ADOLESCENTES ET SEXUALITE PRECOCE  

Karine UZZAN NASTAT  

Psychosomatoanalyste - Psychologue Clinicienne

Département de Paris XVII - Centre Elysées Monceau

RESUME :  20 % des adolescentes ont des rapports sexuels avant l’âge de quinze ans. Pour certaines, ces conduites sexuelles, précoces, répétées avec partenaires multiples, ont une fonction défensive prédominante ayant pour but d’alléger une détresse affective, un sentiment de vide narcissique. A travers l’analyse des observations de Kelly et d’Anouck, nous tenterons de démontrer que ce passage à l’acte est corrélé avec un trouble de l’estime de soi, un défaut d’élaboration du processus de :” Séparation – Individuation “ et qu’il a pour fonction de panser la blessure narcissique.    

MOTS – CLES : Adolescente – Sexualité – Passage à l’acte - Blessure narcissique – Estime de soi.  

 

SOMMAIRE  : INTRODUCTION .  I – LES CONCEPTS : 

 

A)   L’adolescence et ses processus.  

B)   La sexualité à l’adolescence et son trouble. 

C)   Les investissements narcissiques à l’adolescence.   

II – LA METHODOLOGIE : 

A)   Les hypothèses : 

A – 1 – L’hypothèse Générale:La sexualisation défensive.        

A – 2 – L’hypothèse Opérationnelle. 

B)   Les méthodes utilisées.          

B – 1 - L’inventaire d’estime de Soi de Coopersmith.        

B – 2 - L’entretien semi-directif. C) La population .  

III –  LES RESULTATS : 

A)   Recueil et traitement des données :         

A – 1 – L’observation de Kelly.        

A – 2 – L’observation d’Anouck. B) 

 Discussion. 

 

CONCLUSION.BIBLIOGRAPHIE.ANNEXE.     

                      

INTRODUCTION : C’est à la lecture d’un article, paru dans l’Express (N° 2727 semaine du 9 au 15 Octobre), intitulé “ La sexualité, par Marcel Rufo, Le psy qui réclame la pudeur”, que j’ai décidé de choisir pour domaine d’étude : l’adolescence et la psychopathologie qui s’y rattache dans le  champ de la sexualité. M. Rufo y souligne le fait que 20% des adolescentes ont des rapports sexuels avant l’âge de 15 ans et  que “ les relations sexuelles trop précoces relèvent du passage à l’acte, révélant souvent un malaise ”.Dans son livre, il va plus loin dans son analyse et affirme  alors que ce débordement de sexualité, chez l’adolescente, pourrait être non pas interprété “ comme le signe d’une maturité précoce, d’ une recherche de plaisir;mais plutôt comme un trouble de l’estime de soi”. (Rufo, 2003, p.187)Ainsi, elles “offriraient “ leur corps pour mieux se sentir adaptées socialement, comme si elles sentaient leur impossibilité à y parvenir par leur brio, leurs capacités intellectuelles et relationnelles. Ce travail de recherche a pour objectif de tenter de comprendre : Quel est “ le malaise “ sous-jacent au  passage à l’acte sexuel, précoce, répété et avec partenaires multiples de l’adolescente? Dans une première partie, en nous appuyant sur notre étude bibliographique, nous définirons les concepts utilisés et les processus psychiques liés à la période de l’adolescence. Dans une seconde partie, nous présenterons les hypothèses testées et la méthodologie utilisée.Et enfin, dans une troisième partie, nous tenterons à partir des données recueillies d’analyser et de discuter les résultats obtenus.  

 

I - PREMIERE PARTIE  -  LES CONCEPTS :  A ) L’adolescence et ses processus : Les “ métamorphoses de la puberté”  constituent le cinquième chapitre des “ Trois essais sur la Théorie sexuelle” (1905). Pour S. Freud , puberté et adolescence sont rigoureusement synonymes. La puberté voit s’accomplir “une des réalisations psychiques les plus importantes, mais aussi les plus douloureuses de cette période : l’affranchissement de l’autorité parentale” (Freud, 1987,p.171). Cette tâche relève d’un processus psychique, en partie inconscient, qui permet de passer de l’enfance à l’état d’adulte.      S. Freud évoque les transformations qui s’y jouent :Le sujet  sort de sa période de latence, pendant laquelle il a marqué un temps d’arrêt dans l’évolution de sa sexualité, il a observé une désexualisation de ses relations d’objet, intensifié son refoulement, transformé ses investissements d’objets en identification aux parents; ce, jusqu’au début de la puberté, qui marque l’entrée dans l’adolescence et l’irruption de la sexualité qui envahit et transforme tout le champ des investissements  intellectuels, affectifs et sociaux. L’adolescent est alors centré sur une crise narcissique et identificatoire, avec des angoisses internes intenses; il réactive sa problématique oedipienne et se trouve face à des renoncements multiples (deuil de ses illusions personnelles  (moi idéal), deuil de ses imagos parentaux idéalisés). Ces processus psychiques sont souvent accompagnés d’une angoisse dépressive, d’une crainte de perdre l’amour et le soutien de ses parents. D. Marcelli , dans “Les états dépressifs à l’adolescence”, insiste sur les points communs entre dépression et processus d’adolescence : Il souligne les pertes et les séparations liées  à cette période : -         La perte de la stabilité de l’image et du corps : L’adolescent doit subir en quelques mois une transformation profonde de l’image de son corps; -         La perte de la bisexualité potentielle : Une fois que la puberté est inscrite dans le corps, l’individu se voit attribuer un sexe, et un seul. Nous parlerons alors d’intégration d’une nouvelle identité sexuée définitive (homme ou femme) .-         La séparation du lien oedipien : P. Blos reprend les idées d’A. Freud qui considère que l’adolescence est une réédition de l’enfance. Il est un des auteurs qui se réfèrent au processus de “séparation – individuation” de M. Mahler. Il décrit le processus d’individuation : “  ce qui dans l’enfance est l’éclosion de la membrane symbiotique pour laisser advenir un bambin individu est, à l’adolescence, la rupture des liens de dépendance à la famille, la perte des objets infantiles afin de devenir un membre de la société à part entière” (P. Blos, 1967). Ce travail de séparation, de désinvestissement des liens infantiles aux objets parentaux pour déplacer ceux-ci vers des objets d’amour extrafamiliaux autorisés, permet alors l’individuation par laquelle l’adolescent accède à l’autonomie.-         La perte de la quiétude du corps : L’irruption de la puberté fait apparaître une extrême tension à l’intérieur même du corps de l’adolescent, celle-ci est évidemment liée à l’émergence de la pulsion sexuelle et des besoins nouveaux qu’elle détermine.            

