'habitation, âge...). Il conditionne la formation du couple. Les jeunes adultes, souvent immatures, manquent d'expérience et d’indépendance affective et culturelle vis-à-vis de l’espace dans lequel ils évoluent. Certains par “ soif d’inconnu ” ou d’autres par rébellion fréquentent des groupes très différents de leur milieu d’appartenance. Mais que ce soit par identification ou contre-identification, c’est toujours par rapport aux racines socioculturelles profondes que s’effectue le choix du lieu. Le “ coup de foudre ” permet à des femmes ou à des hommes de commencer une relation avec un partenaire extérieur au lieu social et au système socioculturel de référence.
La chance (si l‘on doit s’exprimer ainsi) opère quand, parmi ces gens, l’une d’entre eux attire particulièrement votre attention. Vous êtes charmé par celui dont les signaux visibles et invisibles crée en vous de fortes émotions.
Les signaux : les vêtements, les bijoux, le maquillage, la coiffure, le parfum, les comportements représentent autant de signes visibles qui incarnent les fantasmes et prennent valeur de discours et d’appartenance. L’attirance résulte de ces indices qui répondent à nos aspirations profondes et à celles de l’autre. Les signaux invisibles permettent de se choisir dans des lieux à priori improbables. Ils éveillent nos fantasmes et le désir de les réaliser donne “ corps ” à la rencontre. Toutefois, une fois émis, à vous le soin de vérifier que ces “ messages ” ne sont pas de simples leurres.
2) De l’affrontement à la rencontre
L’affrontement : La séduction présente une forme de provocation qui déclenche l’affrontement en utilisant une certaine violence. Chacun confronte ses propres croyances et représentations héritées de sa culture familiale et de son éducation. Par exemple : “ Tous les hommes sont des cochons ” ou “ Toutes les femmes sont des salopes ”.
Une fois construit le couple issu d’un fantasme, demeure une illusion, une sorte d’idéal à atteindre. Pour que cette « élucubration » soit remise en cause, il faut que les différences soient irréductibles, que la communication ne puisse pas être partagée et qu’il y ait une réelle impossibilité à obtenir de l’autre ce qui en est attendu. Car n’oublions pas que dans la majorité des cas, ce que nous cherchons avant tout c’est de rencontrer l’âme sœur pour ne pas être seul et pour avoir des rapports sexuels. Un leitmotiv qui justifie parfois et selon les cas d’user d’un peu d’imagination.
Trois points importants sont à prendre en considération :
D’abord, bien qu’issus de la même espèce, les femmes et les hommes sont génétiquement différents. La vie impose la rencontre sexuelle, pour assurer la survie de l’espèce, dont l’enjeu vital est inscrit en nous.
Ensuite, pour que cette rencontre se réalise, l’homme doit partir à la conquête de la femme et affronter les autres “ mâles ” - « champ lexical de la lutte, du combat » diraient les psy. Dans le langage courant, on dit qu’il “ part en chasse ”, quel que soit le but (avoir des rapports sexuels, trouver quelqu’un pour ne pas être seul…), le moyen (rencontres directes, petites annonces, chat, clubs…) l’endroit (associations, restaurants, boîtes de nuit, clubs échangistes, églises…), la cible (hétérosexuelle, homosexuelle, animale, entités spirituelles ou magiques, objets…) pour trouver sa proie. Dans notre système actuel, celui qui ne “ trouve pas ” est montré du doigt, considéré comme “ anormal ”.
Le mot rencontre vient de « agredior » qui signifie « se diriger vers ». Il est très proche du mot « agression » qui semble nécessaire à tout mouvement pour « aller vers ». Pour déboucher sur une « union sexuelle », il faut un affrontement dans un jeu de stratégie combative de pouvoirs et de séduction.
Enfin, si chez les animaux, l’instinct commande les comportements, chez l’être humain, la perversion s’est imposée comme moyen d’accéder au plaisir plus qu’à la finalité instinctuelle de la reproduction. Le mot “ perversion ”, apparu en 1444, provient du latin “ perversio ”. Le verbe “ pervertere ” signifie “ retourner ”, il s’utilise pour désigner certains comportements qui transforment la nécessité instinctuelle en une recherche de plaisir. L'homme est un pervers, dans la mesure où son imagination et sa créativité l’amènent à détourner de leur finalité certains comportements liés aux instincts vitaux. Le choix du partenaire - source de la satisfaction pulsionnelle – se réalise la plupart du temps dans le registre pervers.
Ainsi, et paradoxalement, quand des enjeux vitaux conditionnaient la rencontre (liée à la survie de l’individu et de l’espèce) ou quand les mariages résultaient d’arrangements visant à renforcer les structures sociales ou à répondre à des enjeux financiers et/ou économiques, l’union était stable. Aujourd’hui, la recherche du plaisir et de l’amour détermine la rencontre, préside au “ choix du partenaire ” et facilite la névrose du couple. Les liens s'organisent selon les comportements hérités des différents stades : l’oralité avec la possession, le vampirisme, la toxicomanie, la peur de l'abandon, et les liens sauveur/sauvé ; l’analité avec le contrôle, les enjeux de pouvoir, les liens bourreau/victime ; l’œdipe avec ses relations triangulaires.
