Syndrome de La Madone

 

 

 

et de la Putain

 

 Précisons d’abord que le mot “ Putain ” n’a rien de péjoratif et n’a rien à voir avec la prostituée, la courtisane, la call-girl ou l’escort-girl. La prostituée fait commerce de son corps et de son charme, voire de son esprit. Le terme désigne une femme capable d’être féminine, sexy et érotique, pas dans la norme “ michu ” ou « BCBG,  guindée et coincée ». Elle sait être désirable et séduisante et ose montrer son envie. Elle recherche le plaisir autant pour le recevoir que pour le donner. Une générosité que dans l'ensemble les hommes partagent moins bien que vous mesdames. Ces femmes sont à protéger.

Car elles sont victimes du harcèlement de certains hommes en « manque » (leurs épouses étant des “ mères modèles, des épouses zélées ”) et de la condamnation de certains chez qui elles (r)éveillent pulsions et désirs, donc leurs font peur.

Quant aux madones, aux mères, aux envieuses, elles deviennent de véritables harpies qui tentent de les bannir.  La madone met la femme dans le cliché de la mère de famille parfaite, excellente et indispensable. Ce piège la renforce dans la recherche de cette perfection et crée des habitudes dont elle aura grandes difficultés à se séparer. Cette recherche d’idéal cache un besoin désespéré de reconnaissance et de valorisation. La madone peut tout contrôler, dominer et diriger, tout en culpabilisant son entourage et en se faisant passer pour une victime. En pratique ça donne : “ Avec tout ce que je fais pour vous, je passe mes journées à faire les courses, le ménage, le repassage. Qu’est-ce que vous croyez, que je fais ça pour moi ?”

 

Qui lui demande d’en faire tant ???

 

 

 

Comprendre l’origine du malaise :

 

Dans la mythologie : Echidna est double :

- la moitié supérieure du corps, au-dessus du nombril représente une belle femme aimante et aimable, à l’opulente poitrine nourricière

- la partie inférieure, celle qui comprend le sexe, est symbolisée par un serpent sensuel et démoniaque. Cette partie animale de la pulsion érotique est aussi la représentation de l’animal angoissant, défense contre les désirs oedipiens. 

Avec un de ses fils Orthus, Echidna engendre le Sphinx impliqué dans l’histoire d’œdipe.

 

Dans nos modèles judéo-chrétiens, nous réservons une place toute particulière à la surveillance de tout ce qui a trait à l’affectif et au sexuel. Cela vise à enfermer les couples dans des modèles socialement et culturellement corrects. L’homme sert à la procréation et assure la survie et la protection de la famille. La femme garantie l’éducation en bonne “ mère ” de ses enfants. Ce n’est une épouse que dans les tâches ménagères et le devoir conjugal. Cela arrange l’homme d’avoir une femme qui ne peut pas être “ objet de désir ”, cela lui garanti qu’elle reste(ra) à la maison. Notre société autorise l’homme, pour ses besoins, à aller voir des prostituées ou à faire de “ petits écarts ” avec des maîtresses, mais tant que ces dernières sont considérées comme telles , ne risquant pas de remettre en cause l’équilibre familial. Nous retrouvons cette dualité chez les “ Marie ” : La Vierge Marie et Marie-Madeleine.

 

Petit panorama de cet héritage auquel vous n’avez certainement pas échappé :

Cette image négative et péjorative de la catin est très rapidement mise en place lors de l’éducation, que ce soit par les parents, la famille ou le système éducatif.

1/ Les interdits : Ce sont les réflexion “ infligés ” par la mère, le père ou les deux à l’enfant : “ Ne mets pas de rouge à lèvres, de vernis à ongles, ça fait pute ”, “ Ne t’habilles pas ainsi, tu fais mauvais genre, tu nous fais honte ” ou “ Tu ne penses qu’à sortir avec des garçons, tu n’es vraiment qu’une traînée ”

2/ Les inter-dits : Ce sont ces phrases dites indirectement à l’enfant. Les parents font des réflexions péjoratives et négatives sur la féminité lorsqu’ils regardent des films ou des magazines. Par exemple, une remarque de la femme à son mari sur la fille de la voisine : “ Regarde Papa, comme cette fille est vulgaire,, elle s’habille trop court. Remarque ça m’étonne pas, sa mère ne pense qu’à allumer les hommes … ”

3/ Les non-dits : La sexualité n’est pas abordée, elle est cachée et la mère n’est pas féminine. Pour un enfant, ce qui est caché est sale, interdit, mal ! En faisant la transposition voyez le résultat.

Ainsi éduquée, la jeune fille peut s’inscrire dans le registre de la madone, soit s’inscrire à l’inverse dans celui de la pute. Mais pour elle, ce ne sera toujours “ pas assez ” ou “ trop ”.

 

Une dualité qui se termine…chez le psy !

