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En France, les sévices
sexuels des enfants font l’objet depuis 10 ans de campagnes de sensibilisation
et sont actuellement au devant de la scène médiatique à l’occasion de
tragiques faits divers. La première campagne gouvernementale française sur ce
sujet date en effet de 1986. Auparavant, seuls les pays anglo-saxons étudiaient
et avaient une connaissance approfondie de ce problème. À travers un aperçu
historique de la reconnaissance des abus sexuels dans la psychiatrie, nous
souhaitons mettre en perspective l’importance actuelle de ce problème et
l’embarras qu’il suscite paradoxalement chez les professionnels. Retracer
l’historique de la reconnaissance des sévices sexuels subis par les enfants nécessite
l’étude simultanée de l’histoire de la reconnaissance des droits de
l’enfant et de l’histoire du trauma dans la psychiatrie. Aspects médicaux-légaux
au XIXe siècle
En 1860, Ambroise Tardieu, Professeur de médecine légale
à Paris, établit la première description clinique d’enfants battus et
publie en 1867, “Une étude médico-légale sur les attentats aux mœurs” de
339 cas de tentatives de viols et de viols sur des enfants de moins de 11 ans.
Cet auteur observe que « les liens du sang, loin d’opposer une barrière à
ces coupables entraînements, ne servent que trop souvent qu’à les favoriser
: les pères abusent de leur fille, les frères de leur sœur ». Durant la deuxième partie du siècle, une littérature
abondante sur les enfants abusés est publiée en France et les premières
statistiques sont recueillies : entre 1858 et 1869, 9125 personnes ont été
accusées d’attentats à la pudeur sur des petites filles. Quelques années plus tard, Bourneville écrit en 1903
un article sur les fausses accusations de la part d’enfants concernant les prétendus
sévices ou abus sexuels par les adultes. En 1875 est fondée à New York la
“Society for the Prevention of Cruelty to Children” qui va servir de modèle
à toute une série d’associations analogues aux États-Unis et conduire à la
création en Angleterre de la puissante NSPCC (Société nationale pour la prévention
des actes de cruauté envers les enfants). Début du trauma
dans la psychiatrie
À la fin des années 1850, Briquet établit les
premiers liens entre les symptômes de l’hystérie et les histoires de trauma
dans l’enfance. Pierre Janet, effectue les premières études systématiques
des relations entre le trauma et des troubles psychiatriques. Janet émet
l’hypothèse selon laquelle les hystériques, quand elles vivent des événements
traumatiques, sont dans l’incapacité, peut-être en raison d’une faiblesse
nerveuse sous-jacente, de les représenter au sein d’une mémoire unifiée. Au
contraire, elles fragmentent leurs souvenirs traumatiques et les emmagasinent,
sous forme d’idées fixes auxquelles elles sont attachées, en dehors de leur
conscient (dans le subconscient). En 1895, Freud, associé à Breuer publie ses Études
sur l’hystérie dans lesquelles il rapporte des cas de patients hystériques
traitées par hypnose. C’est la théorie de la séduction qui attribue au
souvenir de scènes réelles de séduction entre un enfant et un adulte un rôle
déterminant dans l’étiopathogénie des psychonévroses. Freud et la théorie
de la séduction
Freud, après son séjour parisien dans le service de
Charcot, a l’occasion de traiter par l’hypnose certaines patientes hystériques
qui rapportent toutes des violences sexuelles ou une intimité très culpabilisée
avec leur père ou un personnage analogue. Les patientes recouvrent des
souvenirs de perversions extrêmes, avec viol anal et oral de nature
incestueuse, coprophilie et urophilie. En 1896, dans Hérédité et étiologie des névroses,
Freud confirme sa théorie en écrivant qu’ “une expérience précoce de
relations sexuelles (...) résultant d’un abus sexuel commis par une autre
personne (...) est la cause spécifique de l’hystérie et pas seulement un
facteur déclenchant (comme Charcot le soutient)”. Pour Freud, une stimulation
sexuelle à un âge “pré-sexuel” est une source de trauma, de défense et
de névrose précisément parce que cette stimulation survient à un moment où
il y a une incapacité à l’éprouver et donc à l’assimiler, dans le sens métabolique
du terme. Le 21 septembre 1897, Freud annonce l’abandon de sa
théorie dans une lettre privée à son ami et collègue Willem Fliess. Dans
cette “déchirante” révision, il reconnaît que les discours de ses
patientes convergent et reconstruisent tous une narration traumatique identique
qui correspond justement à celle qu’il attend et qui vient conforter sa théorie.