La psychanalyste Mélanie Klein1· explique les phénomènes de projection et d’introjection chez l’enfant de la manière suivante : “ L’enfant regarde l’objet, il est mauvais, alors il l’introjecte (le prend en lui). Il le transforme pour s’en faire une image satisfaisante, puis il la projette sur un support extérieur qui lui convient. Le “ mauvais objet ” devient ainsi un “ bon objet ” qu’il va pouvoir ainsi à nouveau introjecter. ”
Dans le couple, on peut observer le même mécanisme : un homme choisit une femme en fonction de ses signaux, mais il décrypte ce qui l’arrange. Il projette alors sur elle ses fantasmes et en fait “ son objet idéal ”. Cette femme peut avoir envie de se rendre complice de la réalisation de ses désirs imaginaires. Ainsi, il “ tombe amoureux ” de cette image qu’il introjecte comme étant réelle. Le couple ainsi formé n'existe pas véritablement, c’est une scène sur laquelle deux individus interprètent leurs “ films ” intérieurs. Les deux partenaires se leurrent dans les jeux qu’ils jouent et les personnages qu’ils créent, risquant même de se confondre avec les images projetées respectivement par l'un et par l'autre.
Prenons un exemple. Un père m’expliquait que son fils de onze ans avait volé dans le sac de sa mère une importante somme d’argent. Il avait très bien compris le geste symbolique de l’enfant qui visait à “ pénétrer et agresser l’intime de la mère ”. Ne voulant être ni répressif, ni permissif, il cherchait à trouver la moins mauvaise attitude face à ce comportement. Je lui ai donc conseillé de se mettre à distance et de prendre conscience de l’enjeu que cela représentait pour lui. Il m’a alors dit : “ L’argent volé ce n’est pas si grave, cela pourrait être anecdotique. Je voudrais que mon fils soit bien en lui, pas comme moi plus tard : bourré d’angoisses et mal dans sa peau ”. J’ai repris la parole : “ Ah bon, et ainsi vous ne voudriez pas qu’il soit comme vous ?”. En me voyant sourire, il a pris conscience de sa projection : “ si je ne fais pas attention, je donne à mon fils la possibilité en se faisant mal, de faire mal à cette partie là de moi, mais ce n’est pas simple d’être père et de se mettre totalement à distance ”.
Non, bien sur, ce n’est pas simple d’être père, mari ou amant, mais quand on projette ou que l’on confond une partie de soi avec l’autre, c’est une catastrophe. Cela donne à l’autre un grand pouvoir. Il reste toujours très difficile de comprendre la différence entre « distance » et « projection/introjection ». Quand votre compagnon souffre, vous ne pouvez pas dire que vous souffrez aussi. La peine de l’autre lui appartient. En revanche, vous avez le droit d’être triste de le voir dans cet état ; mais cela demeure son problème et non le vôtre. Il faut dans certains cas être capable d’accepter son impuissance et la votre.
Le couple symbolise la rencontre de deux corps, de deux psychés et de deux sexes, où se confronte les désirs, les fantasmes et les histoires de chacun. Le choix s’opère sur une base narcissique censée conférer à l'individu une image de lui-même qu'il n'arrivait pas à atteindre seul. Le couple provient d’une relation qui se construit à deux.
3) Comment choisit-on son partenaire ?
Trois types de choix vont interagir dans la rencontre inaugurale de deux individus : le choix affectif (amoureux), sexuel et socioculturel (conjugal).
Ces choix présupposent :
- la réciprocité, qui permet aux partenaires de communiquer sur les mêmes registres, d'échanger et de se rendre la même chose. Les actions de l'un agissent sur l'autre et inversement (réciprocité des désirs, des envies, des plaisirs, des fantasmes...)
- la complémentarité des besoins (besoin d'aimer/besoin d'être aimé, besoin de protéger/besoin de sécurité, besoin de dominer/besoin d'être soumis...)
- la similitude : un minimum de ressemblance de caractère et des aspirations semblables.
- Le choix affectif
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’individu a besoin du regard de l’autre pour exister. L’adulte, de par notre système socio-éducatif, n’arrive pas à se suffire à lui-même ; ce qui à pour conséquence de créer le besoin d’un proche, familier, stable et exclusif. Les relations amicales n’étant pas suffisantes, le besoin d’un partenaire intime et posé paraît donc nécessaire. Le couple s’impose de lui-même en remplacement des parents.