 

B)  La sexualité à l’adolescence et son trouble : La conception psychanalytique de la sexualité génitale humaine “en deux poussées successives, l’une de deux à cinq ans, l’autre à la puberté” est définie par S. Freud, dans le chapitre III des Trois essais sur la sexualité. :  “Avec le commencement de la puberté apparaissent des transformations qui amèneront la vie sexuelle infantile à sa forme définitive et normale. La tendresse sexuelle érotique était jusqu’ici auto-érotique, elle va maintenant définir l’objet de la sexualité. Elle provenait des tendances partielles et des zones érogènes.(...)Maintenant, un but sexuel nouveau est donné à la réalisation duquel toutes les tendances partielles coopèrent tandis que les zones érogènes se subordonnent au primat de la zone génitale”. T. Tremblais-Dupré (La sexualité adolescente et son trouble,PUF, p.71) souligne que “ces transformations s’opèrent au sein de la libido. Fixée d’abord aux zones érogènes, par étayage sur les soins de la mère, elle s’en détache pour revenir dans le Moi et composer le narcissisme primaire, pour être de nouveau envoyée à partir du Moi sur les objets extérieurs”. Nous pouvons aisément comprendre que les pulsions narcissiques et objectales issues de cette même libido vont peser dans les conflits liés à l’acquisition de la sexualité adolescente.Dans le cadre de notre recherche, nous nous concentrons sur l’adolescente et sa sexualité : T. Tremblais-Dupré évoque ce “ trouble d’être femme” .En effet, “ l’attachement qui, depuis sa naissance, lie la mère au corps et à la psyché de sa fille, va rendre difficile à celle-ci la conquête de sa liberté intérieure pour réaliser sa sexualité amoureuse. L’attitude inconsciente de la mère envers la petite fille qu’elle a été rendra plus ou moins  facile la narcissisation du corps pubère”. A la lecture de son essai, nous comprenons que l’adolescente qui, dans sa petite enfance, a été vouée à réaliser les rêves déçus d’une mère déprimée et insatisfaite, et qui aura  employé tout son amour à “réparer sa mère”, s’identifiant étroitement à ses besoins et ses goûts sans s’interroger sur ses plaisirs et déplaisirs propres, cette jeune fille risque de s’effondrer, dans l’incapacité de ressentir et d’identifier ses sensations érotiques : les passages à l’acte érotiques par exemple. De plus, notons les propos de J. McDougall, dans “l’addiction à l’autre : Réflexion sur les néo-sexualités et la sexualité addictive” (p.139) : “ Quand les évènements intérieurs ou extérieurs dépassent notre capacité habituelle à contenir et à élaborer  les conflits suscités, nous avons tous tendance à boire, manger, fumer plus que d’ordinaire.”Le passage à l’acte sexuel, précoce et répété de l’adolescente a-t-il la même visée? Est-ce un mécanisme de défense lui permettant de s’équilibrer psychiquement? L’agir prendrait alors le pas sur l’élaboration mentale; “l’acte venant en rupture d’un discours qu’il courcircuite “? (P. Delaroche, L’adolescence, Nathan, p.53) Insistons sur le fait que c’est dans la relation de dépendance  absolue du nouveau-né à sa mère, que s’effectue la première ébauche de son identité sexuelle. Dans des conditions “good enough” (Winnicott, De la pédiatrie à la psychanalyse,1958, p.399), il y a introjection de l’objet maternel, ou plus précisément introjection d’un environnement maternant, véritable installation psychique à l’intérieur de soi :  condition première et fondamentale pour la construction du sentiment d’identité psychique subjective et sexuelle. Or, les choses ne se passent pas toujours ainsi. Parfois, pour combler le manque de l’objet maternel soignant, le sujet va chercher dans le monde externe un substitut des objets manquants ou abîmés de son univers intérieur. Il souligne par ailleurs que  “la capacité d’être seul de l’individu” constitue l’un des critères le plus important de la maturité de son développement affectif. Ce passage à l’acte dans la sexualité, répond-t-il à une tentative de colmater une image narcissique défaillante, à une volonté de réparer des failles dans le sentiment d’identité?            

