Cours du Département de formation Paris XVII
Docteur Erick Dietrich, Gislaine Duboc, Marine Dietrich
Du désir au fantasme comme lutte contre la frustration
Qu'est donc le sujet désirant ? Ce n'est pas de ne plus jamais désirer, mais c'est plutôt de désirer toujours et de n'en jamais finir avec la satisfaction. Au fond, "ce que recherche le désir n'est jamais un objet, mais toujours et uniquement l'intensité dont sa quête est seulement l'occasion" (Nicolas Grimaldi). Le bonheur, ce n'est donc pas ne plus désirer, mais c'est "commencer de satisfaire un désir qu'on imagine pouvoir durer toujours" (Grimaldi). Joie d'une imminence miraculeusement continuée ! Mais aussi contradiction essentielle du désir, tragique quête de l'"amour réalisé du désir demeuré" (René Char) !
À cette satisfaction concourent l'imagination et le fantasme, qui augmentent l'attrait de l'objet et qui, en anticipant sa possession, anticipent la jouissance elle-même.
Sur les fantasmes de la mère pendant les périodes ante-œdipienne, œdipienne et post-œdipienne.
Si dans l'Inconscient de la mère concernant le désir, on trouve :
Un déni de fécondation, l'enfant sera autiste
Une absence de fonction phallique, l'enfant présentera une psychose fusionnelle symbiotique
Des Fantasmes de parthénogenèse : l'objet de mon désir c'est moi, l'enfant sera délirant
Quelque chose s'est passé, l'enfant aura des troubles de l’identité sexuelle
Ce quelque chose fait appel à un objet qui n'est pas porté par le père, l'enfant sera pervers
Cet objet phallique le père l'a pour la mère, l'enfant sera névrosé
Rassurez-vous, si la mère est la mère, qu'elle dit à son enfant tu n'es pas ton père, tu portes son nom, pour lui tu seras pour une autre que moi .... l'enfant sera Normovrosé.
Nous allons abordé le complexe d’Œdipe et SURTOUT le fait que ce n’est pas qu’une « histoire de désirs sexuels mais aussi de différence des sexes et de générations »
Histoire d'Oedipe
Laïos est roi de Thèbes. Marié à Jocaste, il a un enfant. Les oracles annoncent que cet enfant, quand il aura grandi, tuera son père et épousera sa mère. Evidemment, Laïos n'est pas d'accord et décide de tuer l'enfant. Il confie cela à un guerrier qui, au lieu de le tuer, va le perdre dans la forêt. L'enfant, les chevilles percées et attachées par une corde à un arbre provoque la pitié d'un couple de bergers qui le recueille et le confie à Polybe, le roi de Corinthe. Il reçoit alors le nom d'Oedipe qui, en grec, signifie "pieds gonflés". A la puberté, il va à la ville de Thèbes, sans savoir qui il est. Il rencontre un vieillard (le roi de Thèbes, son père) qui, pour ne lui avoir pas laissé le passage, le combat. Oedipe le tue. A l'entrée de la ville, il rencontre le sphinx femelle défenseur de la cité, la terrorisant même complètement : elle a l'habitude de poser des énigmes aux habitants qui ne doivent la vie sauve qu'à une bonne réponse. Jusque là personne n'a pu répondre à ses énigmes. Le sphinx pose la devinette suivante à Oedipe : "Quel est l'animal qui marche à 4 pattes le matin, à 2 pattes à midi et à 3 pattes le soir ?" Oedipe trouve la réponse ("l'homme") et rentre en héros à Thèbes (nous verrons plus loin qu’il y a eu une autre question). La ville lui propose de monter sur le trône, puisque la place est libre. Il épouse Jocaste, en a des enfants et durant 15 ans vit le bonheur. Puis la peste ravage la ville qui demande pourquoi à l'oracle : "la peste est la punition des Dieux vis à vis d'un parricide et d'un inceste". Oedipe découvre qu'il s'agit de lui. Il se crève les yeux de désespoir, Jocaste se pend. Antigone sa fille l'accompagne hors de la ville qui l'a chassé. Ils partent tous les deux trouver asile à Athènes.
Le complexe d'Oedipe
"La psychanalyse nous a appris à apprécier de plus en plus l'importance fondamentale du complexe d'Oedipe et nous pouvons dire que ce qui sépare adversaires et partisans de la psychanalyse, c'est l'importance que ces derniers attachent à ce fait". Le mot "complexe" vient du latin et signifie originellement "composé de divers éléments hétérogènes". Employé par Breuer dans les "Études sur l'Hystérie", il acquiert, par assimilation au terme allemand "komplex", le sens de "ce qui est compliqué". L'histoire du complexe d'Oedipe est associée à la théorie freudienne ainsi qu'à l'histoire de la psychanalyse dans son ensemble. En ce qui concerne le développement d'un enfant, la psychanalyse identifie trois étapes fondamentales: le Stade Oral, le Stade Anal et le Stade Phallique. C'est lors du Stade Phallique que survient chez le garçon le complexe d'Oedipe (complexe d'Electre chez la fille). Le complexe d'Oedipe est un ensemble organisé (et structurant) de désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve à l'égard de ses parents. Sous sa forme dite positive, le complexe se présente comme dans l'histoire d'Oedipe: désir de la mort de ce rival qu'est le personnage du même sexe et désir sexuel pour le personnage du sexe opposé. Sous sa forme négative, il se présente à l'inverse: amour pour le parent du même sexe et haine et jalousie envers le parent de sexe opposé.
En fait ces deux formes se retrouvent à des degrés divers dans la forme dite complète du complexe d'Oedipe. Freud situe le complexe d'Oedipe dans la période entre trois et cinq ans. Il joue un rôle fondamental dans la structuration de la personnalité et dans l'orientation du désir humain. Très tôt Freud pose les bases théoriques du complexe d'Oedipe comme étant le désir pour le parent de l'autre sexe et l'hostilité pour le parent du même sexe. Il le nomme d'abord "complexe nucléaire" puis "complexe paternel". En 1910, dans un texte intitulé : "Contribution à la psychologie de la vie amoureuse", le terme "complexe d'Oedipe" est utilisé par Freud: "J'ai trouvé en moi comme partout ailleurs, des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont je pense, communs à tous les jeunes enfants".
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Les 4 fantasmes originaires |
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Fantasme de la scène primitive. Fantasme de séduction. Fantasme de castration. Fantasme d’abandon. |
Chez le garçon, comme chez la fille le premier objet d'amour, c'est la Mère...