Le choix affectif s’opère sur le mode narcissique (être amoureux de son image) : on tente de vivre à travers l’autre et de combler ses manques. Quand deux êtres "tombent amoureux", s'enclenche un processus dans lequel choix narcissique et choix infantile s'enchevêtrent. Ce dernier pouvant s’effectuer sur le souvenir d'une relation enfantine avec une personne importante qui l’a élevé ou qui lui a apporté de l'affection ou de l'attention (un parent, un frère, une sœur, un oncle, la nourrice, le curé, le médecin de famille...). Mais c’est certainement le choix le plus névrotique, car il se fait sur les bases de l’oralité avec des enjeux qui peuvent mettre l’individu en danger dans ses peur de ne pas être désiré, reconnu, aimé.
- Le choix sexuel
Avant le milieu du vingtième siècle, la sexualité restait l’affaire de chacun(e). On en parlait entre ami(e)s ou on s’y adonnait du boudoir à la maison close. Quant aux livres et aux films, ils nous faisaient découvrir l’érotisme et le libertinage. Aujourd’hui, on assiste au mouvement inverse. On ne compte plus les ouvrages, magazines, émissions télé ou radio qui décortiquent la sexualité pour tenter de la comprendre, et qui donnent des conseils plus ou moins judicieux en fonction de la mode, et de la tendance idéologique et politique de la rédaction. Le “ sexe ” intrigue, passionne et fait parler de lui.
Il faut dire que ce sont les pulsions sexuelles qui dynamisent et poussent l'individu à trouver des partenaires. Le choix sexuel s’effectue sous la pression des fantasmes et de la dynamique oedipienne. On l’opère "correctement" lorsqu’on a acquis une maturité et une expérience sexuelle suffisantes. Car on cherche une personne capable de réaliser au mieux ses attentes dans une dynamique de partage. Il est préférable que cette préférence se fasse indépendamment du choix amoureux. Le risque majeur étant qu’un des deux partenaires échange son besoin d’être reconnu et aimé, contre la satisfaction des besoins sexuels de l’autre. Ce qui ne veut pas dire qu’un équilibre harmonieux entre “ sexe ” et “ tendresse ” soit à proscrire, bien au contraire.
Le choix sexuel se réalise le plus souvent sur un "mode défensif" : à l’inverse de ce que désire profondément la personne. Un homme, par exemple, choisit une femme opposée à ses désirs, parce qu‘ils lui font peur et qu'il ne se sent pas prêt à les assumer. Ou bien vis-à-vis de la société ou de sa famille, il n'ose pas choisir une femme trop libérée. Cette méthode permet de masquer une certaine faiblesse, une certaine émotivité, une certaine féminité qui existe chez l’homme.
Ce choix risque d’être un mirage et un appât (sorte de fonction complétive qui permet de combler des besoins psychoaffectifs fondamentaux) quand il vise à donner l’impression d’exister et permet de lutter contre l’angoisse d’abandon.
Avez-vous atteint la maturité nécessaire pour être dans un choix sexuel de type adulte ?
a) Avez-vous le sentiment d'appartenir à votre sexe biologique ?
b) Assumez-vous votre partie masculine ou féminine, et avez-vous la capacité d'exprimer les particularités de l'autre sexe ?
c) Avez-vous l'aptitude à l'intimité affective, érotique et corporelle avec l'autre ?
d) Etes-vous capable de privilégier les liens bisexuels ou hétérosexuels, sans que cela ne soit lié à une valeur normative ou à une perspective de dépasser le lien homosexuel qui serait basé uniquement sur l'attrait du semblable, lequel se révèle limitatif ?
e) Disposez vous d’une aptitude à vivre érotiquement les aspects fusionnels (tendresse, amour...) et les pulsions agressives (tendances sadomaso, domination/soumission) dans le lien hétérosexuel.
f) Etes-vous capable de vous inscrire dans des échanges d’affection gratuits et sans condition ? D’être dans la réciprocité et le partage tant affectif que sexuel ?
Si vous disposez de toutes ces facultés, vous êtes capable de choisir le partenaire (sexuel) idéal les yeux fermés.
- Le choix socioculturel
Le choix du partenaire s ‘opère toujours sous la pression du milieu familial et socioculturel. On “ sélectionne ” le conjoint en fonction de l'image qu'il donnera au couple pour obtenir une bonne représentation morale et socioculturelle. Cette décision reste raisonnée, ce qui ne veut pas dire raisonnable. Elle répond à deux nécessités :
1/ Assurer la survie de l'espèce par la procréation.
2/ Garantir une fonction sociale, s'occuper de l'éducation des enfants et donner à ses enfants et aux autres une image de ce qui semble bien et de ce qui ne l'est pas ...
Cette décision reste donc très influencée par ce qu'en pensent “ les modèles ” et l'environnement, et dépend de la norme et de la morale.
Lors de votre choix souvenez-vous :
1/ Rien en ce domaine résulte du pur hasard.
2/ Votre choix répond à votre attente qui, à un moment précis et dans un contexte particulier, va pouvoir prendre forme.
3/ Un ensemble de motivations personnelles inconscientes orchestre votre décision.