 

 C) Les investissements narcissiques à l’adolescence: Le narcissisme est “normalement” fragilisé en début d’adolescence. Amoindri, il s’étaye  de façon transitoire sur un narcissisme collectif. L’équilibre entre investissements narcissiques et objectaux, est donc fortement remanié, comme le souligne D. Marcelli, dans “Les états dépressifs à l’adolescence” (1995, p.29) : “L’adolescent passe parfois par des périodes de narcissisme exacerbé, puis par des phases de profond repliement. Cette perte de l’estime de soi s’accompagne en général d’un sentiment de malaise, d’ennui, de vide.” Ce vacillement identitaire trouve sa voie de sortie lorsque l’enfant a été élevé dans un environnement suffisamment bon, mais qu’en est-il lorsque ce n’est pas le cas?Nous l’avons déjà souligné, l’adolescence est tributaire de l’enfance et des modes d’investissement qu’elle a suscités et dépend de la qualité des identifications primaires et de l’intériorisation des relations objectales. “ On s’aime et on aime comme on a été aimé.”Mais parfois, l’estime de Soi est tellement en lambeaux, affaiblie, que l’adolescente  est menacée d’être happée dans la tourmente. Or, pour François Ladame, “le Narcissisme reflète notre façon de nous investir, il correspond à l’énergie psychique que nous plaçons en nous, à la valeur que nous nous accordons. Par là-même, il est en correspondance étroite avec la notion d’identité, avec la solidité ou la fragilité du sentiment d’existence propre, avec une pensée, un corps et des désirs. “( Les éternels adolescents, 2002, p.23) 

 

II – DEUXIEME PARTIE : LA  METHODOLOGIE : 

A ) Les hypothèses: 

A – 1 – L’hypothèse générale :  la sexualisation défensive précoce; 

Le passage à l’acte sexuel, précoce, répété et avec partenaires multiples d’une adolescente, a une fonction défensive prédominante : il permet de combler un sentiment de vide narcissique, par un étayage sur le monde extérieur.     

A – 2 – L’hypothèse opérationnelle : 

Ainsi, nous posons l’hypothèse suivante:Le passage à l’acte sexuel, précoce et répété , avec partenaires multiples, chez l’adolescente, est corrélé avec : -         un trouble de l’estime de soi ,-         un  défaut d’élaboration du processus de “ séparation – individuation “,-         il a pour fonction de restaurer, de panser la blessure narcissique. 

B) Les méthodes utilisées : 

B – 1 – Le  test d’inventaire d’estime de Soi , de S. Coopersmith :

Cette échelle mesure L’estime de soi, dimension du narcissisme, qui  indique dans quelle mesure un individu se croit capable, valable, et important. Le S.E.I. comporte 58 Items décrivant des sentiments, des opinions ou des réactions d’ordre individuel auxquels le sujet doit répondre par “Me ressemble”  ou “Ne me ressemble pas”; Il existe 2 formes de Test : Adulte et Scolaire. Devant la difficulté à nous procurer ce dernier, nous avons utilisé la forme adulte composée des échelles : générale, sociale, familiale,  mensonge et nous avons adapté l’échelle professionnelle, en items scolaires. Notons que cette dernière ne sera pas utilisée dans le traitement des résultats. 

B – 2 – L’entretien semi-directif :

Nous avons opté pour ce type de recueil de données car il favorise l’expression personnelle du sujet. Nous avons mis en place un questionnaire tentant de mettre en évidence :-         La nature du lien à la mère,-         La relation d’objet,-         La nature de l’angoisse interne,-         La capacité d’être seul du sujet (maturité  affective),-         La fonction du passage à l’acte sexuel. 

C –  La population : 

En regard de la sensibilité du terrain d’étude, nous avons été confronté à une grande difficulté d’approche de la population à tester. En effet, la sexualité est un sujet délicat à aborder avec une adolescente. Nous avons pourtant réussi à trouver 2 sujets correspondant à nos critères d’étude: Kelly, 14 ans et AnoucK, 15 ans.  

III – TROISIEME PARTIE - LES RESULTATS : A)  Recueil et traitement des données : 

A – 1 – L’observation de Kelly : 

Les résultats de kelly au test de Coopersmith sont les suivants :-         Echelle générale : 14 sur 26 (Moyenne générale à 22)-         Echelle Sociale : 3 sur 8 (Moyenne générale à  5,67)-         Echelle familiale : 2 sur 8 (Moyenne générale à 4, 92)-         Echelle Scolaire modifiée : 1 sur 8-         Echelle totale : 20 sur 50 (Moyenne générale à 33).Notons la faiblesse du score de Kelly, et tout particulièrement de son score aux échelles  familiale et sociale. Concernant le questionnaire, l’analyse des réponses de l’adolescente tant dans la communication verbale que non verbale, nous amène à faire les remarques suivantes:

La nature du lien à la mère :  La relation de Kelly à sa mère est en apparence aconflictuelle. En effet, au début de l’entretien, elle met en avant un lien de “copinage” très fort, qu’elle place comme un avantage, une transparence dans la relation, dont elle est fière. Elle construit comme une barrière de protection autour de celle-ci, comme on le ferait autour d’un enfant. Puis, les mots de Kelly nous permettent de présupposer que sa mère présente des symptômes dépressifs : Elle est “fatiguée”, “souvent triste”, “genre déprime”, et “seule”. Elle  semble avoir particulièrement désinvesti  sa vie de femme, tant dans son corps, que dans ses relations amicales ou amoureuses. Elle paraît immature , insatisfaite, non contenante, et ne jouant pas son rôle de parexitation. En souffrance narcissique, elle surinvestit sa fille qu’elle vit probablement, comme une extension de son “self “ défaillant et désorganisé. Nous avons senti chez Kelly une ambivalence entre la volonté de réparer cette mère en difficulté, et le désir de révolte contre le sentiment d’engloutissement et d’intrusion, très vite censuré par un sentiment de culpabilité surmoïque. Elle est comme engloutie par cette relation maternelle, et contrainte par l’obligation d’exister comme extension, projection narcissique de sa mère. Elle dit : “Elle m’aspire comme un aspirateur,... Elle me pompe”.Il nous semble que Kelly a accédé à une triangulation oedipienne, même si celle-ci n’est pas tout à fait organisée: Le père semble absent de son quotidien, mais présent dans ses affects. 