L'Oedipe vécu par le garçon
Si vers 3 ans sont apparues chez lui des sensations de plaisir liées au pénis, l'enfant prend soudain conscience des relations sexuelles susceptibles de les provoquer. Il assimile ces relations à ce qu'il imagine se passer entre le Père et la Mère.
Il reste attaché à son premier Objet d'amour, la Mère, mais cet attachement n'est pas entier. Il est ambivalent. Il veut la séduire. Il rencontre par là-même la rivalité de son Père, qui de modèle devient rival. De cette rivalité surgit la menace fantasmée et angoissante de castration. Hostilité aussi envers la mère qui lui a demandé beaucoup (aux divers stades) contre peu en échange estime t'il. Rivalité envers le Père, jalousie de sa puissance, de ses droits. Il y mêle l'amour, l'attachement : cette affection plus la crainte de la castration fait qu'il vit un "Oedipe inversé" où, paradoxalement, il a des phases durant lesquelles il séduit le Père et rejette la Mère (créant cette impression de "complicité" entre hommes). Position homosexuelle. Etre en bons termes avec le Père atténue indéniablement la peur de castration. C'est l'identification au Père qui permettra au garçon de sortir de l'Oedipe. La menace de castration est la sanction du Père dans la rivalité qui l'oppose au garçon pour la possession de la Mère. S'il veut échapper à cette situation, l'enfant doit renoncer à la satisfaction sexuelle avec sa Mère. Le garçon sort du complexe d'Oedipe du fait de la menace de castration. Par identifications à la Mère et au Père, l'enfant se constituera sa propre personnalité. La part d'identification au Père le conduira à chercher comme lui (mais il ne le sait pas encore) une femme hors du cercle familial. Il y a donc eu d'abord désir Œdipien, tempéré par la menace fantasmatique de castration. L'angoisse est surmontée grâce à l'identification au Père, mettant fin à l'Oedipe.
L'Oedipe vécu par la fille
Chez la fille comme chez le garçon, la Mère est le premier Objet d'investissement libidinal. Mais à l'inverse du garçon, c'est l'angoisse de castration qui fait entrer la fille dans le processus Oedipien. Il y a changement d'Objet d'amour. L'ambivalence de la fille vis à vis de la Mère est plus accentuée que celle du garçon vis à vis du Père. (plus tard, les rapports entre femmes seront toujours plus compliqués, tandis que ceux entre hommes seront plus simples). L'agressivité de la fille vis à vis de la Mère s'est élaborée au cours des expériences de sevrage, permettant plus facilement l'Oedipe inversé. En même temps que le désir de posséder un pénis, apparaît le rejet de la Mère "castrée". Puis cela se transforme en rejet du désir d'avoir un pénis comme le Père, évoluant ensuite en désir d'avoir un enfant du Père à la place de ce pénis qu'elle n'a pas. La Mère est alors une rivale et un Objet d'identification. Phénomènes plus compliqués, plus forts. Sentiments très mitigés vis à vis de la Mère, présence de culpabilité. L'Oedipe traîne plus longtemps car il n'y a aucune menace extérieure pour l'obliger à arrêter la séduction vers le Père. Elle renoncera par identification à la Mère, lui permettant enfin d'habiter sa personnalité féminine.
Chez la fille, le complexe d'Oedipe ne disparaît jamais tout à fait et ses effets se feront sentir dans toute sa vie de femme. L'enfant Œdipien (enfant imaginaire) est un fantasme qui restera très longtemps chez elle. La sortie de l'Oedipe demeure en effet problématique, risquant de plonger la fille soit dans une revendication infinie d'amoureuse blessée, soit dans un renoncement mortifère ou encore de la renvoyer à ses premiers amours pour la mère.
On notera que pour le garçon, l'angoisse de castration le conduit à mettre fin au complexe d'Oedipe. Il constitue donc en quelque sorte, un point d'aboutissement. Chez la fille au contraire, l'angoisse de castration constitue une sorte de point de départ.
La fonction symbolique de l'Oedipe
Le désir : Se différencie du besoin en ce qu'il n'est jamais véritablement assouvi. On ne sait d'ailleurs jamais comment y répondre. L'enfant désire être tout pour sa Mère : il cherchera quel peut être le manque de la Mère pour le combler. Son désir est d'être le désir de la Mère. Ce manque fondamental est, au niveau symbolique, le phallus. Désir originaire: fusionner avec la Mère.
Cas pathologique : Si la mère répond entièrement à cette demande, l'enfant devient Objet de la mère. Il ne sera jamais sujet. C'est l'entrée dans la psychose.
La Loi du Père : Le Père sera ici le médiateur. Il interviendra comme privateur, séparant l'Enfant de la Mère. Il interdit à l'Enfant de fusionner avec la Mère ("tu ne coucheras pas avec ta mère!" C'est l'interdit de l'inceste) et interdit à la Mère de s'approprier son Enfant. Cet interdit s'appelle : la Loi du Père. Pour que ceci s'effectue, il faut que la fonction du Père soit reconnue par la Mère, puis par l'Enfant. La place de séparateur doit donc exister déjà dans l'esprit de la Mère. Le Père pourra être tyrannique, soumis, volage ou fidèle, il faudra néanmoins que la Mère le reconnaisse comme séparateur (et non comme géniteur). Cette fonction Paternelle doit exister dans l'esprit de la Mère dés le début. L'Enfant lui, ne la découvrira qu'au moment de l'Oedipe.
L'enfant passe du statut de celui-qui-est le Phallus de la Mère à celui-qui-veut-l'avoir. Il renonce ainsi à son désir.
Par l'interdit, l'enfant entre dans la culture. Il devient sociétaire. Il s'incère dans une structure familiale. Il ne peut y avoir coïncidence entre les liens d'alliance et de parenté. Cette loi de limitation préserve la famille, assure les générations contre la compétition continuelle et oblige l'individu à aller chercher ailleurs ses relations ® Loi de communication et d'ouverture du clan. L'enfant vit, au moment de l'Oedipe, une puberté psychologique fondamentale pour la conservation de l'ordre culturel. Il passe d'une histoire individuelle à une histoire collective, car il connaît sa juste position dans la société, ses droits et ses limites.
Fonctions du conflit Œdipien
· 1/ L'enfant passe d'une relation d'objet duelle à une relation d'objet triangulaire. C'est la relation adulte génitale par excellence.
· /2 Par l'interdit du parricide et l'interdit de l'inceste, l'enfant passe de la nature à la culture. Il est soumis à la loi commune sociale, loi d'échange et d'interdiction.