4/ Une fois constitué, votre duo donne naissance au lien amoureux. Comme tout lien qui se crée porte en lui sa fin : l'amour ne parait pas durable. C'est une aventure de vie. A nous d’être créatif et ludique pou la vivre harmonieusement et le plus longtemps possible.
5/ L’adéquation sexuelle s’obtient plus facilement quand la femme vit dans un climat affectif, de sécurité et non conflictuel. L’époux doit continuer à être séducteur, (dé)montrer qu’il la désire. Pour une bonne entente conjugale, les deux partenaire doivent posséder un équilibre sexuel. A court ou moyen terme, une mésentente sexuelle constitue toujours une source de frustrations et donc d'agressivité. Elle s'exprime(ra) souvent dans les domaines affectif et/ou socioculturel.
Le “ coup de foudre ” se produit souvent lors de la première rencontre. Il désigne le moment où les émotions, les pulsions sont plus fortes que la pensée. La lune de miel, durant laquelle le couple vit une relation sexuelle et affective intense, concrétise cette rencontre. Pendant ce moment “ magique ” la vision de la relation et de l’autre n’est pas objective.
La croyance prétendant que tout commence par ce fameux “ coup de cœur ” pour aboutir à cette “ nuit d’amour ” est…fausse !
Tout comme celle d’ailleurs, visant à attribuer les échecs de la vie conjugale aux événements extérieurs et à la routine.
Le “ coup de foudre ” et la lune de miel ne sont donc pas une obligation. Les échecs sont le résultat des choix initiaux, de la confrontation à la réalité de la vie et aux différences de chacun.
Le couple : un centre de soin à peu de frais
Virginie, 52 ans, une auditrice dans l’émission de Brigitte Lahaie1· sur RMC nous a ainsi raconté : “ J’ai toujours été le vilain petit canard. Ma mère ne me désirait pas car mon père trouvait que la famille était déjà trop nombreuse. Je n’étais pas très jolie, mais j’étais intelligente et je réussissais dans mes études. Pourtant, chez moi, c’était une tare. Dès qu’on me voyait avec un livre, on me disait : mais elle ne fout rien celle-là, quelle paresseuse, elle n’arrivera jamais à rien dans la vie ! ” Tout cela s’accompagnait d’humiliations concernant mon physique. Un jour, je fis la rencontre d’Alain dans une boîte de nuit. Ma première réaction fût de me dire : Voilà l’homme qu’il me faut, il est beau, mais il n’est pas pour moi. Or, à ma grande surprise, c’est lui qui s’approcha de moi pour m’inviter à danser en me disant : Tu avais l’air tellement triste et isolée que j’ai eu envie de t’aider. Cet homme m’épanouit et m’apprit que j’avais une beauté intérieure. Malheureusement j’étais trop dans la réussite professionnelle pour lui. Je lui faisais de l’ombre, il n’arrivait pas à trouver sa place. Il a préféré épouser une femme qu’il a du porter tant sur le plan moral que financier. Dans ma famille, tout le monde se mariait, réussissait sa vie, avait des enfants… Moi, j’étais tout le temps harcelée, humiliée par mes parents. Plus tard, mon père tomba malade, je lui promis de me marier. Pour honorer ma promesse, j’ai donc épousé un homme que je n’aimais pas, mais qui était gentil et bon père de famille. Je n’ai jamais accepté de l’embrasser même pendant les rapports sexuels. Aujourd’hui je viens de divorcer, je pense que j’ai enfin décidé de vivre ma vie … ”
Cet exemple permet de démontrer et de comprendre l’ensemble des rapports invisibles qui déterminent la rencontre. A ce stade, nous vous proposons une petite ballade dans les liens de la communication. Vous cernerez ainsi la nécessité de bien appréhender les jeux de pouvoirs et de contrôle qui se mettent en place en utilisant la souffrance humaine. Ajoutez à cela les différences entre l’homme et la femme : le cocktail devient détonnant.
Tout d’abord, vous pensez certainement que toute relation se construit à deux ?
Eh bien, navré de vous décevoir, mais NON ! Elle se construit plutôt à trois, à quatre, à cinq voire plus si affinité. Car lorsque deux personnes s’unissent, certes, elles sont deux physiquement, mais dans leurs fantasmes il faut compter avec le “ Prince Charmant ”, la “ Princesse Idéale ”, la mère, le père… Et cette divergence d’intérêts s’observe aussi dans les motivations de chacun. Quand deux êtres se trouvent, chacun espère quelque chose de l’autre et de cette relation. Cette attente reste, en général, très différente chez les deux protagonistes. Dans l’intime de chacun, les désirs ont des buts et des objets spécifiques. Et chaque partenaire cherche dans son couple à obtenir ce qu’il veut et ce, par tous les moyens.
Même « illusion » en matière de rencontre. Un des deux conjoint participe toujours plus activement au rapprochement des « âmes », ou du moins en a-t-il l’air. Car, comme nous le verrons, ce n’est pas toujours celui qui paraît le plus actif qui l’est réellement.