 

La relation d’objet, : Cette notion de “Tout ou rien” apportée par Kelly, nous paraît d’importance capitale. Elle cherche l’objet “idéal”, lui apportant une possibilité d’étayage, elle le place alors dans une sorte de toute puissance, qui peut basculer dans une déception intense, qui la fait sombrer dans un gouffre terrible. Nous soulignons donc une vulnérabilité à la perte d’objet et un mécanisme de défense par clivage. Dans ses rapports à ses partenaires, il n’y a pas de nuance dans ses liens affectifs, nous sentons chez elle ce désir instinctuel de possessivité sans limite. Cette idéalisation de l’objet se met en place brutalement et rapidement.

La nature de l’angoisse interne:  Une très forte angoisse de séparation, une peur de perte de l’objet sont significatives dans le discours de Kelly : lorsqu’elle est rejetée, elle a une angoisse de vide intérieur, qui s’installe et une peur de ne pas contrôler ses frustrations, “peur de péter un cable”. 

La capacité d’être seul du sujet : Kelly est incapable de faire face à la solitude. Seule, face à elle-même, elle panique, devant un sentiment de vide, un sentiment de vertige de son manque à être. Elle est totalement intolérante à la solitude et nous ressentons son besoin vital d’étayage sur le monde extérieur. 

La fonction du passage à l’acte sexuel : Kelly s’investit dans chaque histoire  “corps  et âme”, elle pense que passer à l’acte va lui permettre de préserver sa relation amoureuse : et elle est prête à tout pour ne pas “perdre son amoureux”; celui-ci devient alors un véritable objet narcissique, comme si sa présence inconditionnelle lui assurait la cohérence de son moi désorganisé et faible.  

A – 2 – L’observation d’Anouck : Les résultats d’Anouck au test de Coopersmith sont les suivants :-         Echelle générale : 14 sur 26 (Moyenne générale à 22)-         Echelle Sociale : 4 sur 8 (Moyenne générale à  5,67)-         Echelle familiale : 1 sur 8 (Moyenne générale à 4, 92)-         Echelle Scolaire modifiée : 1 sur 8-         Echelle totale : 20 sur 50 (Moyenne générale à 33).Les scores de l’adolescente sont également plus bas que la moyenne. Notons le score d’estime de soi au niveau de la famille particulièrement faible. Concernant le questionnaire, l’analyse des réponses de l’adolescente tant dans la communication verbale que non verbale, nous amène à faire les remarques suivantes : 

La nature du lien à la mère :  La  relation unissant cette mère et  sa fille est extrêmement conflictuelle et fusionnelle et ambivalente, comme peuvent l’être deux vases communicants. Elles se placent chacune à un extrême, qui leur permet probablement de se rapprocher, de se retrouver dans le conflit et les cris. Dans les propos d’Anouck, sa mère apparaît comme “gardant la face socialement, vis à vis du monde extérieur et relationnel, dans une sorte de faux-self maintenu en place, afin de cacher une certaine immaturité ou authenticité. Nous posons l’hypothèse que le lien qui les unit, passe notamment par leurs troubles alimentaires , puisqu’elles ont toutes les deux un rapport particulier à la nourriture. Beaucoup de reproches énoncés avec  violence et colère (elle est “nulle”, “zéro”) contrastent avec certains mots, comme “elle n’est pas là”, derrière lesquels pointent une attente d’écoute et de présence, signes d’ambivalence et de conflit d’affects opposés. Anouck voit sa mère comme castratrice (“elle est cassante”),  avide de  revendication phallique avec son époux, et cherchant à garder le pouvoir afin de tout contrôler. Il nous est difficile de savoir si ce lien conflictuel est un signe de mise en place de deuil de l’imago maternel, permettant alors une séparation. Cette position “contre” est –elle structurante, dans la prise d’autonomie, ou signe d’un défaut d’étayage? 

La relation d’objet : Anouck fait partie de ces adolescents, qui ayant une narcissisme déficitaire, tente par défense, de trouver un étayage sur le narcissisme collectif. Elle fait partie d’une bande de copains, dans laquelle elle joue le rôle “du clown, qui n’a peur de rien”, prix à payer, même si les relations  mises alors en place restent superficielles, elles lui permettent un minimum d’étayage sur l’extérieur.  

La nature de l’angoisse interne : Anouck a peur de ne pas être à la hauteur, et “de n’être rien”. Nous ressentons chez elle que la barre est placée tellement haut, qu’il lui est difficile de trouver une satisfaction dans qui elle Est : un Idéal du moi surdimensionné. Ce vers quoi elle tend ne pourra jamais être atteint : ce qui l’enfonce dans une quête d’idéal narcissique sans faille. 

La capacité d’être seul du sujet  : Nous retrouvons chez Anouck, cette incapacité à  accepter et apprécier la solitude. Elle montre une intolérance totale à celle-ci : le silence, le vide, le rien lui sont  insupportables. Nous prenons donc sa réponse pour une marque importante dans son développement psycho-affectif. 

La fonction du passage à l’acte sexuel : La dernière partie du questionnaire, touchant à la sexualité m’a semblé éprouvante pour Anouck. Elle s’est murée dans un mal-être physique sans parole où les mots étaient impossibles. A. Braconnier (La sexualité et l’adolescence, Eres, 2002) a étudié les comportements sexuels mécaniques, instrumentalisés et comportementalisés, il parle très bien de ces silences  : “ Les plus angoissés sont ceux qui ont le plus  de mal à mettre en mots leurs sentiments heureux et malheureux”; et il ajoute que : “ Moins l’adolescente a des capacités langagières à rendre compte de ce qu’elles vivent, plus elle va avoir tendance à mettre en acte leur sexualité, comme une manière de tenter de résoudre ce qui n’est pas exprimable par des mots”. A la lecture de ceci, nous comprenons mieux ce mouvement de balancier entre agir et parler.  