· /3 Il accède à la différence des sexes grâce à l'identification au Parent du même sexe que lui. L'identification se fait sur les plans morphologique et psychique. Il reconnaît par la même occasion l'Autre comme différent.
· /4 Une partie de la personnalité de l'enfant va assumer cet interdit et cette identification. C'est le Surmoi, héritier de l'Oedipe. C'est l'intériorisation des interdits et exigences parentales et sociales, censeur du futur adulte. Une fois formé, le Surmoi va remplacer les parents dans la vie sociale. Il rentrera continuellement en conflit avec les pulsions, et entraînera la culpabilité.
· /5 Emergence de l'idéal du Moi : C'est un modèle idéalisé auquel le sujet cherche à se conformer, résultat de l'identification aux parents idéalisés. C'est une instance très narcissique, substitut de la toute puissance de l'enfant (de "je peux tout" à "je voudrais tout pouvoir"). Le Moi se compare à un idéal, nous permettant de nous dépasser.
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Réel |
Imaginaire |
Symbolique |
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Papa géniteur |
Père autorité (Toute puissance) |
Fonction séparatrice |
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Pénis |
Phallus imaginaire (Attribut de toute puissance) |
Phallus symbolique |
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Castration (Ablation des gonades) |
Fantasmes d'absence ou de mutilation de l'organe sexuel |
Sacrifice, renoncement |
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Besoin |
Demande affective |
Désir |
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Privation |
Frustration |
Manque |
J’ai vu dans un écrit : « la nécessaire triangulation du désir ». ATTTENTION à cette phrase car il est nécessaire sur le plan clinique de reprendre la position intra-utérine, la relation fusionnelle puis la relation triangulaire, « presque » synonyme d’Œdipe, mais pas nécessaire à l’élaboration du désir. Pour continuer ce travail mis en place par Gislaine il convient de comprendre qu’avec l’instauration à l’intérieur du sujet de ce qu’on appelle le surmoi post-œdipien, caractérisé par un signal d’alarme fondamental qui est l’angoisse de castration.
N’oublions pas que nous nous situons par rapport à Freud qui a conçu le désir comme s’articulant par rapport au manque (ce que nous retrouvons aussi chez Lacan et chez Girard, mais déjà aussi chez Platon), du philosophe Deleuze à des psy comme Guattari remette cette notion en cause et Deleuze en libérant le désir de la culpabilité lui redonne toute sa force pulsionnelle. Pour Nasio « l’Œdipe est une affaire de corps, de désir, de fantasmes et de plaisir, c’est l’expérience d’un enfant d’environ quatre ans qui, dépassé par un désir sexuel irrésistible, doit apprendre à ajuster le désir aux limites de son corps immature, aux limites de sa conscience encore embryonnaire, aux limites de sa propre peur, et aux limites enfin de la Loi qui lui ordonne d’élire un objet sexuel autre que ses parents. L’essentiel de la crise œdipienne consiste à apprendre à canaliser ce désir débordant. C’est la première fois dans notre vie où nous devons accepter douloureusement que notre désir sexuel ne puisse jamais se réaliser pleinement… »
Pour Hegel le désir est lu en tant que désir du désir de l’autre (désir de reconnaissance) et pour Girard il est mimétique un désir SELON l’autre.
René Girard, dans
"Critique dans un souterrain" , se demande si Deleuze et Guattari ne se
bornent pas, en fin de compte, à placer au dessous de l'édifice freudien,
secoué mais intact, une nouvelle couche inconsciente, tout en bas ou tout en
haut . Girard pense comme Nietzsche qu’il faut débarrasser le désir de ses
objets en faisant remarquer que la volonté de puissance ne peut se réaliser en
toute logique que dans la rivalité avec l'autre, se ramènenant à la mimésis
désirante. Ainsi le désir mimétique vu par Girard se lit ainsi : un désir qui,
ne portant pas sur un objet appartenant au modèle, ne présente pas de risque
de rivalité.
Comment survivre sans interdits, sans méconnaissance sacrificielle, sans
boucs émissaires ? Girard
Freud a conçu les phases de la triangulation ainsi : la phase phallique (l’enfant a du désir pour le parent de sexe opposé et /ou de même sexe, il se sent exclu de la relation parentale et ressent frustration et rivalité, puis il passe puis ce que l’on appelle la castration Le père voir la mère s'oppose aux désirs de l'enfant, cela est vécu comme une castration avec risque de sanction (castration par le père ..complexe d’Oedipe positif, soit comme identification à la mère dans un désir inversé de séduire alors le père (il s'agit dans ce cas d'un « complexe d'Œdipe inversé », lequel rend compte de l'ambivalence et de la bisexualité humaine)les pulsions sexuelles sont refoulés voilà le refoulement générateurs des mécanismes névrotiques.
La résolution ce refoulement des pulsions sexuelles amène l’enfant à renoncer à la satisfaction sexuelle avec l'un ou l'autre de ses parents et lui permet ainsi de sortir du complexe d'Œdipe, de chercher d'autres partenaires sexuels que ses parents et de finir de construire sa personnalité avec des schémas d’indentification au père et à la mère.
Dans 5 psychanalyses Freud va tenter de montrer l’universalité du complexe d’oedipe, l’ethnologie montrera que cette lecture ne s’applique que dans certaines de nos société et dans les familles nucléaires avec le père la mère et les enfants construites comme nous les connaissons. Jung n’admet pas non plus cette universalité mais surtout montre que notre vie psychiques n’est pas soumis exclusivement aux pulsions inconscientes individuelles mais aussi à l’inconscient collectif.
Cours de la faculté : « Oedipe passe un examen pour devenir Oedipe-Roi.
Quand on passe un examen, on rencontre cet être tout à fait particulier qu'est la Sphinge, et je dis bien la Sphinge au féminin bien qu'elle ait une grande queue. On dit aussi le Sphinx. C'est bien montré que ce qui caractérise celui qui pose des questions d'examen, c'est qu'il se prend effectivement pour celui qui sait tout et qui a tout. Mal lui en prend le jour où on répond bien. Ça c'est la position dans laquelle est la Sphinge et elle en meurt, la pauvre, le jour où Oedipe va répondre à ses questions.
La première question est:
— Qu'est-ce qui est à quatre pattes le matin, à deux pattes à midi et à trois pattes le soir?
Oedipe ne répond à toutes les questions qu'avec la seule réponse de Narcisse c'est-à-dire moi, l'homme, qui est à quatre pattes quand il est petit, sur deux pattes quand il est grand et qui a une canne, ou une fille, pour Oedipe vieux. Oedipe avait une canne et une fille, une fille comme canne lorsqu'il atteint ses vieux jours.
