Réalité et objectivité dans la Psychose et la Névrose

 

Rappelons ici le cour de sémiologie « Psy » en son début : "• Une psychose est une pathologie mentale qui perturbe gravement la relation de l'individu au monde extérieur, altère son affectivité, son jugement et sa conscience de soi. Au même titre que les névroses, les psychoses trouvent leurs origines dans la psychogenèse et la sociogenèse. Ainsi, le monde extérieur serait responsable de la structuration des psychoses. La psychose est destructrice, elle ne permet pas le plus souvent dans ses formes les plus graves une adaptation socioprofessionnelle. Dans les traits de caractères psychotiques, nous retrouvons : Le caractère schizophrénique, Le caractère paranoïaque, Les traits de caractère narcissique. • Une névrose est une pathologie mentale, qui peut-être aussi invalidante que la psychose, même si elle ne désorganise pas la personnalité. S'il en a la capacité, le névrotique s'insère parfaitement dans le cadre de la vie socioprofessionnelle. Le névrotique a pleinement conscience de ses troubles et en souffre. Le caractère névrotique est caractérisé par un Surmoi de devoir, rigide, moraliste : un Surmoi qui tyrannise, qui empêche le sujet de réaliser sa propre individualité.

 

Toute psychose est due à un trouble dans le rapport de l’individu à la réalité, comme nous le verrons, en se retirant de tout ou partie de la réalité, mais, toute névrose est aussi un trouble d'une façon ou d'une autre dans le rapport de l’individu à la réalité, elle est pour lui un moyen de se retirer d'elle et, dans ses formes graves, signifie directement une fuite hors de la vie réelle. La névrose est donc le résultat d’un refoulement qui ne s’est pas fait, cet échec entraîne une perte de la réalité qui porte précisément sur le fragment de réalité dont l'exigence a eu pour résultat le refoulement."

Une belle-mère est amoureuse de son beau-fils, sa fille vient de mourir d’un accident de voiture est ébranlée, devant le lit de mort de sa fille, un fantasme fait irruption sans sa conscience : « maintenant il est libre, je peux faire l’amour avec lui ». Ce fantasmes est aussitôt refoulé. Le mécanisme psychotique va mettre dans un premier temps un déni de la réalité, dans les mécanismes névrotiques, face à l’échec du refoulement il y aura mise en place de symptômes hystériques, obsessionnels ou phobiques. Ainsi dans les deux cas, tout ou partie de la réalité va être transformé, pour interdire la prise en conscience de la pulsion et de son fantasme. Dans un deuxième temps, le moi va essayer de ré-agencer aux frais du ça la relation à la réalité.

Si dans la névrose il y a d’abord refoulement avec fuite de la réalité, puis, suite à l’échec du refoulement transformation du fantasme en symboles et/ou symptômes ; dans la psychose il y a coupure et dénie  création d’une nouvelle réalité propre à la tendance psychotique, cette nouvelle réalité est reconstruite à partir des fantasmes du sujet. Dans la perversion, il y a aussi un déni de la réalité, mais dans ce type de personnalité, les fantasmes sont projetés sur le monde extérieur afin de modifier l’apparence de la réalité aux yeux de tous.

 

 

NEVROSE

PSYCHOSE

Le moi, confronté à la réalité, réprime la pulsion : le pouvoir du réel

Le moi, au service de la pulsion, se coupe et déni une partie de la réalité : Toute-puissance du ça

Névrose et psychose sont donc l'une comme l'autre l’expression du conflit entre le ça et le monde extérieur qui entraîne un déplaisir lié à l’incapacité à s'adapter à la réalité. Il y a donc perte ou modification d’une partie de la réalité.

Névrose et psychose se distinguent bien plus entre elles dans la première réaction, qui les introduit, que dans la tentative de ré-agencement qui la suit.

L’échec du refoulement entraîne dans l’après-coup, une tentative de fuite. La névrose ne dénie pas la réalité, elle veut seulement ne rien savoir d’elle.

Un fragment de réalité est reconstruit. La fuite initiale est suivie d'une phase active, celle de la reconstruction. La psychose dénie la réalité et cherche à la remplacer.

Le moi est sous le pouvoir et le contrôle de la réalité.

Le moi est sous le pouvoir du ça.

Les  fantasmes s'étayent, comme les jeux d’enfants, sur un fragment de la réalité - autre que celui contre lequel ils doivent se défendre -, et lui confrèrent une importance particulière et secrète, les symptômes et/ou les symbôles.

Le monde fantasmatique veut se mettre à la place de la réalité extérieure.

