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Sémiologie
Psychiatrique

Le but de ce
chapitre est de vous fournir les connaissances nécessaires pour établir un
diagnostic. Cette connaissance nécessite d'étudier les signes cliniques des
différents syndromes que nous allons aborder.
L'humeur est un
état affectif normal, considérée comme l'ensemble des réactions affectives
et émotionnelles à un moment donné et dans un contexte bien déterminé.
L'humeur
est "la disposition affective fondamentale riche de toutes les instances
émotionnelles instinctives qui donne à nos états d'âmes une tonalité agréable
ou désagréable oscillant entre les deux pôles extrêmes du plaisir et de la
douleur" (Delay 1946).
L'humeur
pathologique est donc l'exagération anormale des ces dispositions affectives de
base : la dépression est la tristesse pathologique de base alors que la manie
est l'euphorie pathologique. Nous verrons que ces troubles vont mettre en place
des symptômes, voire même réaliser une véritable maladie.
• Une
psychose est une pathologie mentale
majeure qui perturbe gravement la relation de l'individu au monde extérieur,
altère son affectivité, son jugement et sa conscience de soi. Le psychotique,
pour certains, n'aurait pas conscience de ses troubles psychologiques et, en général,
il n'en souffre pas. Certains
disent, au niveau étiologique, que les psychoses dépendraient de tares
organiques, congénitales ou acquises. Cette attitude trop simpliste n'est pas
acceptable. En effet, les scientifiques cherchent des solutions concrètes. Une
solution n'est pas "la solution". et si une dysfonction était le fait
d'un ensemble de facteurs... pas toujours rationnels ? Au même titre que
les névroses, les psychoses trouvent leurs origines dans la psychogenèse et la
sociogenèse. Ainsi, le monde extérieur serait responsable de la structuration
des psychoses. La psychose est destructrice, elle ne permet pas le plus souvent
dans ses formes les plus graves une adaptation socioprofessionnelle. Dans les
traits de caractères psychotiques, nous retrouvons :
Le caractère
schizophrénique qui présente un retrait affectif, une maladresse, une
perturbation au niveau de l'imago. Il ne prend pas conscience de ses émotions,
son comportement est froid et non chaleureux. Il vit une grande solitude
psychoaffective, il se sent abandonné ou rejeté.
Le caractère
paranoïaque qui a tendance à la projection narcissique et se défend
contre ses tendances homosexuelles, ce qui entraîne une raideur générale et
comportementale. Il a un sentiment de persécution voire un délire de persécution,
des idées mégalomaniaques, une déformation de la réalité avec réagencement
au niveau affectif, des revendications et des attitudes agressives, une exubérance
de l'humeur, un refus des frustrations et des interprétations sauvages, souvent
non-fondées.
Les traits de
caractère narcissique qui envahissent toutes les structures et plus
principalement les états limites, en fonction des multiples traumatismes qui
ont mis en place des fixations et empreintes : obsessionnelles, phobiques, dépressives,
maniaques, hypochondriaques, psychasthéniques, psychopathiques...
• Une névrose
est une pathologie mentale, décrite par certains comme mineure, mais que
nous considérons comme majeure, au même titre que la psychose. La névrose, même
si elle est très invalidante ne désorganise pas la personnalité. S'il en a la
capacité, le névrotique s'insère parfaitement dans le cadre de la vie
socioprofessionnelle. Le névrotique a pleinement conscience de ses troubles et
en souffre. Les névroses se manifestent par des symptômes compréhensibles,
ils représentent un mode de défense contre l'angoisse liée à des conflits
inconscients et réalisent un compromis acceptable pour cacher l'angoisse. Le névrotique
présente certains traits de caractère spécifique. L'expression du caractère
pulsionnel donne une teinte bien spécifique à la structure à la structure névrotique.
Les fixations qui vont se mettre en place au moment du développement libinal
vont déterminer un mode d'être caractériel, un certain type de personnalité.
Le caractère névrotique vit le rapport amoureux de manière infantile, sur un
mode œdipien. Le caractère névrotique est caractérisé par un Surmoi de
devoir, rigide, moraliste : un Surmoi qui tyrannise, qui empêche le sujet de réaliser
sa propre individualité.
Enfin, nous
isolerons et nous définirons la personnalité Psychasthénique, décrite
par Pierre Janet
"Elle
se caractérise par un sentiment d'incomplétude, une tendance aux scrupules,
aux doutes, aux crises de conscience et à la rumination psychique. Le psychasténique
est toujours enfermé dans une réflexion introspective douloureuse et chargée
de tristesse et de culpabilité entraînant des inhibitions multiples et des
tendances hypochondriaques. "
C'est le terrain
de prédilection pour le développement d'une névrose obsessionnelle.
Les
Psychoses
•
Maniaques et dépressives
La littérature
psychiatrique parle de psychose maniaco-dépressive. Nous pensons que ce terme
n'est pas le plus approprié est qu'il faudrait parler de psychose à accès
maniaque sur fond mélancolique.
1 Accès
maniaque
"
La manie est un état de surexcitation des fonctions psychiques caractérisé
par l'exaltation de l'humeur et un déchaînement des pulsions
instinctivo-affectives" (H. EY).
Le
début est souvent brutal avec turbulences, fugues, attitudes familières,
ironiques voir arrogantes. Il existe une hyperactivité avec phases
d'excitations, perte des sensations de fatigues associées à une exaltation
intellectuelle (ironie, logorrhée, fuite des idées, euphorie). Si l'entourage
est hostile le dépit, la rage et/ou la colère se mettent rapidement en place.
On décrit les
formes hypomaniaques, les manies confuses, les manies délirantes et les états
mixtes.
2 Accès mélancolique
Il est marqué
essentiellement par l'asthénie, l'anorexie, l'insomnie, le ralentissement
psychomoteur associé à une grande douleur morale et une intense culpabilité.
Attention, tout risque suicidaire doit vous conduire à faire hospitaliser votre
patient.
Les formes
majeures : les mélancolies anxieuses, stuporeuses, confuses ou délirantes.
La forme mineure
évolue à minima, elle est très fréquente.
Le diagnostic
différentiel est la dépression ou domine la tristesse et le manque de
dynamisme alors que, dans la mélancolie, on note une culpabilité intense avec
délire d'auto-accusation, manque d'espoir associé à un grand pessimisme.
Freud considérait que la mélancolie est une psychose narcissique due à la
perte d'un objet investi narcissiquement.
3 La psychose
maniaco-dépressive
La PMD a été
introduite par Kraepelin pour désigner les cas pathologiques de troubles de
l'humeur, dits endogènes, faits d'épisodes mélancoliques (uniques ou
multiples) et d'épisodes maniaques (uniques ou multiples) ou de la combinaison
des deux.
4 La dépression
Le terme de dépression
qui signifie "abaissement" indique une modification
pathologique de l'humeur vers la tristesse. La dépression est pour nous une
manifestation de type névrotique, elle peut évoluer vers une forme plus
psychotique qui est alors la mélancolie. La dépression associe deux symptômes
: l'humeur dépressive (vision pessimiste du monde et de soi-même) et
l'inhibition (effondrement de l'élan vital ainsi que des fonctions
intellectuelles et de l'activité motrice avec asthénie et ralentissement
psychomoteur). Les sentiments d'insatisfaction et de dévalorisation sont
souvent présents. De nombreux troubles psychosomatiques accompagnent l'état dépressif
(troubles digestifs, neuro-musculaires, cardio-vasculaires, troubles sexuels et
du sommeil...).
