Sexualité et Pornographie

« En Abyssinie et à Zanzibar, on enseigne aux jeunes filles des mouvements pelviens destinés à augmenter le plaisir de l’accouplement ; il est déshonorant de ne pas connaître ces duk-duk. Les Swahili s’entraînent aussi à certains mouvements des hanches et des fesses. L’exercice se pratique par groupes de 60 à 80 femmes qui s’y livrent nues, jusqu’à 8 heures par jour. Personne n’est autorisé à y assister. Cet entraînement des jeunes filles dure presque trois mois, après quoi elles rentrent chez elles en habits de fête. Des coutumes analogues existent, semble-t-il, aux Indes orientales, néerlandaises et ailleurs »
(L’irruption de la morale sexuelle, W. Reich)

Le mot pornographie
(du grec πορνογραφια, pornographia) a désigné au
XVIIIe siècle
et XIXe siècle
les études qui concernent la
prostitution
(de pornè, courtisane, prostitués, et graphein, écrire). Mais de
par son étymologie il signifie également la représentation explicite de l'acte
sexuel par
divers moyens techniques et artistiques, représentation le plus souvent diffusée
auprès d'un public dont elle est destinée à provoquer l'excitation sexuelle (la
pornographie se rapproche également en ce sens de la
prostitution,
mot d'origine latine qui signifie d'ailleurs : « exposer au public »).
Le sexe n’est ni sale, ni sacré, pourquoi sa représentation serait-elle
interdite ? Pourquoi les artistes ne pourraient-ils et elles pas mettre le sexe
au centre de leur œuvre ?
Extrait de débat sur les réflexion d’une femme face à la pornographie :
« Analysons une image porno hétéro classique : elle représente un homme et une
femme en train de baiser. L’image est centrée sur la femme. Normal, ce sont les
hommes qui produisent, et qui consomment. L’homme dans l’image a toujours un
sexe grandiose permettant l’identification du spectateur mais aussi de la
spectatrice. La femme est le terrain de l’acte, au centre de l’image, un objet,
dans tous les sens du terme. Le porno exacerbe des rapports de domination dans
le sexe, rapports dont nous souhaitons justement nous débarrasser.
Alors, condamner la pornographie parce qu’elle est produite par des mecs pour
des mecs sans respect pour les femmes ? Et si plutôt on se réappropriait la
pornographie ? Et puis nous aussi on aimerait voir deux beaux mecs se caresser.
Produire des pornos de filles, des films ludiques ou hard, qui nous ressemblent
et qui reprennent nos valeurs et nos sensibilités. La domination de l’un des
partenaires sur l’autre ne sera pas un épisode de la guerre des sexes, mais un
jeu sexuel où la femme ne se retrouvera pas toujours dans une position de
soumission bienheureuse. Les filles à l’écran se ressembleront moins les unes
aux autres, et nous ressemblerons plus…. »
La construction de l’enfant se fait à partir des signaux qu'il reçoit du monde. A l'opposé de Platon et de la philosophie grecque qui pensait qu'aux images que nous recevons pré-existe en nous un monde en réduction fait des mêmes images et permettant la reconnaissance, nous savons aujourd'hui que ces images intérieures existent. Elles sont faites des impressions premières qui se sont organisées pour structurer un monde de représentations qui nous est propre, et en partie commun à notre culture, un monde de représentations qui nous permet de décoder la réalité mais aussi d'en ressentir la tonalité affective selon les émotions positives, négatives, qui sont attachées à ces images. La représentation du sexe est un domaine particulier de la connaissance dans la mesure où Freud a bien montré que le sexe est le premier savoir, ou plutôt que la connaissance du sexuel est le prototype de toute connaissance par le biais des hypothèses infantiles, elles-mêmes à la source des fantasmes.
Devant les questions que se posent l'enfant, une seule réponse s'impose : utiliser son pouvoir associatif pour élaborer des théories. Théorie vient du grec théorein qui signifie « observer », « contempler », et donc théorie est entendue à la fois au sens du spectacle et de l'examen critique, faisant référence à des images, d'abord extérieures puis progressivement intériorisées. C'est avant tout l'activité de voir qui est concernée, la théorie étant une pensée des causes perçues au-delà des apparences ou construite par l'enfant lui-même qui devient alors théoricien actif et non plus contemplatif.
Dans la « théorie sexuelle infantile » Freud décrit les premières relations de cause à effet que l'enfant élabore à partir des questions sur sa naissance. Du fait qu'elles sont sexuelles, ces « théories » (observations et pensées) procurent une excitation à l'enfant mais elles lui procurent aussi du plaisir. Un plaisir lié au fait de penser qui montre combien le fait de penser devient un plaisir, car à l'origine de la pensée il y a la pensée sur le sexuel.
Ces « théories » infantiles ne sont pas innées pour l'enfant, elles sont induites par le questionnement des images et des sensations qui lui viennent de ses sens. Elles vont tenter de répondre aux grandes questions de la différence des sexes, de la naissance et du rapport sexuel. Ces « théories » portent la marque du mode de pensée enfantin procédant en général d'une logique additive où une cause se superpose à une autre de façon purement analogique, sans entrer en contradiction avec l'ensemble. Ce sont les hypothèses sur la naissance et la conception : le bébé est dans le ventre de la maman. Comment y est-il entré ? Par un orifice bien connu : la bouche, hypothèse de l'insémination par le baiser du père. Hypothèse plus élaborée : le baiser du père pendant les règles de la mère. Comment en est-il sorti ? Evidemment par le nombril, ou par l'anus, ce sont les deux seuls orifices que connaît un enfant.
Ces hypothèses, « ces théories », construisent des représentations qui ne seront jamais oubliées. Leur contenu nous est donné par Freud, il est limité à un certain nombre de représentations typiques qui constituent la base des complexes (par exemple le complexe de castration). Ces théories vont ainsi organiser les représentations du monde, et ici du sexuel, des repères sexués, des questions qui touchent au sexuel, à la naissance, à l'anatomie, à l'acte sexuel. Ces représentations seront, par la suite, présentes dans la confrontation à la réalité lors des premières expériences de séduction. Elles viennent remplir un vide, celui des réponses incomplètes, et viennent comme des solutions à la question des origines.
Pourquoi le domaine du sexuel serait-il si riche en images au point où fantasme est synonyme de fantasme sexuel et populairement d'image sexuelle ? En Occident, c'est certainement parce que le sexuel est un domaine qui est très peu parlé, du fait des tabous et des interdits. Il est très peu parlé au cours de l'enfance alors que des images se développent et que des théories se font jour pour pallier l'absence de paroles (le discours parental explicatif) ; au cours de l'adolescence qui demande des modèles et les recherche en secret ; dans la vie adulte où le sexe est aujourd'hui au devant de la scène mais où l'on parle peu des fantasmes personnels. Alors se développent des images intérieures en fonction des sources d'informations que sont les représentations sociales du sexe. Leur multiplication rend aujourd'hui leur décodage difficile, et surtout leur influence très variable d'un sujet à l'autre. Ces représentations internes sont source d'excitation (fantasmes érotiques), d'inquiétude (images négatives ou défaillantes de la sexualité), de réassurance (bons objets, renforcements narcissiques...). Elles existent toujours, elles sont plus ou moins conscientes, mais toujours nécessaires à la réalisation sexuelle intime à deux niveaux successifs :
Elles sont issues de l'expérience et des modèles de l'apprentissage. Le meilleur exemple en est la construction de l'image et de l'expérience du corps à corps qui construit la prise de conscience du rapport physique à l'autre, du schéma corporel intériorisé de l'autre. Cette construction existe déjà chez l'animal, par exemple chez chimpanzé, où lorsque l'on sépare un jeune de ses congénères et qu'on le remet dans le groupe à l'âge adulte, il est incapable de s'accoupler car il n'a pas de représentation ni d'expérience de la relation corporelle à l'autre. En l'absence d'apprentissage, ce schéma intérieur n'existe pas.
Les représentations internes participent à la libido, elles sont le support du désir et des fantasmes, équilibrant la confiance en soi par le rappel des bonnes représentations. Ces représentations internes ne peuvent donc s'appuyer que sur les valeurs que permet la société. En cela les périodes de répression morales ou de plus grande liberté alterneront l'interdit et la permission, et l'accès ou non à des images sociales du sexe. Ces attitudes étant toutes deux capables d'organiser une représentation à travers le modèle qu'elles proposent, son refoulement ou sa transgression.
On peut remarquer trois grands groupes: l’érotique, le pornographique et le sexuelle ordinaire.
On peut même se demander si la sexualité ordinaire, n'est pas socialement la plus indécente. Les deux autres sont plus classiques.
La pornographie. L'ouverture de la société à la pornographie a certainement été le fait le plus marquant de cette période, la pornographie a progressivement acquis droit de cité dans les suites de la libération sexuelle et dans la mesure où notre société n'a pas fait une réflexion suffisante sur ce domaine, confondant allègrement liberté sexuelle, libertinage, érotisme, pornographie... dans une grande crainte du retour d'un ordre moral, comme si l'on faisait à nouveau jouer la censure !

On peut rappeler que l'usage du mot pornographie s'est généralisé au 19è siècle, grande époque de la prostitution légale et des maisons closes en Europe. Le mot renvoyait à l'époque à la production d'images fixes ou mobiles, mettant en scène des rapports sexuels et faisant surtout référence à la femme objet, à la femme marchandise, à la femme vendue, avec une dimension d'obscénité (hors de la scène). La naissance de l'image X est contemporaine des débuts de la photographie et du cinéma.