 

B) ANALYSE ET DISCUSSION : Revenons à notre hypothèse opérationnelle : En nous appuyant sur les observations de Kelly et d’Anouck, nous avons trouvé une corrélation entre le passage à l’acte sexuel, précoce et répété , avec partenaires multiples, chez l’adolescente et  un trouble de l’estime de soi .Concernant sa corrélation avec un  défaut d’élaboration du processus de “ séparation – individuation “, elle apparaît clairement dans le cas de Kelly, mais nous amène à plus de précaution dans le cas  d’Anouck. Pourtant, nous pensons pouvoir affirmer que cet “agir” a pour fonction de restaurer, de panser une blessure narcissique, prédominante chez nos deux sujets.  A travers nos lectures de préparation de ce travail de recherche, un grand nombre d’écrits  dans le domaine du passage à l’acte, nous ont amené vers l’étude d’organisations limites.. Quoique tout à fait consciente de l’impossibilité de porter un diagnostique sur nos deux adolescentes, nous avons retrouvé certains points abordés et soulignés dans ce type de fonctionnement psychique. R. MISES (Les pathologies limites de l’enfance, 1990) évoque un défaut d’étayage, un défaut d’élaboration de la fonction de contenance, une problématique de l’absence qui reste impossible à constituer, un défaut d’élaboration de la position dépressive au sens Kleinien, et enfin une vulnérabilité à la perte d’objet (pas d’intégration des angoisses de séparation).  

CONCLUSION : Malgré les biais de cette étude (population restreinte, questionnaire non validé,...), nous pensons avoir mis en évidence de façon significative que le passage à l’acte dans la sexualité, répond à une tentative de colmater une image narcissique défaillante, à une volonté de réparer des failles dans le sentiment d’identité. Il prend alors une valeur de symptôme anti-dépressif, couverture d’un défaut du self. Nous comprenons le sens des paroles de C. CHILAND : “ L’adolescence est tribut            aire, dans son évolution, de l’enfance et des modalités investissements qu’elle a suscitées “. (L’entretien clinique, 1983, p.103). 

Observations de Kelly et Anouck : 

Tests d’Estime de soi Questionnaires 

OBSERVATION N°1  : KELLY : 

Kelly est une adolescente de 14 ans. J’ai été amené à la rencontrer , dans le cadre de mon TER, car aux dires d’une de ses relations de collège, elle correspondait aux critères que je recherchais. Nous nous sommes rencontrées  après ses cours, dans un café à côté de chez elle. Je me suis retrouvée face à une belle jeune fille, féminine, coquette, souriante, avenante. Elle est maquillée et fait beaucoup plus que son âge. Elle a envie de bien faire, de se montrer serviable et de répondre “au mieux” à mes questions. Elle est habillée à la pointe de la mode, et me semble totalement investir son image physique. Dans un premier temps, je lui ai expliqué le déroulement de l’entretien : Passation d’un test de personnalité, et questionnaire sur le regard qu’elle porte sur son adolescence. Pendant la première partie du questionnaire, son discours est clair et fluent; son regard est direct et soutenu; elle semble à l’aise et posée dans ses mouvements. Puis, son comportement, la prosodie de ses réponses , ses intonations et sa disponibilité changent lorsque la dernière partie du questionnaire touchant au thème de sa sexualité est abordé. Les mots ne viennent plus, et le regard se perd. Les réponses ci-dessous ont été enregistrées mais  comportent parfois des coupures. Ce, jusqu’aux questions touchant au domaine de la sexualité, Kelly n’ayant pas souhaité être enregistrée. Je n’ai pu noter sur mon questionnaire que les phrases ou expressions qui me semblaient importantes. 

QUESTIONNAIRE : 

1)     Quel âge avez-vous ? “J’ai 14 ans....Je viens de les avoir au mois de décembre.”  

2)     En quelle classe êtes-vous? “En quatrième... J’ai redoublé ma sixième; Je ne suis pas très bonne au collège; ça me gonfle... J’aime pas trop ça les maths, la physique... c’est pas mon truc.” 

3)     Avec qui vivez-vous? “Je vis avec ma mère....Mes parents sont divorcés depuis que j’ai 3 ans... Mon père s’est remarié, il a eu d’autres enfants... mais je ne les vois presque jamais.. Lui, il m’appelle pour mon anniversaire m’envoie un chèque et basta!!

Et votre mère ? “Non, elle, elle est toute seule... enfin je crois... mais je le saurais si elle était avec quelqu’un, elle me le dirait, vu qu’on s’dit tout;

A-t-elle eu des relations amoureuses depuis son divorce ? “De ce que je sais, non... elle a pas envie de s’emmerder avec ça, je crois,  enfin c’est ce qu’elle ma dit.  (silence) Mais, c’est vrai que dès fois, j’aimerais bien.. qu’elle ait quelqu’un... On s’entend bien, mais dès fois c’est dur de la laisser le soir quand je sors... Elle est toute seule quoi, devant sa télé ou un bouquin.” 

4)     Comment qualifieriez- vous  vos rapports avec votre mère? “Moi, je les trouve top... On est comme des copines, c’est comme une grande soeur, je lui raconte tout... mes histoires... mes délires... mes coups de blues, et puis elle aussi, elle me raconte ce qui ne va pas.... Elle est souvent triste, genre un peu déprime, un peu, je me mets au fond de mon lit et je dors. Dès fois le week-end, elle se lève même pas... Dès fois, je hurle tellement ça m’énerve, parce que j’aimerais bien qu’elle bouge quoi, qu’on fasse des trucs mais bon , c’est pas grave, ça passe. Heureusement, on s’entend super bien...”  

