Sensibilisation sur des abus possibles


Des violences 

sur les personnes âgées 


sans bleus du corps

mais ô combien de bleus à l'âme !

Monique Zambon 

 

Quand on parle de la violence, chacun visualise la violence physique qui donne des bleus au corps (elles sont exposées dans l'article "Violence en institution").

Moins nombreux sont ceux qui "ressentent" la violence faite à la personne âgée qui "rentre" en institution : un être fatigué se sépare de l'environnement qui fut longtemps le sien pour aller dans un lieu imposé, un ailleurs, un "en-bout-de-vie" avant un "au-delà de la vie". Mais tant qu'il y a un souffle de vie il y a de l'espoir.

Espoir... que vivre ces pertes et ces abandons tout en restant entier, apporte une plénitude de vie. Tout dépendra de l'importance des blessures anciennes qui ont été réveillées par la violence inhérente à cette "perte de chez soi" car toute séparation nous renvoie au passé, aux blessures et aux fragilités de l'enfance.

Plus rares sont ceux qui pensent aux violences spirituelles. Pourtant depuis le début de notre existence elles nous donnent des bleus à l'âme.

Par notre comportement de soignant la personne âgée donne un sens à sa vie et existe. De nombreux secrets enfouis de son vécu seront réactivés par le regard, la voix, les gestes du soignant. Or nous nous comportons le plus souvent sur le mode réactionnel. Dans ce cas, sciemment ou non, nous faisons violence à la personne âgée et, au-delà, à sa famille et... à nous-mêmes. Savoir percevoir cette violence, notamment à "nous-même", est primordial car sans cela il n'y a pas d'avancée possible de notre savoir-être.

D'ordinaire "on n'y pense pas" à cette violence inapparente, mais chacun stocke en vrac dans sa mémoire des exemples vus ou vécus.

Nous nous sommes efforcés de ranger nos exemples par catégories tout en sachant que les passerelles sont nombreuses entre celles-ci : pris dans notre globalité nous sommes des êtres bio-psycho-socio-culturels. Nous vous livrons ces exemples, à bâtons rompus...