La rhétorique de la pornographie s'est très vite mise en place. Il ne s'agit pas d'une sexualité relationnelle, mais d'un sexe professionnel. Les premiers films seront tournés dans des maisons closes, les actrices seront des prostituées. Pendant près d'un siècle, ces images (photos et cinéma) seront clandestines. La loi de 1975 autorisera leur diffusion avec la seule restriction de l'interdiction aux mineurs.
Mais ces deux critères ne sont pas un handicap pour le public de la pornographie car ce qui compte essentiellement, c'est la qualité du rapport que le spectateur entretient à des images spécifiques. Tout se passe comme si la sexualité de métier, qui est ici mise en scène, pouvait suffire au spectacle, avec trois thèmes forts : l'érection du sexe masculin ; la vue de la pénétration (buccale, vaginale, anale) ; le morcellement du corps.
La pornographie joue de l'anticipation de l'excitation par la visualisation quasi immédiate d'une mise à nu de la copulation, assignant le spectateur au rôle de voyeur d'une scène inouïe dans la sexualité ordinaire. A côté de l'excitation, qui semble un moteur permanent de ces productions, d'autres expériences ou émotions sont recherchées : l'expérience du vertige ; l'expérience du dégoût ; la position de voyeur non impliqué, qui doit gérer une excitation comme étrangère à sa propre personne.
Baudrillard a bien montré (De la séduction, 1975) que la pornographie tient toute entière du simulacre ou du prestige d'une technique qui déréalise la présence au monde et à soi. Cette déréalisation est encore un élément recherché par les spectateurs de la pornographie. On peut donc dire avec Patrick Baudry « que le succès considérable de la pornographie, notamment au cinéma, ne tient pas qu'à la sexualité qu'on y voit, mais à la manière de la montrer ».
On peut d'abord remarquer un comportement certainement régressif qui fait au voyeur adulte, voir les images solution de son questionnement infantile qu'il n'a parfois pas résolu entièrement. Ces productions satisferaient ainsi tout à la fois une curiosité insatiable à l'endroit du sexe et permettraient au sujet de se débarrasser de la dimension relationnelle de la sexualité. Il faut enfin rétablir une idée fausse, ce qu'a bien montré Alain Giami, la pornographie n'est pas réservée aux frustrés et pervers sexuels, dans une majorité des cas il s'agit d'une consommation conjugale.
La pornographie est ainsi bien plus une sexualité additionnelle que compensatoire, certains couples recherchant une alternative à l'affaiblissement du désir. Mais la pornographie renvoie aussi à une insatisfaction, à une inquiétude vis à vis du corps et du désir. Et en définitive cela remplit la fonction maintenant close des bordels : redonner de la vigueur aux membres qui n'en ont plus. Les maisons closes étaient à l'origine des lieux d'éducation et des lieux de traitement de l'impuissance. C'est pourquoi ce mode excitatoire est essentiellement masculin.
L’érotisme.
Avec la libération sexuelle, l'érotisme a, lui aussi, eu droit de cité mais avec un succès sans commune mesure. S'il a été pendant une courte période au devant de la scène (cf. 1975-1980, la série des films Emmanuelle), il a très vite perdu de son intérêt, ou de son influence, pour être aujourd'hui marginalisé dans quelques scènes limite-porno du cinéma contemporain. Au cinéma, en photographie, l'érotisme (éros = désir) est caractérisé par la réserve et la suggestion. L'image érotique relève du non-dit, de l'implicite, à l'opposé de l'image pornographique qui est toujours explicite. En cela l'érotisme et les images de l'érotisme ne donnent pas de réponses explicites aux interrogations toujours actuelles de notre esprit enfantin. Elles suggèrent sa réponse, elles réveillent ses théories, elles stimulent ses capacités créatrices. En cela faire l'amour ne requiert pas seulement une capacité motrice mais bien évidemment une capacité créatrice dont l'érotisme est un puissant stimulant. Il faut tout de même relever un paradoxe : la répression chrétienne du désir/plaisir a plus fortement condamné l'érotisme car il a été pensé comme une perversion (et a souvent été assimilé à la pornographie). Or l'érotisme est une dimension fondamentale de la sexualité et notamment du couple, qu'il est aujourd'hui difficile de réhabiliter.
La sexualité ordinaire. Les troisièmes images de la sexualité que nous offre notre société, ce sont celles d'une sexualité ordinaire que je dis obscène, car elles n'ont pas lieu d'être montrées, nous serions alors voyeurs de nous-mêmes. Cette sexualité ordinaire est d'ailleurs tellement inmontrable, ou monstrueuse, que les cinéastes qui veulent utiliser cet intérêt populaire pour le sexe, ne montrent que des comportements marginaux ou minoritaires. La sexualité ordinaire, c’est aussi la vie ordinaire, donc souvent l’obscène et le monstrueux car nous entrons dans la dimension du viol conjugal, du harcèlement conjugal, du sadomasochisme domestique, le film pornographique est un pale reflet de l’obscène de la sexualité ordinaire.
Les images-réponses. Question plus complexe pour les êtres en formation que sont les enfants et les ados qui cherchent toujours des images-réponses à leurs énigmes infantiles. Car ils en trouvent, mais ils ne trouvent essentiellement qu'une seule réponse : la réponse pornographique, il n'y a en effet plus guère de films érotiques. Ce sont des images volées dans un zapping ou regardées clandestinement la nuit, en l'absence des parents, à la télé, sur le net, seules images accessibles d'une sexualité fantasmée, images qui viennent se substituer aux hypothèses de l'enfance ou prendre une place vacante lorsqu'aucune solution n'était entrevue. Sur tous ces plans, il s'agit d'un mauvais modèle car il correspond peu à l'intimité relationnelle et surtout il est très difficile à répliquer. C'est-à-dire qu'il sera porteur de honte, d'un sentiment d'insuffisance ou d'impuissance. Pour une dimention pédagogique de la sexualité, il faut toujours que la parole accompagne l'image. Or ces images regardées en secret ont un pouvoir de pénétration formidable, elles touchent les pensées, elles modèlent les fantasmes, les rêveries personnelles et peuvent parfois même s'y substituer.
Si l’on sort du schéma classique avec un homme viril, protecteur et sécurisant d’un côté, et une femme objet, belle, reproductrice et bonne mère de l’autre, que nous reste-t-il ? Nous sommes conditionnés pour coller parfaitement aux modèles religieux ou socioculturel.
Les transsexuels, les homos, les échangistes, les amateurs de porno, ceux qui aiment s’envoyer en l’air à deux ou à plusieurs, les voyeurs, les SM, la liste est longue de celles et ceux que la société montre du doigt quand ce n’est pas la justice qui les condamne.
Que ne censure-t-on pas en France en matière de sexualité ?

En France, on mise plus sur la sanction que sur la prévention. On préfère condamner celui qui a une sexualité déviante plutôt que de donner leur chance à celles et ceux qui sont dans la misère sexuelle, en les éduquant mieux et en leur permettant d’accéder à un épanouissement qui les éloigneraient des risques d’être entraîné dans la perversion pathologique.
La sexualité dérange, le sexe met mal à l’aise, il fait rougir et on n’en parle que de façon médicale et déshumanisée aux enfants.
Petit historique
Les mœurs culturelles dans lesquelles nous vivons forment dans nos esprits nos concepts pornographiques. Les hommes préhistoriques ont laissé de magnifiques dessins érotiques sur les murs de leurs grottes. L’exemple des figurines de Vénus, petites statuettes en argile, en pierre, en ivoire de l'ère Paléolithique, qui représentent des déesses de fertilité. Les poitrines, le ventre et le postérieur accentués expriment tout simplement la sexualité.
Traditionnellement, les cultures orientales, islamiques et Hindoues ont regardé favorablement et malicieusement la sexualité ; les thèmes et les scènes érotiques ont été dépeints partout durant des siècles. Le Kama Sutra est un manuel indien d’érotisme et de positions sexuelles du 4ème siècle av JC. Dans le livre « Enlacement », il y a soixante quatre chapitres consacrés aux caresses préliminaires. Ces textes peuvent aisément être qualifiés de pornographiques à notre époque. Cependant, pour les indiens anciens, le Kama Sutra était un manuel de pratiques sexuelles aussi courant que notre code de la route.
Les Romains, au premier siècle, exposaient leur art « sexuellement orienté » dans les endroits publics. Au 19ème siècle, des archéologues de Pompéi furent choqués et consternés par ces images anciennes et les cachèrent rapidement, classant tous ces objets artistiques au rang de pornographiques.
Quant aux écrits, ils ne furent pas épargnés par la censure, on s’en doute. Sous la troisième République entre 1870 et 1914, au moment où l’écrit devient un moyen de communication de masse, on a éradiqué le moralement intolérable.
Des montagnes de livres méprisés, condamnés et sans auteurs avoués furent censurées. Le fond côté « B.N. Enfer » est constitué de 900 ouvrages de genre littéraire différent, la datation est souvent absente ou fantaisiste.
Avec les rééditions, le moraliste de la fin du XIXème siècle censure les romans libertins du XVIIIème siècle aussi bien que ceux édités pendant la restauration.