5)     Est-ce que vous pourriez trouver cinq mots qui caractériseraient la façon dont vous la percevez en tant que mère ? “Euh... C’est dur ça... Une minute, laissez moi réfléchir... Cool..., Copine,...Pas sévère,...Fatiguée,...très Proche... Ca va çà?”  

6)     Est-ce que vous pourriez trouver cinq mots qui caractériseraient la façon dont vous la percevez en tant que femme ? Dans ses rapports avec les autres? Et dans ses rapports avec elle-même? “Alors comme femme....Elle est... pas très femme... pas très coquette... un peu négligée,il faudrait qu’elle maigrisse, elle a beaucoup grossi... Elle fait pas très attention à elle; Avec les autres... elle a pas beaucoup d’amis en tout cas de moins en moins... elle est pas très drôle avec eux, elle est toujours fatiguée, elle veut jamais sortir même quand on lui propose. Je crois qu’elle a plus le courage... (silence) ...DE ? ben, de croire en quelque chose. 

7)     Est-ce que vous pourriez trouver cinq mots qui caractériseraient la façon dont vous la  percevez en tant qu’épouse? “Ben c’est dur,parce que je me souviens pas d’elle avec mon père... Mais lui il me dit qu’elle était chiante, super jalouse, possessive et qu’il est parti parce qu’elle ne le laissait pas respirer... C’est vrai que elle peut être saoulante par moment... Et fais-moi ci, et apporte-moi ça... Elle me pompe moi dès fois, comme si elle m’aspirait comme un aspirateur... alors au bout d’un moment, je m’énerve.. et je crie.. et puis après je me sens coupable.. parce que bon , c’est ma maman quoi, quand même” 

8)     Avez-vous des ami(e)s? Si oui, font-ils partie de votre environnement scolaire? Ou extrascolaire? Ont-ils votre âge? “Oui, j’ai une super bonne amie, je l’adore, avec qui je m’entends super bien ..elle est géniale, drôle, on se marre bien... Elle est plus âgée que moi, elle a 15 ans et demi; Mais je ne m’entends pas trop trop bien avec les gens de ma classe, ils sont trop jeunes pour moi.. On a pas les mêmes occupations, les mêmes discussions. lls sont trop bébés, ils me gavent grave. Toutes façons moi, c’est tout ou rien ...ou je m’entends super bien avec les gens ou je les déteste et dans ces cas là, je ne veux même pas les voir... quand je suis déçue par quelqu’un, c’est fini....Je suis super rancunière, mais à chaque fois j’ai beaucoup de mal à m’en remettre, parce que quand j’aime quelqu’un je l’aime à fond.”  

9)     Avez-vous des peurs, des craintes, qui vous angoissent particulièrement dans votre vie quotidienne?  Dans votre futur ? “Ben oui, j’ai plein de trucs qui m’angoissent... de voir ma mère comme ça dès fois ça m’angoisse.. et puis j’ai l’angoisse de péter un câble... j’suis nulle en cours donc qu’est ce que je vais faire plus tard, je ne sais pas... C’est le grand vide hein et c’est pas  facile” 

10) La solitude vous fait-elle peur?  Ou aimez-vous rester seule? “Je déteste rester toute seule... je ne le suis jamais... je préfère sortir me balader toute seule dans la rue que de rester toute seule chez moi. Si je reste, j’allume la télé, la radio tout en même temps.. et là, ....à la limite; ça peut aller. 

11) Avez-vous déjà eu des rapports sexuels? “.....Oui “. 

12) A quel âge avez-vous fait l’amour pour la première fois? “....A 13 ans, Est-ce que vous pouvez arrêtez le magnétophone parce que j’aime pas parler de ça avec ce machin qui tourne”Arrêt du magnétophone.  

13) Pouvez-vous me parler un peu de cette première fois?   Elle ne se rappelle pas, “ c’était pas top, mais bon c’est normal , c’est toujours comme ça la première fois”.  

14) Avez-vous eu d’autres partenaires depuis? Elle me répond qu’elle en a eu 4. Et que son problème, c’est qu’elle tombe facilement amoureuse et que quand elle aime quelqu’un elle est prête à faire n’importe quoi pour le garder.

Nous nous lançons, et lui demandons si elle pense qu'il faut faire l’amour pour garder la personne avec qui on est? Elle nous répond que “oui”, mais que ça n’a pas l’air de marcher puisque ses histoires ne durent jamais longtemps. Elle nous dit : “ A chaque fois c’est le drame, parce que j’y crois et je me fais ramasser!!”Ces partenaires la trouvent  trop “collante”.

Elle est gênée et mal à l’aise. 

15) Et si vous aviez un voeu  à faire, ce serait lequel? Trouver  un “mec” qui l’aime comme elle est.   

 

OBSERVATION N°2 : ANOUCK : Anouck est une adolescente de 15 ans. Elle est la patiente d’un de mes amis, gynécologue, qui après obtention de son accord et de celui de sa mère, m’a mise en contact avec elle. Anouck souffre de troubles alimentaires (boulimie) et a déjà subi une intervention volontaire de grossesse. Je n’aborderai pas  ce dernier point pendant l’entretien qui s’est déroulé, chez son gynécologue, dans une pièce attenante à son cabinet. Je lui ait expliqué le déroulement de l’entretien, passation d’un test de personnalité et questionnaire sur le regard qu’elle porte sur son adolescence. A ma demande d’enregistrement de ses propos, elle me répond par la négation. J’ai donc annoter réponses verbales et non verbales que j’ai estimées comme prévalentes, puis, j’ai tenté de les compléter à la fin de l’entretien par ce que j’ai maintenu en mémoire. Anouck, est une jeune fille au physique un peu “ingrat” : elle est de corpulence assez forte, porte encore un appareil dentaire, sa peau est à tendance acnéique et se ronge les ongles. Elle n’est pas très féminine dans sa tenue vestimentaire. Elle n’est pas à l’aise, me paraît nerveuse, ne tient pas en place sur sa chaise, elle place très souvent ses mains sous ses cuisses (dans une forme de repliement ou de contention, qui dans mon ressenti, “l’empêche de lever le poing”). Elle est dans la hâte que notre entrevue se termine, même si elle “abaisse la garde progressivement”. Elle a le regard fuyant,   un léger tic de l’oeil gauche,  et maintient sur ses lèvres un semblant de sourire que j’interprète comme “de la gêne”.Ses réponses sont courtes, le ton est cassant, le rythme de prononciation extrêmement rapide, et lorsque l’émotion pointe, elle rougit fortement.  