Freud pense que les patientes, afin de le séduire, lui révèle ce que sa théorie
lui fait attendre, c’est-à-dire des traumatismes sexuels dans leur enfance.
En 1906, il écrit qu’il « est incapable de distinguer avec certitude dans
les souvenirs d’enfance des hystériques les falsifications des faits réels
». Freud annonce son “erreur” publiquement plus
tardivement, aux environs de 1905, tout en dévoilant des éléments centraux
pour le développement de la psychanalyse, à savoir le complexe d’Oedipe et
le rôle de la sexualité infantile. L’abandon de cette théorie est considéré
comme un pas décisif dans l’importance que vont prendre les notions de
fantasme inconscient, de réalité psychique et de sexualité infantile dans la
théorie psychanalytique. Le renoncement de Freud à sa première « théorie de
la séduction » (terme que n’a par ailleurs jamais utilisé Freud lui-même),
a donné naissance à deux principaux courants qui divisent les psychanalystes
post-freudiens, notamment dans les pays anglo-saxons. Au cours des décennies
suivantes, l’importance de l’inceste et du trauma est de façon variable
soit reconnue, soit désavouée par les analystes de façon extrémiste selon
l’adhésion à la théorie pro-enfant (en faveur de la neurotica initiale) ou
pro-adulte (en faveur de la théorie révisée). L’abandon par Freud de sa première théorie est
actuellement très critiquée, essentiellement par les anti-psychanalystes.
Ceux-ci soutiennent que l’erreur de Freud et de ses successeurs fut justement
de renoncer au rôle central et majeur de l’inceste réalisé. Il faut signaler que Freud lui-même n’a attribué
un rôle causal aux fantasmes de séduction que dans le champ strict et exclusif
des névroses et n’a jamais prétendu expliquer ainsi d’autres troubles
psychiques. D’autre part, si Freud a estimé qu’il fallait se méfier des
“aveux” des patientes hystériques sous hypnose, il n’a jamais nié leur
possible existence et leur valeur traumatique, et ceci dans tous ses écrits
jusqu’à son oeuvre “testamentaire”, l’Abrégé. Ferenczi et “la
confusion des langues”
En 1933, Sandor Ferenczi avec son article Confusion
des langues entre les adultes et l’enfant, le langage de la passion et de la
tendresse redonne de l’importance à la théorie de la séduction et attribue
un rôle crucial au traumatisme avéré dans le développement de la personnalité
de l’enfant. Ferenczi dénonce la résistance des professionnels à
observer les faits et leur respect obstiné et aveugle de la théorie. Il
annonce une « nécessaire régression dans la technique, et en partie aussi,
dans la théorie des névroses ». Dans sa communication originale de 1932
intitulée Les passions des adultes et leur influence sur le développement
sexuel et caractériel des enfants, Ferenczi insiste sur “l’importance du
traumatisme et en particulier du traumatisme sexuel comme facteur pathogène”
et adresse une critique directe à Freud : il reproche vigoureusement « l’hypocrisie
professionnelle» de l’analyste qui répète l’hypocrisie professionnelle
des éducateurs, c’est à dire des parents et des autres adultes dans
l’entourage de l’enfant. À partir du modèle de séduction incestueuse
entre l’enfant et l’adulte, Ferenczi décrit le mécanisme adaptatif
principal du psychisme de l’enfant, c’est à dire « l’identification à
l’agresseur par mécanisme d’introjection ». Il décrit ensuite les conséquences
de cette adaptation, à savoir les problèmes dans la vie sexuelle et les problèmes
de développement de la personnalité. Sur ce dernier point, l’auteur explique
le risque, “si les chocs se succèdent au cours du développement”, de
multiplication de “fragments de personnalité clivés qui se “comportent
tous comme des personnalités distinctes”. De 1945 à nos
jours : le phénomène de société. L’état de stress post-traumatique
Après la deuxième guerre mondiale, de nombreux