La deuxième question est:
— Quelles sont les deux sœurs qui s'engendrent mutuellement?
La bonne réponse (mais difficile en français) est: la nuit et le jour, puisque ces deux termes sont féminins en grec. Réponse qui a donné son titre à l'un des ouvrages de Michel Fain consacré à ces questions qui s'appelle: «La nuit, le jour», publié aux P.U.F., Collection le Fil rouge. »
La question de l'Oedipe est effectivement une question complexe puisque Oedipe désigne sous son appellation «complexe d'Oedipe», au moins trois choses qui sont différentes. Le terme de «complexe» vient de Jung. Il a été repris par Freud, qui l'a trouvé à son goût pour signifier une configuration relationnelle qui articule la question de la relation TRIANGULAIRE.
Donc Oedipe, désigne quelque chose de complexe qui contient au moins trois sens différents:
1/ l'Oedipe comme réalité
2/ l'Oedipe comme crise
3/ l'Oedipe comme organisation.
1/ l'Oedipe comme destin inéluctable de la question de notre identité, de nos origines, l'Oedipe comme fait, l'Oedipe comme réalité psychique, comme condition de notre organisation symbolique. En effet il est fondamental et fondateur que nous naissons de la rencontre entre la différence des sexes et la différence des générations….et qui va aussi renvoyer de la question Qui suis-je au fantasme des origines (une des trois fantasmes originaires).
2/ La crise œdipienne, c'est ce moment de notre vie où, la question de la rencontre avec la différence des générations et la différence des sexes devient centrale dans la vie.
La question est posée d'emblée dès que l'on commence à vivre, et puis il va y avoir un moment où nous allons concrètement rencontrer cette question.
L’enfant va rencontrer, ce père-là, tel qu'il est, c'est cette mère-là, telle qu'elle est, ce désir, le désir de ce père-là le concernant tel qu'il est, le désir de cette mère-là le concernant tel qu'il est, la question du désir de ce père-là pour cette mère-là, la question du désir de cette mère-là pour ce père-là, ou pour un autre, ou pour d'autres, ou pour l'un ou pour l'autre. C'est la manière dont l’enfant va rencontrer la question de son identité à partir de ce que sont concrètement les parents qu'il a, ceux avec qui il vit, que ce soit le géniteur ou pas le géniteur, c'est celui qui vit avec lui qui est en position d'être à un moment donné ce père-là pour lui.
3/l’organisation œdipienne (triangulaire), c'est la manière dont un sujet a organisé la crise œdipienne ainsi même si on part du principe qu’il y a toujours de l’Oedipe c'est-à-dire une relation triangulaire, certains enfants si la crise œdipienne n’a pas pu avoir lieu, ne pourront pas développer d’organisation œdipienne.
Où mène cette organisation triangulaire,
3 cas de figures :
1/ pas de crise ou 2/ il n’y a eu qu’un début de crise mais elle est tellement ou ingérable ou désorganisatrice que le sujet recule et ne traverse pas la crise œdipienne, donc dans les deux premiers cas de figure le sujet ne peut grandir…
Ainsi il y aura bien une organisation post-œdipienne mais de type non pas contre œdipienne mais anti œdipien (terme que l’on retrouve chez Racamier voir mon article sur le masochisme gardien de vie)
contre-Oedipe : Les parents vont répondre à la crise œdipienne de l'enfant en fonction de leur propre organisation œdipienne, le contre-Oedipe est donc la réponse œdipienne à l'Oedipe de l'enfant (on pourrait parler d’une réponse symboliquement incestuelle).
anti-Oedipe, s'organisant contre l'organisation œdipienne et faisant sans arrêt comme si le sens qu'elle donne n'existait pas.
3/ organisation de la crise : enfin comment l’enfant va organiser (plus ou moins) sa crise œdipienne….la crise étant la confrontation avec la question de la différence des sexes et la question de la différence des générations, mais aussi, nous le verrons la différence dans le sexuel, la différence entre la sexualité infantile et la sexualité adulte.
Ce n'est pas parce qu’il est dit que la crise œdipienne arrive après l'organisation phallique qu’elle se développe après l'organisation phallique. La crise œdipienne commence au milieu de l'organisation de l'analité ; voir parfois avant, en tout cas elle se développe lors de la deuxième partie du stade anal, comme on dit, c'est-à-dire du moment où l'analité s'organise, et l'organisation de l'analité — se différencier du tout, faire des compromis, commencer à être, à exister —, c'est déjà une première forme d'organisation œdipienne.
L’Oedipe, est là depuis le départ, qu'il s'organise en crise, en gros à partir de ce qu'on a appelé en termes anglo-saxons la «divided line», c'est-à-dire quelque chose qui forme le départage entre ce qui est ante-œdipien (avant que l'Oedipe se mette franchement en crise) et ce qui est ensuite œdipien, c'est-à-dire au moment où l'Oedipe se met en crise, en gros au milieu de l'analité. L'acmé de la crise se passe au moment du stade phallique, moment où la question de la différence des sexes dans son rapport avec la différence des générations devient la plus cruciale, la plus fondamentale. L’organisation œdipienne se termine avec la mise en place du sur-moi post-œdipien.
Le surmoi post-œdipien permettra de mettre en place ce qu'on peut faire en acte, ce qu'on peut faire en pensée et ce qu'on peut faire en parole.
L’Oedipe commence donc dès la naissance voir avant. Il est influencé par la manière dont les parents investissent leur enfant et dont ils traitent, à l'intérieur d'eux, le problème de la différence des sexes et le problème de la différence des générations. Il est évident que les parents ne vont pas avoir les mêmes attitudes internes, quoiqu'ils puissent en dire, avec leur fille, avec leur garçon et heureusement car s’ils traitaient le garçon et la fille de la même façon ce qui ne peut pas être vrai cela voudrait dire qu'ils investissent le sexe féminin et le sexe masculin exactement de la même manière, et donc qu'ils nient la différence.
On n'investit jamais un enfant mâle de la même manière qu'on investit un enfant fille. À travers les soins maternels et les soins paternels, de la manière dont on «papouille» son enfant, dont on lui fait des bisous, dont on le prend, dont on le lange; de la manière dont on traite sa zone sexuelle, la manière dont on le porte, tout ceci contient du point de vue des parents, implicitement et immanquablement, une référence au fait que l'enfant porte un certain sexe et pas un autre. On ne va pas, quoiqu'on en dise, traiter les filles tout à fait de la même manière qu'on va traiter les garçons.