 

 

NEVROSE :

surinfluence du réel

PSYCHOSE :

surinfluence du ça

1er temps

- Refoulement

- Fuite, évitement du réel

- Moi coupé de la réalité

- Déni du réel

2ème temps

- Echec du Refoulement

- Utilisation symbolique du monde fantasmatique

- Reconstitution aux frais du ça de la relation à la réalité

- Projection dans le réel du monde fantasmatique

 

Par réel, réalité, on entend traditionnellement ce qui existe effectivement. L’effectivité de l’existence est posée par son objectivité, c’est à dire qu’elle s’impose universellement à tout sujet. Autrui (singulier ou collectif) est donc toujours au fondement de la constitution du réel, en tant que, précisément, c’est lui qui assurerait que ce qui serait réel est objectif. Se pose ici la question de la réalité collective (religion, groupe, politique, secte, etc.). La réalité, telle qu’on l’entend plus usuellement, c’est la réalité perçue, c’est le monde extérieur commun (perceptum, sensorum). Nos représentations du monde extérieur ne sont pas le simple résultat de la combinaison de nos sensations directes. Ces sensations sont filtrées, évaluées, rendues signifiantes. D’abord pour une raison d’économie cognitive évidente : le nombre d’information contenu dans nos sensations dépasse de très loin la capacité de traitement de notre cerveau. Ensuite pour des raisons métapsychologiques (topique, dynamique, économique, primauté du plaisir de représentation sur le plaisir d’organe). La représentation que nous nous faisons du réel est donc une représentation parcellaire qui repose sur des filtres historiques, sociaux et issus de notre histoire personnelle.

Quand on parle de rapport perturbé à la réalité, il ne s’agit pas d’une défaillance sensitive mais, dans le cadre de la névrose et du premier temps de la psychose, d’altération de la perception. C’est le second temps de la psychose qui apparaît comme le plus perturbé dans son rapport au réel puisqu’il y a projection dans la réalité d’éléments fantasmatiques. Les hallucinations d’un délire psychotique ne sont pas objectives mais pourtant bien réelles (elles existent effectivement pour le psychotique et des sujets extérieurs peuvent témoigner de l’effet de cette existence).

Dans la crise phobique (l’araignée par exemple) la réalité n’est pas modifiée, la phobique va dire « je vois des araignées partout », la crise est violente avec irruption dans la réalité des araignées et renforcement de la signification symbolique (déplacement d’affect). Dans l’hallucination psychotique, il va y avoir dans le réel des araignées là où il n’y en avait pas. L’intensité angoissante et douloureuse des crises de perturbations peut être aussi forte dans la névrose que dans la psychose, la perturbation aussi " impressionnante " pour un regard extérieur.

Le délire rationalisant d’un paranoïaque qui n’hallucine pas ne projette pas dans le réel de nouvelles " perceptions " mais surdétermine, dans le registre d’une signification close, les perceptions objectives. Tout comme la névrose phobique. A noter, dans cette comparaison, que la terreur phobique issue d’un déplacement d’affect apparaît comme beaucoup plus " processus primaire " que le discours logorrhéique du paranoïaque qui semble enfermé dans une boucle de processus secondaire (systémique et formalisateur).

A  retenir : l’intensité de la perturbation du rapport au réel n’est pas un critère diagnostique.

Notons que dans le premier temps de la névrose comme de la psychose, la " réalité " dont il est question, c’est la réalité sociale, réalité historique, réalité du domaine de la signification liée le plus souvent à l’identité sexuelle (réalité de l’absence de pénis de la mère), à la prohibition de l’inceste, à la fonction paternelle. Une réalité donc qui, par elle-même, est relative car conventionnelle. Réalité signifiante qui prête au " jeu " du signifié. Réalité porteuse de désirs. La réalité dont il est question est toujours de nature sexuelle et/ou symbolique : réalité de l’absence de pénis de la mère, la " castration " de la mère, réalité d’un désir de meurtre.

L’existence des notions d’état compensé/décompensé de la psychose (alors que ces notions ne sont pas utilisées dans le champ des névroses) vient appuyer cette hypothèse. Une psychose compensée serait l’état d’un sujet dont la structure psychotique n’a pas rencontré de situation de conflit de désirs nécessitant un recours aux deux temps du mode de défense psychotique (déni, ré-agencement). La décompensation serait de cette façon définie par l’utilisation de cette défense et plus particulièrement de sa partie la plus visible, la reconstruction (délire, hallucination).

Garder en mémoire le fonctionnement pré-objectal du psychotique : flou des limites Intérieur/Extérieur, Vivant/Objet, Bon/Mauvais.

  Extrait des cours du Docteur Erick Dietrich

Créer, - voilà la grande délivrance de la souffrance, voilà ce qui rend la vie légère. Mais pour qu’existe celui qui crée il faut beaucoup de souffrance et de métamorphose.

Oui, vous qui créez, il faut qu’il y ait beaucoup de mort amère au sein de votre vie ! Ainsi vous êtes les intercesseurs et les justificateurs de tout ce qui est périssable.

Pour que le créateur soit lui-même l’enfant nouveau-né, il lui faut aussi vouloir être la parturiente et la douleur qu’éprouve la parturiente.

Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra 

Bibliographie

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