Guillaume Apollinaire présente ce lieu ainsi : « L’Enfer de la Bibliothèque Nationale, créé par ordre du premier consul sur le modèle de l’Enfer de la Bibliothèque vaticane, n’est pas, comme on l’imagine communément, une salle spéciale où de rares privilégiés sont admis à consulter. C’est une petite bibliothèque de neuf cents volumes composés de romans légers, de pamphlets, de dessins. Cette appellation de l’Enfer vient du fait que ces livres étaient primitivement voués au feu et qu’on ne les range sur les rayons que dans l’attente d’un autodafé à longue échéance, attente qui permet d’en détruire à la fois un nombre considérable ».
Selon Pascal Pia, le feu est un des éléments de la mythologie du livre. Pendant des siècles, les écrits condamnés par un tribunal ecclésiastique ou par une cour de justice ont été brûlés, accompagnés d’un mannequin représentant l’auteur quand le coupable était en fuite.
Dans le tome VII, daté de 1870, du Grand Dictionnaire Universel de Larousse, on désigne par le mot Enfer : « L’endroit fermé d’une bibliothèque où l’on tient des livres dont on pense que la lecture est dangereuse. »
Les livres de l’Enfer proviennent tantôt de saisies en ce qui concerne les ouvrages imprimés à l’étranger, tantôt de l’obligation du dépôt légal de deux exemplaires destinés aux collections nationales. Quelques titres évocateurs : Etrennes aux trois sexes ; Almanach des Folies galantes et érotiques 1889, imprimé par les presses de la société des folies érotiques ; La couille d’or édité sous la direction de mère Gadoue procureuse bien connue. La plupart des intitulés se réfèrent explicitement à l’érotisme. Le nom des éditeurs apparaît lors de démêlés avec la justice. A Paris, au début du XXéme siècle, un éditeur du nom de Charles Carrington fournit la littérature sadique et érotique qui domine le marché des publications pornographiques en langue anglaise.
Les livres de l’Enfer font apparaître des figures de la volupté incarnées par des femmes. Ils dessinent des espaces de plaisir qui ont pour principale caractéristique d’être clôturés. Toutes les scènes se déroulent dans un couvent, une maison de plaisir ou au pensionnat. En outre, les titres mettent l’accent sur la littérature sadomasochiste de l’Angleterre ; la Russie est aussi un des lieux favoris de la littérature érotique à la fin du XIXème siècle (Souvenirs d’une princesse russe, Mémoires d’une danseuse russe). Sans oublier les colonies, l’Algérie, l’Indochine ou les îles des Antilles qui offrent le dépaysement recherché par la littérature érotique.
Parmi tous les catalogueurs qui se sont battus pour que ces nombreux livres aient accès au statut légitime de la lecture ou qu’à défaut ils laissent une trace, on peut retenir quatre spécialistes, des passionnés du livre : Jules Gay, Fernand Drujon Louis Perceau et Pascal Pia.
Les livres de l’Enfer parlent d’amour et de sexe. Ils inventent de nouvelles images de femmes. Ils possèdent également des liens évidents avec le champ social, et en dépit de cela heurtent le puritanisme républicain. Ils parlent de sexe et la simple énumération des titres de ces livres témoigne à elle seule de la crise des valeurs morales et éthiques. L’Enfer reflète une société désireuse de vivre sa sexualité autrement. Mais ces livres renvoient aussi aux fondements mêmes de la société, à ses interdits et à ses tabous.
En France, le marquis de Sade a été emprisonné des années durant la monarchie car ses écritures n’étaient pas tolérées.
L’époque Victorienne en Angleterre, et le 18ème siècle en France sont ceux de la répression sexuelle. L’attitude générale était que la sexualité est coupable, sale, et malsaine. Si l’on s’en tient à l’antique morale chrétienne, le sexe ne sert qu’à la procréation et ce serait pervertir l’œuvre de Dieu que de l’utiliser à d’autres fins.
Pour accompagner cela, on trouve toute une série d’interdits allant d’une jouissance féminine condamnée à la prohibition de rapports sexuels pendant les règles, la grossesse ou les fêtes dans de nombreuses religions et surtout les religions monothéistes.
Michel Foucault, dans son Histoire de la sexualité, rend bien compte de la façon dont la sévérité chrétienne s’accroît au fil du temps vis à vis du sexe. Il n’y a qu’à songer à la position du Vatican que ce soit à l’égard de la contraception, de l’avortement ou de l’homosexualité…
La masturbation a toujours été considérée comme dangereuse pour la santé que ce soit sous une forme ou une autre. La pornographie est criminalisée, permettant au marché de la pornographie souterraine de prospérer encore plus. Heureusement, une majorité croissante revendique une sexualité plus ouverte.
Un progrès de taille, comme nous l’avons vu avec Janine Mossuz-Lavau, dans la partie consacrée aux femmes, réside dans le fait que ces dernières, désormais, désirent accéder pleinement au plaisir et l’expriment haut et fort, notamment par le biais de la presse féminine.
Autres sexualités
Quant à la sexualité des handicapés et des personnes âgées, on n’en parle quasiment pas. Ces deux catégories se trouvent en permanence infantilisées et mises de côté en ce qui concerne la sexualité. Elles ne possèdent que des fantasmes pour survivre. Pourtant c’est bel et bien à travers le corps et le plaisir que peuvent se dépasser toutes les limites que notre condition physique nous impose parfois.
Mis à part le fameux documentaire de Daniel Karlin, Et si on parlait d’amour, qui montre crûment des couples atypiques (si l’on considère que le fait d’être handicapé ou âgé dans notre société nous relègue déjà au rang de « hors norme ») en train de faire l’amour. La production audiovisuelle sur le sujet reste bien limitée ou accessible seulement à un certain public averti.
On érige en tabou la sexualité des enfants. Pourtant, elle est, primordiale et déterminante. Le tabou de la sexualité est tel que les réactions de beaucoup d’adultes, conditionnées soit par les valeurs religieuses, soit par celles du petit écran, auront des conséquences dont on ne sait jusqu’à ce jour mesurer le véritable impact. Nous citerons un exemple : une mère surprend sa fille de 6 ans en train de se masturber sous le lit de sa chambre. Sa réaction immédiate consiste à la tirer hors de sa cachette, à la gifler et à lui donner une leçon de morale. Bilan : la sexualité de la fille évoluera dans la culpabilité et l’insatisfaction (d’elle-même et de son mari).
Il est urgent de se détacher des condamnations morales que le sexe a toujours connu pour permettre à nos enfants d’être à la recherche de leur plaisir simplement et joyeusement. Nos traditions ont fait de l’acte sexuel une affaire bien trop sérieuse. C’est pourtant un des rares moments où l’être se connecte à l’autre dans un rapport d’authenticité totale. Où les limitations et les frustrations s’abaissent pour laisser place à l’amour pur, seul capable de faire grandir.
Les transsexuels, pour n’en dire qu’un mot, vivent un atroce calvaire. Tout s’installe dans une douleur infinie durant les premières années de leur construction sexuelle. Ils sentent monter cette évidence mais la vivent comme la pire monstruosité. Montrés du doigt par toute la société, ils doivent d’abord affronter un dialogue souvent difficile voire impossible avec leurs parents avant de se lancer dans le grand combat qui les attend. Ils auront à gérer des procédures extrêmement lourdes pour tenter de mettre en accord leur sexe et leur véritable sentiment identitaire. S’ils ne se sont pas découragés, le temps que l’État civil opère le changement de prénom, ils auront tellement de mal à se voir accorder une place dans la société qu’ils seront contraints, la plupart du temps, pour gagner leur vie, à se prostituer et à fréquenter des milieux malsains.
Ce tableau, loin d’être exhaustif, reflète la lenteur extrême avec laquelle les choses évoluent en la matière, ainsi que ce rejet abject subi parfois. « Tolérance », vous avez dit « tolérance » ?
L’industrie du sexe
« Toute l’ambiguïté du sexe se tient là : entre la sauvagerie qu’il désigne ou dont il semble qu’il relève et son polissage civilisationnel, sa civilisation en tant que produit. On a affaire à la mise sous contrôle de ce qui paraît hors contrôle». Patrick Baudry.
S’il est un domaine non négligeable, en matière de sexe, où les tabous se taisent et dont beaucoup tirent grand avantage, c’est son aspect économique. Le cinéma débuta en 1894 et à peine deux ans plus tard, une actrice apparaissait nue dans « Le Bain » un film français. Des milliards de dollars sont brassés par cette industrie et si les films X ont déserté les salles de cinéma, ils ont envahi les rayons vidéos des revendeurs spécialisés.
De plus, les femmes sont aussi de plus en plus consommatrices de porno et ce n’est pas pour déplaire à ce marché.