On ne va pas les traiter de la même manière, et heureusement parce que c'est à partir de ça que les enfants construisent une préforme de leur identité sexuelle. C'est aussi à partir de ce qu'ils perçoivent de la manière dont on les traite et dont on les traite comme êtres sexués bien avant de l'être véritablement, que les enfants vont avoir une espèce de première préfiguration de ce que ça signifie d'avoir un sexe.
Par exemple, parmi les petites choses banales dans une culture comme la nôtre et ce n'est pas vrai pour toutes les cultures, on va avoir tendance à traiter les petits garçons avec un peu moins de délicatesse. Le sous-entendu implicite étant que les petits garçons doivent être des petits durs, solides, des petits «plus quelque chose» On va commencer aussi à traiter les petites filles sur un modèle culturel. Ces attitudes sont sujettes à d'infinies variations. Chacun d'entre nous a sa manière spécifique d'incarner et d'interpréter ce qu'est la féminité et la masculinité. Chacun des parents va traiter très spécifiquement la féminité de sa fille ou la masculinité de son garçon en fonction de son histoire et de son propre rapport avec des tas de variantes individuelles. Là, il y a des grands modèles culturels qui nous donnent des repères.
La deuxième question présente, concerne la manière dont les parents traitent la différence des générations? Cela signifie concrètement comment interprètent-ils l'enfance dans l'enfant; qu'interprètent-ils du fait «enfance» auquel ils sont confrontés. Et là, encore une fois, vous pouvez imaginer toutes les variations possibles. C'est la manière dont on traite la question de la maturation. Il y a des parents qui s'attendent à ce que très vite les enfants grandissent très tôt, très rapidement, à ce qu'ils soient donc déjà adulte.
A l'autre extrême, les parents qui, au contraire, vont se mettre à traiter leurs enfants comme s'ils restaient toujours enfants.
Donc, dès le berceau, la question de l'Oedipe est là, présente chez les deux parents. Elle est présente sous sa double dimension, du comportement de l'enfant à l'égard de son sexe — compte tenu du fait qu'il y a là une différence — et du comportement du parent à l'égard de l'enfant — là aussi compte tenu du fait qu'il y a des différences de maturation —, qui est la forme que prend la différence de générations tout au début.
L'enfant, dans un premier temps, encaisse, il subit, il reçoit les bénéfices et les déficits liés à la manière dont les parents ressentent sa propre sexualité, son propre sexe naissant et la manière dont les parents se représentent son degré de maturation. Il subit tout cela et l'interprète, le transforme selon son propre système d'intégration du moment.
Si tout se passe suffisamment bien, c'est-à-dire si l'enfant est suffisamment investi comme enfant, comme petit, donc avec tous les privilèges qu'il peut y avoir, — il n'y a pas que des privilèges, mais il y a aussi des privilèges — le fait donc d'être un petit enfant materné, «coucouné» et paterné aussi ; si tout se passe suffisamment bien lorsque l'enfant arrive à organiser son analité, c'est-à-dire en gros quand il commence à organiser les compromis, la différenciation de la partie et du tout et qu'il commence à s'organiser au sein des conflits de l'analité — je vous en ai déjà parlé —, l'enfant va, petit à petit, commencer à rencontrer la question, alors cette fois, de son point de vue à lui, de l'Oedipe.
La crise commence chez l'enfant, avec ce qu'Abraham a appelé le deuxième sous stade anal et qui correspond à ce que moi je vous ai décrit comme le moment où l'analité commençait à s'organiser, à partir du moment où l'enfant commençait à intérioriser le non tout, non tout de suite, non tout seul, non tout ensemble, et qu'il commençait à intérioriser et à s'organiser en fonction du différé et du non.
Vous vous souvenez que j'avais essayé de vous montrer que c'était un moment tout à fait organisateur au sein de l'analité que celui où l'enfant commençait à intérioriser le non et commençait même à le proférer au détriment de ses propres parents. Il pouvait alors intérioriser ce non à condition, en même temps, d'avoir la consolation de ce que j'ai appelé «le différé», c'est-à-dire la promesse du futur. Les premiers mouvements œdipiens de l'enfant vont se traiter selon cette modalité là.
J'avais commencé à vous expliquer en parlant de la différence des sexes que, lorsque l'enfant commence à être confronté avec la question cruciale de la différence des sexes au moment de l'analité, la pensée qui lui venait était une pensée consolatrice. «Ça grandira plus tard, j’aurai des seins plus tard ….».
La différence de génération se manifeste très concrètement dans la vie familiale par des droits différents, par exemple, il y en a qui ont le droit de rester debout le soir plus longtemps. Il y a toute une série de prérogatives pour les papas, de prérogatives pour les mamans, pour les autres frères et sœurs.
Chaque constat de ce fait provoque une blessure ; cette blessure c'est la confrontation concrète avec la vie et avec la différence des générations. La différence des générations s'incarne, dans un premier temps, avec le fait que les droits des uns et les droits des autres ne sont pas les mêmes. Et l'enfant est peu sensible au fait qu'il a, quant à lui, un certain nombre de privilèges. Par contre, l'enfant est très sensible au fait que les parents ont un certain nombre de privilèges qu'il n'a pas. Donc, ce que l'enfant rencontre, c'est la première appréhension de la différence des générations, sous forme d'exclusion. Sous la forme première de la différence grand/petit. Et un des grands mouvements de soin, une des grandes manières dont l'enfant se soigne et dont on l'aide à se soigner de cette blessure, c'est en lui promettant que plus tard ce sera différent.
Donc, la rencontre avec la différence grand/petit va être soignée par la promesse d'un futur. L'enfant va souvent ajouter un petit quelque chose qui est la grande marque de l'analité et ce petit quelque chose c'est le «retournement». Et même si on ne lui propose pas ce processus pour atténuer ses blessures, il va l'inventer lui-même.
Il n'est pas rare qu'un enfant dise à ses parents: «Lorsque moi je serai grand et que toi tu seras petit». Et bien oui, il y a le problème de la revanche. C'est que ça ne suffit pas de se dire que dans le futur on sera grand. Parce que si les autres continuent d'être encore plus grands, vous vous rendez compte que ça n'atténue que moyennement les choses. La manière dont l'enfant va commencer à traiter ce problème de la différence des générations, c'est sur le mode du retournement. «Plus tard je serai grand et toi tu seras à ma place de petit». Remarquez que ce n'est pas complètement faux et qu'il n'y a qu'à voir le nombre de comportements qui se développent à l'égard des personnes âgées pour voir qu'il y a là beaucoup d'enfants qui prennent effectivement une revanche et qui ont tendance à traiter les personnes âgées que sont leurs parents comme s'ils étaient des petits.
