|
|
|
|
En
ce qui concerne la théorie du bouc émissaire, elle correspond à un cours du
Professeur Jean Audet qui s’est appuyé sur la théorie de René Girard
(centre international des sciences criminelles et pénales). Dès
le début de l'aube de l'humanité, l'homme s'appuie pour comprendre le monde et
lui-même sur la magie, le divin et le mystique (ce que l'on retrouve chez
l'enfant dans la "pensée magique" et la "toute-puissance"
qui peut persister pathologiquement chez l'adulte). Seule une certaine forme de
"moralité, d'éthique et d'honneur" serait susceptible d'enrayer la
violence générée par le désir mimétique, mais pour les primitifs, le moins
mauvais compromis trouvé fût d'expulser les "fautes de la communauté"
sur un objet symbolique qui sera sous ou forme ou une autre sacrifié. Il
en est, malheureusement de même, dans nos sociétés dites civilisées, qui
oscillent entre rationalisme et irrationalisme ; la métaphysique, la
transcendance et le paranormal sont là pour tenter d'apporter des réponses aux
questions angoissantes. Ainsi, avec l'apogée des dogmes religieux et plus
particulièrement judéo-chrétiens, du "nouvel ordre moral" et de
"la pensée unique", il va falloir que la communauté trouve des boucs
émissaires, pour que leur sacrifice suffise au rachat de "la faute
commise" (les affaires politiques, financières, sportives, de corruptions,
de sexes etc...). Ainsi, au lieu d'éviter la "faute" dans nos sociétés
civilisées grâce à l'éthique et l'honneur, l'homme commet la faute et pour
pouvoir la renouveler en toute impunité il va la faire "pardonner" en
utilisant un "autre que lui" pour la racheter. Il va ainsi créer
l'illusion que "la morale est sauve". Ainsi, on quitte le plan de la réalité
où a été commise "la faute" pour passer au plan de l'imaginaire et
du symbolique pour pouvoir, aux yeux de la communauté, restaurer "la bonne
conscience". Ainsi,
se constitue l'origine du "bouc émissaire". Il est évident, dans nos
sociétés modernes, que les boucs émissaires seront choisis en fonction de
critères bien définis et en ce qui me concerne j'en vois deux. Le
premier consiste à choisir un individu ou un groupe d'individus qui "dérangent"
et dont l'élimination profitera pour des raisons souvent politicofinancières
à celui qui a commis la faute. La
deuxième sera de choisir un individu ou un groupe d'individus, soit faible,
soit qui par leurs différences focalisent sur eux une malveillance et une
agressivité qui a d'ailleurs pu être pré-organisées à cet effet. S'il est
compréhensible d'intégrer comme une réaction humaine normale ce mécanisme du
bouc émissaire dans les sociétés primitives, nous avons à nous questionner
sur la perversité mise en place et très largement cautionnée dans nos sociétés
civilisées pour maintenir ce système en place. Il est, en effet, très utile
à un establishment qui a le pouvoir. Nous
savons que le désir naît d'interactions complexes qui existent entre les
besoins et le fantasme pour un objet (pris dans son sens le plus large et de façon
non exhaustive), mais qu'il peut aussi être catalysé par la prise de
conscience qu'un autre peut accéder à ses propres désirs et en tirer du
plaisir, ce qui augmentera chez "l'envieux" la frustration, donc la
haine et la rage. Ainsi, l'envieux tentera par tous les moyens de s'approprier
ou de détruire l'objet de ses désirs que l'autre possède. C'est le Désir Mimétique. Ce
désir mimétique va entraîner un processus d'appropriation de l'objet par un
ou plusieurs "conquérants envieux". Ainsi, l'objet va devenir la
source d'un conflit générateur d'une lutte à mort entre les deux camps. La
communauté est alors en danger, il faut une échappatoire : -
soit l'un des deux protagonistes est tué, il y aura escalade dans la violence
meurtrière, la rage frappe sans discernement et la communauté risque de
disparaître dans un "combat fratricide meurtrier". -
soit les deux protagonistes vont tenter d'échapper à la destruction massive,
ils vont alors créer "un bouc émissaire" sur lequel les deux camps
rivaux vont focaliser la haine et la destruction, entraînant toute la communauté
avec eux (en l'entraînant dans l'attraction mimétique tout en s'appuyant sur
l'instinct grégaire) ce qui sera pour la communauté le moins mauvais compromis
pour échapper à l'anéantissement. Ainsi, l'origine du "mal et de la
faute" est portée par une victime qui va être sacrifiée créant
l'illusion symbolique. Les protagonistes et la communauté seront délivrés des
conséquences éventuelles de ce combat mimétique. L'homme est le seul animal
capable d'inscrire le meurtre dans un projet, ainsi il faut qu'il mette tout en
œuvre pour la réalisation de son projet et l'impérieuse nécessité de faire
porter la faute à autrui, évitant ainsi de se remettre en cause. La
mise à mort de la victime devient une nécessité. Elle sera sacralisée
puisqu'elle a sauvé la communauté ou elle sera diabolisée. Ce qui revient au
même puisqu'elle servira à créer un modèle (social ou religieux) qui mélangera
les interdits et les rituels pour que la communauté ne risque pas de retomber
dans une crise qui pourrait être destructrice. Ainsi
les interdits et les tabous vont servir à canaliser, à "socialiser"
les désirs mimétiques, mais comme ces interdits risquent d'être insuffisants
ou transgresser, l'homme va inventer des rituels qui auront pour fonction de
canaliser les désirs mimétiques et de faire revivre sous une forme symbolique
le sacrifice qui a sauvé la communauté. Ainsi, vous comprendrez mieux comment
les pouvoirs religieux ou politiques utilisent les tabous et les interdits, mais
aussi divers rituels pour renforcer la croyance du danger et la nécessité
d'unir la communauté autour des mêmes valeurs. La rumeur, dans une démocratie
est l'arme la politique et juridique la plus redoutable, elle remplace les
balles et la torture des régimes totalitaires.