Des violences spirituelles

  • Quand nous visitons une institution nous sentons souvent une odeur âcre qui, d'entrée, nous fait violence en réveillant la peur de notre devenir.
    • Il en est de même pour la personne âgée qui "rentre" et surtout pour sa famille... qui se culpabilise de placer son parent en institution. Il faut donc faire attention aux odeurs qui règnent dans le hall d'accueil et utiliser quotidiennement le papier d'Arménie ou tout autre moyen adapté.
  • La famille accepte d'avoir à apporter sa contribution au paiement du "prix de journée", toujours supérieur aux possibilités d'une pension de retraite. Mais contribuer, mois après mois, lui impose des sacrifices, lui interdit d'être plus large dans l'aide aux enfants, provoque des accrochages entre enfants... lui fait violence. Et ce à cause d'un parent qui, souvent, ne les reconnaît plus !
    • Le comportement de la famille face à son parent va s'en ressentir. Or tout être humain a besoin de se sentir relié, reconnu, confirmé par des personnes significatives. Si la personne âgée est délaissée par sa famille, elle ressasse son amertume, ressent de la violence et n'a plus envie d'exister : « Toute une vie de labeur et de dévouement pour en arriver là ! ».
    • Plus violent encore, est le cas de la personne âgée placée par sa famille sans y être préparée ou sans avoir donné son consentement.
      • Du jour au lendemain, elle se trouve loin de son village, de sa rue, de ses voisins, de ses amis, de son animal préféré... Elle doit faire le deuil de toutes ces pertes en même temps.
      • Dans ce cadre, souvent, elle va fixer son aigreur sur le soignant qui représentera l'oppresseur. Toute action de soin deviendra pour elle une "agression caractérisée".
  • Lorsqu'une personne est agressive, elle est vite cataloguée comme pensionnaire "casse-pieds". Or, il y a souvent des raisons qui sous-tendent l'agressivité : nous devons chercher avec la Résidente la cause de son agressivité, afin de comprendre son attitude.
    • De même, il est important de connaître son vécu, car nos mots peuvent provoquer des maux.
    • C'est par exemple le cas d'une personne qui lors d'un soin entend le mot "suicide" émerger d'une conversation entre deux soignants. Ce mot réveille une blessure profonde : son fils chéri s'est jadis suicidé et cette mort, bien sûr, lui a fait violence. Nous avons involontairement rouvert la blessure.
      • Résultat : la personne nous frappe sans qu'on comprenne la cause de son comportement. La colère est un comportement écran : elle permet de cacher ce qui est touché en nous et que nous ne voulons pas voir.
  • Respecter la personne telle qu'elle est, ne pas confondre le comportement et l'être.
    • Combattre notre tendance à étiqueter la personne comme "curieuse" : elle présente un comportement curieux, hérité de son éducation et de ses expériences de vie, mais son être n'est pas curieux dans sa globalité !
  • Lors d'une activité, féliciter un résident, le valoriser pour ce qu'il a réalisé, caresse son "moi" narcissique... mais est une violence pour les autres participants.
    • Faire attention de ne pas faire violence à l'autre, celui qui dans le groupe voulait faire mais n'a que partiellement réussi vu son handicap.
    • La solution consiste à valoriser globalement tout le groupe et chaque membre individuellement, seul à seul.
  • Ne pas motiver la personne âgée à avoir des projets : le temps qu'elle vit n'est pas vide, elle est capable d'apprendre.
  • Respecter le prénom de la personne, sans diminutif. C'est son identité. Il ne change jamais même si la situation change : mariage, divorce, veuvage, etc.
    • Il ne change que si la personne, par choix, le décide.
  • Respecter les désirs de la personne d'être vouvoyée ou tutoyée. Le vouvoiement est de règle mais il arrive parfois que certaines personnes y voient une mise à distance. Agir au cas par cas.
  • Respecter le courrier du Résident : ne pas découper le timbre de la carte postale qui lui est adressée, sans lui en demander l'autorisation.
  • Ne pas laisser une personne âgée au stade de fin de vie, seule face à la mort ; l'accompagner jusqu'au dernier souffle de vie, en la sécurisant par la parole, le toucher ; en essayant de décrypter ses messages éventuels, ses appels à l'aide.
    • "Je veux que mon fils soit près de moi" par exemple, demande de contacter celui-ci, même s'il n'est jamais venu la voir durant son séjour dans l'établissement. Écouter sa demande et respecter son choix.
    • Je pense à cette femme en fin de vie, sereine, qui demande que son neveu (dont les parents étaient morts pendant la guerre avait-elle toujours dit) vienne à son chevet. Avant que ses yeux ne se ferment à jamais elle avoue dans un élan de tendresse, à son soi-disant neveu qu'elle est sa maman, mère célibataire. Elle partait en paix.