L'idée de retournement développé par de nombreux auteurs est importante parce qu'elle montre que le premier rapport de la question de la différence ne rencontre pas vraiment la différence comme différence. Elle vise à retrouver l'identique, fut-il différé.
Ce qui est rencontré, c'est une différence qui n'est vécue que comme temporaire et qui n'est tolérée qu'à la condition d'être réversible. Je ne supporte d'être petit qu'à la condition de pouvoir penser qu'un jour je serai plus grand que toi et qu'à ce moment là, c'est moi qui te ferai vivre ce que tu me fais vivre. Maintenant, donc, première rencontre avec l'Oedipe, premier mode de traitement de cette rencontre sur le mode de la réversibilité.
Deuxième caractéristique de l'Oedipe lors de l'analité est de maintenir la position du « qui trône sur le pot » donc d'organiser des situations où il est au centre et où il a ses deux parents pour lui.
Ce ne sont pas des choses qui se jouent nécessairement sur le pot. Par contre, si on s'intéresse à ce qui se passe dans le lit des parents le dimanche matin, après que l'enfant soit réveillé. La grande jouissance des enfants à ce moment-là, est de débarquer dans la chambre des parents et de s'installer au milieu, entre les deux parents. Immense béatitude, satisfaction, qu'ils ont à sentir, maman d'un côté et papa de l'autre, et eux bien installés au centre, une relation chargée de sens … !
A la fois les séparer parce ce qu'on ne sait jamais ce qu'ils pourraient faire si on les laissait un peu trop proches l'un de l'autre, mais surtout les avoir tous les deux pour soi. La vie offre un certain nombre de possibilités comme celle là à cet âge là, par exemple, ce que les enfants aiment bien aussi, c'est d'avoir leurs deux parents à leur propre chevet. Ces parents qui se succèdent comme ça pour vous faire une bise ou vous raconter une histoire avant de se coucher, c'est infiniment moins intéressant que d'avoir les deux parents ensemble à l'unisson à son propre chevet le soir avant de s'endormir. Je vous garantis qu'on dort infiniment mieux comme ça.
Voilà donc que l'enfant va chercher à créer, à susciter avec la complicité des parents bien sûr, un certain nombre de situations où il va réaliser ce désir d'être au centre de l'attention. Les enfants ont besoin de vivre des situations où ils se sentent le centre de l'attention du couple. On sent ici que l'enjeu, l'enjeu essentiel est, si je puis dire de chercher à exclure l'exclusion, à ce que celle-ci ne soit pas sensible, ne se manifeste pas.
Il va donc s'agir – et c’est primordial – pour l’enfant de pouvoir petit à petit se représenter comment on a été fait par ce couple. De pouvoir penser la question du couple. La rencontre avec la crise œdipienne, c'est fondamentalement comment arriver à penser la question du couple sexué et l'exclusion hors de la sexualité adulte.
Penser la question de son origine, passe par la question de la représentation de la manière dont on a été fait et on a été fait par la rencontre de nos deux parents, c'est-à-dire précisément par ce couple. C'est bien ce que vont avoir à se représenter les enfants. Et bien, ce travail va s'étayer sur toute une série de situations où l'enfant va petit à petit avoir les deux parents pour lui, le couple pour lui, pour soi.
Souvenez-vous du vécu de cet âge là et même d'un vécu plus tardif lorsqu’alors que vous êtes couchés, il vous arrive de vous relever et d'aller écouter furtivement ce que disent les parents lorsque vous n'êtes pas là. Que disent-ils? Ils parlent des enfants. Ils parlent aussi de leurs secrets à eux, ils font l’amour …mais ça...
Donc, ces premiers mouvements importants permettent à l'enfant de commencer à constituer l'idée d'un couple parental tout pour lui, rien que pour lui, d'un couple fait pour lui, l'entourant à son chevet, lui au milieu du lit et, s'il doit dormir, que ce soit sur le fond des parents qui continuent de penser à lui, qui continuent de parler de lui et donc pour qui il continue d'être le centre.
Vous vous savez que c'est une vue idyllique et illusoire, qu'en réalité, lorsque les parents ne sont pas avec l'enfant, ils peuvent avoir d'autres préoccupations que celui-ci.
Pour que l'abord de cette dure réalité de la vie puisse se traiter convenablement et suffisamment convenablement, il faut, dans un premier temps, que le fantasme que l'on continue d'être au centre de l'attention des parents — même lorsque les parents ne sont plus là — ait commencé à bien s'incarner. C'est pour ça aussi qu'il est important à ce moment là, à tous les niveaux d'interrelations familiales, que l'enfant puisse faire l'expérience que lorsque les parents ne sont pas avec lui, présent auprès de lui, ceux-ci continuent de le conserver à l'intérieur de leur pensée. Ils continuent de penser à lui, même dans l'absence.
Vous vous souvenez combien, au moment de l'analité, la possibilité de garder à l'intérieur, de garder pour soi, de garder à l'intérieur de soi, combien c'était important, c'est vrai aussi pour les pensées et ce processus commence à s'étayer sur l'identification aux parents. Je commence petit à petit à introduire l'importance de la question des identifications. Les possibilités de gestion et d'organisation internes de l'enfant vont en grande partie dépendre de la possibilité qu'il a de s'identifier, et donc, des modèles que lui propose son environnement.
Voilà donc les expériences positives qui vont être le creuset, qui vont permettre de rencontrer et de commencer à traiter l'expérience négative qui est l'expérience centrale, l'expérience difficile de cette première rencontre avec l'Oedipe, la rencontre avec le sentiment d'être exclu, le sentiment d'exclusion qui naît de la différence. Les parents sont bien venus tous les deux au bord de votre lit vous faire un gros bisou le soir et vous raconter une histoire, une chanson ou une autre, mais, il y a un moment où ils partent et où ils vont faire « d’autres choses …SANS l’enfant ».
Bien sûr, ce que fait l'enfant essaye de prolonger leur présence auprès de lui, soit en manipulant et en réussissant si les parents sont trop immatures à en garder l’un ou l’autre auprès de lui, ou à les forcer à ne parler que de lui, ou plus simplement s’il ne peut tout cela, grâce au fantasme par lequel il continue, même absent, d'être au centre de leur attention. Cette prolongation est auto-érotique .......