QUESTIONNAIRE :  

1)     Quel âge avez-vous? 15 ans.  

2) En quelle classe êtes-vous ? Elle est en troisième, elle a redoublé son CP.   

3) Avec qui vivez-vous ? Elle vit avec son père, sa mère, sa soeur (17 ans) et son frère (9 ans).Elle partage sa chambre avec son aînée, et la cohabitation ne se passe pas très bien. Je pointe là, une rivalité importante. J’insiste sur ce point, elle me répond : “Elle me gonfle,c’est une grosse égoïste qui ne pense qu’à elle”.  

4) Comment qualifieriez-vous vos rapports avec votre mère ? Elle lève les yeux au ciel. Dans sa réponse, je souligne : de fréquentes disputes, des cris, des portes qui claquent, des pleurs. “Dès fois, je suis obligée de sortir de la maison, tellement, elle m’énerve”.Sa mère semble très prise par son activité professionnelle (avocate), être peu présente à la maison et “quand elle est là, c’est juste pour hurler... Elle m’écoute jamais, elle a pas le temps; (...) Je sens que certaines fois elle essaye, elle fait des efforts, mais elle n’y arrive pas, c’est plus fort qu’elle, il faut qu’elle gueule, alors  je geule plus fort qu’elle pour me faire entendre.” 

5) Est-ce que vous pourriez trouver cinq mots qui caractériseraient la façon dont vous la percevez en tant que mère ? Anouck hésite, puis “balance” sa réponse avec un rythme extrêmement rapide. Je ressens une violence intense dans son intonation :“ nulle, chiante, pas là, zéro,  cassante”Je lui demande ce qu’elle veut dire par “cassante” : “Elle a  toujours le mot qui va faire mal”. 

6) Est-ce que vous pourriez trouver cinq mots qui caractériseraient la façon dont vous la percevez en tant que femme ? Dans ses rapports avec les autres? Et dans ces rapports avec elle-même ? La réponse d’anouck est donnée avec un sourire de provocation. A cette question, elle prend le temps de chercher la précision. “En tant que femme : belle mais pas  vraiment femme,  froide, elle fait tout parfaitement, elle porte la culotte, maigre”.Avec les autres : “ Elle a plein d’amis, elle a toujours le temps pour ses copines au téléphone, souriante,  hyper-pro, devant elle, est toujours calme”Avec elle-même : “Elle est dure, toujours au régime, elle s’aime trop, tout doit être toujours parfait, jamais un cil ne dépasse, envie de lui dire “allez, pète un coup!” 

7) Est-ce que vous pourriez trouver cinq mots qui caractériseraient la façon dont vous la percevez en tant qu’épouse ? Anouck éclate de rire et dit “Mon pauvre père”!Elle enchaîne en me disant que son père se sauve le plus souvent de la maison, et qu’il n’est presque jamais là quand sa mère est présente. Il fait beaucoup de sport et travaille beaucoup lui aussi. En tant qu’épouse : “ chiante, saoulante, envahissante, gonflante, une horreur quoi!!” 

8) Avez-vous des ami(e)s ? Si oui, font-ils partie de votre environnement scolaire? Ou extra-scolaire? Ont-ils votre âge ? Anouck me dit avoir plein de copains, filles comme garçons. Elle me dit que l’on recherche sa compagnie car “ avec elle, on se la pète de rire! “ et qu’elle n’a peur de rien. Elle me parle de “bande de copains avec qui elle passe beaucoup de temps”. Ceux sont des copains de collège, de son âge ou plus jeunes.

Je lui demande si dans cette bande, elle a des personnes sur qui elle peut vraiment compter, avec qui elle aurait des relations profondes, de partage et d’entraide. Elle rougit...Et me fait “non” de la tête. Après un long silence, elle me lance “Je suis le bouche-trou de la bande, mais je m’en fous, parce que moi, je suis bien avec eux “. 

9) Avez-vous des peurs, des craintes, qui vous angoissent particulièrement dans votre vie quotidienne? Dans votre futur ? Anouck me dit que sa plus grande peur, est de ne pas être à la hauteur. Elle n’est pas “bonne au collège”, elle est “grosse”, “elle n’arrive à rien”. Elle ajoute : “pourtant, j’aimerais prouver à mes parents que je peux y arriver”.Je lui demande ce qu’elle veut dire par “y arriver” : “Etre quelqu’un”.Elle me dit : “J’ai l’angoisse d’être rien”.  

10) La solitude vous  fait-elle peur ? Ou aimez-vous rester seul ? Elle déteste rester toute seule. Elle ne l’est d’ailleurs jamais. Le silence aussi elle déteste.  

11) Avez-vous déjà eu des rapports sexuels ?  “Oui”...  

12) A quel âge avez-vous fait l’amour pour la première fois ? “ A 13 ans et demi “. 

13)  Pouvez-vous me parler un peu de cette première fois ? Elle me fait non de la tête... Le silence s’installe.... “ Y’a rien à dire”... Je lui rappelle qu’elle n’est pas obligée de répondre, et tente de la rassurer car elle semble perdue. 