  • Lors du décès d'un Résident, attendre que celui-ci soit "sorti" de l'institution et que la famille éprouvée se soit recueillie une dernière fois dans la chambre, avant de tout enlever pour "faire le départ" (hygiène).
    • Importance de la toilette mortuaire : lors de la toilette mortuaire respecter les habitudes de vie de la personne défunte. Rasage, coiffure sont de mise.
    • Préparer la personne décédée comme une personne, un être à part entière, sans vie terrestre certes, mais ici et maintenant.
      • « Ma mère que j'ai accompagnée jusqu'au bout de sa vie appréciait l'élégance vestimentaire mais ne se maquillait jamais. Lors de son décès j'ai respecté ses choix. Après la toilette que j'ai effectuée avec l'aide d'une infirmière, maman nous donnait l'impression de reposer paisiblement. Le Directeur des Pompes Funèbres m'a demandé ensuite de le laisser seul pour poser la rampe froide. La colère m'a envahie lorsque m'approchant de maman je ne l'ai plus reconnue : ses joues sont gonflées, ses yeux maquillés de bleu, ses lèvres teintées de rose cyclamen, son nez transformé, ses cheveux coiffés vers l'avant comme ceux d'une petite fille... La colère en moi déclenchée est plus forte encore chez mes filles, outrées qu'on ait pu "agresser de la sorte mamie". J'ai pris un gant de toilette et j'ai démaquillé ma maman. »
  • Respecter le mort : respecter les rituels religieux du Résident, c'est respecter ses croyances.
    • La tolérance religieuse c'est reconnaître et respecter la croyance et les pratiques qui en découlent, sans déranger. La critique des pratiques religieuses met à jour notre incapacité de tolérance face à ce que nous ne connaissons pas.
    • À la suite du décès d'une catholique orthodoxe (chez qui il ne fallait pas croiser les mains mais croiser les bras sur le thorax, ce qui nous a valu une réflexion du pope), nous avons répertorié les grandes lignes des différentes pratiques religieuses, afin de former les soignants à accompagner la différence culturelle.
    • Il convient toutefois de ne pas valider des croyances, religieuses ou autres, qui ne respectent pas "la charte des droits de l'homme" ou qui sont dangereuses pour la santé des pratiquants.C'est le cas de pratiques qui encouragent les gens à s'autodétruire ou à subir un rituel dangereux comme preuve de leur foi ; qui permettent l'abus physique et ou psychologique des enfants ; prêchent la haine des autres sur la base du sexe, de la nationalité, de la race, de la religion, de l'âge etc.
  • Violences par omission.
    • Une dame reçoit une fleur pour la fête des mères... Cette fleur a fait resurgir le passé et le drame de sa vie : n'avoir jamais eu d'enfant.
    • Fêter l'anniversaire ? Prudence. Cette pratique qui jadis prenait fin à 21 ans - âge de la majorité - a débordé dans les trente dernières années. Or l'anniversaire est un rappel douloureux que la mort approche.
    • Appeler la personne âgée "mamie ". Est-elle la grand-mère d'une petite fille ? Donner des surnoms même de façon non intentionnelle peut provoquer l'émergence d'une émotion, voire d'une blessure.
    • Ne pas tenir compte des habitudes vestimentaires pour "gagner du temps", omettre de proposer le soutien-gorge.
    • Oublier d'activer la fonction "présence" quand une personne âgée se trouve dans sa chambre soit seule sur les toilettes, soit accompagnée d'un soignant prodiguant un soin : un tiers venant en visite peut entrer. La "présence" indique que la chambre est occupée, donc qu'il convient de respecter ce lieu personnel, intime, territoire prolongeant les bulles corporelles, pour le respect de son Être dans sa globalité.
    • Par conduite d'habitude, nous mettons les membres supérieurs d'une personne alitée qui ne peut se mouvoir seule, par-dessus les draps.
      • De quel droit ? Nous l'empêchons de se toucher, de conserver et de réactiver sa sensualité. Laissons lui toucher son propre corps pour se le reapproprier, si elle le désire.Avons-nous pensé qu'elle peut avoir froid ? Qui d'entre vous ne se met pas au lit enfoui sous les draps ?
  • Nier ou se moquer de la sexualité chez la personne âgée est un acte de violence.
    • Certaines personnes âgées sont victimes de brimades quand elles expriment leurs sentiments verbalement ou par gestes, vis-à-vis d'un autre pensionnaire. Le personnel a trop souvent tendance à ironiser ou à s'offusquer comme si la sexualité ne devait plus exister à partir d'un certain âge. Lequel ?
    • En particulier, un soignant qui aura été agressé sexuellement ou par gestes dans sa vie, posera un tabou sur le sexe.
    • Violence aussi lorsqu'on juge ou interdit à une personne de se caresser dans son lieu privé.
  • Respecter l'autre et l'aimer tel qu'il est, sans le juger.
    • Ne cherchons pas à juger un comportement mais à lui donner un sens.
    • Soyons congruents, à l'écoute de l'autre et osons exprimer nos ressentis, sans accuser l'autre. Chacun est seul responsable du sens de sa vie.