Cette utilisation, nous le constatons malheureusement de plus en plus
dans nos sociétés industrialisées et commercialisées, est de plus en plus
pervertie pour servir à celles et ceux qui se battent pour garder le pouvoir et
le monopole de la soumission de la communauté. Si dans les sociétés
primitives les rites avaient pour fonction de préserver la paix, dans nos sociétés
civilisées ils ont essentiellement pour fonction d'abrutir et de conditionner
le peuple pour le rendre plus dépendant en créant des rituels illusoires qui
les laissent dans l'ignorance et la croyance en un avenir meilleur. Aujourd'hui,
la situation est critique, car le pouvoir et la puissance concentrés dans les
mains d'un petit nombre qui n'ont comme projet que leurs intérêts privés et
non ceux de la communauté, vont finir par entraîner dans la communauté un
sentiment d'angoisse de mort qui ne sera plus endigué par les rites, les
interdits sociaux et institutionnels. A tout moment, la rupture de cet équilibre
précaire peut avoir lieu, libérant ainsi la violence meurtrière qui ne sera
plus canalisée. Il faudra alors des "victimes". Actuellement,
nos institutions et les gouvernements trouvent des "victimes" ou
"des boucs émissaires" quand ils n'arrivent plus à canaliser ce
qu'ils seraient justement censés contrôler pour que la communauté ne se sente
pas en danger. Je
pense que notre positionnement face à cette violence devrait se situer, non pas
dans une "contre-violence" ou une "non-violence" mais dans
une "aviolence" inscrite dans une éthique personnelle au service de
l'homme et de l'humanité et non fondée sur le registre des doctrines et des
convictions religieuses ou politiques. L'état français sait aussi comment s'y
prendre. L'état français veut être considéré comme une démocratie, donc être
dans la non-violence. Mais pour qu'un régime puisse mettre en place son
POUVOIR, il doit utiliser la violence, ce que n'hésitent pas à faire les pays
totalitaires. Alors, la France Démocratique, va créer des foyers de violence
de façon à pouvoir utiliser une contre-violence (qui est une forme de
violence), utilisant donc ainsi LA VIOLENCE légitimisée comme réponse à la
violence de l'autre... ! La France est un pays totalitaire. Je
ferai, ici, pour finir, référence à Gandhi qui a essayé de mener des combats
sans violence contre la violence. On
voit bien ici la difficulté d'une telle idéologie : Il
y a, je pense, tout un travail que nous pouvons mener pour prouver qu'il est
possible face à la violence de répondre par des stratégies aviolentes. Mais
face à certaines "actions agressives meurtrières", peut-on rester
dans une aviolence, ne sommes-nous pas obligés d'opposer à l'agresseur une
violence qui se situerait dans un agir dénué de tout désir du nuire à
l'autre ou de prise de pouvoir ? Certains auteurs proposent "la combativité"
comme moyen de combattre la violence sous une forme maîtrisée et canalisée
par une idéologie aviolente. Pour
finir et conclure synthétiquement sur la base de la pensée Gandhienne et tout
en essayant de ne pas la dénaturer de son sens. Gandhi
a retenu de son éducation spirituelle l'importance du mot ahimsa : a : privatif
dans sons sens de qualité positive liée à son contraire et han qui signifie
nuire ou faire du mal. Donc il s'agit d'entendre désir positif de ne pas nuire
pour respecter la vie. Il ira plus loin et il inventera le mot de satyagraha pour mener des combats tout en restant fidèle en sa croyance en l'ahimsa. Vous
pouvez consulter les articles dans les autres menus Docteur
Erick Dietrich |