Dans la construction d’une relation, celui qui semble agir le plus devient souvent le bouc émissaire apparent de la souffrance ou du dysfonctionnement dans ce duo. On peut matérialiser ces propos avec des phrases du style : “ Si tu n’étais pas venu me chercher ” ou “ Tu n’avais qu’à pas me choisir ”. Ainsi, la femme qui, grâce à son amant, divorce d’un mari qui la battait et l’humiliait, peut 10 ans après, lors d’une dispute conjugale, reprocher à ce nouveau conjoint : “ Tu n’avais qu’à me laisser où j’étais, il ne fallait pas venir me chercher, c’est de ta faute ”. Et ce, bien que son discours ait été jusque-là : “ Je crois que si tu n’étais pas venu me chercher, je me serais suicidée ”.
Cet exemple ne représente que la partie émergée de l’iceberg.
Pour entrer dans le vif du sujet tout en ménageant les susceptibilités, livrons-nous à un jeu de l’esprit.
1) Prenez place devant notre “ Love story ”
Prenons un loft ou plutôt un simple appartement, un homme et une femme, un plan “ love ”, une caméra 24h/24h et un psy pour analyser tout ça.
Le casting de notre “ soap ” comprend, tout d’abord, un homme d’âge moyen, né d’une mère dépressive dont il était très proche puisque, comme elle aimait à le dire : “ Mon chéri, sans toi je serais déjà morte”. Il faut dire qu’enfant, il était bien le seul à dormir avec sa pauvre mère quand son père (lassé par cette épouse dépressive) était absent. Pour ce garçon, à part le pouvoir qu’il pensait posséder en ayant pris la place du père, la frustration demeure grande, surtout sur le plan sexuel puisque sa mère surprotectrice tentait de le garder pour elle. Devenu adulte, il s’inscrit dans une dynamique (apparente) de “ sauveur qui donne ” et qui n’a qu’une envie (plus cachée) : “ baiser ”. On va donc appeler notre personnage : “ le sauveur baiseur ”.
Concernant notre héroïne, on sait qu’enfant, elle fût privée de l’affection et de la tendresse de ses parents. Il lui fallut attendre de devenir jeune fille pour attirer l’attention de son père. Le jeu de séduction de l’adolescente éveilla les “ désirs ” du père ; il s’afficha plus aimant et plus tendre envers elle. Cette femme pense que grâce à sa “ sexualité ”, elle existe enfin dans les yeux de son papa. Aujourd’hui, elle sait séduire et exciter l’homme pour exister et être reconnue par lui. Toutefois, elle ne veut bien évidemment pas de la réponse sexuelle. Voilà donc notre hystérique usant de sa séduction pour vivre et être reconnue (dynamique apparente) mais dont le besoin profond reste d’être aimée gratuitement.
Grâce à notre loft-appart, le “ sauveur baiseur ” croise l’hystérique. Que fait-il après “ avoir dit bonjour ” ? Naturellement, il se met à la sauver en pensant ainsi recevoir en gratification, une “récompense en nature ”. Pour simplifier, cela donne : “ Vous en souffrance, moi Tarzan, moi sauver Jane ”. La femme hystérique attend de l’amour gratuit. Ainsi quand notre (h)éros passe à l’acte, elle se venge en refusant de jouir et en se coupant de tout désir. Dès lors, elle devient un “ super mauvais coup ”. Et notre Tarzan, bien décidé à tenir son rôle de sauveur, ne peut (sous peine de se discréditer) que très difficilement revendiquer une sexualité plus érotique et harmonieuse. Ainsi, pour éviter la confrontation à la problématique sexuelle, le couple se réfugie dans l’échange « sauveur qui donne/victime qui reçoit ». Mais, afin que le bienfaiteur s’y retrouve, il faut que sa douce reste toujours une victime à protéger. Pour ce faire il (la) sabote, chaque fois qu’elle semble aller mieux. Dans le même temps, il exerce une partie de son sadisme qu’il n’ose afficher ouvertement face à sa frustration sexuelle. Au bout d’un certain temps, la femme se lasse et commence à se sentir persécutée. Elle devient revendicatrice et se révolte contre son partenaire, lui reprochant même de ne pas être un homme capable de l’aimer et de lui donner du plaisir.
Bilan de cette relation : ils tombent tous deux en souffrance. La situation s’inverse : le sauveur devient la victime persécutée et l’hystérique, une dominatrice. Du coup le sauveur/ victime recherche une femme pour le sauver. Quant à l’hystérique, elle tente à nouveau de s’offrir à un homme (qui croit en être un) pour se donner l’illusion qu’elle a en trouvé un “ qui l’aime et la satisfait ”.
Résultat des courses : ils sont quatre en souffrance.
Pour corser l’affaire, mettons dans notre loft-appart un pervers séducteur mature.