Le suicide peut-être
impulsif (raptus), prémédité, déclaré ou caché. Le suicide est le résultat
d'un fort sentiment d'être acculé et sans avenir.
Différentes
formes de dépressions :
- Réactionnelle,
(exogène) liée à un facteur déclenchant
- Névrotique,
(ou psychogène) : réactionnelle à un traumatisme déclenchant issu de la
personnalité névrotique elle-même
- D'involution,
qui est plus une forme mélancolique des PMD qui aujourd'hui n'est plus classée
de façon autonome
- Secondaire :
Somatique (maladie, intoxications, ménopause), Traumatisme d'origine
socioculturelle, socio-éducative, familiale...
- Culturelles :
universellement la tristesse et le pessimisme sont toujours présents mais
l'expression peut différer selon les cultures (souriante chez les Anglo-saxons,
avec culpabilité chez les judéo-chrétiens, à thème de possession chez les
Africains, de type théâtral dans certaines cultures...).
L'affect dépressif
est une expérience humaine (au même titre que l'angoisse), la dépression est
liée à la perte d'amour de l'autre et à la perte d'estime de Soi.
Le tableau
clinique de la dépression comporte :
a) - L'humeur
triste
b) - L'inhibition
des activités physiques, psychiques et sexuelles avec asthénie
c) - L'insomnie
surtout du matin
d) - La
douleur morale avec vécu dépressif entraînant une auto-dépréciation,
un sentiment de culpabilité qui peuvent évoluer rapidement parfois vers
l'auto-accusation, l'auto-punition et l'auto-destruction.
e) - Le
cortège des problèmes somatiques.
La dépression
est le résultat :
- soit
d'une faillite précoce de l'établissement de la relation orale dyadique mère/enfant,
et l'on est dans le registre de la dépression psychotique sévère.
- soit
cette relation a pu s'établir mais pour diverses raisons l'objet d'amour
libidinal a été perdu plus ou moins complètement, sur le mode anal du cadeau
repris, et on est alors dans le registre de la dépression névrotique.
La dépression
dite "cryptique" est étroitement liée à des frustrations et des
manques liés à la phase orale. Certains sujets allèguent : fatigue, insomnie,
manque d'appétit, mais au niveau de l'humeur, ne manifestent pas d'attitude de
type dépressif. Ils se disent atteints de "dépression nerveuse". La
dépression nerveuse n'existe pas, c'est une expression utilisée par les médecins,
les pharmaciens et les médias. En réalité, c'est la dépression cryptique (dépression
cachée). Dans ce cas, comme dans celui de la psychonévrose, il arrive que
l'aspect oral soit alimenté par un blocage du cou, blocage narcissique qui amène
le sujet à se nourrir énergiquement aux dépens du cou, maintenant la tête
bien solide sur les épaules, dans une situation constante de self-control, évidemment
inconsciente. Cette tension permanente entraîne la fatigue. Quand à la fin de
la journée il va se coucher, il est fatigué plus que las, à tel point qu'il
souffre d'insomnie. Un certain type de thérapies énergisantes, par exemple
à base de miel et d'extraits cortico-surrénaliens, s'avèrent néfaste en
dernière analyse parce qu'elles ne font que renforcer la tendance réactionnelle
du sujet mise en œuvre pour ne pas déprimer.
D'une phrase du
Professeur Maldiney : "Le seul éclair de l'être est la déchirure du
rien”, Ado Huygens nous propose une lecture plus philosophique de la dépression
et de la mélancolie qui, nous l'espérons, vous permettront de saisir ce qui ne
peut être posé par des définitions universitaires : "La mélancolie
est un rien en déchirure et la dépression un rien qui ne peut se déchirer.
Ainsi le dépressif est en manque d'avoir pour être et le mélancolique en
manque d'être pour avoir." (Ado Huygens).
"Puisque
la dépression a toujours à voir avec la dialectique de la perte plus ou moins
précoce de l'objet d'amour libidinal, la seule défense efficace est l'aptitude
à faire son deuil de cet objet perdu. Cette aptitude s'acquiert à chaque stade
libidinal par la substitution progressive des objets réels par des objets de
remplacement (le mamelon par le pouce, la mère par la voix de la mère, etc...
au stade oral, l'objet transitionnel le nounours, le cadeau au stade anal, la
petite voisine ou la copine de maman au stade génital). L'ancien objet
libidinal est de ce fait désinvesti partiellement d'affect au profit du
nouveau, l'ancien peut donc trouver maintenant une place dans l'imaginaire et
dans le souvenir et par conséquent, même perdu il ne l'est qu'en partie
puisqu'il est désormais évocable et révocable à la demande. Seul l'établissement
d'un amour de transfert avec le thérapeute et l'acceptation, un jour, d'en
faire le deuil permettra au véritable déprimé d'antan d'en être sorti."
(G. Vallès in le Processus de changement).
• Les
Traitements
Le traitement de
l'accès maniaque est l'hospitalisation, voir si nécessaire une mise sous
sauvegarde judiciaire. La chimiothérapie fait appel aux neuroleptiques
et/ou sel de lithium.
Haldol (halopéridol)
20 mg/24 H voir plus, Loxapac (loxapine) 200 à 400 mg/24 H, Nozinan (lévomepromazine)
100 à 300 mg/24 H, quant-aux sels de Lithium, laissons là encore aux médecins
psychiatres le soin de prescrire le Teralithe ou le Neurolithium.
Le traitement de
la dépression en urgence est l'hospitalisation, si le risque suicidaire est élevé
et la chimiothérapie antidépressive. Laissons toujours au psychiatre le soin
de prescrire :
- les
psychotoniques (actifs sur le
ralentissement), les IMAO, Alival, Survector, Pertofran, Vivalan, Kinupril,
- les sédatifs
(actifs sur la composante anxieuse) Laroxyl, Elavil, Surmontil, Ludiomil,
Athymil,
- les intermédiaires
Anafranil, Tofranil, Moxadil, Prothiaden
Une chimiothérapie
anxiolytique est un complément indispensable, soit par neuroleptique sédatif (Nozinan,Tercian)
si la dépression est psychotique, soit une benzodiazépine si la dépression
est névrotique.
•
Les psychoses délirantes
Le délire est
une construction mentale non conforme à la réalité environnante, auquel le
patient apporte une conviction absolue. Le délire va donc orienter le
comportement de l'individu. D'un point de vue métapsychopathologique, le délire
étant défini par rapport à la réalité, il est nécessaire pour tout thérapeute
de réfléchir au sens profond et à la notion de réalité avant de porter un
diagnostic de délire.
Le thème
:
Le plus fréquent
est la persécution qui peut s'accompagner d'idées mégalomaniaques,
La revendication
(cela est fait contre moi, pour me nuire...)
Le mysticisme
(envoyé de Dieu ou possession démoniaque)
La jalousie
morbide ou l'érotomanie (illusion d'être aimé)
Les idées mégalomaniaques
Le mécanisme
délirant :
L'imagination
est débordante avec d'importants mécanismes d'interprétations et des phases
hallucinatoires. Le sujet peut décrire des états dans lesquels il se sent sous
influence. Les hallucinations peuvent être sensorielles (auditives, visuelles,
olfactives, gustatives, cénesthésiques ou tactiles) ou psychiques (voix et
pensées intérieures). Le délire peut-être plus ou moins systématisé
(construit et cohérent). Plus le délire est systématisé plus il y a danger
car le délire est construit, voir même cohérent, la conviction du sujet est
inébranlable. Le délire systématisé peut être accepté comme la réalité
par des sujets faibles, influençables... . Les réactions du sujet délirant
peuvent être de type auto-agressif ou hétéro-agressif.