De la violence psychologique

Elle se traduit par toutes les formes d'abus consistant à retirer à la personne âgée son pouvoir de décision.

  • Cela commence par le ton de la voix : autoritaire ou cassante, elle agresse.
    • Noter que donner un ordre et exposer une consigne ne sont pas la même chose car l'ordre exige alors que la consigne sollicite la participation.
  • S'adresser à la personne avec des cris de reproche, en la tutoyant sans qu'elle l'ait demandé, ou bien en l'infantilisant ("T'as encore fait pipi") est une culpabilisation de la perte d'autonomie.
  • Les limiter à l'usage d'une seule pièce. Souvent le cas de personnes présentant de cris répétitifs. On la laisse dans sa chambre "coupée", isolée, privée de toute stimulation :
    • auditive autre que la voix des soignants : les autres résidents, les familles, la vie sonore, musicale, de l'établissement ;
    • visuelle autre que la blouse blanche des soignants et les murs de sa propre chambre : les autres Résidents (forme des habits, couleurs), la télévision, la décoration des murs et de l'espace ; le mouvement des personnes et du matériel mobile ;
    • olfactive autre que l'atmosphère de sa chambre, l'odeur des soignants et son odeur personnelle : odeurs de la cuisine, des vases de fleurs, des autres Résidents et de leurs familles, des espaces de circulation, de l'extérieur ;
    • tactile autre que celle suscitée lors de soins d'hygiène, de repas, de son propre lit et fauteuil : des autres Résidents, des familles (accompagnées parfois d'un enfant, d'un animal domestique) ;
    •  proprioceptive autre que le lever du lit au fauteuil : marche, équilibre.
      • Des mesures de durée de communication par 24 h entre soignants et résidents (CEC et hollandaise) faites en utilisant des magnétophones à déclenchement vocal ont montré qu'en S de LD, lorsqu'une personne reste dans sa chambre et mange dans sa chambre, la durée des communications verbales par 24 h est de 120 secondes (2 mn).
        • En parallèle, une enquête statistique montre que cet isolement est le cas de 30 % des résidents et souligne que cette solitude et son corollaire l'insuffisance de contacts corporels sont des facteurs de haut risque de maladie grave.
  • Dans la soignante la personne âgée risque de projeter l'image de "sa petite fille".
    • Lui dire avec gentillesse qui vous êtes et ne pas la traiter de "démente". Ouvrir une discussion sur sa petite fille si cela est possible et observer son comportement.
    • Cette situation est parfois inversée. Cette personne âgée face à moi reflète l'image de mon grand père affectueux ou de mon père autoritaire. Il me faut apprendre à mettre mes propres "barrières", car par effet en miroir, cela peut m'entraîner à avoir des réactions agressives.
  • Ne pas respecter le choix exprimé : être installé auprès d'une personne élue et/ou d'un lieu préféré (fenêtre, fauteuil, chaise, etc.)
  • Agresser verbalement (le mot accusateur "malpropre" par exemple, gifle comme la main), intimider, traiter comme un enfant.
  • Infliger sciemment ou non des souffrances psychologiques à la personne âgée et à sa famille. Attention quand on cause : les mots peuvent engendrer les pires maux.
    • Le fils d'une Résidente nous demande si nous n'avons pas besoin d'un chien. Étonnés nous lui demandons "pour quoi faire ?". Réponse : J'ai entendu hier un soignant dire très fort que les Résidents sortaient de la salle à manger "comme un troupeau de vaches"... Les enfants qui se culpabilisent d'avoir été obligés de placer leur mère dans le service ressentent une violence qui confirme cette culpabilité. Et la mère n'a-t-elle pas entendu ? Nous ne savons jamais ce que comprend un Espagnol de notre langue quand nous sommes en Espagne et nous faisons attention de ne pas nous moquer de lui ; il en est de même dans la démence.
  • Faire irruption dans la chambre, lieu de vie privé du Résident.
  • Laisser le Résident dans la même chambre qu'une personne présentant une escarre dont émane une odeur nauséabonde.
  • Une Résidente refuse d'accepter l'aide d'une soignante inconnue ; écoutons sa demande.
  • Empêcher un Résident de se rendre utile en accompagnant " son voisin " dans sa chambre, en voulant couper la viande de celui qui, à table, se trouve à ses cotés.
  • Le soignant complimente la personne qui prend son repas comme si elle parlait à un enfant tout en secouant l'oreiller : est-ce l'heure de s'alimenter ou du ménage ?
  • Provoquer une angoisse en menaçant d'isoler la personne si elle recommence une action jugée "non-conforme".