Que se passe- t-il ?
Il prend la place du sauveur. Capable de voir le jeu de l’hystérique, il n’entre pas dans sa séduction et dans sa peur de recevoir. Il se met dans la dynamique de “ donner de l’amour gratuitement ”. L’hystérique ainsi rassurée, atténue sa parano ou plus simplement sa vigilance. Le pervers lui fait comprendre que si elle en a envie, il est capable de la faire jouir. Il lui laisse penser que seul son plaisir (à elle) compte pour lui. Il lui fait même croire que sa satisfaction personnelle n’est pas importante. Ainsi, il comble son besoin d’être désirée, aimée, sécurisée et reconnue. Il ne demande rien en échange. Il prend le pouvoir et le contrôle de la relation tout en la mettant de plus en plus dans la dépendance. Elle, lui propose alors tout ce qu’il veut en échange de toute cette gratuité. Et le pervers à gagné !
Moralité ?
Le couple doit se construire sur un système de liens horizontaux égalitaires et non verticaux calqués sur les relations de pouvoir parents/enfants. L’échange des besoins oraux comme “ être désiré, être reconnu, être sécurisé et être aimé ”… contre les besoins du stade anal, phallique et/ou oedipien de l’autre, caractérise les liens verticaux. Car, comme nous venons de le voir, ces rapports commerciaux (visibles et invisibles) profitent de la souffrance issue des mauvaises réponses données aux besoins infantiles.
Que soigne t-on dans son couple ?
Le besoin d’être désiré
On organise des liens narcissiques pour que l’autre devienne la réparation de l’image détruite dans l’enfance. Nous entrons-là dans des rapports de dévoration et de possession.
Le désir de la mère et du père pour l’enfant, et la force de cette exigence sur l’avenir de l’adulte (que nous avons abordé précédemment) entrent en compte dans le couple.
Claude, en thérapie depuis plus d’un an, consultait pour un manque d’appétit sexuel et des symptômes très nombreux sur lesquels elle se focalisait, en particulier des douleurs abdominales cycliques. Lors d’un travail sur ces maux, elle prit conscience qu’elle était toujours en train de s’accrocher à tout ce qui l’entourait. Elle se sentait facilement exclue des groupes et voulait alors qu’on vienne la chercher. Elle fit rapidement le lien avec le non-désir de sa mère lorsqu’elle apprit sa grossesse. Sa mère avait saigné à trois mois de grossesse. Claude retrouva dans ses souvenirs proches que dans sa famille, elle avait déjà entendu : “ Ta mère a failli te perdre, mais tu as tenu bon ”. Elle comprit qu’en effet, elle s’était (r)accrochée pour ne pas mourir et que, depuis toujours, elle vivait à travers l’autre. Aujourd’hui, Claude analyse sa situation de la manière suivante : “ Pendant sa grossesse, il fallait que ma mère se repose pour que je vive, c’était important, je l’ai donc forcée à rester couchée. Je sais maintenant pourquoi je veux toujours vivre à travers les autres et pourquoi je mets toujours en place des situations pour vérifier qu’ils me retiennent ”.
Luc, 32 ans, marié, m’explique sa relation avec une collègue de travail : “ Ce qui est important pour moi, c’est de prendre conscience que la première fois qu’elle m’a regardé avec désir, c’est bien moi qui l’intéressait. Car je pensais que ça ne pouvait pas être le cas. Elle ne m’attirait pas vraiment. J’ai fait l’amour avec elle simplement pour vérifier que j’étais l’objet de ses désirs, que j’existais pour elle ”.
On note dans ce comportement sexuel (assez fréquent), qu’il permet à une personne d’être dans l’illusion qu’elle existe. Pourtant, je le rappelle, exister ne doit jamais être dans les mains ou dans les yeux de l’autre, mais toujours face à soi-même !
Le besoin d’être sécurisé : Il crée les liens sauveur/sauvé et les liens d’immaturité de type parent/enfant qui se mettent rapidement en place. La protection n’étant pas gratuite, on la donne pour obtenir en retour la même chose (comme nous le verrons dans les couples dépressifs) ou pour répondre à un autre besoin (cas d’Alain dans le récit de Virginie).
Le besoin d’être reconnu : Il débouche sur les liens compétent/incompétent permettant de s’approprier l’autre pour qu’il supplée au manque de reconnaissance ou à l’incapacité de se faire reconnaître. Car en rendant l’autre incompétent, un des deux partenaires se donne l’illusion d’être compétent. Ainsi, en se mettant - par facilité - dans l’impuissance, un mari donne à sa femme l’illusion de détenir le pouvoir et la compétence dont il manque. Il devient immature, donc enfant, face à son épouse qui, en acceptant ce rôle, se met dans l’incompétence d’être une “ amante ”.