- Le délire
paranoïaque est une affection qui débute vers trente à quarante ans,
souvent à la suite d'une perturbation psycho-affective, il est bien systématisé,
à base interprétative, les réactions hétéro-agressives sont violentes et fréquentes.
Il y aurait prédominance d'atteinte dans le sexe masculin. Il apparaît sur un
caractère paranoïaque qui comprend la méfiance, l'orgueil, une hypertrophie
du Moi, une grande susceptibilité, la fausseté dans le jugement et la
psychorigidité.
La littérature
psychiatrique décrit :
- le délire
d'interprétation de Sérieux et Capgras (délire de persécution et mégalomaniaque),
- les
psychoses passionnelles (délire de revendication, délire érotomaniaque et
délire de jalousie)
- le délire
de relation de Kretschmer (installé après un échec sentimental humiliant
chez un sujet psychasthénique, le délire a pour thème la persécution, la
culpabilité sexuelle et la frustration active).
•
La psychose hallucinatoire chronique
C'est un délire
de persécution à mécanisme hallucinatoire (hallucinations psychiques et
sensorielles), les délires sont systématisés. Les réactions sont de types
antisociaux avec une très grande instabilité.
- La paraphrénie
Le paraphrénique
arrive à rester maître de son délire, à prendre une certaine distance avec
ce dernier, mais il existe un important délire juxtaposé à la réalité.
L'adaptation sociale est tout à fait possible. Le délire emprunte beaucoup de
ses thèmes aux mythes infantiles et archaïques, le langage n'est pas altéré,
il est même très riche et très imagé, l'affectivité et les fonctions
intellectuelles ne sont pas altérées. C'est donc un délire fantastique, coloré
et riche tant dans ses différents modes d'expression que dans sa forme et son
fond.
•
La Schizophrénie
C'est une
psychose d'évolution progressive comprenant la dissociation de la personnalité
psychique qui regroupe une importante indifférence affective, l'ambivalence des
sentiments et des actes, d'importants troubles de la pensée, des idées délirantes
mal systématisées et la catatonie.
Le syndrome
dissociatif commun regroupe les troubles de l'affectivité (indifférence et
désintérêt), l'ambivalence des sentiments, les impressions d'étrangeté),
les troubles psychomoteurs (le maniérisme, l'ambivalence des actes et la
catatonie) et les troubles intellectuels (désordres de la pensée, discordances
dans le langage, délires et hallucinations).
- L'hébéphrénie
est la schizophrénie du sujet jeune, la dissociatiation porte sur
l'affectif (indifférence et désintérêt, ambivalence, impression d'étrangeté),
l'attitude psychomotrice (inertie motrice) et le comportement (maniérisme théâtral)
et les fonctions intellectuelles.
Il peut y avoir
des idées délirantes avec hallucinations.
- L'autisme
est la forme la plus poussée avec perte de contact avec la réalité,
repliement sur soi-même et introversion totale. L'autisme peut aller jusqu'à
la rupture complète avec le monde extérieur et le refuge total dans le monde
intérieur imaginaire du sujet.
- Le syndrome
catatonique
- Stupeur
catatonique : le malade reste figé, voir couché en position fœtale, il y a
perte totale des fonctions psychomotrices, ce qui entraîne une attitude figée
et pétrifiée, la contracture des sphincters entraîne une constipation et une
rétention d'urine,
- Négativisme :
forme d'opposition à toute tentative pour le mobiliser, il fait souvent le
contraire de ce qu'on lui demande,
- Catalepsie :
maintien des positions imposées, les mouvements s'accompagnent d'une importante
raideur,
- Agitation
catatonique : attitudes saugrenues et grotesques, crises de type hystérique,
voire états de fureur.
Enfin, nous décrirons
la schizophrénie avec prédominance d'un délire paranoïde et une persistante
relative de la personnalité
Les
Névroses
•
Les symptômes névrotiques
Les
perturbations de l'activité sexuelle (impuissance, inhibition du désir sexuel,
vaginisme, anorgasmie, trouble de l'éjaculation, masturbation compulsive...)
Les troubles du
sommeil (insomnie, hypersomnie)
L'asthénie,
L'angoisse,
Les troubles des
conduites alimentaires (anorexie, boulimie, choix phobique des aliments)
L'agressivité
Les troubles
hypocondriaques
•
Les états anxieux et phobiques
L'anxiété est
un état pénible d'attente accompagnée d'une peur indéfinissable liée à la
présence d'un danger imminent. Si l'anxiété n'a pas d'objet, la peur a un
objet contre lequel le sujet peut se défendre. L'état anxieux est transitoire
et il est lié à l'environnement, aux conflits névrotiques voir à un
processus pathologique (crise mélancolique ou accès confuso-onirique). L'anxiété
engendrée par un stimulus qui touche principalement les télérécepteurs se décharge
à travers le système neurovégétatif sur les muscles respiratoires et
particulièrement sur le diaphragme qui bloque sa fonction. L'anxiété est
toujours une anxiété d'attente. Mais attente de quoi? Attente de quelque chose
qui peut provoquer une situation désagréable : la punition, la douleur, la
mort. Nous savons que la peur de mourir, si communément répandue, est du point
de vue énergétique la peur de l'orgasme, c'est-à-dire de se laisser aller, de
s'abandonner complètement au partenaire, de "mourir" dans l'autre
comme disent les Hindous, perdant pour un moment le contrôle (self control)
narcissique (du cou) et la conscience du Moi.
La phobie, est
une crainte angoissante spécifique et démesurée, déclenchée par la présence
d'un objet ou d'une situation et qui disparaît lors de l'éloignement de la
cause déclenchante. Le patient est conscient du caractère débordant de sa
phobie mais ne peut pas se contrôler. La peur phobique a toujours un lieu avec
le traumatisme. Il faut distinguer les états phobiques des obsessions phobiques
qui sont contraignantes et qui s'accompagnent de rituels compulsifs. Les mécanismes
de conjurations sont souvent utilisés (évitement, aménagement, stratagèmes
rassurants...).
L'agoraphobie
est la peur liée aux espaces découverts, elle est l'inverse de la
claustrophobie. Elle évolue chez des personnalités timides, passives, surprotégées
avec des tendances à l'introversion associées à d'importantes inhibitions
sexuelles.
Les phobies des
situations sociales : peur des examens, peur de rougir, de vomir, de péter, de
dire des gros mots en public... Le sujet cherche à fuir le regard de l'autre,
Les phobies
d'animaux s'observent plus fréquemment chez la femme et sont les restes de
phobies infantiles comme pour les autres phobies.
La phobie des
hauteurs (avec peur/attirance du vide), des objets (couteaux, aiguilles,
tissus...), des transports... nous trouverons toujours un lien avec l'histoire
du sujet.
Les phobies
d'impulsions (peur et désirs d'actes homo- ou hétéro-agressifs),
La phobie des
maladies ou des phobies portant sur l'aspect du corps.
Freud a analysé
chez le petit Hans la peur d'être mordu par les chevaux. En effet, sur un mode
régressif oral, la crainte d'être castré par le père est ainsi déplacée.