Patrick Baudry, professeur de sociologie et chercheur, dans son ouvrage La « pornographie et ses images » (Armand Colin), explique « qu’ici l’on dira que toute cette industrie se situe dans la droite ligne d’une société de consommation où tout devient marchandise : la femme, l’homme, aussi bien que l’amour. Là, on dira que le sexe exacerbé est à la mesure d’un refoulement produit par une société non seulement pudibonde mais qui entrave les libertés. Là encore, le sexe, même industrialisé, semblera la voie possible d’une libération nécessaire. Ici on dénonce la pathologie d’un spectacle. Là on s’en saisit pour montrer les limites sur quoi bute une société de répression. Ces discours qui tiennent de l’explication générale peuvent aussi bien jouer de l’ambiguïté. Refuser le sexe, n’est ce pas se trouver sous l’influence d’une société autoritaire ? L’accepter, n’est ce pas se laisser berner par une société de pacotille ? En bref, y résister n’est ce pas faire montre d’aliénation ? et l’accepter n’est ce pas se montrer aliéné ? »
La pornographie est partout présente, tant dans les pubs pour du café, que dans les vitrines de sex shop. N’importe qui peut acheter un magazine sexuel pour une lecture privée dans la salle de bain ou dans la chambre à coucher. Sans compter tous les adeptes du téléphone rose, qui téléphonent en cachette dans le salon pendant que leur épouse prépare à dîner dans la cuisine. Le Magnétoscope et Internet ont réorganisé le monde de la pornographie. Ce n’est plus la peine d’aller acheter un journal ou de rougir en payant sa cassette de film « porno », il suffit de se connecter à Internet. (10000 sites pornographiques génèrent plus de $1 milliard par an.)
Quant au rapport entre une véritable sexualité et cette dimension marchande, Patrick Baudry nous interroge ; « l’achat d’une revue érotico-pornographique n’est il pas déjà un comportement sexuel ?… une façon supplémentaire de vivre sa sexualité. Supplémentaire et peut être davantage une façon de supplanter une sexualité « classique », faite de rencontres, d’attractions et de « choix ». Faite aussi de doutes, de difficultés et d’échecs. Le confort de l’imagerie sexuelle consiste pour partie à éluder dans un jeu parodique et souvent par procuration, les affres d’une vie sexuelle inscrite dans la temporalité. C’est l’instantané de la jouissance, sa facilité d’accès et le fantasme, sans besoin de contester la société existante et ses rigidités, d’un assouplissement des mœurs et de la transformation de ses codes, que propose et satisfait, d’emblée en images, l’industrie du sexe. »
Plus loin, l’auteur nous dit que « l’industrie du sexe constitue une dimension de la vie contemporaine à laquelle nul n’échappe.. Elle produit une forme de présence au monde, même irréelle, et d’autant plus efficace ou puissante qu’elle est justement irréelle, c’est à dire déliée de tout rapport ou de toute exigence de vérification ou d’utilité qui la rapporte au réel.
Si telle peut être la tendance c’est aussi que cette industrie ne s’appuie pas seulement sur une fantasmatique proprement masculine. Certes, ce sont les hommes qui sont les grands clients de ce type de produits. Mais outre le fait qu’une clientèle féminine existe- 23% des 18, 69 ans sont spectatrices de films X-, c’est par delà une « nature » masculine l’individualisme contemporain qui est la cible et le vecteur de cette industrie. »
Cette industrie ne concerne pas les seuls adultes esseulés ou adolescents timides. Elle vient également en plus d’une sexualité de relations.
Le Porno constitue un monde en soi. Un monde qui entremêle frénésie et pacification. Tous les professionnels, toutes les statistiques, toutes les études constatent la même chose : les consommateurs d’images pornographiques et/ou violentes ne représentent pas une menace violente pour notre société.
L’industrie du sexe suit l’évolution de grandes tendances sociales : la contestation politique dans les années 70, la rentabilisation d’un marché capitaliste dans les années 80, le souci « éthique » des années 90 qui se dévoile dans le souci d’une « qualité » et la montée d’une « esthétisation » du hard qui permet aux réalisateurs de faire entrer les « pratiques sexuelles minoritaires» dans le luxe de séquences tournées à la façon des clips vidéo, et correspond aux nouvelles formes et normes d’un individualisme corporel où le corps tient une place centrale dans une individuation de sensations. Le succès de la pornographie témoigne bien d’une logique où l’on préfère à la théorie, les pratiques. Où l’intellection vaut moins que la sensation.
L’importance accordée au corps et aux sensations corporelles, l’insistance mise sur le plaisir physique et la jouissance, la recherche d’esthétisme, l’introduction de nombreux jeux érotiques permet de comprendre le succès et les performances de l’industrie de la pornographie.
La principale caractéristique du film X est de mettre en scène une immédiateté sexuelle. Tout est parfaitement « huilé », voire aseptisé, bref ne ressemble pas vraiment à des rapports communément établis entre des êtres.
Le film X offre la possibilité de rester extérieur à des situations qui normalement impliquent une certaine fusion. C’est pourquoi il devient plus confortable pour des individus ayant peur de s’investir dans de véritables relations, et il peut même, chez certain, devenir une véritable drogue.
Parallèlement et paradoxalement, face à ce marché qui prolifère, notre société maintient en place de nombreuses barrières pour limiter l’accès à une sexualité « trop » épanouie. Serait-ce lié ? Frustrer le peuple d’un côté, et tirer profit de sa frustration de l’autre !
Au regard des chiffres de cette industrie, ce serait, en tous cas, un excellent calcul ! Selon Reich « La révolution sexuelle progresse, aucune puissance du monde n'arrêtera sa course». Reich, malheureusement, avait analysé les situations sociales avec les données de son époque, mais il n’avait probablement pas prévu que de nombreux groupes de pouvoir allaient rapidement trouver les armes pour lutter contre des révolutions qui ne seraient pas contrôlées par eux.
Tout d'abord quelques chiffres : Il est difficile de connaître avec exactitude l’audience des films pornographiques chez les jeunes, films qui ne sont pas diffusés à des heures où les enfants sont censés les regarder. On sait seulement que sur dix-huit mois, dans les foyers abonnés à Canal +, 11,5% des enfants de 4 à 11 ans ont été en contact au moins une minute avec un film pornographique. C'est à dire qu'ils étaient présents dans la pièce où le téléviseur diffusait ce film. La moitié de ces enfants serait restée devant durant au moins vingt minutes. Au total, le CSA estime que 470 000 mineurs ont déjà vu quelques images pornographiques dont 150 000 de moins de 12 ans. Mais aucun de nos députés ou de nos institutionnels n’ose donner les statistiques concernant ce que vivent les enfants tous les jours dans leurs foyers ou dans les écoles ou face aux informations télévisées. En effet, ce sont des millions d’enfants qui tous les jours, lors des repas, des fêtes de famille, dans la journée, sont confrontés à de la violence conjugale, familiale, institutionnelle, etc.…
Reprenons les chiffres les plus marquants du chapitre « Censure et Protection de l’enfance ». En 2002, la violence domestique, véritable problème de santé publique, concerne 1 femme sur 5 (soit 4 millions de femmes en Europe). Elle a de nombreuses conséquences sur l'Etat de santé des enfants. 40 % des enfants qui sont témoins de cette violence domestique et/ou conjugale. Deux millions de femmes sont victimes de violences conjugales en France et 400 meurent chaque année sous les coups de leur conjoint, soit plus d'une femme par jour. Ainsi on préfère attirer votre attention sur les 470.000 mineurs qui auraient vu pendant quelques minutes des images pornographiques plutôt que de vous faire prendre conscience que 40% des enfants en France sont en souffrance car témoins de la violence domestique et conjugale et que près de 1.6 million d’enfants sont victimes de mauvais traitements.
Ce sont des millions d’enfants qui voient avec leurs parents des images violentes voir vulgaires dans les journaux d’informations du 20 H des grandes chaînes publiques, dans les émissions de divertissement et les reality shows. Mais ces émissions et journaux télévisés ne sont pas remis en cause par le CSA. Il n’est pas prouvé qu’un enfant qui regarde des films pouvant contenir des images pornographiques et/ou violentes pourrait développer des pathologies. La seule chose que nous savons avec certitude, c’est que le comportement de modélisation ou d’imitation se met en place à partir des modèles qui sont à la base de l’éducation de l’enfant : le modèle parental, le modèle socioculturel, le modèle sociopolitique. Nous savons que si ces modèles sont défaillants, que si ces modèles sont porteurs de violences (violences domestiques et/ou conjugales), les répercussions traumatiques sur le développement de l’enfant seront nombreuses. Il est plus facile de trouver des boucs émissaires : les films pornographiques et violents. Ainsi les modèles ne sont pas remis en cause. Il faudrait agir sur le rôle et la place des parents ainsi que sur ceux des systèmes éducatifs et culturels. Nous entendons beaucoup parler de déresponsabilisation parentale. Il s’agit d’un leurre pour pouvoir manipuler le peuple. En réalité, c’est l'Etat qui prend la place des parents pour les déresponsabiliser et pouvoir contrôler à leur place. Combien de statistiques mettent réellement en évidence les chiffres qui nous montrent à quel point le peuple est névrosé, malade, dans la misère sexuelle, dans une violence liée à son mal-être ?
Pourquoi la société a-t-elle intérêt à maintenir en place le tabou de la sexualité?
La répression sexuelle va enrayer toute possibilité de révolution culturelle fondée sur l’accession à l’épanouissement sexuel des individus. La répression s’attaquera toujours en premier lieu à la sexualité car comme l’a montré Reich, il y a déjà des années, une libération commencerait bien sûr par la libération sexuelle des jeunes, car le refoulement sexuel social est une arme très efficace. La répression protège les institutions conservatrices grâce à l'angoisse sexuelle et au sentiment de culpabilité sexuelle ancrés profondément dans les individus qu’elle engendre. Le mouvement social de libération de la jeunesse, né sur les campus américains dans les années soixante et dont le sommet paroxystique a eu lieu, en France, au moment des événements de Mai 1968 fut de courte durée à l'échelle sociale. Une nouvelle forme de répression a été mise en place très rapidement, beaucoup plus insidieuse, beaucoup plus latente et surtout beaucoup plus efficace. Tout cela fonctionne grâce à l’utilisation de la censure et de l’autocensure. Dans notre société du 21ème siècle, nous assistons à un mépris complet de l’ensemble des besoins humains dans l’organisation sociale et économique.