Négligence dans les soins et abus de faiblesse sont autant de violences

  • Ne pas raser lors de la toilette.
  • Faire manger deux personnes à la fois.
    • Le soignant qui s'assied récompense. Le soignant qui reste debout punit.
      • Une expérience a été réalisée : deux soignants entraient l'un après l'autre dans la chambre d'un Résident et y restaient chacun cinq minutes chronométrées. Mais l'un restait debout durant ces cinq minutes pour parler, alors que l'autre s'asseyait. Quand ensuite on demandait à la personne combien de temps chacun était resté, celle-ci disait que l'un n'avait fait que passer alors que l'autre (celui qui s'était assis) était resté un long moment.
  • Maquiller une personne qui ne se maquille jamais.
    • Imposer le maquillage à la personne âgée implique notre désir, notre besoin futur, lorsque nous aussi nous serons "vieilles". C'est la peur de la vieillesse qui nous fait agir ainsi.
  • Le médecin désire voir l'escarre sacrée de laquelle émane une odeur forte, nauséabonde. Le médecin entre dans la chambre en s'exclamant "Ça pû" et va ouvrir la fenêtre.
    • Comment la personne âgée a-t-elle reçu cette violence : "Je suis une pestiférée et il se moque de savoir si j'ai froid"
  • Changer de programme de télévision sans l'avis de la Résidente.
  • Ne pas respecter le choix d'emplacement de ses bibelots.
  • Répondre à sa place.
  • Lui dire qu'elle n'a pas "toute sa tête" et de se fait lui interdire de participer à l'office religieux.
  • Tirer les fauteuils (il y a des cas particuliers) sans expliquer pourquoi.
  • Ne s'occuper que de la personne capable de s'exprimer verbalement et délaisser celle qui ne peut dire... est une violence courante !
  • Pour une personne aveugle ne pas mentionner les mets que nous lui donnons à manger.
    • Nommer les plats et lui demander si cela correspond à ses goûts.
  • Mettre systématiquement une couche à l'entrée en institution sans se préoccuper de savoir si la personne pourrait bénéficier d'une rééducation sphinctérienne.
    • Souvent des personnes sont "garnies" d'une couche et lorsqu'elles demandent d'aller aux toilettes on entend le soignant répondre "Vous avez la couche".
  • Une infection urinaire, etc., qui n'est pas relevée donc qui n'est pas traitée.
  • Une douleur physique, une blessure : gifle, pincement, tape, ongles longs, bagues.
    • Au moment de la toilette ou lors d'une mobilisation qui peut être douloureuse la personne mord ou griffe le soignant. Celui-ci répond par une gifle sans chercher la cause de cette agressivité.
    • Une ancienne institutrice qui fut jadis insultée par deux élèves au profil typé ne supporte pas qu'un soignant de ce type l'approche : cris, hurlements, raidissement du corps, agression s'ensuivent.
      • Il y aura une double violence si ce soignant ne veut rien comprendre et oblige la personne à se plier à ses ordres. Cela se traduira par une prise de forceÉ et des "bleus" sur les bras et avant brasÉ
  • Une douleur engendrée par le port d'un vêtement inadapté.
    • La personne âgée a ses pieds très sensibles du fait des déformations (pieds plats fréquents) et de l'état cutané. Si on met les bas ou les collants avec la couture du coté de l'épiderme, on provoque souvent une douleur. Il convient de faire attention de les placer correctement.
  • Ne pas respecter le rythme de la personne âgée et pour privilégier les soins donnés à une Résidente accélérer ceux donnés à une autre.
  • La soignante place la Résidente à table près d'une autre dont elle n'aime pas la compagnie.
  • Pas de changement des zones d'appui pendant trois heures.
  • Forcer une personne à manger, insister avec la cuillère à tel point que sa lèvre inférieure ou ses gencives sont blessées.
  • Imposer des soins selon les besoins du soignant et non selon les besoins du client : faire manger au delà de la satiété ressentie par la personne, même si celle-ci n'a ni envie ni plaisir à le faire.
  • Faire des "économies" : donner ce qu'un Résident laisse dans son assiette à son voisin qui a un appétit "d'ogre".
  • Tromper la personne âgée
    • Exemple : lui dire que ce qu'elle a dans son assiette est de la "purée jaune" alors que c'est du "melsat" (charcuterie à l'oeuf) par exemple. La personne va être vexée d'être prise pour une débile, car elle connaît le goût du melsat, charcuterie régionale, depuis son enfance. Vouloir que les personnes absorbent suffisamment de protéines ne justifie pas de leur mentir.
  • Une personne âgée dépendante (ne pouvant ni se déplacer ni se défendre seule) qui émet des cris répétitifs et de ce fait est installée dans un endroit isolé, moins bien surveillé, risque de recevoir des coups (poings, canne) de la part de Résidents excédés par ces cris.
  • Par manque de patience ne donner à une personne du fait de sa lenteur, qu'une cuillère d'eau gélifiée, alors qu'elle est capable de boire une ou deux pipettes si on prend le temps de suivre son rythme
  • Non respect du plan de soin : "faire marcher" est écrit mais non exécuté pour aller plus vite... mais ce qui contribue à rendre la personne plus ou moins grabataire.
  • Assimiler le comportement de la personne âgée à celui de nos propres enfants, conduit à agir selon le rôle du parent irascible : gifler, opprimer tous ceux qui désobéissent à nos ordres ; la personne n'est pas notre possession.

Des violences à l'image de soi...

Elles consistent à infliger sciemment ou non, des souffrances corporelles ou d'interdire l'accès à des soins de santé de qualité pour... gagner du temps.