En évitant la morsure du cheval, le petit Hans évite la castration par le Père
et en même temps fait l'économie de son conflit d'ambivalence.
Ainsi dans
l'organisation phobique, la situation redoutée a pour chaque personne une
signification inconsciente précise. D'une façon détournée elle symbolise la
tentation ou la punition d'une pulsion interdite, le plus souvent sexuelle.
Dans les états
anxieux et phobiques les anxiolytiques sont d'utilisation courante
• Classification
des névroses
La
névrose d'angoisse
Affection fréquente,
surtout chez la femme, elle se manifeste dès la fin de l'adolescence lors d'accès
paroxystiques sur terrain anxieux permanent. L'attente anxieuse (état d'alerte,
de tensions et d'inquiétude permanente) est le symptôme le plus courant. Les séparations
et les abandons sont sources de réactivations bruyantes. L'attaque d'angoisse
peut submerger la personne brutalement et à n'importe quel moment. L'angoisse
est libre, flottante, sans objet précis. Elle entraîne un sentiment de danger,
de déréalisation, de désorganisation, d'impuissance associée à une grande détresse
avec sensation de perdre la raison et peur de mourir. L'attaque s'accompagne de
pâleur, halètements, sueurs, tremblements, tachycardie, palpitations,
constriction thoracique, nausées, vertiges, brouillard. La crise cède parfois
dans une débâcle polyurique et diarrhéique.
• Les
formes somatiques :
Manifestations
cardio-vasculaires : palpitations, tachycardies, lipothymies, précordialgies,
Manifestations
respiratoires : dyspnée asthmatiforme, hyperventilation avec crise de tétanie,
toux nerveuse,
Manifestations
digestives : barre épigastrique, spasme pharyngé, gastrique ou intestinal,
colite spasmodique, spasmes anorectaux,
Manifestations génito-urinaires
: douleurs abdomino-pelviennes, cystalgies, pollakyuries,
Manifestations
sexuelles : inhibitions sexuelles diverses,
Manifestations
neurologiques, sensorielles ou musculaires : céphalées, lombalgies, algies
posturales, prurit, tremblements, vertige...
troubles du sommeil et asthénie.
• L'évolution
peut se faire vers des décompensations dépressives ou névrotiques.
Même si
certains s'accordent à reconnaître des facteurs prédisposants
constitutionnels, le plus souvent ce type de névrose d'angoisse est le résultat
de perturbations et traumatismes (mère anxieuse, parents immatures, séparation,
abandon...) dans la petite enfance. Lors de la triangulation Œdipienne, l'émergence
de désirs infantiles intenses et contradictoires, difficilement formulables, a
généré de l'angoisse. L'Angoisse névrotique, qui envahit le sujet lors de
toute manifestation du désir perçu comme incestueux, est d'apparition plus
tardive dans la psychogenèse que l'angoisse psychotique. Elle est beaucoup plus
gérable par le sujet dont la maturité et les mécanismes de défense ont eu le
temps de se mettre en place et de se perfectionner. Il s'établit un équilibre
qui rend supportable le conflit entre les pulsions et leur répression.
Dans la crise
d'angoisse il faut apaiser et ne pas hésiter à utiliser les anxiolytiques par
voie IM puis per os (Valium, Tranxène, Equanil...).
Ensuite, la thérapie
devient l'indication principale, même si une chimiothérapie de fond en per os
est conservée.
La
névrose hystérique
• La crise est
souvent assez banale : évanouissement, tétanise ou convulsions, des décharges
agressives peuvent se voir.
• Les
manifestations durables :
L'atteinte
motrice : Astasie-abasie (incapacité à rester debout ou à marcher, précédée
de crises d'angoisse avec des vertiges), les paralysies et les contractures, les
mouvements anormaux (tremblements, mouvements choréiques, tics...).
Les atteintes
sensitives : les anesthésies, les zones hyperesthésiques et les algies.
Les atteintes
sensorielles avec troubles visuels et auditifs.
Les atteintes de
la phonation : aphonie ou dysphonie, bégaiements, aboiements ou mutisme total.
La localisation
et le choix du symptôme doivent être compris en fonction de leur rôle
symbolique d'expression d'un conflit intrapsychique sous-jacent. Les bénéfices
secondaires peuvent conditionner le mode d'apparition et la persistance des
symptômes hystériques.
Attention, ne
jamais se satisfaire du diagnostic d'hystérie sans avoir pratiqué ou fait
pratiquer un examen somatique et neurologique complet. D'autre part, un(e) hystérique
a le droit de faire en plus une vraie maladie somatique !
L'amnésie (mécanisme
de défense) est très présente chez l'hystérique, elle peut s'accompagner
d'inhibition intellectuelle.
Dans la névrose
hystérique nous voyons fréquemment se mettre en place des troubles des
conduites alimentaires et sexuelles.
Si Freud ne fût
pas toujours satisfait de son élaboration théorique sur l'hystérie, surtout
dans la conversion, je pense que c'est son point de vue dualiste et son penchant
trop psychanalytique au détriment du corps et de ses mécanismes émotionnels
et énergétiques, qui ne lui ont pas permis d'expliquer totalement les mécanismes
hystériques.
Dans la névrose,
la femme s'offre à l'autre en se servant de l'image du père. Dans la
perversion, elle se sert de l'image phallique. Dans la névrose, la femme
souffre du manque de pénis dont elle est privée. L'hystérique, par le déni,
s'accorde dans l'imaginaire que là où il y avait un phallus, il n'y en a plus.
Elle s'assure donc la castration imaginaire de l'autre et devient ainsi le
phallus imaginaire pour l'Autre qui en a le manque. L'hystérique par son
comportement suscite l'envie de l'homme devenant ainsi Femme pour le phallus réel.
Refusant alors de donner SA jouissance, elle rend réelle l'impuissance de
l'homme à la faire jouir. Elle a ainsi la preuve qu'elle a CE par quoi ils échouent.
Celui qui copule avec l'hystérique le fait en remplacement symbolique du père
qui serait, si un tel père existait, le seul à savoir la faire jouir. Cette
situation anxiogène est source de confusion, elle entraîne une anorgasmie
vaginale, sorte de conjuration des fantasmes de pénétration œdipiens.
Nous voyons donc
comment le manque et la problématique œdipienne entraînent un "NE
PAS VOULOIR" plus qu'un "NE PAS
POUVOIR". Pour en sortir, un important travail de deuil et de
renoncement sera donc nécessaire.
Pour simplifier
à l'extrême les mécanismes de défense des hystériques, on pourrait dire que
chaque fois qu'émerge un désir celui‑ci est tellement violemment œdipien
qu'il est aussitôt réprimé et remplacé par un symptôme permettant de mettre
en scène ce désir autrement. Le désir inconscient est ainsi camouflé et la comédie
hystérique peut s'exprimer en
toute innocence. Il ne faut pas traiter l'hystérique de nymphomane, et ce
dans un jugement de valeur à connotation péjorative. La nymphomane
fait l'amour avec une certaine rage et n'est jamais satisfaite. Le caractère
hystérique couvre une oralité de base. Autrement dit, l'hystérique, qu'il
soit homme ou femme, nourrit son oralité à travers la sexualité. Au moment où
il dépasse l'oralité, il n'accède pas à l'orgasme mais à la joie de la
satisfaction. En ce qui concerne les aspects dépressifs réactionnels, nous
pouvons pour preuve nous référer au blocage du bassin des hystériques qui
comporte un résidu, une tension, pas un blocage au niveau oral.