C’est grâce à la censure et l’autocensure que se créent les conditions nécessaires qui placent les individus dans l’absurdité d’un système politique qu’ils maintiennent paradoxalement en place alors qu’il leur nuit. Les politiciens qu’ils élisent sont incapables de gouverner et de répondre à leurs besoins, mais le peuple continue à y croire, tant qu’il demeure dans l’illusion de conserver son libre arbitre. C’est en maintenant le peuple dans la frustration qu’un gouvernement peut le manipuler aisément. N’oublions pas non plus que c’est en la maintenant dans la dépendance et dans une certaine forme de masochisme et de culpabilité que quelques grands leaders politiques peuvent à n’importe quel moment faire basculer une population qui stagnait dans le masochisme en une masse humaine prête à basculer dans le sadisme. L’histoire nous a donné des exemples de l’émergence de ce type de sadisme légitimé par des Etats ou des religions : l’inquisition et les croisades créée par la religion chrétienne, le nazisme, les tortures et les violences de l’armée américaines et de nombreux autres armées. A un moment donné, des leaders politiques vont permettent à des personnalités humaines qui étaient enfermées dans le masochisme et l’interdit du plaisir de trouver une forme nouvelle de jouissance dans la tuerie, le viol, la torture, la barbarie et le meurtre.
Influence de la pornographie sur la jeunesse?
Si la pornographie est imposée à l’enfant et ce sous quelque forme que ce soit, cela est- extrêmement néfaste pour son développement et son avenir psychologique. Par contre le jeune mineur qui regarde un film porno volontairement ne va pas en être très perturbé. Le ministre Jean-Jacques Aillagon a déclaré un jour qu'il n'était pas favorable à l'interdiction des films pornographiques diffusés sur les chaînes de télévision cryptées. « Chacun est conscient de l'impact qu'un film pornographique peut avoir sur un jeune non averti face à ce type de programme; cela dit, je suis très attaché à la liberté des choix de chacun. A partir du moment où un accès immédiat à ces programmes n'est pas possible, les parents peuvent exercer leur responsabilité». il botte en touche, le fond n’est pas abordé, seulement la forme. La stratégie est excellente, il ne faut pas interdire et censurer en direct, il faut trouver un système d’autocensure mis dans les mains des parents et des éducateurs car ils seront, quant à eux, faciles à contrôler et à manipuler.
La vraie question est : faut-il censurer ?
Autrement dit, faut-il interdire totalement les films à caractère pornographique et violent à la télévision, comme le propose le C.S.A. ? Tout au long de ce livre nous avons abordé ces thèmes. Nous avons des milliers d’articles et de publications réalisés par des professionnels reconnus et de grand talent qui disent tous l’inverse et son contraire.
Non, il faut se pencher sur la question de la censure. Les censeurs soutenus par certains politiciens, assujettissent, en la manipulant, l’opinion publique, en lui faisant croire que la prolifération des images pornographiques a des effets néfastes sur la société, en particulier sur les plus fragiles, les plus défavorisés et les jeunes. Dans cette nouvelle croisade on peut entendre des députés hurler que les films pornographiques et violents sont responsables des viols collectifs, de la névrose chez les jeunes et de l’échec scolaire. Tout cela est faux et non-fondé. Le but de ces opérations de propagande est d’infiltrer la peur dans l’opinion publique et de légitimer ainsi les censeurs. Les censeurs alors tentent de vous faire croire que les films pornographiques fixent des normes nouvelles qui sont le mépris de la femme, des rapports entre les êtres humains et que tout cela est contraire aux principes moraux. Loin de moi l’idée d’approuver la réification de la femme qui est donnée dans certains de ces films pornographiques, mais n’est-ce pas les bannières même de l’interdit qui déclenchent de telles frustrations que les hommes en sont conduit à objectiver le sexe au lieu de le vivre et à fantasmer les sensations au lieu de les éprouver.
A qui profite cette censure ?
D’un côté au marché de la pornographie lui-même. Une des approches du problème se fait en comprenant à quoi sert l’interdit dans une société marchande, où la représentation du sexe et de la violence s’inscrit principalement dans une notion de profit. Comme ce commerce est lucratif, il prolifère. Plus il y a d’interdits, plus les prix montent parallèlement aux demandes. Je suis peut-être désabusé mais je pense que le CSA ne fait que se donner bonne conscience quand il préconise la suppression totale des programmes pornographiques et violents sur les chaînes françaises sous prétexte de la protection de l'enfance et du retour à l’ordre moral. On sait très bien qu’en mettant une censure en place sur les chaînes, d’autres circuits de distributions appartenant à des lobbys vont en profiter et en faire profiter entre autres leurs amis du CSA ainsi que des dirigeants politiques.
Je pense également que la censure sert directement l’Etat. Donc la seule vraie question est de savoir s’il est admissible de laisser un gouvernement imposer une censure qui va à l’encontre des désirs d’une grande partie des administrés et qui lui permet essentiellement d’étendre son pouvoir d'intervention et de manipulation ? Est-il admissible de laisser un gouvernement manipuler l’opinion publique à travers des justifications comme : les bonnes mœurs, la morale, la protection des enfants et des personnes fragilisées lorsqu’on sait qu’il ne s’agit que d’une politique de faire valoir destinée à s’attirer la sympathie du peuple et à designer les boucs émissaires à sacrifier sur l’hôtel de la notoriété et de la côte de popularité des politiques?
En attirant l’attention du public sur ce type de sujet, en manipulant l’information, en utilisant la censure, on élimine tout doucement toute réflexion mature et autonome. C’est la forme de censure la plus subtile.
Quelle frontière peut on dresser entre porno et érotisme ?
L’être humain est un pervers dans le sens libertin du terme, il transforme ce qui relève des instincts en une recherche de plaisir, il fait passer ainsi par exemple le besoin de se nourrir en gastronomie. L’érotisme est ce que les humains ont inventé pour transformer le coït instinctif et reproducteur en une activité infiniment plus riche et plus variée. L’animal en reste à l’instinct, là où l’homme accède l’érotisme.
La pornographie serait la mise en scène ou le récit de relations sexuelles. Un texte, un film, une image, une représentation seraient érotiques s’ils jouent sur le symbolisme des situations et visent en premier l’excitation sexuelle ; ils seraient pornographiques quand ils ne visent que la vision de la jouissance sexuelle, par une exposition très anatomique et au premier degré de la sexualité. La pornographie dégoûte de nombreuses personnes chez qui la pudeur est inséparable de la sexualité. Mais comme la pudeur est assez variable, elle ne peut pas être un critère entre le pornographique qui la blesserait et l’érotisme qui la respecterait. Je crois que toute la différence entre pornographie et érotisme se joue dans le rapport à l’autre. L’érotisme est la mise en place d’une relation entre deux sujets quand la pornographie met en scène soit deux personnes réifiées, transformées en objet, soit une personne qui en transforme une autre en objet !
Les récits d’activités sexuelles, érotiques ou pornographiques ont toujours existé, dans toutes les sociétés, à toutes les époques. Aujourd’hui, ils ont le même rôle essentiel , ils nourrissent l’imaginaire et permettent l’évasion hors d’un réel trop limité pour certains. Dans la réalité, chacun doit parvenir à séduire, intéresser, convaincre, trouver un accord, au risque permanent d’être rejeté, un tant soit peu frustré. La relation amoureuse obtenue, il faudra montrer son corps, susciter le désir, s’offrir, faire jouir ; pour un homme, avoir un sexe excitant, une bonne érection, tenir assez longtemps. Le récit pornographique arrive à point comme un conte pour adulte et procure une évasion dans un monde idéal, très rassurant, permettant à chacun de fantasmer détaché du réel : l’homme y est désiré dès qu’il se présente, les femmes ne pensent qu’à se déshabiller devant lui et à le déshabiller, elles se précipitent sur son sexe toujours dressé sans défaillance, elles le prennent en elles un temps infini, en jouissent à perdre conscience, et cela se voit et s’entend ! Une femme qui, dans la réalité, se pose des questions sur les réactions que susciteront ses seins ou son ventre, l’excitation qu’elle éveillera chez l’autre, l’efficacité de ses caresses, sa capacité à jouir, s’identifiera au personnage du film qui fait bander les hommes. Dès qu’elle apparaît, cette femme n’a aucune autre prétention que leur mettre la main au sexe, se faire pénétrer, varier les positions, jouer avec une autre femme, chercher son plaisir de multiples façons, à s’abandonner sans vergogne à la jouissance.
Nous manquons de pornographes de talent pour nous inventer des histoires de sexualité plus riches et variées et nous détacher d’une certaine forme de vulgarité et de bestialité.
Des femmes et des hommes, pourtant, cherchent à échapper à cette instrumentalisation de leur corps et de leur être, à tenir sur le sexe et l'érotisme un autre discours : un discours à vocation égalitaire, qui rende compte de leurs désirs aussi bien que de leurs efforts pour trouver les voies d'une authentique émancipation sexuelle. C’est là que s’inscrit la différence entre érotisme et pornographie.