psychiatres nord-américains reprennent les travaux d’ Abram Kardiner effectués
après la première guerre mondiale pour prendre en charge les anciens
combattants. Pour la première fois depuis 40 ans, ils réintroduisent
l’hypnose et la narcoanalyse pour aider leurs patients à se “souvenir” et
à ainsi abréagir le trauma. À partir des années 50, l’hypnose clinique connaît
une renaissance et un essor spectaculaires en partie grâce à la notoriété
grandissante de Milton Erickson. Les hypnothérapeutes de l’école
Ericksonienne soulignent alors les avantages thérapeutiques de l’hypnose qui
permet de minimiser la douleur psychique accompagnant normalement le souvenir
d’événements traumatiques oubliés. Des études, menées auprès de plus de
700 vétérans de la guerre du Vietnam, aboutissent à une classification
descriptive des troubles. À la fin des années 70, des travaux américains établissent
des liens entre les traumas de la guerre et les traumas de la vie civile. En
1980, l’état de stress post-traumatique (PTSD) est inclus dans le DSM-III. Le trouble de
personnalité multiple
En 1954, un cas de “personnalité multiple” est
publié dans le Journal of Abnormal and Social Psychology. À partir de cette
publication considérée comme exceptionnelle, un film est réalisé, The three
faces of Eve, dans lequel il est suggéré que les personnalités alternantes
sont des réactions à des traumas subis dans l’enfance. À la suite de ce
film qui remporte un vif succès, de multiples patientes s’auto-diagnostiquent
et s’adressent à des thérapeutes. Dans les vingt années qui suivent, les patientes
souffrant du trouble de personnalité multiple (TPM) bénéficient de l’évolution
concomitante des techniques de psychothérapie (avec la réintroduction récente
de l’hypnose). Ces patientes expriment alors des personnalités alternantes
qui recouvrent des souvenirs traumatiques de plus en plus focalisés sur les
mauvais traitements subis pendant l’enfance. En 1973, un livre et un téléfilm
(Sybil) au succès retentissant apportent au grand public la “preuve” de la
relation entre la gravité des sévices subis pendant l’enfance et le développement
de personnalités alternantes. Plus de cas de TPM sont diagnostiqués pendant la
décennie 70 que pendant toute l’histoire de la psychiatrie. En 1980, de manière parallèle à l’état de stress
post-traumatique et sans connexion apparente, le trouble de la personnalité
multiple fait son entrée dans le DSM-III en même temps qu’est démantelé le
diagnostic d’hystérie qui souffre d’un manque de précision diagnostique et
aussi d’un préjugé apparemment phallocrate. Le TPM est alors une entité
diagnostique distincte cataloguée dans les troubles dissociatifs. Pendant les
années 1980, chercheurs et cliniciens élaborent des tests et des entretiens
cliniques structurés pour dépister les troubles dissociatifs. Ces entretiens
structurés comportent des questions qui explorent très directement les antécédents
de sévices sexuels, physiques et émotionnels pendant l’enfance. Les cas de personnalité multiple sont activement dépistés
et sont recherchés systématiquement devant une dépression chronique atypique,
une boulimie ou des tentatives de suicide à répétition. C’est ainsi qu’
entre 1980 et 1990, le nombre de cas de TPM diagnostiqués aux États-Unis passe
d’une poignée à plus de 20 000. À partir de 1980, les patientes présentant
un TPM font l’objet de reportages télévisés et sont fréquemment prises en
modèle en tant qu’héroïnes de bandes dessinées ou de téléfilms. Comme
des anciens combattants, les “multiples” sont décrites comme étant les
survivantes courageuses de traumas extrêmes, possédant un Q.I. supérieur à
la moyenne et une enviable capacité d’auto-hypnose. Contrairement à la “faiblesse constitutionnelle”
des patientes hystériques décrites par Janet, les patientes présentant un
T.P.M. sont considérées comme étant dotées de facultés exceptionnelles.