Il en va de même pour le duo responsable/Irresponsable. La notion d’irresponsabilité s’inscrit dans une dimension plus sociale, ce qui a été merveilleusement mis en caricature par la célèbre phrase : “ Responsable mais pas coupable ”. Si on traduit, cela donne : “ Je suis coupable et irresponsable, mais je ne peux pas le dire ”.
Culpabilité : dur-dur d’assumer face à elle !
Une de mes patientes explique très bien sa situation : “ Lorsque mon mari me prend de force, enfin, il ne me viole pas, mais quand il m’impose avec une fougue animale les rapports sexuels, j’ai de forts orgasmes ”. Cette femme ne se sentant ni coupable, ni responsable de l’acte peut prendre du plaisir puisqu’elle remet la faute de son orgasme sur le dos de son mari. Remarquez, vous pouvez aussi vous identifier à cette autre patiente qui, chaque fois qu’elle prend TROP de plaisir avec son amant, fait le lendemain une mycose. Ici, la faute et la culpabilité s’inscrivent dans le corps sous forme de punition ; ce qu’elle analyse d’ailleurs très bien : “ Le plus drôle, c’est que la mycose, je ne la fais jamais quand je vois mon amant deux ou trois jours de suite. C’est toujours mon mari qui en a l’exclusivité ”.
Voilà comment, un symptôme maso peut recouvrir une connotation sadique.
Les conduites d’échec, d’incompétence et de non prise de responsabilité s’inscrivent dans un mode immature du “ qui ne veut pas changer ” ; car prendre le risque, c’est accepter le changement.
Face au besoin d’être reconnu pour exister, les liens par rapport au jugement sont très importants. Pour beaucoup d’entre vous, vous n’existez que si vous êtes reconnus donc acceptés par l’autre. Ainsi lorsque le jugement de type moral (Bien ou Mal) remet en cause votre existence, vous accordez à l’autre, qui se sert de l’arme “ jugement ”, droit de vie et de mort.
Le besoin d’être aimé… Nous voilà au donner/recevoir au nom du grand “ A ”. Vous pensez peut-être qu’il est plus facile et plus doux de recevoir ? Il n’en est rien. Quand enfant, vous n’avez pas reçu d’amour, il persiste au fond de votre cœur et dans votre corps, une immense blessure qui fait souffrir quand on la réveille. Alors, pour ne pas faire ressurgir ces “ anciens démons ” et ne pas risquer “ de rentrer dans la rage ancienne ”, vous préférez ne rien recevoir. Ce refus vous protège, mais a aussi éventuellement comme bénéfice de mettre l’autre dans l’impuissance et de lui faire payer cette blessure ancienne : “ Tu es vraiment incapable de me satisfaire ”.
Donner, reste beaucoup plus facile, surtout… si on n’a rien à offrir !
Cela présente l’immense avantage de rendre l’autre dépendant tout en se protégeant. Par exemple, quand vous comblez les besoins primaires de votre partenaire, vous le mettez dans une position de débiteur. Le leurre est immense. Le donneur se sent quitte puisqu’il a donné, et l’autre qui n’a rien reçu entre dans l’obligation de devoir quelque chose. La dimension gratuite n’existe pas dans le Donner/Recevoir affectif ou sexuel. Etre adulte, c’est accepter que rien n’est gratuit, donc remettre en cause les modèles anciens (qui nous trompent) pour être enfin dans un partage véritable.
Le lien Harceleur/Victime reste l’un des plus importants. Il est celui qui envahit le plus la relation de couple. Vous êtes tous des harceleurs, des persécuteurs et des victimes. Votre profil dépend de la manière dont vous décidez de vous présenter, du rôle que vous êtes capables d’assumer. Le harceleur représente le “ méchant ”, mais il vit en souffrance, la victime symbolise la gentille (ce qui ne l’empêche pas d’adopter un mode de conduite “ passive sadique ”), elle s’inscrit aussi dans la souffrance. Toujours est-il que le rôle de victime permet la continuité dans le non-changement.
Dans le couple judéo-chrétien, la victime se trouve incarnée par la femme. Freud n’a rien arrangé en lui plaquant l’image d’un être qui n’a pas de pénis, envieuse et naturellement masochiste. Dans ce type de couple, de par la dépendance matérielle et la soumission sociale, la femme se retrouve dans la pire des formes de prostitution : celle qui est socialement, culturellement et religieusement entretenue. Si elle n’accepte pas ce rôle-là, elle devient de fait une pute ou une sorcière qu’il faut marquer au fer rouge ou brûler. Ce qui est nouveau pour l’homme, ce n’est pas comme on pourrait le croire que la femme est devenue dominatrice ou qu’elle “ porte le pantalon ”, mais plutôt sa revendication à vouloir obtenir une autre place et à demander du plaisir. L’homme risque alors de se réfugier dans un rôle d’incompétence et/ou de victime de la femme.
Le lien pervers : La complicité, la spontanéité et l’authenticité sont les trois garants d’une relation de couple. Mais ces trois “ qualités ” permettent au plus pervers :
- Soit de les utiliser en montrant qu’il est capable d’être complice, authentique et spontané face à cet autre qui n’a pas d’émotions, qui semble si froid.