En France tout particulièrement, les polémiques soulevées par des films comme A Vendre ou Baise-moi montrent qu’il est difficile de parler et voir même d’émettre des opinions autour des relations entre sexe et liberté. Ces efforts pourtant, existent, et il de serait intéressant de forger un espace critique qui sorte de l'alternative « cela parle de sexe donc c'est formidable » versus « cela parle de sexe donc c'est méprisable ». Ces efforts ne datent pas d'hier : les féministes que l'on a appelées Précieuses, celles qui ont connu le libertinage du siècle dit des Lumières, celles dont on a pu dire qu’elles étaient des« décadentes de fin de siècle », et bien d'autres encore, ont souvent fait part de leur questionnement quant à l'émancipation du corps et à ses enjeux - même si leurs propos ne sont pas parvenus jusqu'à nous, ou du moins si déformés que nous ne les connaissons pas pour ce qu'ils étaient.
Quant aux ligues de vertu et aux courants conservateurs, leur lutte contre la pornographie, le libertinage et l’érotisme, est un cheval de bataille qui ne sert qu’un seul but : mettre en place une répression sexuelle à des fins politiques afin de protéger leur institution vieillissante. Ils veulent se garder de tout mouvement qui pourrait les remettre en cause.
Je pense qu’il n’y a pas d’amour sans désir, qu’il y a un abîme infranchissable entre les deux sexes et qu’il y a une difficulté de communication entre deux sensualités féminine et masculine, entre l’animus et l’anima, l’affectif et le sexuel….. je crois quant à moi que la pornographie augmente cette scission alors que l’érotisme tend à l’harmoniser.
La liaison porno/société de consommation ?
La pornographie est un domaine délicat, sujet aux controverses morales, religieuses, politiques et scientifiques. Ses enjeux économiques et sociaux sont imposants et conditionnent son expansion. Malgré cela, la pornographie reste peu étudiée comme si elle n'était qu'un phénomène relevant de la sphère privée, sans impact social. Certains distinguent la pornographie douce de la pornographie dure, d'autres l'érotisme de la pornographie. Des groupes militent contre la pornographie sous prétexte de valeurs, d’une idée de la femme, des problèmes concernant les enfants. D’autres militent pour la liberté d’expression, mais ces polémiques ont créé, à nouveau, une image dévalorisée de la sexualité.
La pornographie est devenue un produit de consommation utilisée pour satisfaire des besoins sexuels spécifiques et fait partie de notre quotidien. Elle devient, avec l’inflation actuelle des produits pornographiques, omniprésente.
Plusieurs éléments me semblent justifier une mise au point :
- Un nombre important d'hommes consomme de la pornographie. Les chercheurs et le corps médical aimeraient savoir si cette consommation incite à exercer sur autrui une forme de contrainte sexuelle. Les études sociologiques sont pauvres, critiquables, et sont rarement basées sur un questionnaire analysé et commenté. –
- Les médecins et les chercheurs confrontés à la pornographie ont souvent des difficultés à se défaire de leur propre vision de leur sexualité, de leurs fantasmes et de leur moralité.
- Les études avancent avec difficultés parce que la pornographie évolue sans cesse et exploite toute nouvelle technologie.
– Sur la pornographie, on ne sait presque rien. Les distinctions entre pornographie, érotisme et obscénité, les retentissements sur les enfants, les liens avec les autres pratiques sexuelles, etc, tout relève du tabou, de l’interdit, du secret
– Et comment faut-il comprendre les films dits « sexy » diffusés généralement à la télévision.
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Comment s’opère la consommation de la pornographie
1% d'hommes, 6% de femmes n’ont jamais été exposés à la pornographie. Ces non consommateurs observent eux même malgré tout un jour ou l’autre des seins dénudés en regardant un catalogue ou un calendrier. Ces images suggestives ne sont plus considérées dans la culture ambiante comme pornographiques bien que 28% d'hommes déclarent être exposés à la pornographie chaque jour quand6% seulement de femmes considèrent être exposées quotidiennement à la pornographie. Les études démontrent que pornographie joue un rôle dans la vie sexuelle des hommes et un rôle moindre dans la sexualité féminine.
Aux USA, un adolescent voit son premier film considéré comme pornographique à l’âge de 13 ans et les jeunes femmes sont exposées à l’age de 15 ans.
Durant les décennies passées, la pornographie a visé principalement le consommateur mâle car les désirs sexuels de femmes ont été niés ou inexplorés. Traditionnellement, les femmes ont trouvé leur confort sexuel dans les romans à l’eau de rose.
Une étude fournie par la psychologue J. Heiman a montré qu’en mesurant le niveau d’excitation pendant la projection d’un film pornographique, les réactions des hommes et des femmes étaient identiques. Il y a probablement une différence dans la perception de la pornographie entre les hommes et les femmes bien que la société tente de formater les goûts et les comportements en ce domaine.
La consommation est différente entre homme et femme sur la quantité mais aussi le type de produits. Les femmes avouent être plus réceptives aux films érotiques où l’acte sexuel est filmé avec douceur alors que 54% des hommes réclament des films « hards » et 12% seulement aiment les films softs. Il semble que beaucoup de femmes ne cherchent pas les détails visuels dans ces films préférant laisser libre cours à leur imagination.
Pourquoi utilisent-ils la pornographie?
L'emploi le plus répandu pour 46% des hommes consiste à se masturber, vient ensuite la curiosité dans 17% des cas. A l’opposé, 20 % de femmes utilisent la pornographie comme un outil dans leurs rapports sexuels. Les différences entre les sexes est intéressantes : 22% de femmes regardent des films pornographiques pour créer une stimulation sexuelle ludique en couple alors que 90% des hommes préfèrent regarder les films pornographiques seuls ou entre eux. Les femmes trouvent que la pornographie peut-être un support à la masturbation mais dans leur grande majorité elles préfèrent partager avec leur partenaire. Il est fréquent de voir que la pornographie exalte certaines tendances machistes dans des situations parfois risible. Le pénis devient un instrument de violence, de puissance. L’érection est essentielle ainsi que la taille du pénis. Elles définissent l’homme avec un grand H.
Et qu’en est-il de l’image du corps féminin ?
Les critères sont avant tout esthétiques selon les modes en vogue, les années et le style de film. La pornographie en général tend à réduire la femme à un corps et même à un sexe. Le corps est un objet destiné à plaire, à séduire et à servir. Dans ces produits, dans la tendance actuelle, les femmes sont minces, épilées, les cheveux colorés, le maquillage très important. Les femmes sont douces, lascives, en attente. Certaines féministes pensent que la pornographie est un moyen de préserver la domination masculine. Cela pourrait être vrai si la participation des femmes dans la production pornographique n’était pas active. Lorsque certains parlent d’une simple justification économique, cela paraît plus facile à comprendre et plus proche de la réalité. Si la société réclame des films d’un genre différent, le cinéma offrira, sans doute au public ce qu’il réclame. Un autre argument peut être utilisé contre les analyses féministes : comment réagir contre la pornographie lesbienne où des femmes jouent ensemble des rôles sexuels visant à exciter sans domination masculine ni valeurs machistes ??
Certains médecins, juges, professeurs, policiers, éducateurs s’inquiètent du fait que ces produits pornographiques valorisent la douleur féminine comme coquetterie ou synonyme du plaisir, dans des scénarios où la femme commence par supplier son agresseur de cesser de la malmener pour finalement lui demander de continuer.
D’une façon générale, ces productions limitent l'acte sexuel à un nombre restreint de comportements ritualisés et axés sur la génitalité. Les sentiments n’existent pas, la qualité des acteurs ne permet pas d’interpréter une histoire.
Sans rendre la pornographie responsable, nous voyons de nouvelles formes de réflexions qui dénoncent un retour d’un machisme violent chez certaines catégories d’hommes : « les femmes aiment êtres violentées, ou une femme qui dit non est une femme qui dit plutôt oui ; une femme qui jouit et une femme qui crie… ». Ce retour du machisme est pour moi plus lié aux modèles socioculturel qu’à une pornographie qui a toujours existée.
Pour nous les sexologues, la consommation excessive de pornographie, et je dis bien la consommation excessive de pornographie sur un mode solitaire est le résultat de certaines pathologies ou d’une forme de misère sexuelle. Pour certains de ces hommes elle demeure une activité solitaire d’isolement et de frustration, certains consultent pour dire qu’ils préfèrent se masturber devant un film porno plutôt que d'avoir un rapport sexuel avec leur partenaire. Certains deviendront incapables d'avoir une érection sans stimulation pornographique.