Pour les hommes, cette dualité peut se matérialiser comme dans l’histoire de Gérard, 45 ans, venu consulter pour perte de “ virilité ”. Ce qui dans son discours voulait dire : “ Je n’ai plus d’érection”, (dans 90% des cas, l’origine est psychologique ou relationnelle). Au bout de 17 ans de mariage, sa femme considérait que le fait qu’elle soit nue, allongée à côté de lui, était suffisant pour lui donner envie. Alors que j’expliquai à ce Monsieur que les masturbations et les fellations, les préliminaires pouvaient être un bon moyen de réveiller la sexualité de couple, il m’expliqua très simplement : “  Docteur, vous savez, j’ai de très bonne érection la nuit et le matin. Je sais que ça marche bien, avec ma maîtresse je n’ai pas de problèmes. Je voudrais juste que vous me prescriviez du Viagra pour que je puisse satisfaire ma femme de temps en temps. ”. Voilà, il voulait la pilule qui “ aide au devoir conjugal ”. Je repris donc mes explications sur l’érotisme et la sensualité dans le couple. Il me dit alors, assez choqué : “ Ma femme n’est pas une salope, elle ne fait pas de fellation, c’est la mère de mes enfants ”.

 

Pour les femmes, cela se traduit par un harcèlement psychologique et/ou sexuel, surtout chez les fonctionnaires. Par exemple, Dominique qui voulait savoir comment obtenir réparation du préjudice qu’elle venait de subir, car sa hiérarchie avait empêché son augmentation de note pour la raison suivante : “ trop féminine ”. Par exemple, Christine, jeune femme de 29 ans qui voulait acheter une mini-jupe en cuir ; en la regardant, elle se dit : “ je ne peux pas l’acheter, ma mère trouverait ça vulgaire et puis je n’oserais jamais la porter, ça fait trop salope ”. Sa mère est  pourtant décédée depuis cinq ans.

 

Dans le couple : la femme dont la sexualité paraît, pour différentes raisons, très inhibée, peut se servir de l’image de la madone pour mettre son conjoint à distance. Le mari risque alors de chercher à l'extérieur "la putain", et la femme "l'amant", alors que le bonheur sexuel se trouvait peut-être là, dans le couple, ne demandant qu'à vivre une grande histoire pleine de sensualité, d'érotisme et de fantaisie.

 

Lors des premières années de vie en commun, l'attitude du mari parait très importante pour permettre à sa femme de vivre ses nouveaux rôles d'épouse, de maîtresse et de mère. La femme, quand à elle, l’aide à s’harmoniser avec cette nouvelle situation. Toutes les attitudes positives du mari (séduction, attitude affective et sécurisante, érotisation de la relation, bonne entente sexuelle...) permettent à la femme d'investir ses différents rôles. La satisfaction sexuelle des épouses est en relation avec le savoir-faire sexuel du mari (importance des préliminaires, de la durée du coït et de l'érotisme que le mari saura créer dans la relation sexuelle).

Par la suite il faut rester vigilant, car chez la femme, la sensualité et la sexualité atteignent leur plein épanouissement à la trentaine. L’image féminine devient plus forte et plus érotisée. A cet âge, elle peut enfin vivre pleinement sa séduction et ses désirs ; ce qui a pour conséquence de confronter l’homme à une “ nouvelle ” partenaire. Il ne faut pas avoir peur et se mettre à la hauteur de ses attentes.

La maternité donne, au contraire, à la femme un côté sacré. Souvent trop sublimée ou trop idéalisée, le mari n’ose plus la toucher, la regarder avec du désir. L’homme doit l’aider à assumer et à vivre harmonieusement sa vie de femme et donc son côté “bestial”. Il doit lui permettre de  réinvestir son rôle d’amante.

 

L’homme, la madone et la putain !

- Quand l’homme est incapable de désirer la fille qu’il aime, il choisit la madone qui s'offre en sacrifice au devoir conjugal. Elle est droite et fière, parée d'une chemise de nuit blanche et virginale. Nous ne sommes pas encore très loin de ces chemises de nuit en coton blanc qui descendaient jusqu’au chevilles et qui possédaient une petite ouverture au niveau du pubis pour permettre la pénétration. Sur certaines, était brodé : “ c’est pour toi mon Dieu ”.

 

- Quand l’homme est incapable d’aimer la fille qu’il désire, il cherche la « putain ».

Elle séduit, danse, parle sensuellement, est maquillée et parfumée pour mieux faire exploser le désir de l’homme qu’elle désire, pour qu’il lui procure du plaisir tout en jouant avec sa lingerie. 


Les hommes connaissent beaucoup plus ce symptôme qu’on ne pourrait le croire. Ils l’entretiennent au travers du système socioculturel, s’assurant ainsi une certaine tranquillité d’esprit : leur femme, indésirable, ne peut exister que dans “ la mère Michu ”. On apprend aux hommes à être amoureux de la madone tout en étant attiré et excité par la putain. 

 

Finalement, suis-je “ socialement correct ” en osant dévoiler les mécanismes frustes du cerveau reptilien masculin, quand le reste du cerveau est sous le contrôle de la morale judéo-chrétienne ?

 

Pour beaucoup d’hommes, la femme idéale doit répondre à l’équation suivante :

Amante = madone + putain + copine + sœur + mère. Elle doit inspirer de l'amour (voire de l'adoration), du désir, de l'amitié, de la complicité et apporter de la protection.

Alors, Messieurs, « bougez-vous » un peu, osez être avec vos femmes de vrais amants. Vous recherchez une femme virtuelle sur internet ou dans vos fantasmes, alors que votre héroïne est là, près de vous “ prête à tout ”… si vous n’aviez pas peur, si vous n’étiez pas dans la possession que « cet obscur objet du désir » ne vous échappe, faute de savoir lui apporter le plaisir et la jouissance.

 

Extrait du livre "Moi, mon Couple et mon Psy" d'Erick Dietrich

 

Bibliographie

 

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