- Soit de manipuler le langage en disant à l’autre : “ Tu n’es pas complice, tu n’es pas tendre, tu n’as pas d’émotions, tu n’es pas authentique ”… En gros tu n’es “ pas humain ”, argument irréfutable qui provoque l’impuissance, l’incompréhension et/ou la colère.
- Soit de manipuler la perversion du système : “ Je te propose un cadre où l’on devient spontané et authentique ”. Quel paradoxe de penser pouvoir être spontané dans un cadre où on vous demande d’être….. spontané !
Pour éviter ces travers, il faut être dans le même système de réalité, avoir les mêmes croyances et valeurs, être adultes pour pouvoir “ jouer ” dans la même cour.
Le jeu autour du changement est un des plus démoniaque. Il consiste à dire : “ Bien que je t’aie ainsi choisi, je veux que tu changes pour que tu deviennes à l’image de ce que j’attends de toi ”. Ce défi peut aussi s’installer à l’inverse : une femme choisit un homme pour une vertu qu’il affiche. Mais pour de nombreuses raisons, cette qualité disparaît une fois que l’homme a obtenu ce qu’il voulait. La demande de sa femme consiste à retrouver ce qu’il était avant. S’il est manipulateur, il lui fait croire qu’il a toujours été ainsi et qu’il ne comprend pas pourquoi elle veut maintenant le transformer. Dans ce rapport du “ Je veux que tu changes ”, le double lien peut être utilisé très vite : “ Il est toujours trop tôt ou trop tard, pas comme il faut… ”. Ainsi, celui ou celle qui demande le changement, tout en le refusant, reste victime du système, mais en contrepartie devient maître de ce jeu.
Les liens sado/maso : Le sadisme répond à une pulsion réactionnelle aux frustrations subies durant la phase orale (sadisme oral), la période anale (sadisme anal) ou durant l'instauration de la période oedipienne (sadisme clitoridien/phallique). La frustration à l’âge adulte réactive le sadisme. Cela provoque la nécessité de satisfaire une toute-puissance à travers la prise de pouvoir sur l'Autre, que ce soit physiquement ou psychologiquement. Les manifestations psychologiques du sadisme sont les mêmes pour les deux sexes. Elles renforcent les traits masochistes parce que, consciemment ou inconsciemment, ils engendrent de la culpabilité. Il naît ainsi un cercle vicieux qui se définit communément comme "sado-maso". Souvent, un des partenaires est sadique dans une des dynamiques (sexuelle) et soumis (ou maso) dans le reste de la vie de couple. Le sadisme et le masochisme sont des aspects psychologiques que nous retrouvons fréquemment associés ensembles dans divers types de comportements.
Le masochisme trouve son origine dans le retournement sur soi-même des pulsions sadiques non assumées et face à tous les types d'émotion capables de provoquer l'angoisse. Le blocage diaphragmatique peut être le résultat d'une anxiété due aux sentiments de culpabilité inconscients. Quand on arrive à une situation de "déblocage" du diaphragme, apparaissent des mouvements involontaires qui provoquent souvent des manifestations d'angoisse. Le masochisme est une pulsion secondaire, parce que la personne a peur de la jouissance qui est interdite et frappée de culpabilité. Elle réprime les mouvements qui pourraient l’amener à cette extase. Le sadique assure au maso la punition nécessaire à l’acceptation du plaisir.
Il n’existe pas une tendance innée au déplaisir comme le présumait Freud. Le masochisme est la réalisation de la peur de mourir. Cette anxiété représente la caractéristique commune à tous les névrosés. Et en conséquence, pratiquement tout le monde a peur de l'orgasme.
Dans le masochisme, la peur “ d'exploser ” demeure aussi présente. L'attitude caractérielle masochiste est celle d'imploser, subir, supporter, tolérer, "encaisser". Quand il arrive que “ La goutte d'eau fasse déborder le vase ”, le masochiste saturé de son propre auto-préjudice explose. Mais cette réaction est gravement destructrice, tant pour lui que pour les autres.
L'angoisse orgastique du masochisme est vécue comme une excitation déplaisante car il n'a pas la possibilité de se décharger avec l'orgasme. L’excitation n'a pas la possibilité d’aboutir et se transforme en une agitation déplaisante. Dans le rapport sadique/masochiste ou dominant/soumis, il existe un équilibre. Donc, soyez vigilants. Le meneur de jeu n’est pas toujours celui qu’on croit. En général, ce rôle incombe même plutôt au maso (ou au soumis) car sans eux, n’oublions pas qu’ il n’y aurait pas de sadique. Le sadique aime faire souffrir, le maso aime souffrir. Le dominant - ou le Maître - aime dominer, voire humilier ; le soumis - ou l’esclave - n’aime pas toujours souffrir, mais aime être soumis et/ou humilié.
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