Contrairement à ce que fait croire la profusion d’une imagerie codifiée et stéréotypée dans les médias, l’érotisme en général, est un sujet de travail extraordinaire avec encore des zones obscures à explorer. L’érotisme nous oblige à définir nos limites à travers une éthique personnelle. Et, si l’art est une exploration des limites, l’érotisme est un sujet d’exploration artistique. Je finirai par cette citation d’Alain Robbe-Grillet « La pornographie, c’est l’érotisme des autres »
Violence et Pornographie
Le souci auquel est confronté notre société, ce sont les amateurs de plus en plus exigeants d’une diversité des pratiques, ainsi que de fantasmes violents (zoophilie, pédophilie, nécrophilie, bestialité, tortures, snuff…) qu’ils sont prêts à payer au prix fort. Mais en l’occurrence, le cadre de la pornographie est alors très largement dépassé et il s’agit de criminalité. Il serait trop facile de laisser les censeurs faire l’amalgame entre la pornographie et ce type de films illégaux et psychopathiques. Ces films sont inacceptables dans le cadre de toute vie sociale et doivent êtres considérées comme des crimes. Les écoles de sexologie françaises ou étrangères disent, que dans le domaine de la sexualité, des fantasmes et des films pornographiques et/ou érotiques tout est permis entre adultes consentants. Les moralistes tentent d'assimiler toutes les pratiques minoritaires et la pornographie à des perversions et à des actes dégradants pour la dignité humaine. Pourtant, les fantasmes érotiques et le libertinage, causes et conséquences du bon fonctionnement de la sexualité, sont le reflet de l'érotisme individuel. A partir de quels critères, éthiques ou moraux quelqu'un peut-il se donner le droit d'intervenir sur des comportements sexuels qu'il jugerait comme culturellement, socialement ou religieusement différents ?
En ce qui concerne les films dont nous venons de parler et qui sont des déviances criminelles, malgré les interdictions et les contrôles, ce marché parallèle subsiste. De même que le marché de la prostitution de jeunes mineures venant de l’Est qui connaît une tragique expansion et dont les pouvoirs publiques devraient s’occuper avec davantage de diligence !
L’écrivain et réalisateur Yann Nguyen Minh, mettant, entre autre, en scène des situations sadomasochistes, déclare : « Il n’y a rien de vraiment corrupteur dans mes films, certains de mes amis me reprochent même le manque de cruauté et de voyeurisme nécessaire pour obtenir cette efficacité propre aux œuvres du divin marquis ou de Pauline de Réage. Pourtant, les directeurs de programme consultés pour diffuser Haime ou Spleen m’ont reproché ma complaisance à l’égard de l’érotisme sadomasochiste, et utilisé ce prétexte pour ne pas diffuser Haime. Pour moi, le sadomasochisme n’est qu’une des composantes de l’érotisme, et surtout une métaphore de la transgression de la mort à travers l’amour.
C’est un jeu symbolique et essentiellement formel qui révèle des émotions secrètes et puissantes, enfouies au plus profond de notre inconscient, des archétypes. Mon devoir d’artiste est précisément d’explorer ces zones secrètes, ces limites qu’on n’ose pas franchir par peur de l’éducation, de la morale ou de soi-même. Mais il est clair que la matière que j’extrais de cette exploration est essentiellement spirituelle. Les codes formels et narratifs que j’utilise, font clairement comprendre qu’on a affaire à une œuvre de l’esprit et non pas à un documentaire ou à de l’actualité.
Je ne crois pas qu’il y ait une exemplarité de l’imaginaire. Des enfants aux adultes, nous faisons parfaitement la différence entre une fiction et un documentaire.
Les rapports humains quotidiens dans le travail, à la ville, à la maison sont chargés d’une violence et d’une perversité consciente et inconsciente infiniment plus aliénante que ce que peut véhiculer n’importe quelle œuvre de fiction, en cela les médias ne sont que les miroirs de notre humanité et ce qu’ils reflètent surtout c’est notre propre cruauté.
La cruauté est une constante de toutes les sociétés humaines même dites civilisées. Croire qu’en dissimulant sa représentation on la fait disparaître, est l’erreur d’un esprit simple, ou le fait d’un obscurantisme pervers. »
Il n’y a pour l’instant aucune étude qui ait réussi à prouver que la violence cinématographique est génératrice de violence urbaine. D’ailleurs si c’était le cas, ce serait dramatique pour toute notre civilisation dite de l’image, car toute représentation de la violence humaine deviendrait une exemplarité négative.
Il faudrait, dans ce cas, donner raison aux Iconoclastes et interdire Homère et Colombo, car notre civilisation prendrait finalement l’idole pour le dieu. Les iconoclastes craignaient qu’on idolâtre la statue et non pas le dieu qu’elle représente. Mais d’une certaine façon, notre civilisation a très largement dépassé ce premier stade de la vénération des idoles, car, nous ne cherchons même plus le dieu derrière l’image.
Nous aimons l’image pour l’image. En particulier dans l’érotisme, où l’image possède une efficacité émotive propre, générée par elle-même, et distincte de l’émotion suscitée par l’acte ou le personnage réel auquel elle fait référence.
Entretien avec Michel Reilhac
Faisons maintenant un petit tour du côté d’un cinéma porno plus « gentillet », tel qu’on le vivait dans les années 30.
Michel Reilhac a été élevé en Afrique, ce qui lui a d’emblée ouvert d’autres horizons. Il a commencé par suivre des études de commerce mais dès la première année, il s’est plongé dans l’univers de la danse par l’intermédiaire d’une amie. Il est devenu danseur et s’est envolé pour les Etats Unis après ses études. A partir de ce moment là, il a mené en parallèle deux vies : la danse et une activité plus professionnelle liée à ses études. Il a travaillé aux Etats Unis en tant que danseur, tout en organisant des tournées de compagnies de danse. Puis, il est rentré en France pour diriger le Centre national de Danse Contemporaine à Angers. Ensuite, il a travaillé avec Antoine Vitez à Chaillot comme administrateur du Théâtre National de Chaillot. Il s’est occupé de la reconstruction de l’American Center à Paris. Il a dirigé le forum des images, et aujourd’hui, il est Directeur Cinéma pour Arte.
Parallèlement à ces activités, depuis 1991, il a créé sa propre société de production qui lui permet de faire des manifestations artistiques étonnantes (expositions, restaurants dans le noir total en compagnie d’aveugles…), de produire des films et d’en réaliser.
Entretien mené par Stéphanie Griguer, journaliste, co-auteur avec le Docteur Dietrich du livre „Censure et Répression“.
SG : Comment vous est venue l’idée de réaliser ce film X, Polissons et Galipettes ?
MR : C’est un collage d’une douzaine de films qui dataient de 1905 à 1930. Je dirigeais le forum des images à l’époque et j’avais invité Pascal Grégory, qui est un comédien français que j’aime beaucoup, en lui donnant une carte blanche comme on le fait pendant le festival, et en lui proposant de choisir librement les films qui l’intéressaient et qu’il avait envie de partager avec le public. Il voulait absolument dans sa sélection montrer un film porno. Moi je ne voulais pas pace que je trouvais que c’était une provocation un peu « chip » (bas de gamme). C’était le début où le porno devenait branché, à la mode, et je ne trouvais pas ça très intéressant. Et puis, je n’avais pas envie d’assumer ça vis à vis du public du forum des images. Cependant, j’étais bien obligé de trouver un moyen pour cette réalisation et je me suis mis à faire des recherches. J’ai vu les trois premiers films qu’avait produits Lars Von Triers par le biais de sa boîte de production porno (Puzzi Power). Le principe de sa boîte était : des films pornographiques faits par des femmes pour des femmes. Je n’ai pas trouvé que c’était intéressant. Après, on s’est dit qu’on pourrait présenter des films mythiques qui ont fait l’histoire du cinéma porno mais il n’y avait pas de bonnes copies. Et à ce moment là, un ami de Pascal me dit qu’il avait vu des films pornos muets qui étaient très drôles. L’idée m’intéresse. Je contacte les archives du film à Bois d’Arcy, et là, ils venaient juste de recevoir une collection de films donnée par une famille dont la personne qui les possédait venait de mourir. J’ai découvert cette trentaine de films. Et j’ai découvert qu’il existait un cinéma porno à l’époque du muet, chose que j’ignorais complètement. J’ai proposé à Pascal qu’on assemble ces films et qu’on fasse une soirée autour de ça avec un pianiste. On a donc présenté une dizaine de ces films au forum des images avec un pianiste qui les accompagnait en direct et ça a eu un énorme succès, les gens étaient pliés de rire, c’était vraiment très drôle.
Comme ces films étaient voués à rester sur des étagères, je me suis dit que c’était trop dommage de les avoir découverts et de ne pas les montrer.
J’ai fait une recherche plus approfondie, j’ai vu qu’il y avait des dizaines de collections en Europe autour de ces films. Qu’il y avait plus de 5000 films répertoriés de ce genre là. Je me suis mis à en visionner en pagaille pour choisir les plus drôles et les plus intéressants.
SG : Comment s’est déroulée cette recherche ? Vous découvriez un monde nouveau ?
MR : Moi je ne suis pas du tout « pornophile », je n’ai jamais aimé le porno. Donc je n’étais ni spécialiste, ni branché sur la question. J’ai arrêté de visionner au bout de 300, 400 films parce que ça me gonflait trop, c’était tout le temps la même chose. Je me suis rendu compte que 95% de la production était composée uniquement de scènes pornos de pénétration et il n’y avait pas d’histoire, ce n’était pas drôle. Les films marrants avec une petite histoire représentaient vraiment une minorité. Donc les films que j’ai sélectionnés pour Polissons et Galipettes ne sont pas représentatifs de la majorité de la production de l’époque.
SG : est- ce que ça reflète un peu les mœurs de la société de l’époque ?