Progressivement, le TPM est invoqué lors de procès. Les procès se multiplient
dans la décennie 1980 et le TPM est de plus en plus fréquemment invoqué tant
pour l’accusation que pour la défense. En 1993, le comité de l’Association Américaine de
Psychiatrie, interpellé par ces excès, rectifie la dénomination du trouble et
apporte quelques rectifications tant dans l’appellation du trouble (« Trouble
de l’identité dissociée » dans le DSM IV) que dans les critères définissant
celui-ci. Une restriction de l’utilisation de l’hypnose et des autres procédés
thérapeutiques prétendument capables de faire resurgir des souvenirs
inconscients d’abus sexuels est également recommandée par le Collège de
l’Association Américaine de Psychiatrie en juin 1993. Les enfants
maltraités et les féministes
Dans l’après-guerre, des médecins nord-américains
dénoncent le problème de la maltraitance envers les enfants : Caffey (1946),
Silverman (1951) et surtout Kempe (1962) avec le « syndrome des enfants battus
» diffusent successivement leurs travaux à l’échelle mondiale et alertent
ainsi les pouvoirs publics. Le rapport de Kempe démontre que la plupart des
petits enfants présentant un syndrome d’hypersensibilité aux contusions,
apparemment fragiles, sont en fait sauvagement battus généralement par les
personnes mêmes qui les conduisent ensuite chez le médecin. Dans les 15 ans
qui suivent, les médias américains font étalage des crimes atroces perpétrés
sur les enfants. Dans le même temps, les mouvements féministes
prennent de l’ampleur et organisent des réunions de prise de conscience
permettant ainsi aux femmes de disposer d’un forum où elles peuvent enfin révéler
les détails des sévices subis pendant leur enfance en étant prises au sérieux.
Pendant la décennie 1970, la théorie freudienne est de plus en plus critiquée,
pas tant pour la non-reconnaissance de la réalité des abus qu’à cause du
phallocentrisme freudien : celui-ci accuse l’Oedipe féminin de porter la
responsabilité de la violence incestueuse des pères et plus généralement des
hommes. Vers 1980, des femmes consultant initialement pour des symptômes
psychologiques et somatiques persistants tels que la dépression atypique, les
troubles alimentaires et les troubles sexuels, commencent à souffrir de réminiscences
de sévices sexuels et physiques subis pendant l’enfance. De nombreux
cliniciens commencent à réévaluer les techniques thérapeutiques hypnotiques
et cathartiques que Freud a répudiées. Ces techniques, bien connues des
psychiatres militaires, sont utilisées par les cliniciens qui centrent désormais
la psychothérapie sur la récupération et l’abréaction de souvenirs
traumatiques “dissociés”. En 1976, sous l’impulsion de Kempe, la Société
internationale pour la Prévention de mauvais traitements envers les enfants
(ISPCAN) est créée. Elle organise tous les 2 ans un congrès mondial et publie
un journal spécialisé très diffusé : Child Abuse and Neglect. Une deuxième
revue est consacrée exclusivement aux traumas de l’enfance:Developpmental
Psychopathology. Conclusion
Après ce survol historique, nous comprenons mieux
l’ampleur actuelle du phénomène des abus sexuels chez l’enfant et les
passions qu’il déchaîne : Depuis Freud et sa “déchirante” révision de
la neurotica, les psychanalystes sont restés sidérés et en tous cas divisés.
Un véritable “malaise dans la théorie” existe à propos du traumatisme :
Tout se passe comme si, après une phase de “trop réel”, le traumatisme
devenait l’objet d’une certaine méfiance, chez Freud comme dans sa postérité. Ces dernières décennies, ce sont effectivement les
pouvoirs politiques et sociaux extérieurs à la psychanalyse qui ont joué un rôle
clé dans la prise de conscience de la profession psychiatrique à propos du
problème de l’inceste. Les mouvements féministes associés au mouvement
anti-psychanalytique du début des années 60 ont poussé la profession à
reconnaître le problème. La profession psychiatrique a repris alors les méthodes
employées à ce moment par leurs collègues militaires, à savoir les
techniques hypnotiques. Les thérapies de réminiscence employées à outrance
ont contribué aux excès actuels, notamment dans le cadre des personnalités
multiples. S. Lebovici (1995), reprenant un article paru dans le
Time international, souligne toutefois le mérite de Freud de n’avoir pas
conduit à des excès mettant en jeu la paix des familles contrairement à la
mise en oeuvre intensive des hypnothérapies “ericksoniennes” et des cures
de thérapeutes spécialisés dans la reviviscence de “souvenirs d’expériences
réelles”. De
“ l’enfant battu”, première forme de maltraitance identifiée par les médecins
au milieu de ce siècle, à “l’enfant abusé sexuellement” reconnu au
cours de cette décennie, le regard se porte aujourd’hui sur la maltraitance
psychologique faite aux enfants. I.