14) Avez-vous eu d’autres partenaires depuis ? Elle oscille la tête, mais semble ailleurs. Elle évite mon regard. 

15) Et si vous aviez un voeu à faire ce serait lequel ? “ Changer de nom “.Je lui demande pourquoi, elle hausse les épaules. 

 

FICHES DE LECTURE 

Agressivité et Violence - Pierre FERRARI 

Mots clés : concept d’agressivité, pulsion de mort, tendances criminelles des enfants normaux”; violence intra-psychique, violence inter-humaine, violence fondamentale, violence liée au sentiment de désubjectivation 

Concept d’agressivité porteur d’une double signification : force pulsionnelle, dont l’existence pourrait être postulée au sein de chaque individu et dont la visée est double :- exercer sur l’objet une emprise dans le but de le contraindre de le posséder-exercer sur l’objet nuisance, humiliation, voire destruction. FREUD; Au-delà du principe de plaisir, 1920:  “agressivité = partie émergée de l’iceberg que constitue la pulsion de mort, partie qui fait surface, qui se détourne de l’intérieur du sujet pour exercer son action sur le monde externe Mélanie KLEIN : “fantasmes de destruction précoces, phase dépressive dont la problématique essentielle est constituée par le fait que l’enfant doit pouvoir faire confiance à la puissance réparatrice de son amour pour surmonter neutraliser la puissance destructrice de sa haine et de son agressivité. BERGERET - Violence Fondamentale: non rattachée à la pulsion de mort, violence pour la survie lorsque la vie elle-même est menacée, instinct violent, naturel, inné, fondamental, universel et primitif en dehors de tout désir haineux, dans une logique unique de survie, tuer l’autre pour survivre. Violence liée à la désubjectivation : sentiment de ne pas être reconnu comme un sujet, menace sur l’identité, sur le narcissisme du sujet: que cette menace soit objective ou purement fantasmatique. Ici, la violence est en rapport avec les attitudes et les réponses de l’entourage (Ph. JEAMMET). Violence dans son rapport à l’objet : à visée désobjectalisante, dépouillement de la qualité humaine unique d’autrui, déshumanisation chosifiante d’autrui. Violence à capacité à se retourner contre le sujet en conduite autodestructive : la rage narcissique prend comme objet le corps de l’adolescent (mauvais objet primaire). Détruire le corps = Réduire son monde interne au silence. Violence et dépendance : Organisation du monde interne de l’adolescent ne peut se faire, il reste alors dépendant de la présence d’objet externe ( déficit d’intériorisation du lien à l’objet dans le moi). Cette dépendance est génératrice de violence                      

Pierre BENGHOZI - SCENARIO GENEALOGIQUE DE LA VIOLENCE, HONTE ET CLINIQUE DU LIEN  

Mots clés :violence; agressivité; lien; trace et empreinte 

violence : destructrice du sujet Agressivité : convoque l’autre, provocation de l’autre et interpelle l’altérité Lien de filiation: niveau vertical des ascendants Lien d’affiliation : lien d’appartenance à un groupe à ne pas confondre avec relation; ex: le lien peut être clair et la relation conflictuelle. Trace : marquage positif de la transmission Empreinte : Marquage négatif : matériel psychique transmis d’une génération aux autres non révélé, non représenté, non symbolisé. La conflictualité agressive relationnelle convoque la violence du lien en souffrance 

 

 

ROGER MISES – LES PATHOLOGIES LIMITES DE L’ENFANCE; Le fil Rouge; PUF(19990)

 

Mots clés : organisations limites; Border Line; Dysharmonie évolutive de l’enfance de  type psychotique ou névrotique; archaïque

 

REPERES CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES :

 

1)     opposition Névrose – psychose + Individualisation d’un 3ème axe : Etats

Limites (centre de gravité entre les deux pôles fixes avec plus ou moins de

fermeté Névrose et psychose)

 

2)     Registre de la psychose : question de la dépendance, de l’autonomie, déni,

projection, clivage, retournement contre soi et en son contraire

 

3)     Registre de l’archaïque : défaillances de l’intériorisation, de la représentation,

pas de possibilités de déplacement, nécessaire à la mise en oeuvre efficace

de défenses plus évoluées

 

4)     Dans les pathologies limites, l’enfant est confronté aux angoisses dépressives, à l’insécurité intérieure, aux menaces d’intrusion et de perte d’objet;

Le désir de communiquer reste perceptible, les aptitudes relationnelles, les capacités adaptatives sont assurées, même si ce n’est qu’en secteur et de façon discontinue.

5)     Symptomatologie, motifs de consultation :

Troubles de l’alimentation, du sommeil, du contrôle sphinctérien, du langage, tendance au repli à l’isolement à l’inhibition à la persistance d’une immaturité

Affective, anxiété, symptômes de phobies, d’obsessions et

Troubles de conduite : Agirs.

6)     Aspects psychopathologiques :

 

-         Défaut d’étayage :

 Insuffisance des apports libidinaux et les défauts d’ajustement qui se sont manifestés dans des périodes exigeant une étroite adaptation aux besoins de l’enfant.

Discontinuité du processus de soins maternels  fait entrevoir comment se sont inscrites des failles, des distorsions qui altèrent le déroulement de l’histoire vécue, sans que pour autant survienne une véritable rupture; l’enfant en dépit des défaillances de l’environnement a été capable de mettre en oeuvre des capacités assez remarquables, même si elles se sont développées de façon dysharmoniques;

il en découle les mécanismes qui assurent l’individuation, la maîtrise des instruments de la symbolisation, l’accès à la vie fantasmatique.

 

-         Défaut d’élaboration de la fonction de contenance :