MR : Non, ça reflète seulement un aspect de la société de l’époque, et un aspect qui était caché. La vie des bordels, par exemple, et la sexualité très libérée telle qu’elle est présentée à l’écran étaient une sexualité qui se vivait hors mariage, essentiellement dans les bordels ou dans les salons bourgeois, mais avec des prostituées la plupart du temps. Il y avait vraiment, à l’époque, une séparation très nette entre le sexe familial pour la procréation et la liberté sexuelle qui était accordée uniquement aux hommes dans un premier temps parce qu’on considérait que le besoin d’un homme était un besoin que sa femme ne pouvait pas, à elle seule, satisfaire. Et il était admis que les hommes aillent au bordel, et que les garçons qui avaient 15/17 ans soient initiés au sexe au bordel par leurs cousins ou par leurs oncles. C’est d’ailleurs en voyant ces films qu’ils étaient initiés.
Dans ces films, on voit de tout. Y compris des scènes de bisexualité.
SG : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées vis à vis de ce film au niveau de la censure ?
Il a fallu passer devant la commission de censure. Ca a été des débats très longs et on a frôlé le X. Je ne voulais pas que le film soit classé X parce que ça voulait dire qu’il ne serait passé que dans des réseaux pornographiques ; ce qui condamnait la possibilité qu’il passe dans des salles de cinéma normales, alors que c’était mon but. Je voulais montrer que ça existait et que c’était drôle. Je voulais le présenter aussi comme un regard patrimonial et historique, sur l’histoire du cinéma mais aussi sur nos ancêtres. Dans les remontages des films que j’ai fait, j’ai coupé tous les gros plans de pénétration parce que je trouve qu’il y avait suffisamment de matériel pour que ce soit explicite et que c’était assez porno. Ce n’était pas la peine d’en rajouter. J’ai donc enlevé tout ça pour essayer d’alléger un peu le contenu du film.
Puis on a rencontré la commission de censure et on a beaucoup insisté sur cet aspect patrimonial. Et finalement, c’est passé relativement facilement au bout du compte. Ça a été le premier film qui a bénéficié d’une interdiction aux moins de 18 ans après l’histoire de Baise moi (qui a ré-institué par l’intermédiaire de Jack Lang l’interdiction aux moins de 18 ans)
SG : Est-ce que ce film pourrait coller à la programmation d’Arte ?
Ce film ne passera pas sur Arte. Tout d’abord, je ne peux pas me l’acheter à moi –même. Et puis il y a un problème de censure ; on n’a pas le droit de passer du matériel pornographique explicite avant minuit ou minuit et demi, et encore faut-il avoir les autorisations pour le faire. Arte n’a ni les autorisations, ni les cases de cinéma à cette heure là pour le passer.
Arte ne fait pas du tout de porno ni d’érotique. Canal a une autorisation pour présenter un porno, je crois, par mois. Pink TV qui devrait ouvrir en octobre 2004 s’est beaucoup battu pour avoir une autorisation de 4 pornos par semaine, me semble-t-il. Mais en dehors des chaînes spécialisées, je ne crois pas qu’il y ait d’autres chaînes françaises qui passent du porno en France en tous cas.
SG : Quelle est votre vision du film X ?
MR : J’ai un ami qui est une star du X, HPG, et par son intermédiaire je connais un peu ce monde là. Le monde traditionnel du X, qui aujourd’hui est essentiellement un monde de la vidéo, est, pour moi, un monde effroyablement triste. Je trouve que ce monde est très obsédé par l’argent, incroyablement étroit et je n’aimerais vraiment pas faire le métier des travailleurs du sexe pour le porno. Je trouve que c’est terriblement mécaniste dans un champ qui est la plus belle des choses. La sexualité est vraiment quelque chose de super. C’est une dimension incroyable de la vie, et le fait de devoir le faire tel qu’ils le font me rend triste.
Mais, ce qui est intéressant, c’est que le cinéma est par essence pornographique. Le regard de la caméra est un regard voyeuriste. Donc, par nature, le cinéma est voyeuriste. On le voit bien aujourd’hui où se multiplient les scènes de sexe explicites dans des films qui ne sont pas pornographiques mais qui sont des films d’auteurs. On y voit des scènes de pénétration non-simulées, des hommes en érection, des femmes nues et on voit des films dont le sujet, c’est le sexe. Mais, c’est traité par des auteurs qui ne le filment pas de manière pornographique. Et je trouve ça très intéressant parce que c’est au cœur même du désir de voir. On a ce désir de regarder, et le cinéma permet de satisfaire ce désir de contempler un visage sans limite, de vraiment voir. Et au fond, il y a ce désir de voir ce que l’on cache, donc de voir la nudité et de voir des hommes et des femmes faire l’amour. Je crois que ça correspond à une pulsion voyeuriste. La contamination du cinéma normal par le cinéma pornographique, ce n’est pas tant que le cinéma porno contamine le cinéma normal, mais plus que le cinéma normal, en se développant et en arrivant à maturité, intègre et se confronte à la pulsion voyeuriste qui est au cœur même du cinéma. Et je suis sûr qu’au premier jour où la caméra a été inventée, des gens ont filmé d’autres gens à poil et en train de faire l’amour. Ça fait partie de la nature même du cinéma.
Est-ce que vous êtes d’accord avec W. Reich pour dire que notre société est malade sexuellement, et que la plupart des gens n’ont pas une sexualité épanouie ? Et pensez-vous que le porno est l’expression de cette maladie ?
MR : Je pense que le porno est l’expression d’un malaise et d’une difficulté à se confronter à la complexité de la sexualité. C’est vrai que de manière générale, la sexualité est anti-sociale. Elle est anti-fidélité, anti-norme d’une certaine manière, par nature. C’est une part de sauvagerie en nous, une part d’animalité, une part d’amour et de partage. Donc, on a une gamme de registres, que met en jeu la sexualité, qui peut aller de l’amour le plus pur et du don le plus extrême, le plus généreux et le plus exclusif, à la déviance la plus totale, dans laquelle on peut se fondre dans un Etat de complète folie. Et toutes les variations sont possibles entre ça. Donc, c’est un domaine qui est difficilement domesticable. Si on considère que toute société est à la base une organisation, une discipline collective, d’une certaine manière, pour arriver à organiser la vie et à organiser la circulation économique, en particulier dans notre société, y compris le mariage et y compris la manière dont le couple s’organise. Même dans une époque où le mariage éclate, les familles se recomposent, les relations ont du mal à durer, il y a quand même toujours un désir d’organisation que le sexe et le désir viennent contredire en permanence. Il y a sans cesse une tentative de domestication du désir qui est sociale par nature et contre laquelle le sexe est une force de résistance et de contradiction. Je trouve que, d’une certaine manière, toute société ne peut qu’être malade sexuellement parce que c’est dans sa définition même. Et particulièrement aujourd’hui où les systèmes religieux sont décadents et se manifestent sous forme de fanatisme ou d’indifférence absolue, et que les idéologies politiques sont mortes ou elles-mêmes décadentes. Aucun système ne nous permet de nous identifier en tant qu’individu, dans une vision globale. Du coup, la sexualité devient quasiment le seul champ où l’on peut s’exprimer en tant qu’individu et affirmer sa singularité et sa possibilité d’exister dans son unicité. Les gens sont assez désemparés face à cela je pense. Et c’est dommage parce qu’on vit un moment où on peut tout choisir et où tout est possible. Les codes sont en train d’éclater, donc on devrait pouvoir vivre une période de libertés réelles, dans lesquelles on peut exprimer différentes facettes de sa sexualité, dans lesquelles on peut exprimer une vraie liberté. En fait, on se rend compte que face à cela, les gens sont plutôt tétanisés, se recroquevillent et ne savent pas quoi en faire. Donc, d’une certaine manière, oui, c’est malade.
SG : Et du coup on se rabat sur le porno, dont le sociologue Patrick Baudry dit que lorsqu’on visionne un film X, on entre dans une sensation de vide provoquée par la répétitivité des scènes et la sorte de lavage de cerveau que cela procure…
MR : oui, et puis surtout le porno entraîne une désincarnation parce qu’on vit la relation par procuration. On nie l’essence même de ce que c’est. Quelque soit la nature du fantasme ou du désir d’amour ou de tendresse que l’on veut exprimer à travers un désir sexuel, à la base c’est tout de même quelque chose qui a à voir avec l’autre. Or, par le biais du cinéma porno, si sa sexualité se résume essentiellement à se masturber devant des films pornos c’est pathétique. C’est tragique. C’est une négation de la complexité de la relation à l’autre. Et c’est en ça que ce cinéma ne m’intéresse pas du tout. Alors, ça peut être drôle d’en regarder un de temps en temps, quand on est deux, dans une forme d’excitation, mais quand ça devient un système sexuel, c’est tragique. Je pense que, malheureusement, beaucoup d’ados font leur éducation sexuelle par le biais du cinéma porno.
SG : Cela viendrait-il d’une défaillance du système, du fait que le sexe est érigé en tabou et que les parents et les profs n’en parlent pratiquement pas ?
MR : Oui et non parce qu’on en parle de manière beaucoup plus libre aujourd’hui je trouve. Je pense que cela vient peut être d’une forme de marchandisation du sexe. Même sans parler de prostitution, le sexe est proposé comme un bien de consommation. Il y a 80 clubs échangistes à Paris en ce moment. C’est énorme. Ça veut dire que si quelqu’un a envie de faire l’amour, il peut y aller quand il veut, comme il veut, quasiment avec qui il veut.