En ce qui
concerne le traitement :
Il est dommage
que le terme d'hystérie ait encore autant de connotations péjoratives. Il
convient donc, en premier lieu, de montrer au patient que nous l'entendons dans
sa souffrance et que nous savons qu'il ne fait pas de la comédie. La névrose
hystérique, au même titre que les autres névroses, doit être confiée à des
thérapeutes spécialisés, sachant prendre en charge cette pathologie dans un
cadre analytique psycho- et somatothérapeutique. Dans ce cadre, l'hypnose
permet une amélioration plus rapide.
La
névrose phobique
Les malades
consultant pour névroses phobiques, d'après la littérature psychiatrique représentent
2 à 3% des consultations psychiatriques. On peut dire qu'il n'existe pas à
proprement parler de névrose phobique ; il s'agit le plus souvent de phobies
survenant dans des névroses hystériques ou obsessionnelles.
Dans la phobie,
le phobique aux prises avec ses désirs œdipiens les projette à l'extérieur.
La
névrose obsessionnelle
C'est la forme
la plus organisée et la plus invalidante de la pathologie névrotique. Elle est
le résultat de la survenue d'obsessions et de compulsions sur une personnalité
psychasthénique ou obsessionnelle.
Les
obsessions : "Ce sont des irruptions dans la pensée d'un sentiment,
d'une idée, d'une tendance, apparaissant au malade comme un phénomène morbide
en désaccord avec sa pensée consciente, qui émane pourtant de sa propre
activité psychique et persiste malgré ses efforts pour s'en débarrasser"
(Pichot).
Ces contenus
psychiques assiègent l'esprit (obsido,as,are : assiéger) et surviennent à
n'importe quel moment. Ainsi on distingue les obsessions phobiques (craintes de
toutes natures qui existent même en dehors de l'hypothétique objet), les
obsessions idéatives (ruminations obsédantes sur divers sujets, idées,
craintes, comportements...) et les obsessions impulsives (crainte angoissante d'être
obligé de façon irrésistible à commettre un acte absurde ou dangereux).
Les compulsions
et les rites sont toujours présents dans ce type de névrose. La compulsion est
un acte contraignant et nécessaire, répétitif et gênant, exécuté avec
formalisme et rituel. Il doit s'accomplir, même si la personne sent l'absurdité
de cet acte. Les plus fréquents : rites de lavage, de désinfection, de décontamination,
de vérification, de toilette, d'habillage... gestes et formules conjuratoires
accompagnent le rite.
Parfois les
rites sont détachés de l'obsession : l'onomatomanie (obsession idéative :
recherche obsédante de la signification d'un mot), des obsessions phobiques
(crainte de dire ou de faire ce qui ne doit pas être dit ou fait), l'arithomanie...
L'évolution est
habituellement chronique, avec parfois des périodes de rémission, des crises
de type mélancolique peuvent survenir.
L'obsédé,
comme tout névrosé qui se respecte, est sollicité par ses désirs œdipiens.
Le Moi tente de se défendre en régressant au stade sadique-anal, ainsi les désirs
érotiques se transforment en pulsions agressives et destructives. Le Moi reste
abusé et méconnaît les désirs érotiques œdipiens qu'il combat. L'obsédé
a intériorisé la situation dangereuse. L'obsessionnel préfère encore
conjurer le risque œdipien plutôt que d'affronter le risque du plaisir sexuel
qui le confronterait à ses propres désirs. Devant l'effroi entraîné par ses
désirs œdipiens, l'obsédé régresse et se fixe à la problématique anale,
qu'il sait gérer sans trop d'angoisse. Il établit ainsi un compromis entre ses
pulsions inconscientes qui le poussent vers le désir génital de la mère œdipienne,
d'une part, et ses contre‑pulsions inconscientes surmoïques répressives
liées à la crainte du père.
La
névrose traumatique
Peut-on vraiment
parler de névrose traumatique liée à un traumatisme qui l'aurait déclenchée.
Nous pensons qu'il faut prendre en compte deux paramètres :
La fragilité
psychoaffective préexistante chez l'individu avant le traumatisme. Ainsi le
traumatisme ne serait que le déclencheur d'une névrose latente qui évoluait
à bas bruit ou serait à l'origine d'une décompensation psychologique liée à
des traumatismes plus anciens. Ainsi il faudra comprendre l'événement
traumatique, non pas simplement dans son histoire présente, mais dans sons sens
et la réactivation de traumatismes et de conflits plus anciens refoulés.
Les réactions
de l'entourage et de la société, surtout une attitude surprotectrice ou négative
du conjoint va mettre en place un système régressif. Le névrosé va obtenir
grâce à sa maladie, une source de bénéfices secondaires pour lui, qui peut
s'avérer très importante pour le conjoint(e) soignant(e).
L'anticipation de gains financiers, pouvant être obtenus lors de l'expertise,
est un paramètre à ne pas méconnaître.
•
Les états limites
En 1931 Freud
reconnaît l'existence d'un type libidinal narcissique sans Surmoi complètement
constitué où l'essentiel du conflit post oedipien ne se situe pas dans une
opposition entre le Moi et le Surmoi. Le Moi se défend par le dédoublement des
imagos et le déni mais sans dédoublement "vrai" du Moi, sans
fragmentation comme dans la psychose. Les états limites sont des organisations
autonomes et distinctes des névroses et des psychoses, beaucoup plus labiles
que ces deux structures.
L'individu a pu
dépasser au cours de sa psychogenèse les fixations prépsychotiques.
Cependant, au moment de l'évolution œdipienne, cet individu a été victime
d'importants traumatismes psychosomatiques. La tentative de séduction de la
part d'un adulte va entraîner un mouvement pulsionnel trop violent alors que le
Moi est encore trop faible, immature et inorganisé. Le refoulement étant inopérant,
se met ainsi en place une frustration, une menace contre l'intégrité
narcissique. Se génère alors une dépendance anaclitique à l'autre avec nécessité
d'être en même temps objet distinct. Le refoulement n'étant pas assez opérant
se mettent en place un dédoublement des imagos, des réactions projectives, des
conduites d'évitement et de forclusion, des fixations à un idéal du Moi
infantile et mégalomaniaque. Les tentatives, sans résultat, pour atteindre cet
idéal du Moi sont génératrices d'états dépressifs.
Face à un
traumatisme actuel s'avérant désorganisateur, l'état limite va faire des aménagements
face à la dépression : Si le Surmoi est assez fort, il mettra en place une
organisation névrotique ; si le Moi s'écroule il glissera vers la psychose
enfin si la régression vers un mode somatique s'installe à la place des
conduites sexualisées, il déclenchera tout un ensemble de maladies
psychosomatiques.
Dans une évolution
sans traumatisme dans l'actuel, l'état limite aménagera trois types différents
de caractère :
- La névrose
de caractère met en place une
relation conflictuelle entre le Moi et l'objet. L'individu est plutôt
hyperactif, avec un imaginaire pauvre et accuse en permanence son entourage car
il n'arrive pas à réparer sa blessure narcissique.
- La psychose
de caractère : Ici pour lutter contre la blessure narcissique se met en
place une certaine forme de déréalisation. On ne peut pas parler de déni de
la réalité. L'individu a un comportement relationnel chaotique avec des phases
d'agressivité et des phases d'isolement, il est aussi dans l'hyperactivité
avec un important besoin d'être reconnu soit en se faisant aimer, soit en se
faisant craindre.