  • L'aide soignante qui commence la toilette par des zones intimes.
    • La main est la première partie du corps que l'on touche pour se saluer dans la vie sociale. Commencer donc la toilette par la main que la personne tend en premier.
  • Escamoter un soin de bouche.
    • Le visage reflète l'identité ; il est une des parties intimes.
    • La bouche, c'est ma maison. Comment rentre-t-on dans une maison ? On frappe avant d'entrer, pour avertir : effleurer les joues, les lèvres et avoir le sentiment d'être acceptée à entrer le doigt ganté (comateux) ou gaze sur pince dans la bouche.
  • Si la personne âgée n'intègre pas la consigne " donnez moi votre dentier pour le brosser ", l'intrusion de nos doigts dans sa bouche, même avec douceur va être ressenti comme une violence. Ne rien faire n'est pas mieux (hygiène buccale négligée) . Que faire ?
  • Attribuer la toilette en fonction du sexe du soignant c'est respecter le vécu de la personne.
    • Une personne âgée agressée verbalement et gestuellement par un homme dans son passé doit être respectée : ce sera un soignant de sexe féminin qui prendra soin de cette personne. Si c'est un homme la blessure ancienne va se rouvrir et la personne manifestera sa colère en criant, agressant, etc.
  • Asperger le corps du malade d'eau de Cologne pour ôter une odeur corporelle... violence car chacun à sa propre odeur...et de plus l'alcool contenu dans l'eau de Cologne dégraisse et déshydrate l'épiderme.
  • Une infirmière donne à manger du chou-fleur écrasé à la fourchette, à un homme âgé. Il toussote au moment où la diététicienne passe...
    • Lors de la réunion du lundi avec médecin, soignant, interne et diététicienne la décision prise est celle-ci : pose d'une sonde gastrique. Malgré les réticences certaines de quelques soignants offusqués, la sonde est mise en place.
    • La personne ne vit que par la sonde, plus de plaisir à déguster, à sentir, à mâcher, plus de réminiscences de repas de fête, etc. La décision est à rediscuter en équipe.
  • Ne donnons pas du mixé pour aller plus vite...
    • Le repas mixé est caloriquement riche, mais il est pauvre sous l'aspect sensoriel, gustatif. La personne âgée perd la notion de la couleur, de l'odeur, de la texture des mets et, plus grave encore, elle perd la notion de plaisir. Or le plaisir est aussi un antidote de la douleur.
  • Forcer une personne à manger, insister avec la cuillère à tel point que sa lèvre inférieure ou ses gencives sont blessées.
    • Le "gavage" fait violence, en dehors de quelques situations ponctuelles où il faut passer un cap.
  • Ne donnons pas seulement que des aliments qui ne sont qu'à déglutir (purée, yaourts, etc.) mais proposons des haricots verts et des raisins par exemple. C'est une violence d'imposer des mets pour éviter en fait notre sentiment de culpabilité s'il y a fausse route. Le négatif attire le problème.
  • Après le repas ne pas laver les mains et le visage d'une personne en perte d'autonomie ou dépendante physiquement.

La violence matérielle, architecturale

  • Les WC situés à 10 cm du mur...Impossibilité d'installer la personne âgée impotente sur les toilettes sans violence, pas de place pour faire une manutention correcte. Pour éviter cette violence, réactualisation des seaux hygiéniques dans des locaux neufs...
  • Priver la personne âgée de sortie faute de stores pour leur offrir une protection contre le soleil d'été. Impossibilité de manger dehors.
  • Interdire toute une journée à la personne âgée d'occuper "le salon" (qui est "son" salon) à sa guise, où elle a plaisir à regarder la télévision avec les autres Résidents... pour "prêter" cette salle pour une réunion administrative, est une violence délibérée.
    • Comment vous sentiriez-vous si je vous ordonnais ceci ; " Sortez de votre salon, il nous est nécessaire pour rassembler des gens et nous l'occuperons pour la journée. Quand à vous je vous demande d'être discret ". N'auriez-vous pas de l'amertume ?
    • C'est une violence ressentie, reçue, récemment par les personnes âgées, les familles et moi-même, qui justifie cet exemple.
  • Lors d'un décès, lors d'une rencontre avec une famille en souffrance ne supportant pas le comportement et la "déchéance" des autres Résidents , absence de lieu pour recevoir en privé.
  • Changement de chambre imposé sans consultation ni préavis.
  • Suppression ou déplacements de ses objets personnels sans son consentement.
  • Empêcher la personne âgée de se reposer dans un milieu ambiant à sa convenance, comme de laisser la fenêtre ouverte ou fermée. Le soignant ouvre la fenêtre parce qu'il a chaud alors que la personne est torse nue dans la baignoire.
  • Le tuteur qui met en vente la maison de la Résidente dont il a la charge. Une affiche "Maison à vendre" est placardée sur la porte. La Résidente l'apprend par une voisine et sa maladie s'aggrave...
    • Le notaire vient avec la famille faire signer des papiers à la Résidente qui refuse de signer...

Des violences sociales

Elles se caractérisent par le fait "d'ignorer" la présence de la personne lors des soins, de la priver de toute action, de tout rôle social, sous prétexte qu'elle est trop vieille.