Etre petit à ce moment là, c'est vécu comme être exclu. Et être exclu, parce qu'on est petit.
Voilà, les grands enjeux de la configuration œdipienne.
D'un côté l’impératif narcissique: «Comment être au centre ?» D'accord pour que le couple des parents existe, mais à la condition que je sois au centre de sa constitution. Ça, c'est l'impératif du point de vue du principe de plaisir et du point de vue du narcissisme de l'enfant. Ce à quoi il est confronté, c'est à la réalité du fait qu'il n'est pas au centre. Il lui arrive d'être au centre, effectivement il a été au centre de sa propre conception, que sûrement ses parents l'ont désiré, mais qu'il y a des moments où le couple se réunit sans lui et même plus que sans lui, contre lui, il se réunit et l'exclut. Il est exclu de toute une partie des activités des adultes, il est exclu de la sexualité adulte, celle-ci lui est interdite. Elle lui est impossible, il n'a pas l'appareillage biologique pour, et cette impossibilité va être humanisée, transformée en interdit.
Ce sentiment d'exclusion, effet de la différence des générations, ce sentiment d'être ainsi «bouté» en dehors de la position d'être celui qui est le centre du couple parental, va mobiliser toute une série de mouvements extrêmement destructeurs et agressifs à l'égard du couple parental.
D'autant plus que petit à petit l'enfant va se mettre à passer de l'organisation anale à l'organisation phallique, c'est-à-dire que petit à petit il va découvrir le leurre relatif de la réversibilité. Au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans l'organisation urétrale-phallique, l'enfant va rencontrer la non réversibilité. Ce qu'il va rencontrer, c'est qu'il y a des choses qui ne pousseront pas plus tard. Ce qu'il va rencontrer, c'est la différence dans son caractère radical, ce à quoi il va être confronté, c'est au fait que la différence est permanente, non pas transitoire, non pas calquée sur le rythme de la nuit et du jour comme l'analité. Mais au-delà des nuits, au-delà des jours, la différence se maintient comme telle. Elle est permanente. Cette permanence d'un côté, va lui permettre d'investir la partie de son corps qui à la différence de l'objet anal ne va pas se détacher, va être une source de plaisir permanent, mais de l'autre va le confronter à la permanence de la différence.
L'enfant va découvrir que la différence est radicale. Que quand on est une petite fille, plus tard on ne sera pas un petit garçon. Quand on est un petit garçon, plus tard on ne sera pas une petite fille. Que quand on est son papa à soi, on ne deviendra pas son enfant à soi. Quand on est l'enfant de ce papa là ou de cette maman là, on ne sera pas le papa ou la maman de cet enfant là un jour.
C'est au sein de cette radicalité que l’enfant va devoir commencer à s'organiser.
Je reprends autrement pour bien vous expliquer. La difficulté dans laquelle était l'enfant au moment de l'analité, c'était bien sûr ce qui vient blesser son narcissisme :
Le sentiment d'être exclu d'un plaisir.
«je suis exclu maintenant, mais plus tard, j'aurai ma revanche. Non seulement je serai toujours au centre, mais en plus, je ferai vivre aux autres ce qu'ils m'ont fait vivre». La radicalité de l'échec au moment de l'organisation phallique, c'est que l'organisation phallique, l'organisation urétrale, si elle introduit d'un côté un système bien plus efficace celui de la permanence, introduit aussi la permanence de la différence qui va battre en brèche les consolations anales et les systèmes de réparation que l'analité avait inventés.
L'enfant va devoir s'organiser et se trouver des systèmes consolateurs et des systèmes réparateurs. N'oublions pas que l'idéal reste le même et que l'idéal c'est toujours, y compris au moment de l'organisation phallique, d'avoir ou d'être tout, tout ensemble, tout seul et cette visée du tout qui caractérisait ce que j'ai appelé le phallus, ce serait cet objet qui permettrait d'être tout à la fois, l'un et l'autre ensemble. De réaliser cette immense aspiration narcissique, de n'être jamais blessé par rien, de ne jamais rencontrer ce qui fait la différence. Donc, cette aspiration au tout reste présente. L'enfant est confronté à la différence et à l'exclusion avec ce tour de vis supplémentaire qui est que la différence commence à être représentée comme une différence radicale, une différence permanente. Voilà de nombreuses notions qui vous permettront de comprendre la clinique et de comprendre ce qui se passe pour vos patients, les croyances sur lesquels les faire travailler, les deuils à mettre en place ….
Voilà le dilemme tel qu'il s'organise è D'un côté au nom du principe du plaisir, au nom de l'intégrité narcissique, il est intolérable de ne pas être tout, de ne pas avoir tout. D'un autre côté au nom du principe de réalité, au nom de la découverte de la radicalité de la différence, il va falloir se confronter au fait que l'on est que ce que l'on est et que l'on a que ce que l'on a. C'est l'antinomie de base.
Le tableau œdipien est marqué par le fait qu'il y a une différence des sexes et une différence des générations.
La forme du tout pour l’enfant : être tout pour soi, c'est-à-dire, le mouvement narcissique. Si l'enfant est tout pour lui-même, ça veut dire qu'il va exclure les parents et qu'il va même avoir le souhait de les éliminer. Donc, premier mouvement, les exclure, les éliminer et on voit ces mouvements de l'enfant qui claque sa porte, se met dans sa chambre: «Je suis tout à moi, tout pour moi et je dois être le maître. Et si vous vous confrontez à moi, si vous vous heurtez à moi, alors disparaissez et là de faire appel aux différentes formes de pensées magiques … »
Exclure la différence, exclure ainsi l'exclusion elle-même, telle est la première tentative.
Donc, être tout pour soi, provoque l'éviction des autres, mais être tout, ce n'est pas simplement être tout pour soi. Ça serait quoi être tout si ça n'était qu'être tout pour soi, sans être en même temps tout pour l'autre ? Donc, le vrai tout, le seul vrai tout, contient non seulement le «être tout pour soi» mais il contient aussi «être tout pour l'autre». Donc, le premier mouvement qui consiste à évacuer les autres, les éliminer pour être tout pour soi, se heurte immanquablement à l'autre face du tout et l'autre face du tout, c'est être tout pour l'autre.
Vous voyez donc que le premier mouvement «être tout pour soi», à l'exclusion des autres, rencontre immédiatement l'antinomie du fait que si on les a éliminés, du même coup, on les perd, que si on les perd, on n'a pas tout et donc, on ne peut pas les perdre complètement.