- La
perversion de caractère : Le Surmoi est inexistant, la culpabilité est très
atténuée, le besoin de réparation de la blessure narcissique met en place des
conduites compulsives et agressives. La réussite de cette réparation et de l'évitement
de l'angoisse est le résultat de la mise en place d'un déni du sexe de la
femme, du surinvestissement de l'objet partiel phallique sur un mode narcissique
et des fixations soit sur des zones érogènes partielles et/ou à des stades prégénitaux.
Pour ce type de pervers la dépendance à l'objet ne doit pas pouvoir se mettre
en place et ce dernier doit toujours être dominé.
Les stades
et leurs traits de caractères libidinaux
Le
stade oral, occupe la première année.
Une symbiose se crée entre la mère et l'enfant, nécessaire pour que la mère
réponde aux besoins de son enfant qui ne les exprime pas encore sur le mode
relationnel "des humains socialisés". Le plaisir de la succion est un
des premiers plaisirs sexualisés, le sein n'est pas le premier objet d'amour.
L'oralité, l'époque du besoin, mais aussi du manque et de la carence, va débuter
par une période de succions et de demandes de satisfaction des besoins
primaires (être nourri, chauffé, sécurisé, aimé
etc...). Quand les réponses sont inadéquates, l'agressivité et la rage
vont apparaître manifestant alors l'ambivalence face à l'objet. Avide, l'oral
est difficile à satisfaire, il ne supporte pas les frustrations. Son
insatiabilité lui permet, tout en "parasitant" l'Autre pour se gaver,
de culpabiliser l'Autre dans une relation où il est dans la revendication. Dans
le désir qu'on s'occupe de lui, mais rejetant l'Autre, il refuse ce qui peut
lui être apporté, mettant ainsi l'Autre dans l'impuissance. Les traits oraux
sont caractérisés par une difficulté fondamentale de contact, soit de type
passif (dépendance), soit de type actif (agressivité orale). L'érotisme
oral sera satisfait par la nourriture, la boisson, le tabac, la drogue, les
baisers.... . La générosité est très étroitement liée à l'érotisme oral
mais nous devons nous méfier de ne pas attribuer au sadisme anal les
comportements de revendications orales qui peuvent s'associer à une agressivité
(rage), conséquence des frustrations et des traumatismes de cette époque.
L'oralité oriente le comportement de l'adulte vers la possessivité liée à la
peur d'abandon. Il y a tout de même des "oraux" heureux... pleins de
rondeur et de complétude, satisfaits de ce qu'on leur offre ; ils sont capables
de donner et de recevoir.
L'oral,
dans le vrai sens du terme, n'existe pas en réalité. Il comporterait en fait,
un état mélancolique sous-jacent. Ces traits de type oral trouvent leurs
origines dans les trois, quatre premiers mois de vie et peuvent conduire à des
situations psychotiques quand il y a un flux énergétique vers les yeux ou à
des états-limites si au contraire le flux énergétique se déplace vers le cou
et le thorax haut. Aujourd'hui, il est bien difficile de trouver une personne
qui ait donc pleinement dépassé la phase orale. N'importe quelle
situation de dépression, de frustration, de perte affective, engendre
toujours une émergence de ces traits oraux. L'insatisfaction liée à
l'allaitement ou le sevrage précoce et la relative perte du sein maternel
engendrent une position dépressive qui
marquera toute l'existence de l'individu. Il faut, bien sûr, distinguer
les aspects de l'insatisfaction de ceux de la frustration liée à la perte du
sein. Le manque et l'insatisfaction dans l'allaitement déterminent une tendance
à la dépression devant certaines situations. Un sevrage brusque détermine un
comportement rageur. La rage est une tentative inconsciente d'autothérapie ;
dans un certain sens, la rage sert à ne pas se déprimer.
Distinguons
deux aspects caractériels oraux :
-
L'oral insatisfait est le sujet qui, en profondeur, cache toujours la situation
dépressive, mais il en est pleinement conscient. Il cherche à compenser à
travers la nourriture, l'alcool, le tabac ou à travers tout substitut (y
compris sexuel) qui puisse lui donner une satisfaction au niveau oral. Dans les
cas les plus graves, l'oral insatisfait, pour ne pas tomber dans la dépression,
peut glisser énergétiquement vers le haut en situation psychotique.
-
L'oral déplacé a été poussé à manger, à mordre, à se servir de ses
dents, avant même qu'il n'ait découvert le plaisir lié à cette fonction. Il
n'est pas conscient de posséder cet aspect dépressif et s'en défend régulièrement
à travers une attitude réactionnelle enragée. La défense de "serrer les
dents et aller de l'avant" fait que cette énergie se trouve soustraite du
troisième niveau (cou) qui se rigidifie. L'oral déplacé a un trait
narcissique très fort, montre de l'obstination et souvent une attitude de défense
et de dépréciation pour tout ce qui peut être psychologie et encore plus pour
la psychothérapie.
Faisons
une distinction entre jalousie et possessivité :
-
La jalousie est liée à une situation dépressive-anxieuse. Le sujet jaloux,
pour se décharger de l'anxiété, va fantasmer sur la personne aimée,
engendrant un scénario fantasmatique et récurrent, puis des actions
compensatrices comme fumer, boire, etc...
-
La personne possessive est plus souvent un oral déplacé. Elle n'admettra
jamais son caractère possessif, à cause de son trait narcissique que l'on peut
repérer au niveau du cou : " mon partenaire va avec un autre? Peut-être,
mais il revient toujours à moi ! ". C'est cette assurance de type paranoïaque
qui caractérise la personne possessive.
Cette
différence est importante à faire au niveau clinique. Pour certains, la "possessivité"
implique la "jalousie", à savoir le sentiment très violent
d'une trahison de l'autre... de tous les autres.
Le
trait caractériel oral est présent dans tous les autres types de "caractères".
Au cours du développement psychoaffectif le passage à la génitalité du
caractère mature advient tout de suite après avoir dépassé la situation
orale de base. Dans le caractère hystérique nous retrouvons souvent deux
aspects contraires de type oral qui sont, pour les femmes en particulier, ou
l'anaphrodisie (dans le cas de la déprimée insatisfaite) ou la nymphomanie
(anaphrodisie et nymphomanie sont les deux faces de la même pièce).
Le prolongement de l'allaitement après neuf mois provoque l'instauration
de la caractérialité dite "passif féminin".
Le
stade anal, puis sadique-anal (de 2 à
4 ans) est la période pendant laquelle le plaisir et le déplaisir sont fixés
sur la défécation. La région anale et périnéale va devenir source de
satisfaction ou de désagrément. "Rétention" et "libération"
du caca, "colère", "mutisme" et "opposition
agressive" caractérisent cette période. Le contrôle de cette région va
permettre à l'enfant de dire OUI ou NON, "d'offrir ou de ne pas
offrir". La région anale peut être l'objet de soins qui paraissent
parfois plus satisfaire l'adulte que l'enfant (usage intempestif de pommade, du
thermomètre ou des suppositoires...). Le stade anal est l'étape la plus
importante entre l'oralité et la découverte de la sexualité. S. Freud décrit
le caractère anal comme une triade de traits fondamentaux : parcimonie,
exactitude et obstination. L'érotisme anal se met en place sous l'action de
comportements érotisant l'enfant et surtout au niveau de l'apprentissage du
contrôle ses sphincters et de l'éducation. L'agressivité sadique-anale va
orienter le comportement de l'adulte vers la prise de pouvoir, la manipulation,
l'obsessionalité et les comportements sadomasochistes. Bergeret insiste sur la
collusion entre traits de caractère anaux et sadisme. Le sadisme est un trait
agressif, pas toujours érotisé. Il est donc nécessaire de distinguer l'érotisme
anal, qui n'a rien de sadique car économiquement libidinal, et le sadisme qui
est lié aux pulsions agressives. La triade de Freud est insuffisante et la
position de Abraham nous permet de reconsidérer cette période autrement.