  • Le statut social se trouve diminué du fait :
    • que le choix de rentrer en institution a été respecté ou non.
    • du niveau de dépendance qui les oblige à s'adapter à des horaires de toilette, de repas (durée), de lever, de coucher.
  • Pour défendre son identité la personne âgée va dénigrer le présent, se raccrocher au passé en se remémorant des souvenirs heureux, collectionne des objets
    • Par exemple, la personne qui a gardé le souvenir de restrictions pendant la dernière guerre va garder le pain non consommé dans la poche ; respecter ce choix. C'est son histoire. Le pain a une valeur symbolique pour elle.
  • Respect du territoire, la chambre.
  • Ne pas changer la personne de chambre sans son accord, ou pour faire plaisir à une famille qui demande une chambre seule... et qui a des relations sociales, politiques ou administratives.
  • Respecter son intimité.
    • Toilette faite porte ouverte ou en présence d'autres personnes (Résident errant ou visite)
    • Mettre sur le seau hygiénique alors que son compagnon de chambre est dans la pièce.
    • Ouvrir les volets pour la toilette alors qu'il fait nuit.
    • Passer de la chambre à la salle de bain commune, dévêtue pour "gagner du temps". Marche dans le couloir avec les fesses à l'air.
    • Entrer dans la salle de bain occupée et malgré cela donner un pédiluve à une personne autre.
    • Bain donné par une personne du sexe opposé.
    • Laisser la personne au lit toute la journée parce que c'est un dimanche ou jour férié.
  • Du fait du pouvoir que l'on se donne du fait de porter "une blouse blanche", et en fonction de nos idées préconçues, persuader la personne que ce qu'elle fait lui est néfaste
    • La personne qui a gardé le souvenir de restrictions pendant la dernière guerre va garder le pain non consommé dans la poche ; respecter ce choix. C'est son histoire. Le pain a une valeur symbolique pour elle.
    • Dormir avec une casquette
    • Faire un signe de croix avant chaque habillage.
    • La cigarette nuit à la santé, mais c'est le choix de la personne âgée d'assumer cette responsabilité et ses conséquences. Et ce d'autant plus si des soignants fument dans le service...
  • La nuit s'est fait pour dormir... sans tenir compte de la personne qui toute sa vie s'est couchée tard et levée tôt pour aller travailler.
    • Comment faisons-nous nous mêmes si nos nuits sont "hantées de démons " ? Prendre une tisane, repasser, lire, regarder la télé ... sans que notre famille nous impose la prise d'un médicament.
  • La lingerie qui ne fournit pas suffisamment de serviettes de table et/ou de toilette, nous oblige à utiliser des taies d'oreiller à la place ...

Mais aussi, la violence thérapeutique

  • Un patient très angoissé en raison de la douleur va provoquer chez le soignant ou chez un proche une tension, de l'angoisse, que le patient ressentira et qui rejailliront sur lui.
    • Nous devons maîtriser nos affects pour ne pas renvoyer au patient une tension en retour qui va accentuer sa douleur.
    • Même si on ne communique pas par la parole, notre attitude corporelle, nos mimiques vont transmettre notre ressenti. La personne âgée va l'analyser intuitivement. Par la parole le mensonge peut exister ; par notre attitude corporelle qui exprime l'émotion vraie de notre être, non. Le corps ne ment pas.
  • Prendre en compte les troubles du comportement dûs à la douleur : agressivité, agitation, confusion, indifférence, régression, syndrome de glissement. Mimiques dues à la douleur : traits grimaçants, tirés, atones ; regard fixe, absent, larmes. Plaintes somatiques : parole, gestes, cris, pleurs, gémissements.
  • Pour éviter toute violence, mobiliser avec douceur, placer la personne âgée en position antalgique, l'avertir de l'action qui va être amorcée et la partie du corps qui sera sollicitée.
    • La "surdité du coeur" du médecin qui "n'entend" pas ce qu'on lui dit sur la douleur exprimée par le Résident et ne prescrit pas de sédatif.
  • Une personne qui demande à boire et qui n'est pas écoutée, devant laquelle nous faisons comme si nous n'avions pas entendu...
    • La personne "meurt" de soif et la violence retentit sur la famille qui a placé la personne dans cette institution...
  • L'acharnement thérapeutique qui devient futile...
    • dont le bénéfice ne peut être apprécié par le malade lui-même ;
    • qui ne peut pas prolonger la vie ;
    • qui permet de prolonger une vie en quantité (pour un temps très court) mais de pauvre qualité ;
    • qui ne s'est pas traduit par un succès lors d'une précédente application.
  • La personne âgée refuse de prendre des médicaments ? Pourquoi la forcer ?
    • Au contraire, lui donner ce droit en lui expliquant le danger auquel elle peut être confrontée et dont elle devra assumer la responsabilité.
    • Par la suite, refuser de lui donner le traitement si elle se rend compte d'une erreur dans son choix est aussi une violence : elle a le droit de changer d'avis.
  • Attacher la personne âgée : de ce fait elle ne peut plus aller vers ce qu'elle désire. Comment réagirions-nous si on nous imposait de rester assis des heures et des heures dans la même position, avec la peur de mourir si un incendie se déclarait par exemple, ou la peur de nous ankyloser, nous paralyser.
  • Je suis consciente que j'inflige une violence à la personne que j'oblige à se lever dans son fauteuil roulant alors que son désir est de rester au lit et qu'elle le dit.
    • Oui mais...
      • si elle reste au lit , une lésion cutanée précurseur d'escarre sur ses fesses d'où découlent douleur et inconfort qui sont une souffrance, va évoluer défavorablement ; de plus lutter contre la décalcification nécessite d'être debout, de même que garder ses muscles.
      • si elle demeure dans sa chambre alitée (d'accord c'est son choix) ses sens ne sont pas stimulés, l'environnement n'est vivant que lorsque vient un soignant.
      • si je fais tout à sa place je la rend de plus en plus dépendante d'un tiers par non utilisation des fonctions.
    • Quoique je fasse je fais donc violence...
      • Dans ces conditions ne dois-je pas choisir celle qui exalte la vie ?
      • Il faut donc convaincre, persuader et conduire la personne à se lever même si je souffre de cette obligation que j'inflige.