Cette configuration va se jouer ensuite individuellement sur chacun des parents. Il s'agit bien évidemment d'être tout pour la mère. Alors là, il y a quelque chose qui est plus complexe, car être tout pour la mère ou qu'elle soit tout pour soi, être tout pour elle, cela veut dire qu'on élimine le père, parce que le père, les frères, les soeurs sont alors des rivaux dans cette possession exclusive. Il s'agit d'être tout pour elle et donc d'éliminer tous les rivaux. L'inquiétude à ce moment là, c'est que si on est tout pour l'autre, l'autre est tout pour soi. Ça, c'est compliqué. C'est un peu plus compliqué, c'est le grand problème de la relation dite duelle. D'un côté c'est formidable, «je suis tout pour l'autre»; d'un autre côté, c'est complètement terrifiant parce que si je suis tout pour l'autre, je risque aussi d'être tout à l'autre. Et je risque donc d'être complètement capté par l'autre. Voilà une des antinomies disons simplement: «J'aimerais bien être tout pour la mère donc j'élimine le père». Du point de vue de cette logique relationnelle, le père doit être évacué et éliminé. Mais, encore si j'évacue le père, si je veux le détruire, l'éliminer, je perds quelque chose. C'est intolérable du point de vue de la logique du tout. Donc, s'il y a un mouvement pour éliminer le père, il y a un mouvement simultané pour que le père soit tout pour soi et qu'on soit tout pour le père. Et donc, de ce point de vue là, éliminer la mère...
La logique du tout contient d'abord le fait que, pour pouvoir être tout dans une situation à trois, il y a immanquablement quelque chose qu'il faut éliminer. C'est le principe du tiers exclu. La relation avec l'un ne peut être comprise qu'en référence à la relation avec un autre, à ce qui risque d'être perdu dans la relation avec un autre, l'autre de l'autre.
Si je veux être tout pour la mère, je dois éliminer le père. À partir du moment où je dois éliminer le père, il y a de la perte. Je le perds ce père que j'élimine. Et si je perds ce père que j'élimine, à ce moment là, je n'ai pas tout. Donc, je ne peux pas éliminer le père. Ensuite, cela se joue sur le père, je veux mon père que pour moi et moi que pour lui et donc, éliminer la mère. Et là encore, la mère se perd.
Donc, cette logique du tout contient le fait qu'un tiers doit être exclu et contient immanquablement une menace de perte. Elle contient immanquablement son antinomie. C'est un conflit, un mouvement qui n'a pas d'issue. Il n'y a pas de tout possible dans une relation à trois sans exclusion. Et, s'il y a exclusion, il n'y a pas tout. Les premières “solutions “ que nous avons envisagées consistaient à exclure l’exclusion elle-même : c'est le maintien de la logique du tout, elle aboutit comme nous l’avons vu à une impasse.
Alors, vous voyez que l'enfant va devoir être confronté à la question : comment exclure et ne pas exclure en même temps ? Comment exclure la mère et garder quelque chose du père. Comment exclure le père dans la relation avec la mère et que le père ne soit pas perdu en même temps. L’enfant va et peut aussi tenter de prendre le contrôle, de manipuler, de diviser pour mieux régner.
Importance des limites et des interdits, de la loi du père :
Premièrement, les énoncés et interdits parentaux vont offrir à l'enfant la possibilité de discriminer ce que l'enfant peut être ou avoir en actes, ce qu'il peut faire, ce qu'il peut réaliser, ce qu'il peut être ou avoir en pensée et en pensée seulement et ce qu'il peut être ou avoir en paroles. Parler, ce n'est pas que penser. Parler c'est aussi agir dans un secteur de l'action particulier qui est le secteur de l'intersubjectivité. Dire c'est agir comme sujet, sur un autre sujet, auprès d'un autre sujet. Les interdits proférés au sein de la famille vont essayer de délimiter et d'ouvrir cette discrimination. Cette discrimination, ouvre la possibilité, qu'il y ait des choses qui ne peuvent pas se réaliser vraiment mais qui vont pouvoir se réaliser en pensées, en représentations, en jeux, en paroles, en actions parlées.
Retenez bien cet élément essentiel : ce qui concerne l'interdit œdipien d'être ou d'avoir tout, vient relayer dans une relation intersubjective le fait que le tout est en fait impossible. Donc, l'interdit fait passer de l'impossible, une catégorie narcissique, à une catégorie intersubjective, c'est-à-dire relationnelle. En fait, ce que nous interdisons à nos enfants est quelque chose qui n'est pas possible pour eux sans désorganisation. Au fond et ce en quoi on va les aider effectivement, c'est à transmuter cette blessure narcissique de l'impossibilité en une querelle avec l'interdicteur. On va transformer l'antinomie de l'impasse du désir narcissique d'être et d'avoir tout en une conflictualité avec un parent interdicteur.
On va essayer maintenant de creuser un peu plus ces trois éléments et en particulier le deuxième et le troisième, c'est-à-dire le troisième, le jeu identificatoire et le deuxième, l'ouverture fantasmatique proposée comme issue à la crise oedipienne. Je vais le reformuler.
L'issue de la crise œdipienne c'est de découvrir que ce qu'on ne peut pas réaliser complètement en actes, on va pouvoir le réaliser quand même en représentations et en fantasmes.
On va pouvoir le réaliser quand même par identification. Et ceci suppose que la réalisation en représentation puisse devenir un nouveau type de but ou de réalisation pulsionnelle.
La configuration de l'interdit distribue et discrimine ce qu'on peut faire, ce qu'on peut penser et ce qu'on peut dire.
Elle contient les trois opérateurs.
Le premier, c'est la forme de l'interdit
Le deuxième, c'est l'ouverture fantasmatique
Le troisième, c'est l'ouverture identificatoire.
Cette reformulation est la mise en acte concrète de mon premier point dans les deux autres. C'est-à-dire, ce que tu ne peux pas réaliser de fait, tu pourras quand même le réaliser en représentation et en identification.
J'insiste sur le fait que cela vient offrir la possibilité à la fois d'avoir tout ou d'être tout sans se désorganiser et sans rencontrer des antinomies. Si je suis un garçon, je peux effectivement faire comme les garçons. Et j'ai la possibilité aussi, par identification à la mère, à la sœur, en fantasme et en représentation, d'être ce que je ne suis pas. Il n'y a pas de désir auquel il faille radicalement renoncer. Ce à quoi il faut renoncer concerne la forme de la réalisation, c'est à cette partie qu'il faut renoncer pour conserver le tout du désir.