Remarquons d’abord en référence à notre pratique
que la maltraitance psychologique est associée aux autres formes de mauvais
traitements; elle en fait partie intégrante. On peut même souligner, comme
l’ont noté Vissing et al. (1991), l’effet prédominant et particulièrement
destructeur de la violence psychologique par rapport à la violence physique
dans la très grande majorité des situations de maltraitance et le fait que les
conséquences négatives reliées à la violence physique sont en grande partie
imputables à ce que cette dernière s’accompagne généralement de violences
psychologiques, notamment d’agressions verbales et de paroles rejetantes,
humilantes et dévalorisantes. Il en est évidemment de même dans les
situations d’abus sexuels extra-familiaux (par exemple en cas de pédophilie)
ou intra-familiaux (en cas d’inceste) où l’enfant est mis dans une position
où est déniée sa subjectivité, où ne sont pas reconnus ses besoins
psychologiques et sa sexualité d’enfant et où il est confronté à une
intrusion traumatique inqualifiable dont il va peu à peu, dans l’après-coup,
percevoir ce qu’elle représente. II.
Mais il est des situations où la maltraitance
psychologique apparaît au premier plan du tableau clinique et isolée, au-delà
des symptômes de l’enfant et des plaintes des parents et de l’entourage.
C’est avec l’objectif de faire le point sur cette question qu’a eu lieu récemment
un colloque organisé par le Département de Psychopathologie Clinique,
Biologique et Sociale de l’enfant et de la famille à Bobigny, à l’Université
Paris-Nord. C’est évidemment dans un esprit multidisciplinaire qu’a été
exploré le domaine de la maltraitance psychique à l’égard des enfants, en
faisant travailler et réfléchir ensemble pédiatres et membres des équipes
psychiatriques, psychiatres d’enfants et d’adolescents, psychologues et
psychanalystes, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés, médecins de
santé publique et enfin magistrats, en s’efforçant de s’appuyer au maximum
sur la pratique professionnelle de chacun. L’ouvrage qui rassemble les textes des intervenants,
retravaillés en vue de la publication, s’efforce donc d’aborder ce champ
encore insuffisamment défriché et qui donne lieu à beaucoup de questions et
de débats tant sur le plan pratique que théorique. Il tente de le délimiter
et de l’approfondir avec un objectif central, celui d’essayer de nous aider
dans notre pratique professionnelle. Tentons donc d’apporter quelques éléments de réflexion
à partir de notre pratique de psychiatre d’enfants et d’adolescents.
Celle-ci se situe au sein d’un service de consultations, de suivis et de
traitements externes où nous sommes confrontés fréquemment à des situations,
fort diverses, de maltraitance à l’égard d’enfants et d’adolescents. a.
Ces situations recouvrent, au moins pour une part, les
six formes de maltraitance psychologique isolées par l’American Professionnal
Society on the Abuse of Children (APSAC, 1995), comme le notent P. Durning et A.
Fortin :
b.
À partir de plusieurs observations cliniques, il nous
a semblé possible, non sans quelque risque réducteur et simplificateur compte
tenu de la diversité des situations, de décrire dans une perspective clinique
un syndrome de maltraitance psychique. Ce syndrome est présenté ici de manière
très résumée :
Il ne nous est guère possible ici dans ce cadre
d’apporter des précisions sur les six points que nous avons essayé de mettre
en évidence. Il y aurait évidemment beaucoup à dire sur la dimension intergénérationnelle
très habituellement rencontrée en pratique clinique et caractérisé par les
importants troubles relationnels entre ces parents maltraitants et leurs propres
parents. Terminons par le fait de souligner la très grande
difficulté de travail thérapeutique avec la famille, voire l’impossibilité
d’une alliance thérapeutique avec les parents, par un tiers médiatisant la
relation entre parents et enfant. Il va de soi qu’il faut être extrêmement
attentif à nos contre-attitudes et notre contre-transfert dans ce type de
situation pour atteindre le double objectif qui est le nôtre, au-delà de la nécessité
d’intervenir, celui de soigner l’enfant mais aussi ses partenaires mais
aussi de protéger l’enfant.
Erick Dietrich
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