Conclusion

  • La personne âgée a le droit à la liberté personnelle, à l'information sur tout ce qu'elle peut comprendre et à l'expression d'un consentement éclairé aux soins et techniques thérapeutiques ainsi qu'à leurs conséquences envisageables.
    • Il y a violence lorsque la personne âgée ne vit pas dans une ambiance de totale vérité. Celle-ci permet à la famille, à l'équipe soignante et à la personne âgée de partager les doutes, les espoirs et les peines sans chercher continuellement le "mensonge sacré" qui n'améliore guère le climat dans cette période de vie.
  • Prendre soin de la personne, c'est l'accompagner, la guider sur son chemin de vie sans la précéder, sans la suivre, mais en marchant à ses cotés.
    • Notre soutien, notre écoute symbolise la canne qui lui permet d'être en équilibre, d'exister.
    • Les violences que nous pouvons infliger à l'autre dans notre façon d'agir, demandent une remise en question.
  • Notre attitude est pourtant, pour nous, "normale".
    • Elle est la résultante de ce que nous avons acquis lors de notre éducation : croyances reçues du noyau familial, expériences vécues, culture. Aussi pour certains soignants leurs actes ne véhiculent pas de violence puisqu'ils sont un comportement en harmonie avec leurs "normes".
    • Selon ce que nous héritons de nos parents, amis, éducateurs et de l'environnement social, nous nous réalisons dans une vie "unique", avec nos comportements, nos réactions, observables par des tiers. C'est notre cerveau qui nous fait réagir selon nos connaissances (notre propre co-naissance), selon notre peur de perdre notre place dans cette société ici et maintenant, selon notre affectivité car nous sommes avant tout des êtres d'émotions.
  • Apprenons à nous interroger, à changer nos habitudes, nos attitudes et nos comportements pour faire évoluer notre savoir-être : qui sommes-nous, comment réagissons-nous, pourquoi agissons-nous ainsi ?
    • Apprenons à être plus humain, à offrir des gestes qui transmettent la douceur, la tendresse, dans le respect et la transparence.
    • Apprenons à accepter l'autre, existant en tant que personne choisissant son chemin de vie.
  • Exister c'est sortir de la définition dans laquelle l'autre, les autres tentent le plus souvent avec amour ou violence de nous enfermer.
    • Exister c'est prendre en charge la satisfaction de nos propres besoins, la réalisation (ou le renoncement) de nos désirs : structurer notre vie.
    • Exister veut dire ne plus dépendre de la réponse de l'autre, de son bon vouloir ou de ses refus pour accéder à la satisfaction ou rester emprisonné dans la frustration.
  • De tels propos dérangent, irritent, déclenchent beaucoup de résistances car ils bousculent des siècles de conditionnement, d'éducation et se heurtent au système relationnel dominant. Or, qui dit résistances dit violences à soi...

    Il convient de bien soigner pour ne pas soi nier.

28/09/98 - Monique Zambon
avec la collaboration de Lucien Mias