La
première phase du stade anal (réjection) et la deuxième partie (rétention)
nous permettent de situer entre ces deux phases une limite supérieure à la période
archaïque. Les traumatismes des périodes intra-utérine et archaïque
conduisent à une structuration de type psychotique, alors que, d'apparition
plus tardive, les traumatismes de la phase anale entraînent la mise en place
d'une structure névrotique ou psychonévrotique. La première phase qui vise à
la destruction de l'objet, est bien du registre du noyau psychotique avec
comportements de rejet, de destruction et de comportements réactionnels liés
à l'éducation sphinctérienne : révolte contre l'autorité, revendication,
permanente, attitudes méprisantes etc... Cet anal est plutôt impulsif,
irritable et rageur
La
deuxième phase (rétention objectale) vise à prendre le contrôle de l'objet,
elle fait bien partie de la structuration névrotique. La triade Freudienne fait
partie de cette deuxième partie avec comportement de mépris et de fécalisation...
cet anal est plutôt coléreux, rancunier, l'investissement des fèces par la
libido l'entraîne dans le registre de la possession/dépossession, Posséder/Echanger,
Contrôler/Donner etc.......
P.
Bernard et Ch. Brisset nous proposent pour mieux comprendre les mécanismes
obsessionnels l'approche suivante :
Traits
de Caractère Sadique anal (tourné
vers le plaisir)
Fixation
au plaisir de déféquer : Difficulté d'abandonner les objets, obstination, entêtement,
collectionneur, angoisse de séparation,
Réaction
à l'interdiction de déféquer : Saleté, Rejet, Injures et tendances
scatologiques, révolte contre l'autorité, ironie, sarcasmes,
Traits
de Caractère Obsessionnel (lutte contre le plaisir)
Fixation
au plaisir de déféquer : Tendance aux cadeaux, prodigalité, résignation,
soumission. Réaction à l'interdiction de déféquer : Surpropreté, politesse
exagérée, obséquiosité, bonté, souci de justice, défense des faibles,
Respect outrancier de l'autorité.
Le
Stade Urétral
Ce
stade est décrit par certains auteurs, les
voies urinaires vont également subir les mêmes investissements libidinaux,
l'urine devient un objet chargé de sentiments, de sensations, et de fantasmes.
Pour l'enfant, à cet âge "pipi" = éjaculation. Une de nos
patientes, après la mort de son père alors qu'elle avait trois ans, a
"pris sa place" dans le lit de sa mère. Toutes les nuits, elle "pissait"
dans le lit de sa mère... qui acceptait cela très bien. Quand à 12 ans, elle
est entrée à l'internat, son incontinence urinaire s'est arrêtée du jour au
lendemain. Nous parlerons plutôt de traits de caractère urétraux que de
l'existence à proprement parler d'un stade urétral. Ce passage presque
obligatoire pour l'accession au stade phallique met en scène des traits de
caractère qui mettent en exergue la compétition. Après "le caca",
"le pipi" devient en fonction de la dynamique psychologique parentale
un objet chargé de sentiments, de sensations et de fantasmes. Les voies
urinaires vont être érotisées et l'écoulement de ce liquide tiède va
provoquer un plaisir urétral ; comme dans l'érotisme anal, l'objet va être la
cible de ce "jet ambivalent".
Pendant
le stade phallique, l'investissement
libidinal se porte principalement sur les organes génitaux. Le phallus est
fortement investi par les enfants des deux sexes d'une fonction de pouvoir.
C'est la découverte de la différence des sexes.
La
sexualité prégénitale va laisser des empreintes qui modifieront selon les
individus le fonctionnement sexuel de l'adulte selon deux grands axes :
-
l'oralité oriente le comportement de l'adulte vers la possessivité liée à
l'angoisse d'abandon,
-
l'agressivité sadique-anale oriente le comportement de l'adulte vers la prise
de pouvoir, la manipulation, l'obsessionalité, les comportements
sadomasochistes...
De
nombreux fantasmes et comportements sexuels liés à ces stades prégénitaux
peuvent persister chez l'adulte.
Nous
sommes déjà dans la différence des sexes et la compétition ; le phallus tel
qu'il est défini dans les concepts, va être investi du pouvoir que va lui conférer
l'enfant. L'objet ne compte plus ; seul la possession du phallus intéresse
l'individu. Ce dernier, à l'extrême, est un "phallus"
incapable de supporter la contradiction ou l'échec. Erigé, il recherche
l'admiration de tous. La peur de la castration module cette phallisation du
corps.
Enfin ce qui
représente l'axe majeur de la psychanalyse : le complexe d'Œdipe,
"ensemble
organisé de désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve à l'égard de
ses parents. Sous sa forme dite positive, le complexe se présente comme dans
l'histoire d'Œdipe-Roi : désir de la mort de ce rival qu'est le personnage du
même sexe et désir sexuel pour le personnage de sexe opposé. Sous sa forme négative,
il se présente à l'inverse : amour pour le parent de même sexe et haine
jalouse pour le parent de sexe opposé. Selon Freud, le complexe d'Œdipe est vécu
dans sa période d'acmé entre trois et cinq ans lors de la phase phallique ;
son déclin marque la période de latence et il connaît à la puberté une
reviviscence et est surmonté avec plus ou moins de succès dans un type
particulier de choix d'objet".
Nous
avons tenu à citer Laplanche et Pontalis avant de dire que le complexe d'Œdipe
est un concept plaqué par Freud sur l'humanité même si, au niveau
anthropologique, on retrouve la notion universelle de la triangulaire, mais pas
celle du "fameux complexe". Freud a présenté le complexe d'Œdipe
en imputant à l'enfant la responsabilité de ses actes liés à ses désirs, ce
qui entraînera une culpabilité telle que le pauvre Œdipe n'aura même plus
ses yeux pour pleurer. Nous voyons que Freud présente le complexe d'Œdipe en
omettant de dire que cet enfant ne se doutait pas qu'il tuait son Père et qu'il
faisait l'amour à sa mère, mais surtout en omettant de rappeler que le crime
originel n'est pas l'inceste et le meurtre, mais d'un infanticide, car Laïos,
roi de Thèbes et sa femme Jocaste ont tenté de tuer Œdipe. La question est :
s'agit-il d'un acte incestueux réactionnel (inconscient) ou un désir de mort
(conscient) des parents pour assurer leur survie ?
De
nos jours, l'inceste affecte au moins 65% des relations père/fille, mais est
aussi très fréquent entre une mère et son fils. Les relations incestueuses
homosexuelles mère/fille sont plus fréquentes que les relations père/fils.
Dans nos groupes plus de 60% des patient(e)s ont été incesté(e)s de façon réelle
ou symbolique. Nous devons rompre le silence, ne pas avoir peur de dénoncer,
ceux qui ont des comportements incestueux, mais aussi ceux qui le cautionnent.
Dans les cas d'inceste Père/Fille, comment la mère peut-elle être aussi
aveugle ? La clinique nous montre qu'en général, un équilibre familial se met
en place grâce au cautionnement de la mère. Ses bénéfices secondaires
permettent de comprendre son attitude. Dans ce type de famille, nous retrouvons
toujours des systèmes de liens très pathologiques, une confusion des rôles et
des places des uns et des autres, et un mode familial transgressif. Toute la
famille est sous la dépendance de règles implicites incestueuses respectées
par l'ensemble des membres de la famille, ce qui préserve ainsi un équilibre général.
Notons
aussi que l'inceste étant un fantasme très répandu, les autres adultes
(instituteurs, professeurs, policiers, médecins, juges etc...) cautionneront la
parole de l'adulte contre celle de l'enfant. L'inceste est quelque chose d'admis
dans leurs inconscients. Ils ne peuvent donc pas condamner ceux qui font ce
qu'eux-mêmes ont dans leurs fantasmes et leurs désirs. Il est de notre devoir
de thérapeute de rompre cette loi du silence. Il est de notre devoir de protéger
l'enfant. Le respect pour les parents, les grandes personnes ne devraient
pas exister, ni dépendre d'une loi ou d'une morale. Un enfant respecte un
adulte si cet adulte est respectable, nul n'est besoin de loi ou de morale.
On
parle souvent de l'inceste qui arrive le plus souvent entre six et douze ans,
voire après, soit sous forme de caresses érotisées ou génitalisées, soit
sous forme de rapports sexuels. Mais attention, l'inceste peut prendre des
formes très larvées allant d'une forme symbolique à l'abus sexuel. L'inceste
symbolique couvre la gamme des comportements allant de l'érotisation des soins
(suppositoires tous les soirs, masturbation au mytosil, canule intravaginale,
baisers et caresses génitales...), à l'érotisation de certains comportements
(caresses à l'enfant uniquement quand il est dans la séduction, fessées avec
un cérémonial bien codifié, violences, humiliations, punitions érotiques...),
système éducatif répressif (le père est jaloux de sa fille comme un amant,
la mère est heureuse d'entendre son fils dire qu'il l'épousera quand il sera
grand, interdit de relations à l'extérieur de la famille...).
Pour
nous, l'Œdipe est une référence à la triangulaire et il correspond à la
rencontre entre les désirs tout à fait normaux de l'enfant pour un ou l'autre
de ses parents et les désirs souvent inconscients de ses parents. C'est donc en
fonction de la gestion de la réponse des parents aux désirs de l'enfant que
pourront se mettre en place la résolution du complexe d'Œdipe et la projection
des désirs de l'enfant sur le monde extérieur. La période œdipienne
couvre donc une période qui va de la vie pré-utérine (où l'on peut déjà
voir les désirs fantasmatiques incestueux d'un parent pour l'enfant qu'il désire
tant avoir comme objet de plaisir) à la période génitale. Nous préférons parler de période œdipienne ou de phase œdipienne
car chaque stade s’inscrit en rapport à un précédent qu'il inclue en lui.
Pour le stade œdipien, il en est de même. Il est précédé et se construit
sur un certain nombre de bases.
Traits de
caractère agressifs pouvant se fixer à différents stades
1/
Sadiques
Le
sadisme est une pulsion réactionnelle aux frustrations subies (durant la phase
orale = sadisme oral ; durant la période anale = sadisme anal ou durant
l'instauration de la période œdipienne = sadisme clitoridien/phallique). Les
manifestations psychologiques du sadisme sont les mêmes pour les deux sexes et
renforcent les traits masochistes parce que, consciemment ou inconsciemment, ils
engendrent de la culpabilité ; le masochisme renforcé trouve dans d'ultérieures
manifestations sadiques sa compensation. Il naît ainsi un cercle vicieux qui se
définit communément comme "sadomasochisme". Cet aspect psychologique
n'est pas omniprésent, mais peut présenter des aspects bien différents, comme
le montrent les sujets avec une instance masochiste, non sadique. Le besoin
primaire de gratification est frustré dans le sadisme. Il provoque, comme réaction
de type narcissique primaire, la nécessité de satisfaire une omnipotence à
travers la prise de pouvoir sur l'Autre, que ce soit physiquement ou
psychologiquement.
2/
Masochistes
Le
fonctionnement plus ou moins bloqué du diaphragme détermine souvent les
aspects psychologiques caractéristiques qui s'expriment dans le masochisme.
Localiser le masochisme au niveau du diaphragme signifie le lier à la
physiologie de la respiration. Le réflexe respiratoire est acquis à la fin de
la vie intra-utérine. Des premiers blocages à ce niveau de la vie vont déterminer
des empreintes masochiques. Le sadisme et le masochisme sont des aspects
psychologiques que nous retrouvons fréquemment associés ensembles dans
divers types de caractères. Il y a des liens qualitatifs et quantitatifs
entre masochisme et sadisme, mais leur genèse psychosomatodynamique est différente.
En d'autres termes, le masochisme et le sadisme peuvent coexister avec différents
degrés de qualité et de quantité de dosage.
L'origine
du masochisme se trouve dans tous les types d'émotion capables de provoquer
l'anxiété, c'est-à-dire un certain type de peur. Le blocage diaphragmatique
peut être le résultat d'une anxiété due aux sentiments de culpabilité
inconscients. Quand on arrive à une situation de "déblocage" du
diaphragme, apparaissent des mouvements involontaires préorgasmiques qui
provoquent souvent chez le sujet des manifestations d'angoisse. Reich souligne
que le masochisme est une pulsion secondaire parce que l'individu réprime ces
mouvements qui pourraient disparaître dans le transport énergétique
orgastique comme mécanisme naturel de la sexualité génitale : en fait, il n'y
a pas une tendance biologique au déplaisir, comme le présumait Freud , et le
masochisme est la réalisation de la peur de mourir. La peur de mourir est la
caractéristique commune à tous les névrosés (pratiquement tous les "normovrosés"
sont apeurés par l'orgasme). Dans le masochisme est aussi présente la peur
d'exploser : l'attitude caractérielle masochiste est celle d'imploser, de
subir, supporter, tolérer, "encaisser", mais comme cela arrive avec
la goutte d'eau qui fait déborder le vase, à un certain moment, le masochiste
saturé de son propre auto-préjudice explose et à chaque fois, l'explosion est
gravement destructrice tant pour lui et que pour les autres.
L'angoisse orgastique du
masochisme est vécue comme excitation déplaisante car elle n'aura pas ensuite
la possibilité de se décharger avec l'orgasme. Mais une excitation qui n'a pas
la possibilité de se décharger, se transforme en une agitation
déplaisante: le masochiste est celui qui est capable de transformer le
plaisir en déplaisir. Puisque le masochiste est une personne qui souffre et
fait souffrir, on a toujours pensé que masochisme et sadisme seraient des
aspects opposés d'une même structure, mais ces antithèses dialectiques
peuvent se transformer l'une dans l'autre quand il y a la présence d'une
condition de blocage au niveau oral, abdominal (anal) ou pelvien (urétral).
Ceci signifie que la présence du masochisme n'implique pas nécessairement
celle du sadisme comme cela se
produit dans la caractérialité délicieusement
névrotique de l'hystérique, de qui nous parlerons plus loin.
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